‹ Sir Robert PeelChapitre 33 sur 67 · ET LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ET LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS

grands spectacles de force et de guerre auxquels ait assisté le monde; j’en ai ressenti, autant que nul autre spectateur, le patriotique et orgueilleux plaisir ; mais au milieu de nos triomphes et de l’enivrement nutional, le sacrifice de tant de vies, les douleurs de tant de familles, l’épuisement de la France, la perturbation continue de l’Europe, les droits des princes et les droits des peuples traités avec un égal dédain, la victoire ne servant qu’à étendre de plus en plus la guerre, point de stabilité au sein d’un ordre sans liberté , cet interminable enchaînement de violences et de chances terribles me choquaient profondément. La France veut et mérite autre chose que d’étre l’enjeu d’un grand homme adonné sans relâche à tenter les grands coups du sort. On peut le dire encore aujourd’hui, malgré la lutte redoutable qui a interrompu un moment cette heureuse fortune de l’Europe : nous jouissons depuis plus de quarante ans des bienfaits de la paix; en voici un qui est trop peu remarqué. Deux révolutions ont éclaté chez nous dans ce laps de temps ; elles n’y ont point ramené l’étranger, qui y était venu deux fois en quinze mois contre l’empereur Napoléon I". Malgré ses alarmes, ni en 1830, ni même en 1818, l’Europe ne s’est sentie dans la nécessité de nous faire la guerre ; en 1813, peuples et rois n’avaient pas cru pouvoir vivre en sûreté à côté de Napoléon. Impossible avec lui, la politique pacifique et modérée est devenue après lui et demeure encore aujourd’hui, sous l’héritier de son nom et de son pouvoir, la politique européenne.

S1K KOBliKT PKEL.

Ce sera la gloire du roi Louis-Philippe d’avoir, au milieu d’une vive recrudescence révolutionnaire, hautement proclamé et constamment pratiqué cette politique. On en attribue tout le mérite û sa prudence et à un habile calcul d’intérêt personnel. On se trompe : quand on a fait la part, même large, de l'intérêt et de la prudence, on n’a pas tout expliqué ni tout dit. L’idée de la paix, dans sa moralité et sa grandeur, avait pénétré très-avant dans l’esprit et dans le coeur du roi Louis-Philippe ; les iniquités et les souffrances que la guerre inflige aux hommes, souvent par des motifs si légers ou pour des combinaisons si vaines, révoltaient son humanité et son bon sens. Parmi les grandes espérances sociales, je ne veux pas dire les belles chimères, dont son époque et son éducation avaient bercé sa jeunesse, celle de la paix l’avait frappé plus que toute autre, et demeurait puissante sur son âme. C’était â ses yeux la vraie conquête de la civilisation, un devoir d’homme et do roi ; il mettait â remplir ce devoir son plaisir et son honneur, plus encore qu’il n’y voyait sa sûreté. Il se félicita de l’avénement du cabinet conservateur à Londres comme d’un gage non-seulement de la paix, mais d’une politique équitable et tranquille, seul gage à son tour de la vraie et solide paix.

Trois affaires, le droit de visite pour la répression de la traite des nègres, l’occupation de Taïti et la guerre du Maroc, ont troublé et failli compromettre gravement, de 1841 à 184C, nos rapports avec l’Angleterre. Je n’ai garde d’en reproduire ici le récit et

la discussion ; je ne veux que caractériser l’esprit dans lequel les deux cabinets les ont traitées de concert et en ont étouffé le péril.

