‹ Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du CanadaChapitre 6 sur 38 · W SIR WILFRID LAURIER · texte numérisé non relu

W SIR WILFRID LAURIER

intérêts les plus sacrés de ce pays au triomphe de ce parti.... Pour ma part, aussi longtemps que j'occuperai une place dans la confiance de mon parti ; aussi longtemps que j'occuperai un siège dans la législature de mon pays; aussi longtemps que, par la parole et par l'exemple, je pourrai prêcher cette doctrine, je consacrerai ma vie politique à répandre parmi mes compatriotes l'amour des institutions nationales.

L'œuvre est grande, je le sais, et je n'ose espérer pouvoir la mener à bonne tin moi-même; je n'ose espérer qu'il me sera donné de lui l'aire faire un pas, mais au moins l'œuvre est digne de nos efforts. Et, pour ma part, quand arrivera l'heure du repos suprême, quand mes yeux se fermeront pour toujours, si je puis me rendre ce témoignage, ce simple témoignage d'avoir contribué à guérir une seule blessure patriotique dans le cœur d'un seul de mes compatriotes, d'avoir ainsi devancé, si peu que ce soit, la cause de l'union, de la concorde et de l'harmonie entre les citoyens du Dominion, alors, messieurs, je croirai que ma vie n'aura pas été tout à fait inutile.

Est-il chose plus belle que l'éloquence lorsqu'à l'instar de M. Laurier, l'homme qui s'en inspire brûle des saintes ardeurs du patriotisme !

Rarement, de par la noblesse de ses pensées et la profondeur de ses convictions, langage fut plus digne de respect.

Homme supérieur dans toutes les manifestations de son activité parlementaire, sa parole crie la conviction et force l'àme de l'auditeur à s'harmoniser avecla sienne ; par la force des déductions et surtout par cette compétence qui « naît de l'intelligence et vient du labeur » elle impose l'idée qu'elle émet, elle incruste les conclusions qu'elle défend. Le retentissement de ce dernier discours fut immense dans le pays. Il mérite de n'en pas avoir un moindre dans l'histoire du Canada.

« Avant tout et par-dessus tout, — écrivait en 1889

lun de SCS admirateurs, — notre chef combat les préjug-és dissolvants de race et de croyances. Il prêche la culture d'un esprit de fraternité et de nationalité canadiennes, sur les bases de l'éternelle justice et de l'égalité des droits, sur les principes fondamentaux de la liberté civile et religieuse. De plus il exige la mise en pratique de ces principes par les différentes majorités provinciales, en y ajoutant la tolérance, la bienveillance et, mieux encore la générosité de la part du fort à l'égard du fai])le, Son programme est seul à même d'assurer le mainlien de la confédération mise en danger par un régime qui a trop duré. Il porte en soi l'assurance du triomphe, car il est appuyé sur l'opinion publique affirmée par les représentants autorisés des provinces. Comment, d'ailleurs, ce programme ne recevrait-il pas la sanction populaire, lorsqu'il est formulé par un chef comme M. Laurier, que tous les Canadiens admirent, honorent et respectent? Les conservateurs eux-mêmes sont forcés de s'incliner devant les talents et le prestige de ce grand orateur. La presse anglaise, et plus particulièrement celle d'Ontario, n'en parle jamais sans un enthousiasme sincère. »

Le départ d'un homme tel que xM. Blake, ayant fixé les grandes lignes du programme libéral, était sans conteste une grande perte pour l'opposilion.

M. Laurier, qui lui succédait, avait, il est vrai, pris une large part à la formation du groupe libéral. Sans avoir jamais ambitionné le poste de chef de parti, il devait, du jour où la destinée l'y plaçait, prendre son rôle à cœur et se montrer chef aussi dévoué qu'il avait été partisan fidèle.

Parlementaire éminent et lacticien habile, c'était un chef fait pour exercer le commandement et porter sans faiblir toutes les responsabilités ; par la droiture de son jugement, par l'ascendant de son altitude imposante.

r.O SIR WILFRID LAURIER.

exempte d'emphase, il groupait ses partisans et relevail son parti de ses défaillances; puis, sonnant le ralliemenl et relevant tous les courages, il réunissait en unfaisceai compact toutes les forces libérales.

Puissant et infatigable orateur, il i^randissait d'une manière continue et allait se révéler par degrés dan? son rôle de guide de l'opposition. L'homme était asse; fort pour en supporter le fardeau; le seul patriote, prê à recueillir cet héritage, était assez grand pour ne poini le répudier. Dès lors, il s'employait de toutes ses force; à remplir la mission qui lui incombait cl, dans sa préoc cupalion dominante d'assurer le triomphe final d'un( politique bienfaisante, il donnait l'exemple d'une activit( sans bornes.

