‹ Sir Robert PeelChapitre 62 sur 67 · SUR LES AFFAIRES DE GRÈCE · texte numérisé non relu

SUR LES AFFAIRES DE GRÈCE

pour le cabinet whig une question de vie ou de mort, et sir Robert ne désirait nullement sa chute. Il connaissait trop bien l’incohérence des éléments réunis ce jour-là dans l’opposition : le parti sans chefs, comme on appelait les anciens conservateurs qui avaient M. Disraéli pour organe, les chefs sans parti, parmi lesquels sir Robert I’eel, sir James Graham et M. Gladstone étaient les trois principaux, et une portion des radicaux, comme M. Cobden et sir William Molesworth, partisans déclarés de la politique pacifique, mais aspirant à des réformes intérieures que repoussaient absolument leurs alliés du moment. Si le cabinet wliig était tombé, ses vainqueurs auraient été hors d’état de lui succéder.

Le débat avait duré toute la nuit. Quand la chambre leva sa séance, le jour commençait, le samedi 29 juin 18o0, un beau jour d’été. Sir Robert Peel rentra chez lui à pied, content de son succès et charmé de respirer l’air frais du matin sous les premiers rayons du soleil. Après avoir pris quelques heures de repos, il sortit avant midi pour aller assister à une séance de la commission chargée, sous la présidence du prince Albert, des préparatifs de la grande exposition industrielle de 18ol ; on devait déterminer ce jour-là l’emplacement et le plan du Palais de cristal. De retour chez lui , sir Robert passa dans son cabinet le reste de la matinée, et res-

sortit ii cheval, vers cinq heures, suivi d’un groom, pour une promenade. Il alla d’alwrd à la porte de Buckingham-Palace écrire son nom sur le livre de visites de la reine; puis, arrivé, à Constitution-Hill, presque en face du guichet qui ouvre sur Green- Park, et rencontrant miss Ellis, une des filles de lady Dover, qui se promenait aussi à cheval, il s’avança pour la saluer. Le cheval de sir Robert fit quelque résistance; c’était un cheval de huit ans, qu’il montait depuis deux mois. Sir Robert le ramenait doucement quand le cheval fit un brusque écart et le lança pardessus sa tête. Il tomba violemment et tout de son la long, face contre terre. Deux passants le relevèrent aussitôt ; un médecin de Glasgow, le docteur Foucart, qui se trouvait à quelques pas, s’approcha et lui demanda s’il était blessé : « Oui, beaucoup, » répondit sir Robert avec un profond gémissement, et avant qu’on se fût procuré une voiture, il perdit connaissance. Mistriss Lucas, qui passait, offrit sa voiture ; on y plaça sir Robert, qui reprit ses sens et dit : « Je me sens mieux. » La voiture traversait le parc au pas pour le ramener dans sa maison de Whitehall-Gardens ; les deux passants qui l’avaient relevé et le docteur Foucart l’accompagnaient ; ils rencontrèrent le médecin de la reine, sir James Clark, qui avait appris l’accident et accourait offrir ses soins. Quand sir James fut monté dans la voiture, sir Robert entra dans une vive agitation ; il voulait se lever et descendre ; on fut obligé de le retenir, et il retomba dans un demi-évanouissement. Arrivé

TOMBE DE CHEVAL (29 juin 1850). 327

devant sa porte, il reprit sa pleine connaissance, et debout, sans appui, entra dans la maison. Lady Peel et plusieurs personnes de sa famille, informées de ce qui venait de se passer, l’attendaient dans le vestibule avec la plus vive anxiété. La rencontre émut et troubla extrêmement sir Robert. 11 s’évanouit de nouveau dans les bras du docteur Foucart, Transporté dans la pièce la plus voisine, la salle à manger, on l’y déposa sur un canapé. Il ne sortit plus de là, et tout mouvement lui était si insupportable qu’on eut grand’ peine à le faire passer du canapé sur un lit hydraulique, où il ne cessa de s’agiter douloureusement.

