SIR \MI.1 T.ID LAURIER
partout dans le Canada d'aujourd'hui fjui a résolu le problème de la tolérance religieuse et de la liberté civile et politique.
En ce pays où l'Angleterre a fait succéder à la répression une juste et permanente liberté, c'est inlassablement (ju'il s'efforce d'octrover à ses compatriotes le bienêtre et la grandeur, dessein; qui n'est sciemment inégal ni à sa volonté ni à son courage.
N'était-il point dans la destinée de ce Canadien
Tout brillant de savoir, d'esprit et d'éloquence
d'incarner l'âme nationale etde rehausser dans ses traditions et son histoire un peuple qui fut et demeure docile à sa voix?
L'homme qui « a su découvrir, puis entrer en communion avec l'Ame obscure du peuple, ce grand courant caché qui s'ignore », ne saurait oublier que le Canada porte au cœur le sentiment jaloux de l'émancipation et que, si le loyalisme prévaut encore dans les événements, l'indépendance fermente dans les esprits et luit dans les cœurs.
« Bi^icheron des idées, taillant, dans l'épaisse futaie des préjugés humains, sa roule à l'avenir » il faut à ses connaissances étendues, ainsi qu'à ses méditations élevées le large horizon des questions de haute portée intéressant la vie nationale canadienne ou concernant son avenir.
A celle tribune parlementaire qui offre un cadre naturel à la toute-puissance de sa parole, cet esprit de robuste haleine a fait entendre vuie fascinatrice éloquence qui sonne, au delà des mers, comme un écho de nos joutes oratoires; c'est aux hauts sommets que s'est élevé ce persévérant ouvrier libéral pour attacher le souvenir
de son talent et de son patriotisme à ces grands problèmes politiques qui résument tout un passé de saines espérances et de rêves d'affranchissement, à ces questions fondamentales qui dominent Ihisloire d'un peuple et modèlent ses destinées.
Sir \Yilfrid Laurier est, en toutes circonstances, de ceux qui, « lorsqu'ils ont délibéré pour reconnaître le devoir, ne délibèrent plus lorsqu'il s'agit de l'accomplir ».
Esprit a dans lequel l'art de gouverner est une capacité innée », le Premier Canadien a nettement discerné les intérêts vitaux de la Confédération et a fréquemment fait montre de son courage à les défendre. A l'égal des plus hautes capacités il répond à cette définition du grand politique : « C-elui-là seul est homme d'État qui, ayant une idée de gouvernement à lui, l'impose par son savoir-faire au présent et à l'avenir de son pays ».
Éloquence et loyauté, conscience et volonté, voilà ses plus beaux dons ; ils caractérisent les traits distinctifs de cette carrière politique qui prit, jadis, à ses yeux l'attrait du désir pour devenir avec l'âge l'attrait du devoir.
Calme, mais résolue, est sa physionomie; elle donne limpression dun homme maître de lui-même, dont la pensée scrute incessamment l'horizon politique de son pays, dont les discours dénotent la prescience et la perspicacité du diplomate qui a manié et groupé des volontés, bridé des énergies; de l'homme d'État qui, appartenant à l'histoire, a des droits à la postérité.
Cette grande figure, qui commande l'attention de tous ceux que le Canada intéresse à un degré quelconque, se fait un titre d'honneur d'avoir lié sa vie et ses espérances au prestige et à la prépondérance d'une nationalité libre, où se confondent, dans une même existence et dans une môme destinée, les deux races ayant porté jusqu'aux confins du monde accessible une civilisation qui leur
esl aujourd'hui redevable de ses plus grauds espoirs et de ses plus nobles résultats.
Rien de ce qui touche à la grandeur.
Du lil)i'o pays, qui fui une autre France',
ne saurait échapper à ce cœur ardent, exempt d'indécision et de découragement. Aussi la politique est-elle à ses yeux « une véritable fonction dont l'investiture entraîne beaucoup de dévouement et un désintéressement à toute épreuve ». Il n'est étranger à aucune des aspirations du Canada, dont les ressources, les mœurs et les tendances lui sont choses familières.
C'est sans trêve et sans défaillance qu'il en soutient les droits et les traditions; c'est avec persévérance et passion qu'il en prépare les destinées; son existence se mêle intimement à la trame de la nationalité canadienne. Sa passion inspiratrice et dominante, c'est la patriotique ambition de doter la Confédération canadienne d'un régime fécond et fortifiant ; c'est la passion delà grandeur nationale, le fanatisme de sa gloire. Cette passion allume en «lui des inspirations nouvelles, des ambitions généreuses, plus vastes, qui augmentent sa popularité et par là sa puissance ».
Canadiens-Français,— s'éciic-t-il en 1887, —je vousdemande une chose, c'est que vous ne perdiez pas de vue que les limites de notre pairie ne sont pas confinées à la province de Québec, mais qu'elles s'étendent à tout le territoire du Canada et que là, est notre patrie, où fiotte le drapeau britannique en Amérique.
Ce premier ministre, qui rallie son éloquence, sa droiture et son expérience autour de son patriotisme comme une armée autour de son drapeau, a pris avec le
\. Jules Clarelie.
temps un pouvoir étendu et profond sur l'opinion, une prise des plus sérieuses sur ses compatriotes français et anglais.
Sir Wilfrid Laurier est non seulement populaire, il est national.
Son nom est ancré si profondément dans lesprit des Canadiens-Français, que, par une prédilection bien naturelle, il est devenu pour eux l'objet d'un véritable culte; ce nom de Laurier symbolise à leurs yeux le génie de leur race et la première consécration de leur autorité naissante. Pour eux,
Il est tout à 1.1 fois l'égide et la boussole'.
Il peut dire corameM.Thiers: « Mon pays, je le connais, je connais ses défauts ; je connais aussi ses qualités et j'en jouis profondément ». Son patriotisme est l'aliment de la flamme qui le soutient ; il s'épanche en son œuvre, l'inspire et la domine. Avec ses qualités éminentes de cœur et d'esprit, de désintéressement et de dévouement à toute épreuve, il est bien l'homme de la nation, fidèle aux suggestions de sa charge, l'intègre citoyen de décisive autorité, qui comprend l'étendue de ses devoirs et s'y consacre sans relâche avec autant de conscience que d'élévation.
Il semble qu'il cultive incessamment cette mémorable sentence cicéronienne : « L'art de la politique est le premier devoir de la vie, la plus grande marque de la vertu, le plus magnifique emploi de la sagesse ».
A cette variété de dons, force nous est d'en joindre un dernier. Quoique grand, quoique puissant et quelle que