‹ Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du CanadaChapitre 7 sur 38 · I. Ae déccloppemcitt da Caïuida, i);u' O. Fesly · texte numérisé non relu

I. Ae déccloppemcitt da Caïuida, i);u' O. Fesly

SA CARRIKRE. 5">

une adhésion à la réciprocité illimitée el à Furgence de la reprise des négociations avec le cabinet de Washington, (-'était préconiser, au profit du ('anada, cette politique du libre-échang-e, règle du système commercial anglais, et dont l'influence prépondérante sur le développement économique de l'Angleterre est digne de considération.

Après que les nombreux arguments à l'appui de la thèse libérale eurent été présentés et longuement discutés, j\I. Laurier, en présence de la résistance élevée par les prétentions et les préjugés nés de l'esprit de parti, résuma le débat dans un vibrant morceau d'élo- ([uence canadienne.

Par d'explicites et concluantes déclarations, il dégageait nettement les idées libérales les unes des autres, et, sur cette question passionnante entre toutes, faisait entendre un remarquable discours.

Le présent débat, depuis qu'il est commencé, a été caractérisé, cliez nos honorables collègues de l'autre côté de la Chambre, par une particularité qui se retrouve dans tous leurs discours... la cause de la Réforme en butte à l'accu sation de déloyauté. On serait tenté de rétorquer l'accusation et de démontrer que la loyauté de ces apôtres du monopole qui crient plus fort que les autres aujourd'hui ne repose guère sur autre chose que sur un mobile égoïste, sordide, qui leur fait voir, dans la réforme proposée, la hn d'un état de choses qui désole le pays et enrichit une poignée d'individus. On serait tenté de démontrer que le cri de loyauté a toujours été, est encore et sera , toujours le dernier refuge, l'argument suprême de cette vieille graine de Tories qui se croit créée de toute éternité pour gouverner, et qui, par une longue habitude du pouvoir, en est arrivée à se mettre en tète qu'on ne peut lui enlever, sans faire acte de haute trahison, le patronage, les places, les subsides, les monopoles — car c'est là tout le gouvernement à ses yeux. Je ne mettrai pas en doute la sincérité de quelquesuns de ces prophètes de malheur qui, chaque fois que ce

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jeune pays veut faire un pas en avant, ne manquent jamais d'y voir un danger pour le maintien du lien britannique et qui n'ont pas appris à être plus sages et plus courageux par l'expérience de la longue série de leurs sinistres prédictions restées sans accomplissement.

Je ne m'arrêterai pas à entamer une discussion stérile avec ces apôtres du monopole ou ces Tories enracinés pour lesquels le grand objet, les fins suprêmes de la politique, se résument en la jouissance des pots-de-vin officiels, et dont toute la loyauté vient du ventre.

Cette apostrophe hardie, d'un homme dont chaque discours est une page des annales canadiennes, dont chaque dissertation politique est un enseignement moral ou une leçon patriotique, révélait une puissante maîtrise. Son expressive ironie scrutait l'iniquité, en dévoilait les abus et les Ilagellait sans répit de sarcasmes précis. Et dans une netteté incisive, le chef du parti libéral faisait spontanément ressortir qu'

....Il ne suffit pas pour être prospère d'être à l'abri du paupérisme et de la famine. Un peuple ferme, robuste, énergique et actif a droit, sur ce continent, d'aspirer à plus que cela. La vérité n'est pas qu'il y a chez nous rareté de produits, mais au contraire cju'avec une abondance de ces richesses naturelles les débouchés manquent pour l'excédent de ce qui est consommé sur place. La vérité est que notre production manufactui'ière est restreinte aux demandes locales très limitées et, en conséquence, bien au-dessous de la capacité productive de notre population. Le peuple de cepays a le droit d'espérer que tout enfant né sur ce sol y trouve, lorsqu'il sera devenu homme, du travail aussi bien payé qu'il serait à même de l'obtenir au delà de la frontière.... Je dis que le sentiment dominant dans le pays est un sentiment de mécontentement. La cause de cet état d'esprit est double; elle est en même temps d'ordre politique et d'ordre économique. Au point de vue politique on ne saurait douter

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d"une chose : c'est que le mécontentement qui prévaut dans les esprits est dû pour une bonne part à la manière dont la confédération a été imposée à certaines sections du pays et aussi à l'abus qu'on a fait du régime fédératif.... L'amendement proposé par le gouvernement nest pas logique. Quel est donc l'objet de cet amendement? C'est de conserver la politique nationale intacte dans toute son intégrité.... Pourquoi les beaux résultats que devait donner la politique nationale ne se sont-ils pas réalisés? Parce que les agitateurs de 1877-1878 avaient complètement perdu de vue que l'industrie moderne ne peut progresser et grandir dans un marché limité. Il faut à l'industrie moderne un vaste champ pour qu'elle puisse prospérer....