Appelés aussitôt, les médecins et les chirurgiens les plus distingués de Londres accoururent, entre autres sir Benjamin Brodie, qu’on eut quelque peine à trouver: mais quand ils voulurent examiner de près l’état du malade, ils se virent en présence d’une difficulté aussi imprévue que pénible. Naturellement et même en santé, la susceptibilité nerveuse de sir Robert Peel était extrême, et depuis quelque temps eüe s’était accrue à ce point que, malgré son goût vif et sa longue habitude de la chasse, il y avait presque renoncé par déplaisir de l’ébranlement que son propre coup de fusil lui causait. Toute douleur physique le troublait et l’agitait étrangement. Après sa chute, le trouble, l’agitation, l’aversion de la douleur furent telles que ses médecins ne purent parvenir à bien reconnaître tous les eifets de l’accident et la portée du mal. Sir Robert se défendait de tout examen, de tout contact, et entrait, quand on insis-

tait, dans une irritation alarmante. On constata une fracture de la clavicule, et on en commença la réduction ; mais l'opération demeura incomplète, à cause de l’angoisse du malade, et au bout de quelques heures, il demanda avec tant de passion à être délivré des bandages, qu’on ne crut pas pouvoir s’y refuser. Il demeura ainsi à peine pansé, livré aux suites naturelles de l’acculent, et la science humaine fut plus timide et plus impuissante pour le plus grand ministre de l’Angleterre qu’elle ne l’eût été pour le plus obscur et le plus pauvre de ses habitants. Ce fut seulement après la mort de sir Robert Peel qu’on reconnut que la cinquième côte gauche, fracturée aussi, avait pesé sur le poumon et amené un engorgement qui devint, dit-on, la cause déterminante de la mort.

Dès que la nouvelle de l’accident se répandit, l’intérêt le plus vif et le plus universel éclata ; grands et petits, la cour et le peuple, le prince Albert, le prince de Prusse, le duc de Cambridge, tous les personnages considérables de l’Angleterre venaient et revenaient à Whitehall-Gardens pour demander des nouvelles de sir Robert, et ils trouvaient assemblés tout à l’entour une multitude de personnes de toute condition, bourgeois, ouvriers, hommes, femmes, enfants sur les bras de leurs mères, pauvres gens qui voulaient aussi savoir ce qu’ils avaient à espérer ou à craindre pour la vie de l’homme qui avait affranchi leur pain de toute taxe. Le mouvement des voitures devint tel qu’on fut obligé de les arrêter assez

MEURT DE SA CHUTE (2 juillet 1850). 3*21)

loin, de peur que le bruit n’ incommodât le malade, et le nombre des piétons qui attendaient des nouvelles était si considérable qu’on distribua des copies du bulletin à plusieurs constables ou policemen qui furent chargés, sur divers points, d’en donner tout haut lecture au peuple.

L’état de sir Robert Peel s’aggrava rapidement. Son excitation devint telle qu’on fut obligé d’écarter de sa chambre sa femme et ses enfants, dont la présence amenait à chaque instant quelque dangereuse émotion. Tantôt il entrait dans un violent délire et voulait se lever, tantôt il tombait dans un affaissement si complet que sa fin semblait prochaine. Plusieurs fois il parut préoccupé de la pensée de ses amis; les noms de lord Hardinge et de sir James Graham revenaient particulièrement sur ses lèvres. Le mardi 2 juillet, à quatre heures du matin, il s’endormit et eut quelques heures de repos qui rendirent un peu d’espérance ; mais à deux heures après midi, les symptômes les plus alarmants se manifestèrent ; le pouls allait s’affaiblissant et se précipitant à la fois ; à six heures, il donnait cent trente pulsations à peine saisissables. Les médecins déclarèrent que le moment fatal n’était pas loin. L’évèque de Gibraltar, le docteur Tomlinson, vieil ami de sir Robert, fut appelé. A son arrivée, lady Peel et la famille de sir Robert rentrèrent dans la chambre et entourèrent le lit, tous silencieux et en prières. Sir Robert, un moment ranimé, les regarda, les reconnut, et faisant effort pour leur tendre la main, prononça ces mots à

peine articulés : « Dieu vous bénisse! » Lord Hardinge et sir James Graham, qui venaient d’arriver, furent admis dans la chambre ; lady Peel tomba dans un tel état qu’il fallut l’éloigner. Sir Robert ne parut pas s’en apercevoir; toute souffrance cessa avec toute connaissance, et à onze heures neuf minutes il expira, sans agonie, ayant autour de lui trois de ses frères, trois de ses fils, son gendre, lord Yilliers, ses deux amis, lord Hardinge et sir James Graham, et ses médecins.

