‹ Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du CanadaChapitre 11 sur 38 · Paul Ilaniclle · texte numérisé non relu

Paul Ilaniclle

Et il ajoute celle très énergique expression :

N'oubliez pas que lorsqu'il y aura un gouvernement libéral à Ottawa, c'est un Canadien-Français qui y occupera la première place.

Le !2i avril 1896, la Chambre des Communes était dissoute. Cette dissolution ne prenait point au dépourvu le parti libéral qui acceptait toutes les chances du duel et se préparait à déployer hardiment son drapeau. M. Laurier allait conduire la campagne avec une maestria sans égale, faire preuve d'une prodigieuse dextérité et montrer sur le terrain de la polémique autant de logique que d'irrésistible vigueur.

Les élections fixées au 25 juin s'annonçaient comme devant être chaudement disputées. Les deux partis se retrouvaient aux prises avec une vivacité nouvelle. L'ère électorale ouverte, aucun effort ne devait être épargné pour obtenirla victoire sur les deux principales questions en jeu: la réforme du tarif et les écoles du ]\Ianitoba,

En raison de l'importance de ces deux questions, la victoire promettait d'être des plus disputée. C'était en somme un rendez-vous décisif de partis. Que la masse du peuple canadien approuvât la politique libérale, c'était un fait qu'attestait hautement la popularité dont jouissait son représentant le plus accrédité ; néanmoins la lutte se livrait sur un terrain plutôt défavorable à M. Laurier, l'appui du clergé étant acquis au parti conservateur.

Le leader libéral, très explicite dans l'exposé de son programme, avait nettement indiqué que son idéal était le régime fiscal anglais. Cette question préoccupait en

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effet — et à juste titre — les esprits ; elle n'était pas la moindre des causes ayant ébranlé et même endommagé le crédit des tories.

M. Laurier ouvrait la campagne de l'opposition par une grande assemblée publique à Montréal au cours de laquelle, préconisant la non-intervention du gouvernement fédéral dans l'affaire des écoles du Maniloba, il affirmait que s'il arrivait au pouvoir il réglerait ce problème d'accord avec ses alliés libéraux des autres provinces « en faisant appel aux sentiments d'honneur et de justice delà majorité protestante du peuple canadien ». Ses déclarations sur ce point étaient aussi fermes que précises. Il se faisait fort, affirmait-il, de trouver une voie d'accommodement.

En sa qualité de Canadien-Français, sa situation était néanmoins assez délicate. Fils respectueux de l'Église et de ses traditions, il considérait comme inviolables les garanties d'autonomie provinciale consacrées par l'acte fédéral et se trouvait ainsi en opposition avec les prélats catholiques auxquels il déniait, d'ailleurs, toute intrusion dans le domaine de la politique. D'où l'extrême difficulté de faire prévaloir dans l'àme canadienne le respect de l'autonomie sur la soumission aux prétentions du clergé. C'est là dans ce conflit nettement défini, portant sur des points précis, que M. Laurier donne sa vraie mesure et se montre hors pair; il se dépense en qualités oratoires d'un ordre supérieur, il se prodigue en discours aussi profondément pensés qu'éloquemment énoncés. Son dévouement à la chose publique, son ardeur à la défense des principes qu'il croit les meilleurs, sa netteté habituelle, le mettent admirablement en relief.

Il aborde tous les obstacles d'un front serein. On le voit, dans de pressants appels à ses partisans, invoquer en faveur de ses doctrines les motifs les plus sérieux, les plus irréfutables, émettant toujours les idées les plus

saines et les meilleures, éclairant la nation et conquérant lopinion publique à force d'intelligence élevée et de large bon sens.

La lutte s'animait, sous l'action des forces vives d'une opposition homogène et grandissante de jour en jour, elle prenait une intensité et une âpreté toutes nouvelles. Le libéralisme apparaît armé de pied en cap, tout donne à croire que les jours du torysme sont comptés. Le parti conservateur se montre digne de lui-même, il se défend avec précision sinon efficacité, et si la sanction populaire ne doit pas couronner ses efforts, tout ce qui aura pu servir d'arme contre les libéraux n'en aura pas moins été utilisé. La lassitude de la nation est prête à lui signifier la rupture d'un bail de 18 ans.

Dans ce combat pour la primauté, l'opinion publique semblait favoriser le député de Québec-Est. Sous l'intluence des derniers mécomptes politiques, on sentait, en effet, au Dominion la quasi-nécessité de faire directement intervenir le parti libéral dans la direction des affaires.

On espérait, d'autre part, dans le groupe de M. Laurier que son nom et son titre de Canadien-Français dissiperaient les préventions qu'avait pu soulever sa ligne de conduite dans la question scolaire.

Comme gage à l'appui de ses déclarations relatives aux écoles du Manitoba, le chef des libéraux faisait publier une lettre de sir Olivier Mowat au cours de laquelle le premier ministre d'Ontario annonçait qu'il accepterait un portefeuille et la direction du Sénat au cas où le parti libéral arriverait aux affaires. Cette déclaration comportait un précieux avantage, sir Olivier Mowat possédant l'appui incontesté de la majorité des catholiques dans sa province.

