RÉVISION DE LA CHARTE DE LA BANQUE
veux peindre, non l’histoire du temps que je raconte. Je ne m’arrêterai que sur deux affaires spéciales, grandes parmi les grandes, et qui ont de plus ce caractère remarquable que la nécessité ne les imposa point à sir Robert Peel, et qu’au lieu de les éviter, comme il l’aurait pu, il les fit, pour ainsi dire, naître lui-même, par un acte de sa propre volonté, et dans des vues de bien public autant que pour la satisfaction de sa pensée et la gloire de son nom.
En 1833, un bill proposé par lord Althorp, alors chancelier de l’échiquier, avait maintenu la banque d’Angleterre en possession de sa constitution et de ses privilèges jusqu’en 18oo, sous cette réserve qu’avant l’expiration de ce terme et au bout de dix ans le Parlement serait en droit de réviser la charte de la banque et d’y apporter les modifications qu’il jugerait convenables. Les dix ans étaient expirés ; le 6 mai 1844, sir Robert Peel proposa, avec quelque solennité, la révision de la charte de la banque : « Il y a, dit-il, des questions d’une importance si grande et si manifeste, et qui appellent, je devrais plutôt dire qui commandent si hautement l’attention de la chambre, que toute préface, tout artifice de rhétorique pour mettre en lumière leur grandeur et le devoir du plus patient examen, sont superflus et déplacés. Je soumettrai donc sans préambule à la chambre une question qui touche à toutes les questions, à toutes les affaires dans lesquelles la monnaie entre pour quelque chose, il n’y a point de contrat, public ou privé,
SIR ROBERT PEEI-
point d'engagement, national ou individuel, qui n’en soit affecté. Les entreprises du commerce, les profits de l’industrie, les arrangements dans les relations domestiques, les salaires du travail, les transactions pécuniaires les plus considérables comme les moindres, le payement de la dette nationale, les moyens de pourvoir aux dépenses publiques, le pouvoir de la plus petite pièce de monnaio sur les nécessités de la vie, tous ces faits sont engagés dans la décision que vous prendrez sur les propositions que j’ai à vous soumettre. » Après cet exorde et contre sa coutume, je dirai même contre la coutume générale du Parlement anglais, il ne s’arrêta point à retracer les circonstances qui rendaient ses mesures nécessaires ; tenant cette nécessité pour reconnue et acceptée de tous, il entra sur-le-champ dans une savante exposition des principes généraux du sujet, et après avoir longuement discuté les divers systèmes des publicistes financiers : « J’ai établi, dit-il, sur la mesure de la valeur, sur l’emploi et la circulation des métaux comme monnaie, et sur les billets portant promesse de payement à vue en espèces métalliques, les grands principes qui, selon moi, doivent régir ces trois grands éléments de notre système monétaire. J’ai maintenant à indiquer jusqu’à quel point je me propose d’appliquer ces principes. Si je ne les applique pas immédiatement dans toute leur étendue, on me dira, comme on me l’a déjà dit, que je pose abstraitement de très-bonnes maximes, mais que pratiquement je crains de les mettre en vigueur. Je n’en persiste pas