Le lendemain, mercredi 3 juillet, quand la chambre des Communes se réunit, aucun des membres du cabinet n’était présent ; un de leurs amis les en excusa : « Lord John ltussell, dit-il, n’était pas encore revenu de la campagne, où il était allé la veille. » M. lïume, M. Gladstone et sir Robert Inglis, après quelques paroles d’hommage et de regret profond, proposèrent à la chambre de lever la séance et de s’ajourner. Le jour suivant, lord John Russell, en déposant sur le bureau le rapport de la commission qui adoptait Hyde-Park comme emplacement de la grande exposition universelle, dernier acte auquel eût concouru sir Robert Peel peu d’heures avant l’accident qui avait causé sa mort : « Qui ne serait, dit-il, saisi et accablé d’un sentiment de stupeur en songeant qu’un homme qui, vendredi dernier, éclairait la chambre des lumières de sa pensée, est aujourd’hui mêlé dans la foule des morts, et non par suite de l’une de ces maladies qui triomphent lentement de la nature en épuisant ses forces, mais

DES DEUX CHAMBRES (3 et 4 juillet 1850). par un de ces accidents vulgaires dont une vie si richement dotée semblait devoir être à l’abri?... Ce n’est pas à moi à parler de la carrière de sir Robert Peel;je n’ai jamais été avec lui en liaison politique...; mais, quoi qu’en puisse dire l’histoire, tout le monde reconnaîtra que, dans deux grandes circonstances, en pleine possession d’un pouvoir qui semblait parfaitement assuré, s’il a proposé à cette chambre des mesures qui le lui ont fait perdre, il ne l’a fait que par un grand amour pour son pays et par ce profond sentiment du devoir dont il était constamment animé. Je n’insisterai pas sur ces circonstances ; mais il y a dans la carrière de sir Robert Peel une époque dont je désire parler, car je sens qu’on lui doit un tribut d’éloges que jusqu’ici il n’a pas obtenu : c’est le temps écoulé de 1832 à 18il. Après la lutte engagée sur le bill de réforme du parlement, on pouvait craindre que les hommes qui avaient combattu ce bill, dont ils redoutaient les résultats, ne se retirassent de la vie publique, laissant ainsi s’engager une guerre de classes qui eût pu devenir funeste au pays. C’est sir Robert Peel qui a prévenu cette guerre. Quoiqu’il eût repoussé le bill de réforme, il a accepté avec un mâle courage la situation que ce bill lui avait faite ; il a invoqué le pays même, le verdict du peuple, à l’appui des principes dont il était le plus habile défenseur, et il a rétabli l’harmonie entre les divers pouvoirs de l’Etat. R a, je pense, dans cette occasion, rendu à sa patrie un grand service... Et dans ces dernières années, pleines de tant

<lc troubles et de luttes, si nous avons vécu en sûreté, nous l’avons dû surtout à la conduite que sir Robert a cru de son devoir de tenir. Animé de ces sentiments, j’ai besoin de dire que, sans faire moi-mème à ce sujet aucune motion, si les amis de sir Robert Peel désirent qu’on fasse pour lui ce qu’on fit à la mort de M. Pitt, je suis prêt à appuyer tout ce qui sera proposé pour qu’il reçoive les honneurs de funérailles publiques et solennelles... Je demande la permission d’ajouter qu’ayant jugé convenable d’obtenir, avant de parler ainsi, la sanction de la couronne, j’ai la certitude que tout ce qui pourra honorer la mémoire et le nom de sir Robert Peel recevra sur-le-champ l’assentiment de Sa Majesté. Je me mets donc entièrement dans les mains des plus intimes amis de sir Hobert Peel. M’ayant eu avec lui aucun lien politique, peut-être cette ouverture vientelle convenablement de moi, qui ne puis être atteint d’aucune partialité. Je sens que dès aujourd’hui le pays, et dans l’avenir la postérité, en comptant les noms des grands hommes d’Ktat qui ont orné l'histoire de l’Angleterre, placeront celui de sir Robert Peel parmi les plus éminents. »