Et après l'énumération de ces idées pratiques et saines, M. Laurier termine par cette péroraison vigoureuse :

- J'en appelle à tous ceux qui croient que les conditions économiques actuelles du Canada sont fausses et dangereuses.... Je demande à tous leur appui dans la tâche que nous avons entreprise. Nos adversaires, en cette occasion, se servent de leur vieille arme, l'injure. Ils nous traitent de déloyaux, de traîtres et d'annexionnistes. Ces invectives ne nous effraient pas. Elles ne sont que le prélude de celles qu'ils nous réservent. Ils feront aussi appel à tous les préjugés qui peuvent exister chez le peuple contre une telle politique. Ils dénatureront les plus nobles sentiments, ils fouilleront les replis étroits du cœur afin d'y éveiller tout ce qu'il peut y avoir de bas et de vil contre cette politique nouvelle. Mais de telles tactiques ne nous inquiètent point. Nous avons déjà affronté tout cela et nous pouvons encore y faire face....

Oui, la cause est juste et elle prévaudra.... Je suis sûr cfue, sous l'influence bienfaisante de la discussion et de meilleurs sentiments des deux côtés de la frontière, l'hostilité qui gronde sourdement, le long de nos frontières, disparaîtra. Les barrières qui entravent maintenant notre commerce s'ouvriront toutes grandes et par toutes les avenues du

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nord s'échappera le commerce libre, sans entraves, sans crainte d'embarras et de provocations.

La popularité de cette formule de réciprocité illimitée, adoptée par le parti libéral, était appelée à s'accroître; la sanction populaire devait en favoriser l'essor de concert avec le groupe qui l'avait érigée en précepte politique.

La perspective des deux nations nord-américaines s'ouvrant réciproquement leurs marchés respectifs dictait des commentaires sans fin à la presse canadienne; les esprits clairvoyants en prenaient texte pour affirmer que les intérêts économiques dominent incontestablement les nations et règlent leurs relations mieux et plus sûrement que les volontés humaines.

En conséquence, proclamaient les défenseurs attitrés du libre-échange, le Canada, tout en suivant intégralement sa voie traditionnelle, devait — si faire se pouvait — se montrer soucieux d'assurer un débouché à l'excédent de sa production agricole.

Cette solution était généralement considérée comme satisfaisante en raison des bénéfices et de l'expansion économique devant en résulter. M. Laurier l'avait mise en relief avec une rare liabileté et une chaleur entraînante; son énergique intervention, en un discours documenté comme une page d'histoire, dissipait certaines appréhensions, dont l'action politi([ue renaissante de son parti, éprouvait les entraves.

La mise en pratique, pleine et entière, du libre-échange s'indiquait désormais comme le but du parti libéral: l'objectif du grand orateur canadien-français était donc loin d'être de mince importance et sa dernière harangue, en faveur de la réciprocité illimitée, attestait aux yeux des classes dirigeantes et de la population ouvrière que son éloquence n'était nullement un faisceau plusou moins

compact de vraisemblances et de probabilités et moins encore « un manteau de pourpre cachant la faiblesse ou l'absence des idées ».

Depuis qu'il avait été appelé à régler les destinées du parti libéral, depuis que son nom servait de drapeau au libéralisme grandissant, M. Laurier aimait à se rendre en Ontario et à s'entretenir, avec le peuple de cette province, des grandes questions du jour, s'attachant à éclairer l'opinion publique et à saper, de ce chef, la base même de l'influence du parti conservateur.

Son voyage de IS't^S fut une véritable série d'ovalions. Les jeunes libéraux de Toronto l'ayant invité à prendre la parole, il se rendit à Oakville, dans le comté d'Hall on alors en pleine période électorale.

En cette circonstance, M. Laurier retraça, en traits saisissants, l'exposé de ses pensées sur la situation économique du pays ; faisant bon marché des imputations dont legratifiaientses adversaires, il démontra, de manière très nette et très explicite, le bien fondé de ses principes, susceptibles en élargissant le cercle de l'action canadienne d'améliorer l'existence des classes laborieuses et d'assurer la prospérité du plus grand nombre.