Le leader libéral ne pensait d'ailleurs pas qu'il fût dé son devoir de subordonner — dans une question toute politique — ses convictions d'homme d'État et ses prin-*

cipes constitutionnels aux exigences du clergé catholique. Il soutenait qu'il était à son point de vue possible de rendre justice aux écoles sans violer l'autonomie provinciale et s'en référait sur ce point au peuple canadien qui, depuis nombre d'années, apprenait graduellement à penser plus hautement.

Sir Charles Tupper, qui ne négligeait rien pour faire échouer ses adversaires, s'était, avec un zèle qui trahissait suffisamment ses craintes, assuré l'appui du clergé catholique, convaincu qu'il était de trouver dans ce concours la seule force susceptible d'entraîner les populations canadiennes françaises profondément religieuses et dociles à la voix de leurs pasteurs.

C'est ainsi qu'à la veille du verdict national et au plus fort de la mêlée apparaissait le mandement collectif des évêques, qui prescrivait aux catholiques de soutenir le parti conservateur.

La résultante do cette action concertée semblait en apparence annihiler toute espérance de victoire pour les libéraux; il devait pourtant en être autrement; cette sensationnelle intervention froissant dans des âmes religieuses tous ces scrupules intimes qui ont droit au respect, alors même qu'ils sont exagérés, opérait un revirement complet tout en faveur du parti libéral.

Les élections se faisaient proches : chaque camp mettait en œuvre toutes ses ressources. Deux armées également bien disciplinées, ayant leurs chefs et leurs drapeaux, allaient se livrer un rude mais pacifique combat devant l'urne électorale.

Fait caractéristique entre tous, le succès tant désiré de part et d'autre dépendait de la province française et catholique de Québec ; son patriotisme devait infliger à sir Charles Tupper la plus cruelle des déceptions. La question des écoles du Manitoba ne pesait, en effet, d'aucun poids dans la détermination du corps

électoral de cette province; suffisamment éclairé par les leçons de la réalité, il demeurait unanime dans son désir d'accorder la victoire au défenseur-né des droits de la race canadienne-française, à M. Laurier dont la part efïective. grandement saisissable dans les principaux événements politiques, l'était aisément jusque dans les moindres.

Le loyal et magnanime libéral qui avait dirigé Topposition avec une habileté consommée, qui s'était voué corps et âme à une nation dans le noble but de la doter d'assises inébranlables, allait s'élever avec le flot montant du libéralisme pour le plus grand honneur de sa race et le plus grand bien de la Confédération.

Le 23 juin 1896 avaient lieu les élections fédérales. 55 voix de majorité, accusant toute l'étendue du succès, octroyaient la victoire au parti libéral. Le triomphe, fruit d'une entente et d'une action raisonnées, était au bout de l'effort. Arbitre du sort du libéralisme, le corps électoral, obéissant à l'impulsion de sa conscience, avait irrévocablement condamné le parti conservateur qui sortait décimé de la consultation nationale.

Symptôme irrécusable d'un important changement, c'est une phase qui se clôt; sous le regard complaisant du Destin l'ère des travaux féconds et des mesures salutaires s'ouvre avec la fortune triomphante du parti Laurier.

Sic transit gloria mundi. — Le groupe tory subissait ce jour-là une défaite écrasante, une disgrâce complète. Chaque régime n'a-t-il point sa période d'ascendance; chaque parti son époque culminante d'influence?

Pour la première fois depuis 1878 et pour la seconde

fois dans Ihistoire du Dominion, le parti libéral atteignai t le pouvoir. C'était un spectacle qui unissait toutle piquant de la rareté à la saveur du renouveau.

De telles luttes, quoi qu'on en dise, sont loin d'être stériles; les grands conflits politiques où tous les intérêts matériels et moraux d'une nation sont engagés, où deux partis hostiles, tous deux également animés du sincère amour de la patrie, plaident la cause publique, chacun dans un sens dilTérent, sont profitables au pays. La discussion et l'échange libre des opinions sur tous les sujets qui intéressent et préoccupent une nation la font vivre, grandir et prospérer.

Ce résultat électoral fixait un terme à la suprématie conservatrice qui — jouissant pour ainsi dire d'un véritable monopole — avait régi sans interruption le Canada, du 17 septembre 1878 au 23 juin 1896 et ({ui, depuis la fondation du Dominion, n'avait laissé que cinq ans la possession du pouvoir à ses adversaires.

Si solidement établie en apparence que les attaques les plus ardentes de l'opposition semblaient vaines et sans danger, la majorité conservatrice, en dépit de vingt années d'assentiment public, venait de s'écrouler, ratifiant ainsi la déchéance du parti tory qui ne pouvait, à vrai dire, se prévaloir d'aucune réforme notable. Les élections de 1896 avaient été la contre-partie des élections de 1891.