Un tel hommage, presque également beau pour celui qui en était l’objet et pour celui qui le rendait, méritait une réponse encore plus rare ; elle ne se fit pas attendre. L’un des plus intimes amis de sir Robert Peel, son chancelier de l’échiquier dans ses deux administrations, et désigné par lui comme l’un de ses exécuteurs testamentaires, M. (îoulburn, prit

Digitizec

DES DEUX CHAMBRES (3 et 4 juillet 1850).

la parole : « Je ne me lève point pour rien ajouter, je ne pourrais le faire, au témoignage que le noble lord vient de rendre aux mérites de mon ami si profondément regretté... Je ne veux qu’exprimer au noble lord et à la chambre les sentiments des amis et de la famille de sir Robert Peel sur la proposition * que vient de faire le noble lord. Je l’accepte en leur nom avec la plus vive reconnaissance, comme une preuve de la gracieuse disposition du souverain à reconnaître les mérites d’un grand serviteur public, et comme la plus haute marque d’estime que la chambre des Communes puisse lui donner. Je parle non-seulement en mon propre nom, mais au nom de la famille de sir Robert Peel, quand je dis que je ressens jusqu’au fond du cœur l’honneur d’une telle proposition suggérée par la couronne et accueillie par le sentiment général de la chambre. Mais qu’on me permette de le dire, ceux qui n’ont pas été liés avec sir Robert Peel connaissent peu la simplicité de son caractère ; si jamais il y a eu un homme remarquable par son désir d’éviter l’ostentation et la pompe, c’est sir Robert Peel, et il détestait surtout la pompe et l’ostentation dans les cérémonies funèbres... Je lirai à la chambre une instruction qu’il écrivait le 8 mai 1844, quand il était dans la plénitude du pouvoir, à la tète d’un grand parti, et quand les mesures qu’il avait proposées au Parlement étaient couronnées d’un succès qui surpassait même son attente : — Je désire être enseveli dans le caveau de l’église paroissiale de Drayton-Rassett, où reposent

mon père et ma mère, et que mes funérailles aient lieu sans pompe ni éclat d’aucune sorte. — Et ce sentiment n’avait subi aucune altération, car, il y a six semaines, comme on venait de faire quelques changements dans l’église de Dray ton-Bassett , sir Robert montra à lady Peel la place même où il désirait que son corps fût déposé dans le caveau, répétant qu’il ne voulait ni ostentation, ni pompe. En de telles circonstances, la chambre sentira, j’en suis sûr, que je n’ai qu'un devoir à remplir, et que la famille de sir Robert Peel n’a qu’un vœu û former : c’est d’exprimer la plus profonde reconnaissance pour l’intention qu’a eue Sa Majesté de conférer à sir Robert le plus grand honneur qu’aient jamais rendu à un sujet le souverain et la chambre des Communes, mais en même temps de décliner aussi fermement que respectueusement la proposition. »

La chambre accueillit ces paroles avec une émotion, je dirais presque avec une soumission respectueuse, qui était pour sir Robert Peel le plus digne hommage. Les mêmes témoignages d’estime et de regret lui furent rendus dans la chambre des Lords. Le marquis de Lansdowne au nom du gouvernement, lord Stanley comme un ancien allié et un récent adversaire, lord Rrougliam comme un ami des réformes libérales, le duc de Wellington avec l’autorité d’un chef aussi désintéressé que glorieux, sous qui sir Robert avait longtemps servi et qui avait voulu servir sous lui à son tour, se levèrent successivement pour honorer sa mémoire, inégalement éloquents , mais

LÉGISLATIVE DE FRANCE [5 juillet 1850J. 33

• tous également pénétrés et sincères. Et le lendemain

même du jour où sir Robert Peel recevait dans les deux chambres de son pays ces éclatants hommages, le a juillet 18a0, le président de l’Assemblée législative de France, M. Dupin, adressait à l’Assemblée ces paroles aussi convenables qu’opportunes: « Messieurs, au moment où un peuple voisin et ami déplore la perte qu’il vient de faire d’un de ses hommes d’Etat les plus recommandables, sir Robert Peel, je crois que c’est honorer la tribune française que de faire entendre dans cette enceinte l’expression de nos sympathiques regrets, et de manifester notre haute estime pour cet orateur éminent qui, pendant tout le cours de sa longue et glorieuse carrière, n’a jamais eu que des sentiments de justice et de bienveillance pour la France, et des paroles de courtoisie pour son gouvernement. (De toutes parts: très-bien! très-bien .') Si l’assemblée daigne approuver mes paroles, il en sera fait mention au procès-verbal. » L’insertion au procès-verbal de la séance fut ordonnée l’unanimité.

