DÉIMT DES LOIS SUR I.ES GRAINS (184G
votre sympathie et de pressants conseils de résignation patiente. Interrogez vos cœurs, et répondez-moi à cette question : est-ce que vos assurances de sympathie seront moins consolantes et vos exhortations la patience moins efficaces si, à cette époque, de votre libre consentement, les lois sur les grains ont cessé d’exister? Est-ce que ce ne sera pas pour vous une satisfaction de penser que par votre propre volonté vous vous êtes déchargés de la pesante responsabilité de régler la somme et le prix des subsistances? Est-ce que vous ne vous direz pas alors, avec une joie profonde, qu’aujourd’hui, à cette heure de prospérité comparative, sans céder à aucune clameur, à aucune crainte, si ce n’est à cette crainte prévoyante qui est la mère de la sûreté, vous avez prévenu les mauvais jours, et que, longtemps avant leur venue, vous avez écarté tout obstacle à la libre circulation des dons du Créateur? »
Volontaire ou involontaire, empressée ou arrachée, l’admiration fut générale; les radicaux se livrèrent à la leur avec transport: « L’honorable baronet, s’écria M. Bright, a prononcé hier un discours plus puissant et plus admirable que de mémoire d’homme il n’en a été entendu dans cette chambre ; je l’ai observé à sa sortie, pendant qu’il retournait chez lui, et pour la première fois je lui ai envié ses sentiments. » Et s’adressant aux conservateurs : « C’est vous qui l’avez porté au pouvoir. Pourquoi? Parce qu’il était le plus capable de votre parti. Vous le disiez tous; vous ne le nierez pasaujourd’hui. Et pourquoi était-
il le plus capable? Parce qu’il avait une grande expérience , des connaissances profondes et une honnête
sollicitude pour le bien du pays C’est quelque
chose que d’avoir à répondre de l’exercice du pouvoir : portez vos regards sur les populations du Lancashire et du Yorkshire ; et malgré toute votre vaillance, et quoique vous parliez sans cesse de lever le drapeau de la protection, demandez-vous vous-mêmes s’il y a dans vos rangs des hommes qui veuillent aller occuper ce banc où siège l’honorable baronet, à la condition de maintenir la loi sur les grains. Je les en défie ! »
Je crois que M. Bright avait raison, et qu’au point où l’affaire en était venue, les plus hardis des conservateurs opposants n’auraient pas osé se charger du gouvernement aux conditions qu’ils voulaient imposer à sir Robert Peel. Ils n’en persistèrent pas moins dans leurs exigences et leurs violences. C’est l’une des fautes les plus communes de l’opposition de réclamer avec passion ce qu’elle ne tenterait pas d’accomplir, se donnant ainsi, aux yeux des honnêtes gens sensés, le tort d’une imprévoyance frivole ou d’une hypocrisie ambitieuse. Mieux placés pour être conséquents et francs sans colère, les whigs , dans tout le cours du débat , appuyèrent loyalement sir Robert Peel : ils y avaient peu de mérite ; il faisait à la fois les affaires de leurs principes et celles de leur ambition ; il dissolvait son parti sans enlever aux chefs whigs le leur. De part et d’autre la conduite et le langage furent parfaitement vrais; les whigs n’mtervin-