C’est un lieu commun, longtemps répété et probablement encore admis par bien des gens, que, dans son ardeur à introduire et à étendre le droit de visite pour la répression de la traite, l’Angleterre tenait bien plus au droit de visite qu’à la répression de la traite, et se proposait bien plutôt d’assurer sa prépondérance maritime que de tarir les sources de l’esclavage. Etrange ignorance de l’histoire, et bien frivole appréciation du caractère du peuple anglais! L’égoïsme national y tient, il est vrai, une grande place : son intérêt le préoccupe plus souvent que l’enthousiasme ne le gagne ; il démêle et poursuit, avec une sagacité froide et même dure, tout ce qui peut servir sa prospérité ou sa puissance ; mais quand une idée générale, une conviction morale s’est établie dans son àme, il en accepte sans hésiter les conséquences onéreuses, en recherche le succès avec une passion persévérante, et peut faire pour l’obtenir les plus grands sacrifices. Ce trait caractéristique de l’Angleterre éclate dans l’histoire de ses croyances religieuses, de ses institutions politiques , et môme de ses idées philosophiques. Il n’y a point de peuple plus attaché à son intérêt quand son intérêt le préoccupe, plus dévoué à sa foi quand il a une foi.

L’abolition de la traite et de l’esclavage est , depuis près d’un siècle , en Angleterre, une vraie foi, une partie intégrante de la foi chrétienne, une pas-

sion morale, née d’abord au sein d’une minorité, mais qui ne s’est pas reposée un seul jour tant qu’elle n’a pas conquis la majorité et soumis les esprits mêmes qu’elle n’a pas conquis. Elle a poursuivi son but à travers tous les obstacles, tous les efforts , tous les sacrifices. Sans doute le plaisir de l’orgueil national et la satisfaction de certains intérêts ont pu se mêler et se sont mêlés à ce généreux dessein ; mais le sentiment moral en a été le véritable auteur, et c’était bien réellement pour parvenir à l’abolition de la traite , non pour entraver misérablement , en retardant çÀ et là quelques navires, le commerce de ses rivaux , que le gouvernement anglais, dominé et poussé par le peuple anglais, a mis longtemps à l’établissement du droit de visite tant d’ardeur et d’obstination.

Pendant mon ambassade à Londres, dix jours après la signature du traité du 15 juillet 1840 sur les affaires d’Égypte , lord Palmerston réunit au For cign- Office les représentants d’Autriche, de France, de Prusse et de Russie, et nous invita à signer, pour la répression de la traite , un traité par lequel les trois puissances du Nord acceptaient les conventions conclues à ce sujet, en 1831 et 1833, entre la France et l’Angleterre, et qui de plus apportait, dans l’exercice du droit de visite, quelques modifications. Cette négociation avait été entamée, suivie et amenée à ce point par mes prédécesseurs. J’en rendis compte à M. Thiers, alors chef du cabinet, qui me répondit : « Je vais consulter sur l’af-

faire de la traite des nègres. Je crains aujourd’hui de faire traité sur traité avec des gens qui ont été bien mal pour nous. » M. Thiers avait raison : ce n’était pas au moment où le cabinet anglais venait de se séparer de nous avec un si mauvais procédé qu’il convenait de lui donner une nouvelle marque de confiance et d’intimité.

Un an après, à la fin de 18 il, le cabinet whig était tombé. Le traité du 15 juillet 1810 ne subsistait plus ; les affaires de l’Egypte et de Méhémet-Ali étaient terminées; la convention du 13 juillet 1841, en réglant, quant au passage des détroits, les relations des cinq grandes puissances avec la Porte, avait fait rentrer la France dans le concert européen. Sir Robert Peel et lord Aberdeen avaient remplacé lord Melbourne et lord Palmerston, et nous témoignaient les dispositions les plus amicales. Ils me demandèrent de signer le nouveau traité, depuis longtemps préparé, pour la répression plus efficace de la traite. Je n’hésitai point. Aucun motif de convenance et de dignité ne nous commandait plus d’en retarder la conclusion. Nous aussi, nous voulions la répression de la traite. Nous avions, depuis dix ans, accepté, pour y parvenir, l’exercice réciproque du droit de visite. Ni les plaintes auxquelles il avait donné lieu, ni les modifications qu’y apportait la nouvelle convention, ne me parurent assez graves pour nous faire délaisser l’œuvre morale qui nous l’avait fait accepter et l'intimité politique qui s’y rattachait. Le 20 décembre

SFR ROBERT PEEL.