Quant au parti libéral il n'avait cessé de pousser au Canada des racines de plus en plus profondes, le mouvement populaire se dessinait en sa faveur ; l'évolution sociale du Canada contribuait encore à accroître sa puissance ; sa nature consacrait officiellement une situation vers laquelles'acheminaitdéjà,depuisnombre d'années, lepeuple canadien ; l'avènement du groupe Laurier représentait un mouvement d'opinion, un ensemble de forces parlementaires, une direction précise dans la politique économique.

Le pays solennellement consulté s'était nettement prononcé sur les principes soumis à la sanction populaire. Un fait saillant ressortait, à vrai dire, des élections : réchec — contre toute prévision — du mandement des évoques.

Déférents envers ce clergé qui avait présidé au réveil de leur nationalité, envers cette Église, qui, sortie des entrailles de la nation, avait pris part à toutes ses luttes, ils n'en avaient pas moins condamné son ingérence dans le domaine politique. Ces Canadiens, cœurs honnêtes et résolus adeptes d'une religion sincèrement pratiquée, avaient concilié les principes de la liberté religieuse avec les nécessités de la société moderne.

C'est un signe des temps que cet avènement au pouvoir d'un Canadien catholique affranchissant ses compatriotes de la rigide discipline d'un Catholicisme dont l'empire s'étendait des profondeurs de la conscience individuelle aux plus éclatantes manifestations de la vie nationale.

En dépit de l'opposition du clergé canadien, le leader libéral, qui ne tenait pas — et pour cause — à rester en désaccord avec ce guide traditionnel, dont il appréciait aussi bien la véritable grandeur que l'ascendant dominateur, était résolu à pousser la conciliation aussi loin que possible tout en maintenant le droit de la conscience humaine à n'être pas gouvernée dans ses devoirs politiques par des tendances et des influences religieuses.

Grâce à l'éloquence qui entraîne, à la cordialité qui séduit; grâce à sa force persuasive et à son charme personnel; grâce à ce puissant levier qu'est la popularité, le peuple canadien se rangeait à son avis et M. Laurier

98 SIR WÎLFHII) LAURIER.

recueillail les fruits d'une ténacité qui ne semblait pourtant point réservée à un aussi prompt succès.

La campagne avait été menée avec une étonnante intensité d'énergie, elle se terminait avec éclat. Éminemment qualifié pour tenir le premier rang et s'y imposer. M. Laurier ne devait point fléchir sous la responsabilité de sa victoire. Au moment où V « ère des difficultés succédait à l'ère des combats », il s'apprêtait fièrement et noblement à « saisir le burin de l'histoire ». En ce nouveau poste, il se montrera le champion de la liberté et du respect des lois, mais il fera surtout et avant tout preuve de personnalité.

La conséquence immédiate du succès libéral était l'élévation de M. Laurier au poste de premier ministre. L'étoile du parti libéral émergeait à l'horizon. La voie était libre pour celui qui s'en était fait en toute occasion le défenseur dévoué et l'apôtre persévérant. II avait pesé d'un grand poids dans la victoire de ce groupe; il devait y jouer un rôle toujours grandissant et compter pour beaucoup dans ses destinées.

Le triomphe n'était, d'ailleurs, pas disproportionné aux qualités de cet homme d'Etat qui possède une vitalité égale à l'attraction qu'il exerce.

Après avoir débuté par le succès, continué par la gloire, il atteignait l'honneur.

Pour ce faire, la race canadienne-française avait jeté son poids dans la balance. Elle élevait ainsi à une fonction suréminente un de ses enfants, frappante expression de son génie, dont le nom considéré était, en lui-même, un gage de conciliation et de sécurité, un de ces citoyens toujours prêts à défendi'e et à faire respecter les libertés inscrites dans la Constitution nationale, un de ces patriotes « faits pour se survivre à eux-mêmes par leurs ■actions ».

M. Laurier présentait cette particularité d'avoir der-

SA CARRIEKE. 0!l

rière lui un passé considérable déclivité. Duranl un cycle de vingt-cinq ans, il n'avait point quitté la scène parlementaire et jouissait de la fortune plus que rare de s'être grandi avec les circonstances.

Doué de cette faculté de prévoyance qui fait les véritables politiques : caractérisé par une impartiale liberté d'esprit et une saine justesse, ennemie de toute induction hasardeuse; popularisé par ses nobles penchants et son patriotisme riche d'énergique action, il se trouvait légitimement l'homme souhaité, l'homme nécessaire.

Dans tout l'éclat d'une grande notoriété, précédé d'une enviable réputation de tact et de loyauté, ce politique éloquent, mûri par l'âge et par l'expérience, arrivait au ministère, porté par un irrésistible courant libreéchangiste. Il tenait, il est vrai, pour la plus grande part, son ascension aux affaires de l'appui des Canadiens-Français, fiers de voir un des leurs occuper, pour la première fois, la plus haute place dans ladminislralion de la Confédération, mais sa culture et ses habitudes d'esprit anglaises lui avaient également rallié les sympathies des Canadiens de race anglo-saxonne.

A un sens très aiguisé de la tactique parlementaire, M. Laurier unissait la froide clarté d'une pure raison. Il joignait à ces précieux avantages les qualités qui font les grands ministres et les politiques de premier rang.

