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leurs, trompés par ces apparences, ne font plus entre les acteurs aucune distinction; ils attribuent à tous ceux qui servent sous le même drapeau les mêmes idées, les mêmes passions, les mêmes desseins. Comme l’intraitable chancelier lord Eldon, M. Peel défendait la domination exclusive de la race anglaise et de l’Eglise anglicane en Irlande ; il devenait dans cette lutte l’adversaire en titre de M. O’Connell et l’objet de ses plus fougueuses invectives, et sir James Mackintosh pouvait dire en 1817, à l’occasion d’un grand débat sur l’émancipation des catholiques : « Peel a fait un discours de peu de mérite, mais élégant, clair, et si bien prononcé qu’il a été applaudi avec excès. U est un grand exemple de ce que vaut la mécanique de l’art oratoire quand elle s’unit il beaucoup d’éducation et d’étude. Il remplit maintenant l’important emploi d’orateur de la faction des intolérants. » Quand on relit aujourd’hui le discours de M. Peel, on ne s’étonne pas de cette dure parole, tant son langage contre l’émancipation des catholiques est positif et d’accord avec les préjugés de leurs adversaires. Et pourtant, en y regardant de près, on sent qu’il n’y a derrière ce langage, dans la pensée même de l’orateur, rien d’absolu ni d’irrévocable. C’est au nom d’un principe moral, la liberté religieuse, qu’on réclame l’émancipation des catholiques; c’est au nom d’un danger social, d’un danger anglais que M. Peel la repousse; il la regarde comme actuellement impossible, non comme essentiellement illégitime; que le danger cesse ou qu’il y ait plus de
PRINCIPAL SECRÉTAIRE POUR L'IRLANDE. la danger à repousser l’émancipation qu’à l’accorder, M. Peel pourra céder. On l’accusera de se démentir, et il n’aura pas bonne grâce à s’en plaindre; mais pour lui-mème et dans son àme, il n’aura point renié un principe ni trahi sa foi.
Dans la pratique des affaires , M. Peel s’efforcait d’adoucir en Irlande le dur régime dont il défendait le maintien. Détestant la violence brutale, quels qu’eu fussent les auteurs ou les victimes, il établit, dans les comtés troublés par des séditions que d’ordinaire l’oppression était seule chargée de réprimer, des magistrats spéciaux et une police régulière qui réussit si bien que presque partout en Irlande ses agents sont encore appelés des pee/ers. Dans l’administration de la justice et dans les questions de personnes, il essayait d’ètre envers les catholiques plus impartial que ne voulait le permettre l’esprit de faction orangiste. 11 témoigna pour l’éducation populaire en Irlande un vif et constant intérêt, favorisant l’établissement des écoles, des collèges catholiques, et saisissant l’occasion des débats élevés à ce sujet pour parler du peuple irlandais avec une bienveillante estime qui n’entrait guère dans le langage habituel de ses maîtres. Les amis de l’Irlande, les patrons de l’émancipation s’en montraient touchés, et en I<S2I le plus éloquent d’entre eux, M. Plunkett, en adressant spécialement à M. Peel son discours, lui disait : « Si je choisis l’honorable membre pour mon adversaire, je puis l’assurer que je le fais avec tout le respect dû à ses talents, à ses travaux, à son inté-