Dans son thème, développé avec autant de clarté que de maestria, il met en accusation la politique nationale et le parti qui la soutient; puis, prônant sans réserve la réciprocité illimitée, déclare qu'il la considère comme d'utilité publique en tant que condition essentielle du bien-être des travailleurs.

J'essaierais en vain, dit-il, de trouver des expressions afin de vous peindre toute la reconnaissance dont je vous suis redevable pour le bienveillant accueil qui m'est fait aujourd'hui. Croyez que je parle du fond du cœur et que mes paroles ne sont pas des paroles de pure convention que dicte la politesse. C'est avec une émotion profonde que je parle et si les convenances me permettaient de parler plus

longtemps de moi, j'ajouterais que rien dans ma vie ne m'a fait plus de plaisir que la manière dont je viens d'être accueilli par mes concitoyens d'Ontario, surtout après avoir été élevé, grâce à la bienveillance de mes amis dans la Chambre des Communes, à la position que j'occupe. Je suis Canadien-Français, comme je n'ai pas besoin de vous le répéter. Vous le savez déjà. Mais quelque vif que soit mon amour pour la patrie de mes ancêtres, je demeure avant tout loyal sujet de la reine d'Angleterre et de plus citoyen du Canada.

11 n'est pas nécessaire de vous dire que le parti libéral a beaucoup souffert de l'éloignement de M. Blake. C'est une personnalité, c'est un de ces alliés qui ne se remplacent point. Si notre parti n'a pas souffert davantage par le fait de sa retraite de la direction, il le doit d'abord à l'exemple qu'il nous a donné et à la force que ce même parti a pu acquérir grâce à lui.... Je suis venu ici pour vous parler d'une question qui s'impose en ce moment à notre attention. Quant à moi, quoique je sois aujourd'hui le chef responsable du parti delà Réforme, je neveux et n'ai d'autre mérite que celui d'appartenir à ce grand parti. Et par partisan de la Réforme, je n'entends pas parler seulement de ceux qui sont dans les rangs de ce parti, mais de tous les citoyens qui croient que le monde ne peut rester stationnaire. Une société ne peut progresser à moins que ses membres n'admettent en principe qu'il faut faire les changements requis par les besoins nouveaux de cette société. C'est là le principe qui nous fait agir....

Nous voulons revenir à cette politique qui, il y a vingt ans passés, rendait chaque cultivateur plus riche de vingt sous par boisseau de blé que sa terre produisait. Nous ne voulons pas que la route des États-Unis nous soit fermée; nous désirons avoir deux marchés, deux cordes à notre arc; nous voulons qu'aucune douane ne vienne se placer entre nous et le manufacturier américain ou le consommateur anglais.... Pourquoi sir John Mac Donald n'adopte-t-il pas la politique suggérée par sir Richard Cartwright, la politique (le la réciprocité illimitée?... On ditque cette politique avanta-

geuse pour les cultivateurs serait ruineuse pour les manufacturiers. Eh bien, je suis prêt à porter la discussion sur ce point. Si la politique que nous proposons, si la réciprocité illimitée n'est pas également avantageuse pour le manufacturier et pour le cultivateur, s'il faut choisir entre le manufacturier et le cultivateur, mon choix est tout fait. Je l'ai déjàditailleursetjele disde nouveau : mon choixest fait ; je me mets du côté de la majorité, avec les cultivateurs, avec la classe cjui forme soixante et cjuinze pour cent de notre population.

Mù par l'ardente conviction qu'il met au service de sa parole, il CA^oque, ranime et fait revivre les faits qu'il expose. C'est un homme qui connaît à fond le mécanisme de la vie nationale canadienne, un politique-économiste qui se meut aussi à l'aise dans les théories les plus i^énérales, que dans les moindres détails de la pratique journalière. Combien ses observations sont justes et profondes, et quel puissant relief en prend la savante gradation de ses considérations économiques! Sans brusquer les événements, à la fois patient et tenace, il arrivera à faire, de cette formule libre-échangiste l'idée fixe de la presque totalité du pays.

Il terminait son discours par cette vigoureuse péroraison, qui produisit une profonde impression sur l'auditoire.

