‹ Sir Robert PeelChapitre 46 sur 67 · BUDGET DE · texte numérisé non relu

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la critique savante î\ ses droits : les uns s’élevèrent contre le maintien de Yincome-taz, les autres réclamèrent une application plus étendue et plus 'rapide des principes de liberté commerciale ; les journaux, en insérant la longue liste des quatre cent trente articles affranchis de tous droits, s’amusèrent i\ en faire ressortir les bizarres inconséquences ou les frivoles concessions: «Notre pain est taxé, mais l’arsenic entre librement ; si nous ne pouvons pas nous nourrir, nous pouvons du moins nous empoisonner A bon marché... Les os sont exempts de droits, mais la viande en reste frappée ; les animaux étrangers peuvent nous fournir leur peau, leur poil, leurs cornes, leur queue, tout, excepté leur chair... Les plumes, la laine et l’édredon pour nos lits ont obtenu la faveur du premier ministre ; mais les troupeaux de moutons restent sous la protection du duc de Richmond. » La distinction maintenue par sir Robert l’eel entre les sucres produits par le travail libre et les sucres provenant du travail esclave amena une longue et vive discussion, qui valut à M. Macaulay l’un de ses plus brillants succès de logique, d’éloquence et d’ironie. Le silence absolu qu’avait gardé sir Robert Peel sur la question des grains fut relevé et commente avec ardeur; mais à travers toutes ces attaques, l’opposition, toutes les oppositions étaient évidemment timides et embarrassées. Peel avait l’ascendant personnel et la faveur publique ; parmi ses adversaires mêmes, la plupart étaient au fond de son avis, ou n’osaient pas être d’un avis absolument contraire, et en dépit de la

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mauvaise humeur et de la désorganisation intérieure de son parti, les diverses portions de son plan furent, successivement adoptées à de fortes majorités, comme sous l’empire d’une pression extérieure librement acceptée ou tristement subie.

Tel était en effet le caractère de l’événement qui s’accomplissait en ce moment, et dont les chambres et le cabinet lui-mème étaient bien plutôt les instruments que les auteurs. Ce n’était point le redressement d’un vieil abus , ni l’extension d’un droit constitutionnel, ni la victoire d’un parti politique ; c’était l’empire d’une idée générale sur les pouvoirs publics, au nom de l’intérêt populaire ; c’était l’esprit démocratique et l’esprit scientifique coalisés pour dominer le gouvernement. Quand sir Robert Peel en 1842 avait établi Yincome-tax, il l’avait fait, non par choix, ni dans une vue systématique, mais pour satisfaire à une nécessité pratique et pressante, pour combler un déficit croissant, pour remettre l’ordre dans les finances de l’Etat. Aucun motif semblable ne commandait plus cette taxe ; le revenu public surpassait la dépense; on pouvait laisser tomber un remède extraordinaire employé contre un mal maintenant guéri. Pourquoi sir Robert Peel persistait-il à l’employer encore ? Était-ce pour amasser dans les caisses de l’État une grosse épargne, ou pour éteindre plus rapidement la dette publique? Non certes; c’était uniquement pour être en mesure de faire une grande expérience, d’introduire grandement dans l’administration de l’État ce principe de la liberté du com-

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merce proclamé par la science, et qui n’avait encore été que partiellement et timidement pratiqué. Et d’où ce principe tirait-il assez de force pour se faire ainsi accepter, malgré tant d’intérêts contraires , du gouvernement et de l’opposition tout ensemble? Etait-ce de son seul titre comme vérité abstraite et scientifique? Nullement; quel que fût leur respect pour Adam Smith et Ricardo, ni sir Robert Peel, ni lord John Russell n’étaient possédés à ce point de la foi philosophique ; une foi bien autrement armée et impérieuse, le plus grand bien-être du plus grand nombre de créatures humaines reconnu comme but suprême de la société et du gouvernement, c’était là la puissance supérieure dont sir Robert Peel s’était fait le ministre, et qui pesait sur tous ses adversaires, les uns dominés comme lui, les autres intimidés et paralysés par cette grande idée, clairement ou obscurément présente à leur esprit, soit comme un droit incontestable , soit comme un lait irrésistible. C’est là de nos jours le dogme démocratique par excellence, et ce sera la gloire de sir Robert Peel, comme ce fut sa force, d’en avoir été le plus sensé, le plus honnête, et, pour une société bien réglée, le plus hardi représentant.

La passion aveugle et illumine tour à tour les hommes. Les partisans passionnés^le l’abolition des droits à l’importation des grains s’étonnaient et s’alar-

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niaient du silence de Peel sur la question. Ils auraient dû s’en féliciter. Il était évidemment perplexe, peu satisfait du résultat des modifications qu’il avuit déjà apportées dans les lois sur les céréales , mais ne sachant pas bien jusqu’où il devrait aller s’il y portait encore la main, et attendant qu’il lui vint du dehors soit des clartés assez vives, soit une impulsion assez forte pour qu’il se remit en mouvement, voyant bien son but et se sentant en état de l’atteindre. A l’ouverture de la session de ISto, dans le débat de l’adresse, lord John Russell, en réclamant pour les grains l’application des principes généraux de la liberté du commerce, essaya d’embarrasser et de compromettre le cabinet, qu’il voulait contraindre à s’expliquer. Sir Robert Peel ne répondit point. Deux jours après, M. Cobden témoigna sa surprise que la reine, dans son discours, n’eût rien dit des souffrances qui pesaient, dans plusieurs comtés, sur la population agricole, et il annonça qu’il provoquerait la formation d’un comité d’enquête sur les causes de la détresse de l’agriculture. Dans la courte discussion qui s’engagea à ce sujet, quelques défenseurs du système protecteur imputèrent cette détresse au récent affaiblissement de la protection. Sir Robert Peel se borna à repousser ce reproche : « Je ne pense pas, dit-il, que l’état de souffrance de l’agriculture provienne, à aucun degré, des lois que j’ai fait naguère adopter, et je mutais un devoir de dire que je ne me propose pas de réclamer une nouvelle intervention du Parlement. Je crois le rétablissement de la

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