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classes de cette société. Le désir de garder le pouvoir n’est entré pour rien dans nos propositions; nous savions bien que, soit qu’elles réussissent ou qu’elles échouassent , elles auraient pour issue certaine la chute du cabinet. Peut-être convient-il à l’intérêt public que telle en ait été en effet l’issue. Il est naturel que beaucoup de nos amis nous aient retiré leur confiance. Quand des ministres proposent des mesures contraires en apparence aux principes qu’ils ont soutenus jusque-là, et s’exposent ainsi au reproche d’inconséquence ; peut-être est-il bon, pour le pays et pour l’honneur des hommes publics, que cette conduite leur attire ce qui en semble le châtiment convenable, la perte du pouvoir. Je ne m’en plains donc point. Il vaut infiniment mieux perdre le pouvoir que le garder sans une complète certitude de la confiance de la chambre.
« J’ai dit naguère, et sincèrement, qu’en proposant nos mesures de politique commerciale, je ne voulais nullement enlever à d’autres le mérite qui leur en revient; je dirai , pour les honorables membres qui siègent en lace de moi, comme je le dis pour moimème et mes amis, que ce n’est ni à eux ni à nous qu’appartient l’honneur de cette œuvre. Des partis en général opposés se sont unis ; cette union et l’influence du gouvernement ont amencj le succès de nos mesures ; mais le nom qui doit être et qui sera placé en tète de ce succès n’est ni le nom du noble lord qui dirige le parti dont nous avons eu le concours, ni le mien ; c’est le nom d’un homme qui , par des motifs
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purs, je crois, et avec une infatigable énergie, a fait appel à notre raison à tous, et nous a forcés de l’écouter par une éloquence d’autant plus admirable qu’elle était sans prétention et sans ornement : c’est le nom de Richard Cobden !
« Je termine ici les observations que mon devoir me commandait d’adresser à la chambre. Je la remercie de la faveur avec laquelle elle a bien voulu m’écouter dans ce dernier acte de ma carrière officielle. Dans peu d'heures probablement, le pouvoir que j’ai tenu cinq ans passera dans les mains d’un autre, sans regret et sans plainte de ma part, avec un souvenir bien plus vif de la confiance et de l’appui que j’ai obtenus pendant plusieurs années que de l’opposition que j’ai rencontrée naguère. En quittant le pouvoir, je laisserai un nom sévèrement blâmé, je le crains, par beaucoup d’hommes qui, sans intérêt personnel, uniquement en vue du bien public, déplorent amèrement la rupture des liens de parti, convaincus que la fidélité aux engagements de parti et le maintien des grands partis sont de puissants et essentiels moyens de gouvernement. Je serai aussi sévèrement blâmé par d’autres hommes qui, aussi sans intérêt personnel, adhèrent au principe de la protection, le regardant comme nécessaire à la prospérité du pays. Je laisserai un nom détesté des monopoleurs qui, par des motifs moins honorables, réclament la protection dont ils profitent. Peut-être laisserai-je un nom qui sera quelquefois prononcé avec des expressions de bienveillance dans les de-
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meures de ceux dont le lot en ce monde est le travail, qui gagnent leur pain à la sueur de leur front, et qui se souviendront de moi quand ils répareront leurs forces par une nourriture abondante et franche d’impôt, d’autant plus douce pour eux qu’aucun sentiment d’injustice n’y mêlera plus son amertume. »
Les applaudissements éclatèrent de toutes parts. Après une longue et confuse émotion de la chambre, lord Palmerston et M. Hume, l’un avec une convenance habile, l’autre avec un abandon sincère, adressèrent A sir Robert Peel les témoignages d’une estime pleine d’admiration. La chambre s’ajourna au 3 juillet. Sir Robert Peel sortit, s’appuyant sur le bras de sir George Clerk, représentant de Stamford et son ami. l'ne grande foule encombrait la place; tous se découvrirent à sa vue. ouvrirent leurs rangs pour le laisser passer, et l’accompagnèrent en silence jusqu’à la porte de sa maison. Le 3 juillet 1846, quand la chambre reprit ses séances, le cabinet wbig, sous la direction de lord John Russell, était en possession du pouvoir.
En sortant du pouvoir comme il en sortit en 1846, sir Robert Peel entra dans la situation la plus tentante et la plus périlleuse pour l’orgueil môme le plus légitime, l’empire sans le gouvernement, l’autorité sans la responsabilité. J’ai vu de nobles esprits succomber à cette tentation, et se donner trop complaisamment les superbes plaisirs d’une supériorité