1841, M. de Sainte-Aulaire, depuis quelques mois seulement ambassadeur du roi à Londres, signa le nouveau traité.

On sait quels orages attira sur moi cet acte. Je n’ai nul droit de m’en plaindre. La lutte où je me vis engagé, à cette occasion, dans les chambres aboutit A deux résultats qui semblaient difficiles à concilier. Je réussis dans mes efforts, car les cabinets de Paris et de Londres demeurèrent intimement unis malgré les efforts de l’opposition pour les diviser, et le but que l’opposition avait poursuivi contre moi devint un succès pour moi ; d’accord entre les deux cabinets, le droit de visite fut aboli.

Je ne veux pas donner le change sur ma pensée : à considérer les choses en elles-mêmes et abstraction faite des exigences d’une situation créée par les passions des hommes, je n’ai pas pris alors et je ne prends pas davantage aujourd’hui l’abolition du droit de visite pour un succès. Généralement et sincèrement pratiqué, c’était, je crois, le moyen le plus efficace de réprimer la traite, et la répression de la traite valait bien les inconvénients et les ennuis, d’ailleurs exagérés, du moyen ; mais le prince de Mcttcrnich disait avec raison : « Le vice de ce mode d’action, c’est qu'il n’est praticable qu’entre, je ne dis pas seulement des gouvernements, mais des pays vivant dans la plus grande intimité, étrangers à toute susceptibilité, A toute méfiance réciproque, et animés du même sentiment au point de passer de bon cœur l’éponge sur les abus. « Gette identité de

sentiments, cette égalité de zèle n’existaient point, entre la France et l’Angleterre, pour la répression de la traite ; et loin qu’il n’y eût entre les deux peuples point de susceptibilités ni de méfiances, le traité du tS juillet 1810 avait ranimé en France toutes celles que la sympathie de l’Angleterre pour la France, après les événements de 1830, avait assoupies. Je ne pense pas que le soulèvement qui éclata en 1842 contre le droit de visite, appliqué ûla répression delà traite, fût juste, ni politique, ni même parfaitement spontané et naturel : l’art de l’opposition le fomenta, et la faiblesse de beaucoup de conservateurs l’accepta fort au delà de la vérité. Ce fut pourtant bientôt, on ne saurait le nier, une de ces impressions contagieuses contre lesquelles le raisonnement, la prudence, les notions même de droit et d’équité demeurent sans pouvoir. La surprise fut grande dans le cabinet anglais à cette explosion de méfiance avouée et d’hostilité mal déguisée contre l’Angleterre. Sir Robert Pecl et lord Aberdeen étaient étrangers au tort qu’avaient eu envers nous leurs prédécesseurs ; la cause de notre mécontentement avait disparu ; ils s’appliquaient avec empressement à en effacer la trace ; ils avaient peine à comprendre l’amertume des soupçons, la vivacité des alarmes que des traités en vigueur depuis dix ans excitaient tout à coup parmi nous. Et quand je me prévalais de cet état des esprits pour me refuser à la ratification du nouveau traité : «Prenez garde, disaient-ils, ce sont là des motifs qui peuvent avoir pour vous

une valeur déterminante, mais qu’il ne faut pas nous appeler à apprécier, car ils sont très-injurieux pour nous, et nous ne pouvons avec dignité les voir se produire sans les ressentir vivement. On est parvenu à persuader en France que nous sommes d’abominables hypocrites, que nous cachons des combinaisons machiavéliques sous le manteau d’un intérêt d’humanité. Vous vous trouvez dans la nécessité de tenir grand compte de cette clameur, et nous faisons suffisamment preuve de bon caractère en ne nous en montrant pas otTensés ; mais si vous venez, à la face de l’Europe, nous présenter officiellement ces inculpations comme le motif déterminant de votre conduite, nous ne pouvons nous dispenser de les repousser, car notre silence impliquerait une sorte d’adhésion. »