J'espère que le mouvement, que nous faisons naître aujourd'hui triomphera aussi sûrement que la nuit succède nu jour et c|u'au lieu d'être un danger pour la confédération, il nous rapprochera du but que nous nous sommes proposé d'atteindre il y a 21 ans. Permettez-moi de vous rappeler qu'en parlant ainsi, je m'adresse aussi bien aux conservateurs cjuaux libéraux....

... Nous sommes prêts pour la lutte. Quand Sir Richard Cartwrighta proposé son projet de loi à la dernière session, il savait qu'il allait être défait. Il reviendra à la charge à la ses-

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8ionprochainr, il n'ignore pas qu'il sera de nouveau repoussi'': il recommencera à la session suivanle, sachant bien qu'il ne réussira pas davantage. Mais il ne se lassera pas, il renouvellera incessamment sa tentative. Dans l'intervalle, les élections générales auront lieu et nous croyons que le résultat de ces élections nous donnera une majorité conservatrice ou libérale, qui se sera engagée à voter pour un traité de réciprocité illimitée entre le Canada et les États-Unis. Voilà la politique que nous avons à soumettre au peuple. H y a d'autres questions, mais elles doivent céder la place à la réciprocité. Voilà ce que nous demandons. Voilà la réforme que nous voulons accomplir et que nous voulons faire connaître au peuple d'Ontario, et spécialement à la population du comté d'Halton, avec l'espérance que cette population ne nous donnera pas une réponse ambiguë, mais au contraire une réponse qui sera un triomphe pour les principes du parti libéral.

Ces paroles d'une bouche autorisée prenaient lin au milieu d'applaudissements prolongés.

En juin 188'.* eut lien à Québec l'inaug-uration du monument élevé à Jacques Cartier par souscription publique. Ce l'ut une fête splcndide où se réunirent 25000 Canadiens-Français venus de tous les points du continent. Le discours de M. Laurier, sur le rôle de la race canadiennel'rangaisc en Amérique, fut un des plus grands succès de cette assemblée patriotique. Tout l'enthousiasme canadien se déployait à Ouébec pour célébrer l'éloquent orateur dont le nom se trouvait sur toutes les lèvres et les actions dans toutes les mémoires.

Devant un auditoire qui le considérait à juste titre comme le défenseur attitré de ses intérêts et de ses liber-

SA CAURIKHE. Cl

lés, fier <Io roslime qu'on lui témoigne el des sympathies qu'on lui cxpiime, M. Laurier, l'un de ces hommes qui fortifient un peuple en. ouvrant devant lui de grandes perspectives, rappelle, en de belles expressions d'inspiration élevée, la carrière de liberté, de pi'ospérité et de progrès qu'a parcourue la race canadienne-française, race à laquelle le passé garantit manifestement l'avenir; puis, au même titre, il rend, de sa parole entraînante, un éloquent hommage à « ce cher nom de France que gardent dans leur cœur fidèle tous les enfants qu'elle a perdus ».

J'ai toujours pensé et plus que jamais je pense que Ouébec devrait être pour les Canadiens d'origine française ce que la Mecque est i)0ur l'Arabe, la ville par excellence, la ville sacrée entre toutes. On me dira peut-être que je suis partial en faveur de Ouébec. Si on le dit, je répondrai simplement que j'ai bien des raisons de l'être; loin de m'en défendre, je l'avoue hautement.... Québec possède un charme dont nous, Canadiens d'origine française pourrons seuls jouir dans toute sa plénitude : c'est le charme des souvenirs. Hommes de Ouébec, vous êtes des privilégiés. L'antiquité nous a i^ardé la mémoire d'une épitaphe fameuse où l'on recommandait au passant de s'arrêtci" parce qu'il foulait la cendre d'un héros; mais vous, hommes de Québec, vous vivez, vous respirez dans une poussière de héros. .. Aujourd'hui vous venez d'élever un nouveau monument qui i)erpétuera à jamais le souvenir de la croix plantée par l'envoyé du roi de l'rance pour prendre en son nom possession de ce pays. Ce pays, cependant, n'est pas resté terre française, mais nous sommes toujours restés (Idèles au souvenir de notre ancienne mère patrie. Bien que séparés de la France depuis plus d'un siècle, bien que différant d'elle aujourd'hui de plusieurs manières, nous avons toujours conservé son culte dans notre cœur, suivant de loin, mais avec un intérêt qui jamais n'a cessé un seul instant, toutes les péripéties de sa vie tourmentée, prenant notre part de ses joies, de ses triomphes, de ses

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