Sa prééminence se trouvait ainsi justifiée autant par les tendances libérales et généreuses de son caractère que par son dévouement au bien public. A l'abri de toute influence illégitime, cet observateur pénétrant ne caressait que des desseins fermes et des espoirs réfléchis.

La situation nouvelle réclamait un homme nouveau, M. Laurier était, en conséquence,, appelé à former un ministère. Mandé par lord Aberdeen, le leader libéral arrivait à Ottawa le 10 juillet. Une chaleureuse réception

JOO SIll WILl HID LAURIER.

Y y altcndail. Une foule de plusieurs milliers de personnes se groupait à sa descente du train et lui souhaitait la bienvenue.

C'était un nom nouveau et un nom français qui s'inscrivait au fronton du livre d'or gouvernemental. La race canadienne-française, qui se trouvait être le piédestal de ce succès, le constatait avec orgueil, et la France n'était, certes, pas la nation ayant le moins à y applaudir.

Pour s'être voué sans restriction au maintien d'une nationalité très distincte et très persistante, ce personnage politique de premier ordre, imperturbable adhérent à la religion du patriotisme, avait incontestablement conquis le droit d'être reconnu comme le meilleur ouvrier de l'unité canadienne.

L'avènement de Wilfrid Laurier au pouvoir était, en quelque sorte, un événement pour ces deux grandes laces latine et anglo-saxonne qui « ont enfanté les plus grandes individualités et fait surgir de leur contact les faits les plus intéressants de lliistoire ».

Expression sincère d'un loyal libéralisme, M. Laurier, conformément à l'esprit qui triomphait en sa personne, s'attachait à réunir autour de lui les plus hautes capacités de son parti.

Au lendemain des élections, il réussissait à constituer lin ministère très compact par l'heureuse conformité des convictions politiques de ses membres tous d'accord sur les questions décisives. Faisceau de force, de talent et de confiance virile, engagés sous le même drapeau, associés aux mêmes luttes, ces hommes savaient pouvoir, au besoin, compter les uns sur les autres à l'heure où les

SA carrikhf:. loi

difficultés nouvelles succèdent si souvent aux difficultés vaincues.

Il s'adjoignait comme collègues cinq anciens premiers minisires des gouvernements provinciaux, parmi lesquels sir Richard Cartwright, l'éloquent et courageux défenseur des principes du libre-éciiangc, auquel était confié le portefeuille du commerce.

Les plus dignes et les plus capables s'élaient montrés disposés à lui faciliter la lâche en se chargeant du pouvoir au moment où surgissait « l'épreuve de la victoire souvent plus difficile que l'épreuve du combat ».

Afin de se consacrer tout entier à la direction générale du ministère, M. Laurier prenait la présidence du Conseil.

Par son expérience sans rivale, il se trouvait là dans sa sphère d'activité naturelle ; il devait y consacrer toute son habileté au maniement des hommes et au règlement des choses et aussi s'y employer avec une infatigable énergie à soutenir et à propager ses idées.

Aussi solides que brillantes, les qualités du nouveau chef de gouvernement faisaient de lui le chef consciencieux et respecté de la Confédération.

Tous les regards se tournaient avec intérêt et sympathie vers ce caractère droit, qui jouissait du très rare bonheur d'échapper aux défiances et aux suspicions, vers ce caractère immuable dans ses convictions, qui. s'étant toujours inspiré des intérêts supérieurs de son pays, attachait à un nom français l'auréole de la Présidence canadienne. Tous sympathisaient avec ce laborieux serviteur du Canada qui s'entendait à remuer les sentiments et à manier les hommes avec autant d'art que d'aménité.

M. Laurier prétendait garder une loyale fidélité aux principes professés dans l'opposition. Il avait d'ailleuis l'habileté nécessaire pour en faire une application

oppoiiune étroitement liée à ravenir économique de sa patrie. Après s'être rendu compte des immenses avantages du libre-échange, il veut en faire jouir son pays, dont la prospérité repose sur l'extension de son commerce.

Aussitôt le ministère constitué, le cabinet Laurier se mettait courageusement à l'œuvre pour remplacer le système des traités exclusifs par celui de la réciprocité. Le Canada entrait dans la voie des réformes avec l'espérance de se placer dans l'avenir au premier rang des nations réformatrices en économie politique.

Le ministère libéral était favorablement accueilli en Europe: il se trouvait donc en bonne posture pour améliorer les relations extérieures du Canada.

A Londres, néanmoins, on ressentait quelques alarmes. Que pouvait-on attendre — en ce pays où l'Angleterre règne mais ne gouverne pas — d'un premier ministre canadien-français, homme de talent, sans attache aristocratique, qui avait su forcer l'accès du parlement et du gouvernement en gardant toute la fierté de son indépendance et qui arrivait au pouvoir, fort du triple prestige de son talent oratoire, de son influence considérable, et de l'étendue de ses connaissances politiques?

La Présidence ne pouvait manquer d'avoir un grand éclat et le cabinet d'être un grand ministère dirigé par un grand ministre.

