DE LA FAMILLE SÏRVEK
beth, comme d'un martyr et, de son père, comme d'un meurtrier.
On comprend toute l'influence que durent avoir, sur l'âme si crédule et si passsionnée des populations campagnardes, des soupçons émanant des grandes villes et des hauts magistrats (i ). Bientôt, mille voix répètent les mots de parricide et la vengeance aiguise ses poignards dans les ténèbres.
Jl n'y avait pourtant pas de côrps de délit ; et un corps de délit pouvait, seul, rendre possible une procédure. Là parfaite honorabilité des Sirven (2), leur tendresse pour Elisabeth, la démence de cette fille, l'alibi du père étaient connus ; tout le village de Saint- Alby avait, par son empressement, prouvé son estime et sa foi en leur innocence ; quarante-cinq témoins venaient encore, du 6 au 40, de dire leur éloge. Après de tels faits, des autorités, non prévenues, auraient ordonné l'inhumation du cadavre, se seraient retirées en donnant une larme aux malheureux parents et tout su fut arrêté là. La justice, la vérité, la nature eussent été respectées et l'on eût épargné au monde le douloureux spectacle d'une grande iniquité.
(1) Cette influence étrangère e«t certaine. Le procureur général siégeantà Toulouse, se faisait informer, à chaque courrier, de ce qui se passait ; il écrivit même au haut-justicier de Mazamet : « J'approuve ce que vous avei fait et avez </*terminé de paire. »
(2) Il fut, plus tard, produit un certificat, signé des vingt noms les plus notables du pays, parmi lesquels figurent ceux de quatre prêtres, — certificat s attestant que les Sirven « ont toujours vécu honnêtement, qu'ils sont de bonne vie et mœurs et d'une conduite irréprochable. >*