M. Hector Fabre
i:)0 SIR WILFRID LAURIER.
Canada au rang de puissance autonome; visées, d'ailleurs, très conformes aux tendances et au penchant du courant libre-échangiste qui s'amplifiait de génération en génération. Le parti libéral, disposant alors d'une force et d'une autorité égales à celles que le parti conservateur avait à sa disposition au début du régime de 1867, Londres se montrait assez préoccupé du voyage de sir Wilfrid Laurier. On craignait au Foreign Office que le Canada ne se trouvât entraîné dans l'orbite de son puissant et redoutable voisin; préoccupation sans fondation sérieuse, un traité ou un compromis entre les deux peuples du Nord-Amérique n'ayant aucune raison d'affecter les intérêts britanniques.
Mais il est à croire que le problème douanier était décidément insoluble, car les pourparlers prenaient une tournure peu satisfaisante, et larrangement suggéré par le Premier Canadien échouait à nouveau. La puissance du souffle libéral qui agitait le Canada était restée sans influence sur la marche des négociations. Sir Wilfrid Laurier quittait Washington, le 17 novembre, sans avoir obtenu aucun résultat.
Les journaux yankees prenaient acte de son départ; interprètes des sentiments populaires, ils émettaient des réflexions quelque peu narquoises.
« Si le Canada veut le libre-échange avec les États- Unis, qu'il se fasse américain », servait de thème favori à la presse, et traduisait exactement les sentiments prédominants de cette République anglo-saxonne, dont l'extrême présomption ne connaît en tout et pour tout que son profit exclusif.
De retour à Ottawa, sir ^^ ilfrid Laurier s'exprimait ainsi sur les négociations suspendues jusqu'à une date indéterminée.
J'ai profité de rinvitation qui m'avait été faite par la
capitale américaine pour discuter avec le Président et les membres dirigeants du Cabinet plusieurs questions internationales susceptibles de faire poindre la défiance entre les États-Unis et le Canada. Nous avons été reçus avec la plus grande courtoisie possible par le président Mac Kinley et ses ministres. Je crois quils sont sincèrement désireux d'éviter toute cause possible de froideur entre les deux pays. »
Les choses ne sont pas susceptibles de changer de face; on peut concevoir la prolongation indéfinie d'un système douanier qui ne cédera de longtemps la place à une entente libre-échangiste. Ce serait s'exposer à de grandes désillusions que de faire fond sur un pays qui se rit des avances et s'emploie avec une persévérance heureuse à planter son drapeau en tous points du globe. Il est à prévoir que la barrière douanière ne sera supprimée que dans le cas où, par une transformation des bases mêmes de l'équilibre international, les événements conféreraient aux États-Unis la haute main sur la Confédération canadienne.
Quant à l'heure actuelle, « les États-Unis et le Canada ont repris, sous les yeux de T Angleterre attristée, leur attitude d'hostilité réciproque; et ces deux voisins, qui ne peuvent se souffrir, ont recommencé de plus belle à échanger de mauvais procédés, par-dessus le mur mitoyen' ».
La session fédérale s'ouvre en février 1898. Les deux partis égalementissus du choix populaire se retrouvent en présence. Sir Charles Tupper est de nouveau face à face avec sir Wilfrid Laurier qui ne se départira point dune