La province de Québec apportait enfin son contingent de préoccupations; n'allait-elle pas se croire maîtresse de la situation, prendre un rôle actif et montrer des exigences excessives?

j\L Laurier avait pris possession de son ministère avec une simplicité et une aisance de manières dignes de remarques. Il semblait posséder le sentiment de la situation et l'habitude du pouvoir auquel il était depuis long-

temps préparé par le pressentiment très net de l'approche de son triomphe.

A l'occasion de l'élection de M. Tarte, le chef du gouvernement prononçait son premier discours de ministre.

Puis il affirme quelque temps après :

Quil s'efTorccrait de donner un élan particulier à la littérature nationale et de faire de la capitale un foyer pour les Beaux-Arts et les Lettres.

Au sortir de la lutte électorale, M. Laurier s'employait de calmer les craintes des communautés manufacturières en respectant le changement de tarif. Il écrivait alors à ce sujet :

Je puis renouveler, après le combat, l'assurance que j'ai donnée pendant la lutte, que le tarif ne serait pas applique inconsidérément, mais qu'il serait tenu dûment compte de tous les intérêts. Je voudrais aussi pouvoir persuader aux masses commerçantes qu'il n'y aura pas de changements hâtifs et qu'il ne sera perdu aucune occasion de développer le commerce en tous sens durant la saison prochaine.

Cette lettre, largement répandue, causait une certaine sensation dans le monde commercial canadien préoccupé des graves conséquences qu'allait entraîner pour lui la réforme douanière; on se réjouissait ouvertement de cette nouvelle preuve de sage discernement du premier ministre.

Au courant de juillet, ^L Laurier se rendait dans la province de Québec et prenait la parole à Saint-John.

Notre parti — disait-il notamment — a été représenté par ses adversaires comme un parti de rebelles qui veut tâcher de desserrer tous les liens coloniaux. Je suis de race française comme vous tous et je n'hésite pas à déclarer que je suis un loyal sujet de Sa Majesté. Si j'avais vécu

lOi SIR WILFRID LAURIER.

en 1837, peut-être aurais-je été avec ceux qui ont combattu et sont morts pour la défense de leurs libertés; mais nous sommes actuellement en 1896 et tous les droits des sujets britanniques sont également les nôtres.

Le parlement se réunissait à Ottawa le 19 aoûl. Celte phase préliminaire du régime libéral se terminait le 5 octobre.

Les débuts d'une session apportent toujours à ceux que le mouvement politique ne laisse pas indifférents lo sentiment de quelque chose de nouveau. Cette fois, les débals parlementaires allaient se donner libre cours sous les auspices du libéralisme auquel adhérait la majorité de l'assemblée nouvellement élue.

Au cours de la session, le chef du gouvernement se déclarait favorable à la construction d'un grand canal international unissant les grands lacs à l'océan Atlantique et cela sous le contrôle commun du Canada et des Étals-Unis.

Les Canadiens de toutes nuances politiques — disait-il le 21 aoûl à la Chambre des Communes — voient avec une profonde satisfaction le développement des sentiments de bienveillance et d'affection entre les Etats-Unis et le Canada. Le parti libéral canadien fera tous ses efforts pour écarter toutes les vieilles préventions et pour rapprocher les deux branches de la famille anglo-saxonne pour leur propre bien et celui de l'humanité.

La retraite du ministère conservateur avait quelque peu manqué de dignité et avait mis son Président aux prises avec le gouverneur général, lequel avait dû déclarer nulles et non avenues nombre de nominations faites m extremis par le leader tory.

Le 25 septembre, à la Chambre des Communes, sir

Charles Tupper rouvrait la discussion sur ce sujet dans une attaque contre lord Aberdeen.

C'est à I\I. Laurier qu'échut l'honneur de relever le réquisitoire de l'ancien ministre. Il s'en acquitta avec ironie. Sa verve sarcastique est un véritable scalpel.

L'honorable orateur est venu aujourd'hui devant le Parlement. Pourquoi? Pour venger la Constitution? Non, Monsieur! Les plaintes sont celles d'un serviteur congédié. Toute cette querelle, cette équivoque, cette chicane, cette « coupure de cheveux en c}uatre ». est absolument dénuée de signification à moins que ne se trouve derrière elle quelque tort moral. Mais, en le cas présent, il n'y a rien de tel. Son Excellence n'a causé de tort à personne, mais bien au contraire, assuré de grands avantages à la nation, car il démontre qu'en ce xix^ siècle, sous la royauté anglaise et avec l'aide de la Couronne britannique, existe le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ; et, pour cette raison, tous les vrais Canadiens révéreront à jamais le nom de lord Aberdeen.

Cette péroraison produisait une vive sensation et recrutait à l'orateur de nombreux applaudissements.

Continuant son œuvre de propagation libérale, M. Laurier prononçait en novembre un magnifique discours à Québec.