Une autre pensée préoccupait aussi les ministres anglais : engagés au même moment dans une négociation avec les Etats-Unis sur le concert à établir entre les deux nations pour la répression de la traite, ils s’étaient flattés que, si l’Europe entière acceptait le traité du 20 décembre 484-1 sur le droit de visite, l’Amérique aussi finirait par y adhérer, et que, la traite devenant alors à peu près impossible , ils auraient l’honneur d’atteindre le grand but que l’Angleterre poursuivait avec tant d’ardeur. Nonseulement par notre refus de ratifier le traité ils perdaient cette espérance, mais l’idée leur vint que nous ne refusions cette ratification que de concert avec les Etats-Unis, et en nous unissant secrètement à eux

pour faire échouer, dans l’ancien et dans le nouveau monde, les desseins de l’Angleterre. C’était surtout dans l’esprit naturellement inquiet et méfiant de sir Robert Peel que fermentaient ces soupçons ; les honnêtes gens, quand ils ne sont ni chimériques, ni dupes, tombent aisément dans des méfiances extrêmes, et les siennes apparaissaient quelquefois singulièrement au milieu du bon vouloir et du sincère désir d’entente cordiale qui l’animaient. Il fallut du temps et les épreuves que le temps amène dans les relations des hommes pour le convaincre que nous aussi nous étions sincères, qu’il pouvait avoir confiance en nous, même quand nos actes le contrariaient, et que, dans l'affaire du droit de visite entre autres, nous ne faisions que céder à une nécessité qu’il connaissait aussi bien que nous, la nécessité du respect pour les sentiments de nos chambres et de notre pays. Sir Robert avait d’ailleurs l’esprit trop juste et trop ferme pour ne pas mettre sa politique générale audessus de telle ou telle question particulière ; il voulait, entre l’Angleterre et la France, et pour toute l’Europe, la paix, la vraie paix, la politique tranquille et conservatrice : quand il se tint pour bien assuré que c’était là aussi, sans arrière-pensée, notre politique, et que nous avions, pour la maintenir dans notre pays, encore plus d’efforts à faire que lui dans le sien, il se résigna aux sacrifices qu’elle lui imposait envers nous, et après avoir accepté en 1812 notre refus de ratifier le traité du 20 décembre 1811 sur le droit de visite, il en vint à accepter, en 18io,

l'abolition du droit de visite même et des conventions de 1831 et 1833 qui le consacraient.

Ce fut surtout i\ lord Aberdeen que cette politique éclairée, conciliante et vraiment indépendante des préventions de parti comme des humeurs populaires, dut son succès , au sein du cabinet même comme dans les négociations. Les ennuis ne lui étuient pas épargnés ; pendant qu’on m’accusait à Paris de condescendance servile envers l’ Angleterre, on lui adressait à Londres le même reproche ; il était le complaisant ou 1a dupe du roi Louis-Philippe et de M. Guizot. Attristé quelquefois de ces absurdes imputations, il he leur cédait jamais rien au fond, ne se décourageant jamais de la bonne politique, trèsréservé seulement dans le langage, et d’une patience infinie à préparer et à attendre les résultats. J’ai à cœur de donner une juste idée de la loyale intimité qui régnait entre nous, et de la. façon dont nous traitions ensemble au milieu des embarras et des ombrages qui nous assiégeaient. J’extrais ce fragment d’une lettre que je lui adressai le 3 décembre 1841, il propos d’un soupçon qu’il m’avait exprimé sur un incident survenu en Espagne : « Ce que nous avons, je crois, de mieux à luire l’un et l’autre, c’est de mottre en quarantaine sévère tous les rapports, bruits, plaintes, commérages, qui peuvent nous revenir sur les menées secrètes ou les querelles de ménage de nos agents : — pour deux raisons : la première, c’est que la plupart de ces commérages sont faux ; la seconde , c’est que , même quand ils ont

