‹ Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du CanadaChapitre 14 sur 38 · Paul Ilanicllo · texte numérisé non relu

Paul Ilanicllo

Î20 SIR WILFHID LAURIER.

Le '29 juin< sir ^^'ilfritl Laurier assistait au banquet du « Dominion Day ».

Il y justifiait son. titre de grand orateur. Il y parlait fièrement à cœur ouvert, émaillant son discours de quelques pointes d'humeur belliqueuse ■

Quelques-uns des hôtes réunis, ce soir, à cette table ont eu et le privilège et le plaisir de commémorer la naissance d'une jeune nation. Peut-être cependant la célébration de cette fête tient-elle aujourd'hui son charme et son plaisir de ce fait qu'elle prend place sur le sol de la vieille mère patrie.

S'il m'est permis d'exprimer mes propres sentiments, je dirai sans hésitation que jamais peut-être mon pays natal ne m"a été plus cher cju'il ne l'est en ce moment même.

Je puis dire que j'aime l'Angleterre, j'aime l'Ecosse, j'aime l'Irlande, mais qu'il me soit en revanche permis de dire que la première place dans mon cœur est pour le Canada, mon pays natal. Nous Canadiens, nous aimons le Canada, notre terre natale ou notre terre d'adoption, et nous en sommes fiers. Nous en sommes fiers autant que de son histoire aussi romantique et aussi touchante qu'une fiction.

Sir Wilfrid Laurier n'est pas moins éloquent loisqu'avec énergie et conviction il })roclame en toute latitude les sentiments d<^ la race qu'il incarne.

Je regrette de dire que de trop nombreuses causes de dissentiment existent encore entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, mais ayons l'espérance que les dieux de la guerre n'étendront jamais leurs ailes sur ces pays. Laissezmoi vous affirmer que, s'il en était plus tard ainsi, les sentiments de mon propre peuple de la colonie du Canada se montreraient et resteraient fidèles au drapeau qui les protège eux et leur liberté.

Si, à mon lit de mort, je puis dire que, au prix de mes efforts, une seule erreur a disparu, un seul préjugé a été

(U'-Iruit, qu'au prix de mes efforts les inimitiés de race ont fui delà terre canadienne... je mourrai heureux en la conviction que ma vie n'aura pas été vécue en vain.

Ce discours prend fin au bruit d'innombrables bravos. Tous les convives se sont levés et durant quelques minutes le bruit des applaudissements dépasse toute imagination.

Au banquet oITert par le lord-maii'e aux Premiers Coloniaux, nouveau discours de sir \\ilfrid Laurier.

Je revendique le privilège d'être un descendant de la grande nation qui fut, durant de si nombreuses armées, durant tant de siècles, la rivale de la Grande-Bretagne. Je suis fier de cette origine, mais je n'en suis pas moins Anglais.

Moi et mes compatriotes, nous avons appris à apprécier la loi de l'Angleterre: il n'y a pas un homme au Canada qui ne se soit rendu compte qu'il jouissait sous le di'apeau anglais dune liberté que le régime français ne lui aurait pas assurée. Et la liberté est le plus grand bonheur de l'humanité.

Les réceptions s'accumulent sans répit, les banquets se succèdent et sir Wilfrid Laurier parle toujours; son éloquence ne semble point se tarir. Toujours très applaudi et surtout très commenté, son langage dénote invariablement une grande hauteur de vue alliée à un sincère patriotisme; aucune fatigue n'obscurcit son éclat, et l'enthousiasme de ses auditeurs, enthousiasme toujours splendide, est également toujours mérité.

Invité au banquet du Club National, il s'écrie :

La race que je représente est loyale à l'Angleterre parce qu'elle est libre, et, aussi longtemps qu'elle sera libre, elle sera lovale.

122 SIR \\ILFRID LAURIER.

L'homme qui tient ce langage si fier, qui se fait l'écho de sentiments aussi indépendants, qui les exprime aussi nettement, est, nul ne l'ignore, en parfaite communion d'idées et d'aspirations avec le peuple qu'il représente et dont il précise ainsi sciemment les intimes pensées.

Il donne notification à l'Angleterre que, suivant son bon plaisir, un poids de plus peut être un jour ou l'autre jeté dans la balance internationale et que, colonie à l'heure actuelle, le Canada peut demain prendre place dans le cénacle des nations maîtresses de leur destinée.

C'est encore du Premier Canadien qu'émanent ces paroles prophétiques fièrement jetées à un auditoire de notabilités anglaises :

Le Canada est toujours une colonie, mais je n'aime pas ce mot et je pense qu'un moment viendra où ce mot « colonie » sera remplacé par un autre.

Nous avons une population de 5 millions d'haJjitants, mais n'avons-nous pas un territoire qui peut en nourrir tOO millions?

Ce sont de ces paroles incisives, ce sont de ces traits puissants désormais incrustés dans l'histoire que ce « catholique romain, héros de l'Angleterre protestante », sème en guise de réplique au hasard des circonstances comme au gré de ses jaillissantes impressions.

Dans tous les discours qu'il a prononcés sur le sol du Royaume-Uni, il a hautement proclamé la « loyalty » des Canadiens-Français, affirmé solennellement l'attachement de ses compatriotes à la métropole l)rilannique; il a professé le plus grand respect pour l'Angleterre, tout en demeurant à la fois excellent Français et sincère Canadien.

Nulle figure n'a été plus prédominante et plus honorée, au cours de la triomphale tournée des Premiers Coloniaux que celle de ce Français d'Amérique « qui, par une

SA CARRIKRE. 123

alliance heureuse, joint au prénom anglais de ^YiIlVi<l le nom français de Laurier » '■.

Serait-ce une coïncidence heureuse qui Ta élevé à la première situation canadienne, à cette époque inoubliable? en tout cas, ce n'en est pas une qui l'a fait choisir pour mériter la confiance non seulement du gouvernement britannique mais aussi du peuple anglais. SirWilfrid Laurier incarne en sa personne deux principes snr lesquels reposent la force et l'union de l'Empire. Comme premier ministre d'un gouvernement fédéral, il représente à un degré plus élevé que tout autre Premier Colonial le principe de Tautonomie gouvernemenlalc et la responsabilité personnifiant la liberté impériale.

En tant que Français et catholique, il symbolise le principe de la tolérance de races et de religions sur lequel est basée l'union de l'Empire.

Sir Wilfrid Laurier personnifie le plus haut développement de l'activité coloniale britanniqu(î; il parle au nom de cincj millions d'habitants; il se présente au nom de sept colonies.

Mais ce fut principalement à la Conférence internationale, qui se réunit au cours des fêtes du .lubilé, que Sir Wilfrid Laurier devait exprimer exactement ce double sentiment de l'opinion publique (canadienne : loyalisme et indépendance. L'accord de ces deux expressions, représentant l'esprit régnant au Canada, fut l'idée première de toutes ses paroles, le thème favori de toutes ses déclarations.

Le Canada pouvait compter sur sa fermeté et sa clair-

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