Il y traite la question du service rapide entre l'Europe et le Canada et déclare :

qu'il entend créer une ligne à grande vitesse pour les voyageurs assurant en même temps le transport rapide du fret. C'est là le double objectif qu'il a en vue. Quel que soit, dit-il, le montant des bonis que le gouvernement accorderait à une compagnie pour une ligne rapide de vapeurs, le monde commercial ne saurait en être satisfait s'il ne favorisait que le service des voyageurs.... Si nous sacrifions 750 000 dollars par an, il est nécessaire que nous soyions certains du service qu'il nous sera donné d'avoir.

loi) SIR WILFRID LAURIER.

Abordant la question des écoles du Manitoba, M. Laurier regrette de ne pas être à même de soumettre les conditions de Tarrangement qui doit être conclu, mais il lui sera possible de le faire avant peu.

Je ne parle pas, dit-il, pour ces catholiques qui ont marchandé avec les religions pendant ces vingt-cinq dernières années, mais j'en appelle à tous les chrétiens, soit catholiques, soit protestants, et nous verrons si, oui ou non, la religion ne peut pas être enseignée à l'école. Nous n'avons pas encore été au pouvoir pendant si.x mois et nous sommes à la veille de vous montrer ce qu'il nous a été possible de faire pour vous procurer la concorde et la paix.

Puis, concluant sur les traits principaux de cette rivalité d'influences religieuses, le Premier canadien exalte l'avenir de Québec et célèbre — pour le charme de ses auditeurs — la beauté de ses sites et l'importance de ses destinées en tant que reine commerciale du Dominion.

Messieurs, jetons un regard sur la carte. La Providence elle-même a, de ses mains, creusé le chemin par lequel doit passer le commerce entre l'Europe et l'Amérique, et ce chemin, c'est le fleuve St-Laurent, et le premier débouché de ce chemin, c'est la ville de Ouébec... Jetez un regard sur la carte, et vous vous convaincrez que non seulement les produits de l'Ouest canadien, mais aussi les produits de l'Ouest américain doivent trouver un débouché vers l'Europe fi travers le fleuve Saint-Laurent. Jetez un regard sur la carte et vous trouverez sept ou huit États difféi'ents, rillinois, le Michigan, le Wisconsin, le Missouri, le Minnesota, le Dakota du nord et celui du sud et plusieurs autres États dont le débouché dut nécessairement passer par le fleuve Saint-Laurent pour trouver la route la plus courte vers l'Europe. Ces États sont tous à cheval sur le Mississipi. Le Mississipi n'est pas et ne peut être leur

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léboucht'- naturel. C'est le Saint-Laurent qui doit l'être. Remarquez encore que le Saint-Laurent et le Mississipi ont eurs sources sur le même plateau ; mais, pendant que le dississipi coule ses eaux vers le Sud, le Saint-Laurent coule es siennes vers l'Europe et quand un navire chargé arrive i l'embouchure du Mississipi, dans le g-oHe du Mexique, il 'st à quinze jours au moins du marché de LEurope, tandis lu'un vaisseau chargé des produits de l'Ouest qui arrive au ^olfe Saint-Laurent n'est qu'à trois jours tout au plus des :ôtes d'Irlande.

Ceci s'applique à tous les Étals de l'Ouest, non seulement lotre propre ouest à nous, le Manitoba et les Territoires, nais aussi à tous les Etats que je viens de nommer.

Ce discours, attendu avec impatience, eut un immense succès. Le langage ministériel était d'autant plus q)plaudi qu'il comportait tout un programme étroitenent lié à la prépondérance de Québec et acquérait linsi aux yeux de ses habitants un surcroît d'intérêt.

« Ces paroles — écrit M. Hector Fabre — ont été ïccueillies avec un vif enthousiasme par les citoyens de a vieille capitale française. La réalisation à bref délai les brillantes promesses qu'elles renferment n'a rien l'impossible.

« M. Laurier se révèle au pouvoir vraiment un homme le progrès. Les anciens libéraux étaient avant tout des loctrinaires ; ils étaient avant tout imbus de principes 't préoccupés d'idées. Ils ne voyaient pas sans alarme 'esprit de la population se tourner vers les intérêts natériels : glorieux débris, estimables retardataires, aujourd'hui le gros du parti, la partie courante, agissante, moderne, est lancée avec son chef vers les grandes întrcprises. »

En commémoration de son récent triomphe, cinq cents lotables de la province de Québec lui offraient un banquet le 31 décembre.

108 SHl WILFIÎII) LAURIER.

Dans une éloquente harangue le premier ministre rappelle brièvement les travaux du comité des tarifs, qui auront pour résultat d'alléger les charges du peuple, puis il termine en ces termes :

Le pays, dit-il, est face à face avec une crise. Nous avons devant nous un problème qui réclame l'énergie des meilleures intelligences. Laciuestion des écoles du Manitoba doit être avant tout réglée; le gouvernement dont j'ai Ttionneur d'être le chef a entrepris ce règlement et le mènera à bonne fin. Je regrette que notre faconde faire ne soit pas acceptée par certaines classes, mais je suis heureux de voir qu'il a reçu l'approbation de la grande majorité de la nation. Mais je n'en respecte pas moins les voix dissidentes que j'entends. Je sais qu'elles sont sincères, et je n'ai pas besoin de vous dire, à vous, citoyens d'origine anglaise, que vous devez toujours respecter les opinions qui diffèrent de la vôtre.... Je SP-is de sang français, comme vous le savez, mais par-dessus tout, nous devons être Canadiens. C'est la base de notre arrangement mutuel, et cet arrangement, avec l'aide du peuple protestant, avec votre aide, avec celle du peuple catholique, sera, je l'espère, maintenu, de sorte que ce sera e droit, le privilège et le plaisir de tout catholique romain du Manitol)a d'être également fier de sa nationalité anglaise et de sa nationalité canadienne.