Ces éloges, ces regrets, ces témoignages universels d’estime et de sympathie nationale et étrangère retentissaient encore quand, le 9 juillet, vers une heure après midi, le cercueil de sir Robert Peel partit du château de Drayton pour se rendre, à travers le parc et les champs, à l’église de la paroisse. Sa famille , ses principaux amis politiques venus le matin de Londres, les serviteurs de sa maison, les fermiers et les laboureurs de ses terres formaient le cortège. Le

SES OBSÈQUES A DRAYTON-BASSETT [9 ji’illii 1850). 337

n’insisterai que sur deux, le plus élevé et le plus humble. C’est le signe certain de la grandeur de se faire reconnaître à tous les degrés del’ échelle sociale, et de laisser partout, dans les chaumières comme dans les palais, les traces de son passage sur la terre.

Le 12 juillet, lord John Russell fit à la chambre des Communes la motion qu’un monument fût érigé à sir Robert Peel dans l’église de Westminster, avec une inscription où fût exprimé le sentiment public qu’inspirait une si grande et irréparable perte : « Je ne veux entrer, dit-il, dans aucun examen des services de sir Robert Peel, ni des mesures auxquelles son nom est hé.... La commission que vous avez chargée de rechercher quels devaient être les hommes éminents dont les statues orneraient cette salle a décidé que celles de M. Ilampden et de lord l’alkland y prendraient place... Klle a pensé sans doute que, quelque divers que fussent les principes et les talents de ces deux grands hommes, ils avaient eu l’un et l’autre à cœur le bien de leur pays et qu’ils avaient été l’un et l’autre l’ornement de leur temps. N’attendons pas deux siècles, comme pour Hampden et lord Falkland, ni même trente, vingt ou dix ans, pour rendre justice aux morts, et [tendant que le même sentiment nous anime, honorons comme il convient la mémoire de sir Robert Peel. » La chambre adopta sur-le-champ la motion, et le 18 juillet, elle reçut l’avis officiel que la reine avait donné les ordres nécessaires pour l’accomplissement de son vœu.

Déjà huit jours auparavant, un comité avait ou-

vert, au nom des classes ouvrières, une souscription d’un penny (deux sous) par personne pour ériger à sir Robert Peel un monument sous ce titre : « Monument national des pauvres.» Le comité demanda à M.Cobden de s’inscrire parmi les patrons de l’entreprise. « Ce sera pour moi un mélancolique plaisir, répondit le 6 juillet M. Cobden, de m’associer à une si convenable manière de témoigner la douleur presque universelle que cause la mort d’un grand bienfaiteur public. L’illustre homme d’Ktat qui nous a été si soudainement ravi a sacrifié tout ce qui peut être un objet d’ambition pour assurer, aux foyers et aux ateliers des multitudes laborieuses de ce pays, la sécurité, la santé et un bien-être croissant. Il savait quel prix il aurait à payer sur-le-champ pour le service qu’il rendait à la nation ; mais il comptait avec une foi prophétique sur le verdict futur du peuple. Au moment do sa plus rude épreuve, quand il prononça le discours qui a clos sa carrière officielle, après avoir parlé des liens de parti qu’il avait brisés pour toujours, des amitiés politiques qu’il avait transformées en amères inimitiés, des flots de calomnie qu’il avait soulevés contre lui, après avoir avec tristesse, mais sans regret, énuméré ses sacrifices, il se tourna vers le peuple pour demander sympathie et justice, et termina par ces paroles sa vie de ministre : — Peutêtre laisserai-je un nom qui sera quelquefois prononcé avec des expressions de bienveillance dans les demeures de ceux dont le lot en ce monde est le travail, qui gagnent leur pain à la sueur de leur front.

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