quelque chose de vrai, ils méritent rarement qu’on y fasse attention. L’expérience m’a convaincu, A mon grand regret, mais enfin elle m’a convaincu que nous ne pouvions encore prétendre à trouver ou à l'aire soudainement passer dans nos agents la même harmonie, la même sérénité de sentiments et de conduite qui existent entre vous et moi. 11 y a, chez nos agents dispersés dans le monde, de grands restes de cette vieille rivalité inintelligente, de cette jalousie aveugle et tracassière qui a longtemps dominé la politique de nos deux pays. Les petites passions personnelles viennent s’y joindre et aggravent le mal. Il faut lutter, lutter sans cesso et partout contre ce mal, mais en sachant bien qu’il y a lit quelque chose d’inévitable, et A quoi, dans une certaine mesure, nous devons nous résigner. Nous nous troublerions tristement l’esprit, nous nous consumerions en vains efforts si nous prétendions prévenir ou réparer toutes les atteintes, tous les mécomptes que peut recevoir çA etlA notre bonne entente. Si ces atteintes sont graves, si elles compromettent réellement notre politique et notre situation réciproque, portons-y sur-le-champ remède, d’abord en nous disant tout, absolument tout, pour parvenir A nous mettre d’accord, vous et moi, ensuite en imposant nettement A nos agents notre commune volonté. Mais sauf de telles occasions, laissons passer, sans nous en inquiéter, bien des difficultés, des tracasseries, des humeurs, des mésintelligences locales, qui deviendraient importantes si nous leur permettions

de monter jusqu’à nous, et qui mourront dans les lieux mêmes où elles sont nées si nous les condamnons à n’cn pas sortir. »

Les deux visites que fit en 1813 et 18io la reine d’Angleterre au château d’Eu,oùelle amena lord Aberdeen, et celle du roi Louis-Philippe, en 1814, au château de Windsor, où je l’accompagnai, contribuèrent beaucoup à développer entre nous cette bonne intelligence générale, cette confiance prompte, cette harmonie préétablie, si la politique peut admettre celte belle expression de Leibnitz, qui sont presque impossibles à espérer quand les personnes ne se sont jamais rencontrées et unies dans la liberté des conversations intimes. J’eus également à Windsor avec sir Robert Pcel , et aussi avec le duc de. Wellington, dont le grand jugement et l’autorité persistaient au milieu d’un déclin physique très-apparent, de longs entretiens sur les questions qui nous préoccupaient, particulièrement sur le droit de visite ; et malgré l’extrême réserve de leurs paroles, malgré l’incertitude, encore grande, de leurs intentions, je revins persuadé que le cabinet anglais ne tarderait pas à reconnaître lui-même qu’après les débats soulevés et au milieu des écueils à grand’peine évités depuis trois ans, le droit de visite n’était plus entre la France et l’Angleterre, pour la répression de la traite, qu’un mot vain, une arme inefficace, et pour les bons rapports des deux pays un continuel péril. Leduc de Rroglie, en se chargeant d'aller suivre à Londres cette négociation, en détermina

l’heureuse issue : il avait signé la convention de 1833; toute l’Angleterre savait avec quelle sincérité et quelle constance il était dévoué à l’abolition de la traite et de l’esclavage; elle portait, et à son caractère en général, et à ses sentiments sur cette question en particulier, une entière confiance. Le docteur Lushington, chargé par le cabinet anglais de négocier avec lui, avait, dans l’opinion de son pays, des mérites et une autorité analogues ; ils surmontèrent, non sans travail, mais d’un commun et loyal effort, les difficultés, grandes encore, de la question ; les officiers de marine qui leur avaient été adjoints pour en étudier les détails pratiques, entre autres le capitaine, aujourd’hui contre-amiral Rouet pour la France et le capitaine Trotter pour l’Angleterre, y portèrent le même bon vouloir, le même désir de succès. Le 29 mai 18 4b fut signé le traité qui substituait au droit de visite un nouveau mode de concert et d’action, entre la France et l’Angleterre, pour la répression de la traite, et ce nuage disparut de l’horizon.

