VIT
Dans sa chambre à coucher, Roulette, en bras de chemise, était assis sur une petite chaise basse, et fourrageait parmi des tas de papiers qui remplissaient un tiroir de commode Empire posé à terre. D'une main vigoureuse, il bousculait et rejetait au fur et à mesure les paperasses tachées d'une encre très ancienne, ne mettant de côté que certains paquets jaunes, poussiéreux, sur lesquels ses doigts laissaient des traînées blanches. Parfois il interrompait sa besogne d'un hochement de tête ou d'un claquement de langue. Enfin, quand il eut vidé le tiroir en entier, et aligné son contenu sur le parquet, en un demi-cercle bien dessiné, il parut se recueillir une minute, observer avec
prudence, comme avant de prendre une importante décision, puis il se courba et choisit une liasse nouée d'un cordon bleu fané.
L'ayant déficelée avec précaution, il en retira quatre ou cinq lettres, parmi lesquelles une surtout, d'enveloppe étroite, longue et démodée, retint son attention. Il ouvrit sur-le-champ cette dernière, et des plis d'un papier guipure à compliment encadré de roses peintes, s'échappa une lourde mèche blonde, d'un blond cendré, joliment bouclée encore quoique très aplatie.
Un léger «ah!» de satisfaction partit des lèvres de Roulette, tandis que caressant des yeux le billet doux naïvement enluminé, il le relisait à demi-voix:
«Mon bon Denis,
« Je veux bien enfin, puisque ça te fait tant de plaisir, te donner une mèche de mes cheveux que tu trouves si jolis. Je les ai coupés, parce que c'est toi, derrière l'oreille, près du cou, là où tu m'embrasses pour me chatouiller. Jure-moi que tu les garderas toujours, n'est-ce pas? Mardi j'étais au spectacle quand on t'a applaudi si fort. Tu as été beau et ta petite était fière de toi.
«Demain à la même heure, près du jardin public.
« Celle qui est à toi,