ENTRE A LA CHAMBRE DES COMMUNES (1R
Robert Peel , à peine âgé de vingt et un ans, entra en 18011 dans la chambre des Communes.
A peine il y siégeait, et déjà l’avenir qu’on présageait pour lui était un sujet de sarcasmes; un pamphlet courut, intitulé Testament et dernières volontés d un patriote, qui s’amusait à donner aux hommes publics les qualités qu’il leur croyait nécessaires : « Je donne et lègue, disait-il, ma patience à M. Robert Peel; il en aura besoin avant de devenir premier ministre d’Angleterre ; et, en cas que cela lui arrive, ma patience fera retour au peuple anglais, qui en .aura grand besoin à son tour. » Il y avait prétexte à cette dédaigneuse ironie ; le premier ministre prédit avait débuté avec un talent et un succès un peu froids. Les maîtres de la politique et de l’éloquence, Pitt, Fox, Burke, n’étaient plus là; mais, dans le Parlement et hors du Parlement, le public, encore tout ému de leurs grandes luttes, restait passionné et difficile; leurs seconds, tirât tan , Sheridan, Tierney, Romilly, Windham, Canning surtout, occupaient encore brillamment la scène. Brougliam venait d’y entrer. Plus judicieux qu’énergique et plus lucide que chaud, Robert Peel n’emporta [joint du premier coup, dans l’esprit des spectateurs, son renom et son rang.
Les hommes de gouvernement et d’affaires le devi-
SFR ROBERT PERI.
nèrent mieux. M. Perceval, alors premier ministre, s’empressa de l’attacher à l’administration comme sous-secrétaire d’Etat au département des colonies. Deux ans après, en 181 2, lord Liverpool, devenu chef du cabinet, le fit d’abord principal secrétaire pour l’Irlande, puis en 1821 ministre de l’intérieur, et M. Peel occupa ce poste jusqu’à la chute du cabinet Liverpool, en 1827. Il fut ainsi, pendant dix-sept ans et dès ses premiers pas dans la vie publique, constant défenseur et membre actif du gouvernement.
Les douze premières années de cette époque, jusqu’au suicide de lord Castlereagh, marquis de Londonderry, en 1822, furent le règne le plus complet du parti tory, de torys bien plus rigides que ne l’avait jamais été M. Pitt, leur maître. Des esprits superficiels s’en sont étonnés. La ]>aix et les gouvernements pacifiques étaient rétablis en Europe ; les périls extérieurs ou intérieurs dont l’Angleterre s’était vue menacée n’existaient plus; les causes qui l’avaient portée à tendre fortement les ressorts du pouvoir s’étaient évanouies ou grandement atténuées; il semble «pie le pouvoir eût dû se relâcher : mais les effets survivent longtemps aux causes; si le régime tory ne paraissait plus au même point indispensable, le parti tory n’en était pas moins le parti victorieux et dominant, partout en possession de la prépondérance et puissamment organisé pour la conserver. C’est le parti naturel du gouvernement; le pouvoir va, par sa propre pente, aux hommes qui l’aiment et