Dans l’affaire du droit de visite, c’était la France qui se montrait susceptible et réclamait un nouveau droit entre les deux Etats; dans l’affaire de Taïti, ce fut l’Angleterre qui se crut offensée et en droit de demander une réparation. Non que le gouvernement anglais lui-même fût , à l’origine de cet incident, vivement intéressé dans la question : il avait, en 1827, sous le ministère de M. Canning, formellement refusé la possession de l’île de Taïti, que les chefs indigènes lui avaient offerte, et il n’avait ainsi

SI H ROBEKT PKF.L.

nul droit A faire valoir contre l’établissement du protectorat français; mais nous nous trouvions IA en présence d’une autre puissance anglaise considérable, quoique sans titre politique, et avec laquelle sir Robert Peel et lord Aberdeen avaient grandement A compter.

C’est une assertion admise comme un fait, et incessamment répétée dans lu plupart des journaux catholiques, que le protestantisme est en pleine décadence, qu’il ne compte plus guère dans son sein que des indifférents ou des esprits empressés de retourner au catholicisme, que partout enfin il se refroidit et se décompose, comme les morts. Curieux exemple de l’ignorance frivole où peut jeter la passion ! Je pourrais inviter les personnes qui se complaisent dans cette idée A aller en Angleterre et A voir de leurs propres yeux combien la foi et la pratique du christianisme protestant y sont vivantes, répandues, assidues; je pourrais les promener en Hollande, en Allemagne, eu Suède, aux Etats-Unis d’Amérique, en France même, et leur montrer partout, parmi les protestants, la foi et la ferveur religieuse se ranimant et se propageant A côté de l’incrédulité savante ou grossière, fanatique ou apathique, maladie dont A coup sûr, dans le monde chrétien, les Etats protestants ne sont pas seuls atteints; mais je laisse IA cette controverse de statistique religieuse, et n’y veux prendre qu’un fait auquel l’affaire de Talti se lie intimement, et qui en explique seul la gravité.

J’ai sous les yeux les rapports et les budgets de trente-deux sociétés libres anglaises vouées à la propagation ou au maintien du christianisme protestant dans le monde. Je résume les moyens d’action et les travaux des six principales de ces associations pour l’année 18-46, la dernière dont les faits et les chiffres me soient connus avec précision, et je trouve que ces six sociétés de missions protestantes anglaises ont reçu pour leur œuvre, dans le cours de celte seule année, 348,723 livres sterling (13, 718,125 francs), et qu’elles ont dépensé 327,408 livres sterling (13,183,200 francs). Klles avaient en activité à la même époque, dispersés sur toute la face du globe, 1 ,732 missionnaires principaux, y compris 16 évêques, et sans compter plusieurs milliers d’aides-missionnaires, maîtres d’école, exhortants et autres ouvriers chrétiens de diverses qualifications1. Je sais

1 Ces six grandes sociétés des missions anglaises son) :

I» La Société pour la Propagation du Christianisme, fondée en 1698. -Elle avait en 1846 :

Revenu... 97,559 liv. st. =2,438,975 fr.

Dépense.. 93,550 liv. st.=2, 348,750 fr.

2" La Société des Missions de l’Eglise anglicane , fondée en 1701. — Elle avait en 1816 :

Revenu... 115,259 liv. st =2,881,474 fr.

Dépense.. 93,816 liv. st. =2, 316, 150 fr.

Ses missions sont réparties entre seize diocèses, savoir :

Nouvelle- Écosse

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missionnaires.

Nouveau-Brunswick...

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Québec

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Toronto

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Terre-Neuve

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La Jamaïque

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avec certitude que depuis 1846 le chiffre des dépenses et le nombre des agents de cette œuvre géné-

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6 évêques,

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