Un cachet de maîtrise scelle cette mémorable péroraison.

Nul être humain ne demeure insensible aux faveurs de la popularité. Tout homme s'enivre des capiteuses ivresses de la gloire et sent son cœur tressaillir aux approches du triomphe. L'année 1897 sera pour M. Laurier l'année prédestinée. Le cérémonial du Jubilé jettera un jour éclatant sur le Premier canadien; l'apothéose delà

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luissancc anglaise laissera d'ineffaçables souvenirs dans Ame de l'enfanL de Saint-Lin ; l'enlhoasiasme suscité ur son passage, le premier rôle confié à sa puissante [idividualité évoqueront en ses pensées les plus hautes isions. Mais, au milieu de ce cadre grandiose, ce citoyen xceptionnel entreverra la race canadienne-française esplendissant au loin dans les lumineuses perspectives e l'avenir? Peut-être même se représentera-t-il le triom he prochain d'un Canada prouvant ses droits au titie e grande puissance et faisant son entrée dans l'arène nternationale? Au cœur même de ce somptueux appa at, les seules lumières de sa conscience déjoueront les lus habiles calculs. La noblesse d'une dignité qui ne ompose point avec la savante diplomatie de M. Chan> erlain ; la maîtrise d'une éloquence qui incarne Ihoneur et la vitalité du libéralisme canadien, feront reconaître et briller aux yeux de l'Univers l'éminence de es vertus et la grandeur de son caractère.

En prenant le pouvoir, le parti libéral, (jui assumait le oin de diriger le Canada dans la voie des améliorations âges et mesurées, ne prétendit point établir d'un seul oup le libre-échange.

Il nommait une commission qui parcourut le Canada e lAtlanlique au F^acifique, recueillant tous renseignelents, interrogeant toutes les classes de la société : îdustriels, commerçants, fermiers. Cette enquête, nécesairo pour établir les modifications au régime douani<'r xistant, dura quelques mois; elle était à peine terminée )rsque les États-Unis adoptèrent, en mars, le bill Dinley dont le caractère protectionniste modifiait, du toiit u tout, les sentiments du parti libéral qui se voyait ainsi nlever tout espoir d'accord commercial.

11(1 SIR ^VILFRID LAURIER.

M. Laurier n'avail-il pas dit celle même année, au banquel du maire de Monlréal :

Que le gouvernement canadien entamerait des pourparlers avec les autorités de Washington de la façon suivante : « Nous ne venons pas ici en suppliants, mais en hommes libres, pour parler affaire avec des hommes libres. Si vous acceptez nos offres comme base de négociations, négocions; mais, si vous supposez que nous sommes venus ici simplement pour causer du tort à notre pays, il est inutile de compter sur nous. »

Lassé par ses efforts infructueux' pour arriver à une entente économique, le cabinet Laurier se trouvait rejeté vers rAngleterrc par la force des circonstances.

Il se retournait donc entièrement vers la Grande-Bretagne et lui appliquait un traitement de faveur s'appropriant ainsi l'article primordial du programme conservateur. Celait dérober sa meilleure flèche dans le carquois de son adversaire, celle voile-face annihilant le principal argument de ropposilion.

1. I^c 2't mars 1837, le journal (anglais) le Glol>c, organe des leaders libéraux, s'exprimait ainsi : « Nous commençons à être singulièrement latigués d'olïrir la réciprocité et de recevoir en échange des bills Dingley, des lois sur le travail étranger et des propositions d'abolir les privilèges d'entrepôt. Nous en arrivons à cette conclusion (|u'un des meilleurs arguments, pour la réciprocité, <iue nous puissions présenter à la nation de l'autre côté de la frontière, c'est de lui montrer que nous pouvons nous passer de la réciprocité. Si les Américains n'ont pas besoin de nos [iroduits, consommons-les nous-mêmes, ou trouvons d'autres clients. S'ils ferment la i)orte au nez des travailleurs canadiens, faisons de notre mieux pour leur Irouver de l'emploi chez nous. Si ce n'est pas un acte non amical [unfriendiy) de conserver les iralustries américaines pour les travailleurs américains, eh bien, ce n'est pas un acte non amical de veiller à ce que les travailleurs canadiens jouissent d'une préférence analogue dans leur l)ropre pays. Nous signalons cette modification du sentiment libéral à l'attrention de ceux qui supposent qu'on jyeut forcer la main à ce pays en lui refusant des privilèges commerciaux. »

