‹ Sirven étude historique, d'aprés les documents originaux et la correspondance de VoltaireChapitre 13 sur 26 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Décret d'arrestation de la famille Sirven ; sa fuite

précipitée.

Revirement de l'opinion. — Les Siiven soupçonnés, accusés de parricide. — Les trois faits dont on forme un corps de délit. — Mandat d'amener. — heu fuite, leur* angoisses, leur arrivée eu Suisse.

Dans ces premiers moments de désolation, les Sirven, objets des regrets les mieux sentis, étaient bien loin de s attendre à l'effroyable tempête qui se préparait contre eux. On avait expliqué, tout naturellement par le suicide, la mort de la pauvre fille et le soupçon d un crime horrible, infâme, n'était venu à l'esprit de personne. Que les choses devaient changer sous l'influence des passions religieuses I

Depuis quelques mois déjà, il y avait eu, dans le Midi, une recrudescence marquée de fanatisme. L'arrestation du pasteur Rochette et des frères Grenier (1);

(I) 2 septembre 1761.

DÉCRET DARRESTATION

Temprisonnement des Calas (1), le crime atroce qu'on leur reprochait, le bruit si perfidement répandu que le protestantisme faisait, aux pères, un devoir de punir de mort, ceux de leurs enfants qui se convertissaient à la foi romaine, — tout cela avait singulièrement exalté les esprits. Cette exaltation portait à croire, avec une extrême facilité, aux actes les plus monstrueux; elle créait môme le besoin d'y croire. Il semblait que les crimes, en se multipliant, donnaient pleine raison aux préjugés populaires, à l'action prompte et sévère des juges. Quand lïmagination, sous l'empire d'idées préconçues, eut réussi à voir dans le parricide, le système d'une secte entière, la terreur fut facile à inspirer; le moindre fait quelquefois venait la confirmer, au mépris du plus simple bon sens. C'est ainsi que Sirven, par suite de ce déplorable état de l'opinion, allait témoigner contre Calas, comme déjà Calas avait témoigné contre Sirven. Voilà comment, par un prodige de fanatisme et de calomnie, une double innocence ne devait servir qu'à corrober l'invention d'un double attentat.

Subitement prévenu à Burlats de l'événement du 4 janvier, Sirven repart pour Saint- Alby. En passant à Castres, il voit ses amis qui lui conseillent une extrême prudence, prudence bien nécessaire; car il apprit, en arrivant, que des bruits sinistres se répandaient, que Castres, que Toulouse surtout attisaient le feu des passions religieuses, parlaient et faisaient parler d'Elisa-

(I) 3 octobre 1761.

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