Dans la mesure qu'on était en droit d'attendre de lui il a marqué de son empreinte — profonde et inoubliabk — l'histoire du Canada. Pour faire ressortir le rôle qu'i^ allait jouera partir de 1887, il faudrait en vérité déroulei l'historique complet du parti libéral. En décrire le.' diverses phases, c'est en quelque sorte retracer la biographie de M. Wilfrid Laurier.

De tels hommes, libres d'esprit, indépendants de caractère, ne guidant leur vie que sur les lumières de leui conscience, sont au nombre des plus précieuses ressources d'un pays, d'une cause et d'un régime. Avec la réputation du plus intègre des politiciens, du plus laborieux des députés, du plus consciencieux des libéraux, i] apportait au service de son parti les hautes qualités de l'homme d'État, une éloquence maîtrisant tous les sujets, un sentiment très noble d'un but très élevé, une clair- A'oyance avisée, une honnêteté ne devant jamais transiger avec le devoir patriotique.

Donner à son œuvre toute la perfection, dont il était capable, était le problème qui devait désormais absorber la plus grande part de son activité. Ce grand citoyen devait

être en eflet un chef incomparable pour Topposilion, lui donnant d'utiles exhortations, l'éclairant sans répit de ses conseils : il allait l'unifier, la rassembler dans ses mains, la façonner pour ainsi dire à sa convenance.

Dans ses aspirations à réaliser pleinement les espérances de ses partisans, nous allons le voir, de 1887 à 1902, contribuer grandement à l'honneur de son nom, au réveil de sa race, à la grandeur de sa patrie.

Ces quinze années dévie politique portent évidemment et en toute occasion la marque d'une abnégation parfaite. ^"éritable homme de bien, austère dans sa vie privée, remarquable dans-sa vie publique, Wilfrid Laurier a pour Irait constant d'être désintéressé jusqu'au scrupule, n'ayant d'autre pensée que celle du bien public et pour règle suprême que de servir les intérêts d'une communauté ethnique qui n'a jamais abdi({ué sa foi dans ses destinées à venir.

Ce poste de chef de parti l'a, sans contredit, porté au développement complet de ses propres facultés. A vivre ainsi, constamment sur la brèche, il a fait preuve de tact autant que d'habileté et, dans le sillage de son bon renom et de son prestige, ses brillantes qualités, fortes de son patrimoine moral et du génie de sa race, se sont manifestées avec éclat.

Le parti libéral, pressentant ses actes à venir dans ses actions passées, plaçait avec sûreté ses espérances dans ce Canadien-PVançais mis en lumière par ses gages manifestes au libéralisme et prêt en toute circonstance à loute espèce de dévouement.

Dans son désir de reprendre, avec la grande République américaine, les relations de réciprocité inaugurées

par le traité Elgin, Topposition, ayant M. Laurier pour (îhef, adoptait, en 1S8(S, comme article primordial de son programme commercial et douanier, le renouvellement avec les États-Unis d'un traité de réciprocité établi sur les bases les plus larges.

La politique coloniale, inaugurée par sir John IMac Donald était, en effet, devenue impopulaire; le parti conservateur s'en était considérablement ressenti aux élections dernières, d'où sa majorité était sortie fort réduite.

« Les fermiers d'Ontario et de Québec se plaignaient delà situation de l'agriculture: les immenses étendues (lu nord-ouest demeuraient incultes; la classe populaire était mécontente des prix excessifs qu'il fallait payer pour les produits les plus nécessaires; loin de désarmer, les États-Unis accentuaient leur autorité fiscale; le malaise général se traduisait par un accroissement de l'émigration vers les États de la République américaine, ('migration dont, en l'absence de tout recensement récent, on ignorait l'étendue '. »

Le parti libéral, conformément à ses traditions de libéralisme politique, admettait l'entrée en franchise, au ('anada, des produits américains; la stricte application de ce régime était condamnée par tous les industriels canadiens, mais cette concession étant la condition sine <jua non posée par les l^lats-Unis pour la réalisation d'un arrangement nouveau, le groupe de M. Laurier prétendait que la réciprocité illimitée ne saurait avoir de conséquences désastreuses pour des industries soutenues artificiellement depuis la mise en pratique de la politique nationale.

Cette même année, sir Richard Cartwright soutint à la Chambre des Communes une proposition comportant

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