La session s'ouvrait à Oltawa le !25 mars, et le 25 avril le ministre des Finances, 1\I. Fielding-, déclarait que « la «grande république américaine avait bien mon hé par le vote du bill Dingley qu'elle n'était pas disposée à entretenir des relations de bon voisinage avec le Canada. Elle avait le droit de ne tenir compte que de sesi^ntérêts, mais le Canada, de son côté, avait le droit de n'envisager que les intérêts canadiens. » « La Grande-Bretagne, ajoutait M. Fielding, va jouir d'un traitement de laveur et ce sera la juste compensation de la conduite généreuse qu'elle a eue à l'égard du Canada et dont elle ne s'est jamais départie. » Le parti libéral canadien notifiait ainsi officiellement aux Etals-Unis sa l'uture ligne de conduite dans le domaine économique.

En réponse aux plaintes formulées par plusieurs membres de la Chambre des Communes contre la mise en vigueur par les Etats-Unis d'une loi sur le travail étranger spécialement dirigée contre les ouvriers canadiens, M. Laurier avait déjà déclaré au sujet de ce prohibitionnisme à outrance que :

Celte loi était une taclie dans la Constitution aniéricaine cl indigne d'une nation civilisée....

Il avait promis en septembre 1S9() ([ue :

... Le gouvernement canadien tâclierait d'obtenir le retrait de cette mesure en tant qu'elle concernait les Canadiens et (|ue, s'il n'y réussissait pas, il ferait adopter, comme mesure de défense, sinon de représailles, une loi semblable au Canada.

En raison de ces réclamations, le ministère surveillait de i)rès la législation relative au « Alien labour bill » qui se discutait alors au Congrès américain.

jNI. Laurier s'en était à nouveau expliqué au Parlement :

Si la législation projetée — assurait-il — devait être inscrite dans la Constitution américaine, il était prêta édicter mesure pour mesure. Personnellement, il n'était point favorable aux législations exclusives, mais il admettait sa justification en tant que mesure de répression. Si donc une restriction nouvelle était imposée par les États-Unis, le Parlement canadien serait requis de répondre à la législa lion américaine mot pour mot et dans le cas où le Congrès adopterait cette loi, le Canada inscrirait dans ses statuts la même prohibition.

Mais les États-Unis avaient donné suite à l'accomplissement de leur programme intégral et la Constitution américaine s'était enrichie d'une loi répressive envers le travail canadien. La Confédération ripostait tl, le 8 avril, r « Alien labour law «passait sans opposition en seconde lecture à Ottawa.

M. Laurier résumait et terminait les débats en ces termes.

Le sentiment unanime de la Chambre a paru se traduire par Cette pensée : que le peuple canadien n a devant lui d'autre -alternative que d'établir une loi semblable à celle en vigueur aux États-Unis.... Ce que nous avions de mieux à faire en faveur du pays était en conséquence d'adopter la forme de la loi américaine.

Le mouvement libéral sciant, comme on le prévoyait, très étendu, les élections provinciales de Québec jetaient à bas l'édifice majestueux du torysme et attestaient un courant irrésistible de libéralisme. La situation politique du gouvernement se trouvait ainsi immensément fortifiée. M. Laurier y puisait une vigueur nouvelle pour ses futures négociations.

SA CARRIÈRE. li:i

M, et Mme Laurier quittaient Ottawa, le -"> juin, pour se rendre en Angleterre. Le Times faisait à ce propos les réflexions suivantes : « Le représentant de la nation sœur ne vient pas ici prendre part aux réjouissances de la race, les mains vides. Les propositions canadiennes relatives au privilège commercial en faveur de la Mère patrie que nous apporte M. Laurier ont été accueillies, de toutes parts, en Angleterre, comme une preuve du désir du Canada de resserrer encore les liens qui réunissent les diverses parties de Tempire en un seul bloc. »

Le premier minisire du Canada était l'objet, dès ses premiers pas en Angleterre, d'une attention qui devait s'attachera lui jusqu'à la fin du Jubilé. Il arrivait, d'ailleurs, en Europe, investi d'une haute autorité et précédé d'une égale réputation.

Il était reçu à Liverpool par le duc de Devonshire. Dans ce grand port anglais, en cette ville d'universelle renommée, M. Laurier prononçait un premier discours.

« C'était la première fois qu'un orateur canadien-français, maniant avec aisance la langue française, se trouvait en présence d'un auditoire anglais; et, ni l'auditoire, ni le public canadien, ni les amis de M. Laurier de ce côté-ci de l'AlIantique, ne pouvaient rien souhaiter de mieux que la façon dont il s'est acquitté, dès cette première rencontre, du rôle délicat et superbe qui lui est échu'? »

Son loyalisme et son talent oratoire vont lui concilier toutes les sympathies. La vibrante péroraison de son discours de Liverpool est d une éloquence qui n'appartient qu'à lui, tout anglaise de paroles, elle est toute canadienne de cœur. « Saluant d'ime envolée superbe l'aurore du jour où le parlement de Westminster abritera sous ses voûtes solennelles la sélection du genre lui-

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