‹ Sirven étude historique, d'aprés les documents originaux et la correspondance de VoltaireChapitre 24 sur 26 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Réhabilitation des Sirven et derniers faits*

Le moment suprême. — Pierre Bic, vengeur de sa taule, Antoinette Léger. — Sirven joint ses instances au* siennes. — Composition du Parlement. — Son arrêt de réhabilitation. — Dernières lettres de Voltaire; sa mort; ce qu'il fut. — Derniers bruits autour du nom de Sirvoo. — Ses descendants.

Le moment suprême appproche. Les vents sont favorables; mais si l'on allait faire naufrage, en arrivant au port. . . î II aurait suffi, pour cela, d'un événement, dune cabale, que sais-je?d'un caprice. Qui peut, au* commencement d'une séance et même à la fin, répondre du vote d une assemblée ? Ce n'eut pas été la première fois qu'en croyant tout tenir, on aurait tout perdu. L'âme humaine a tant de mystères et la vie tant de singularités I

Aussi, il est à croire que dans les derniers jours de ce long et douloureux procès, Sirven et Voltaire mirent tout en œuvre pour réussir. Ils devaient, Sirven, à Toulouse, ne point laisser de repos à ses amis et Voltaire, de Ferney, leur écrire lettre sur lettre; ce qui l'indique, c'est qu'ils trouvèrent partout écho et sympathie. Tandis qu'on a n'avait plaint Calas qu'avec une

« horreur muette, Sirven eut des protecteurs décla- « rés. » (1).

Après en avoir appelé au Parlement, de la seconde sentence de Mazamet, Sirven se rendit aussitôt à Toulouse, pour y préparer sa défense, de concert avec ses protecteurs. — Mais il n'arrivait pas le premier, pour demander justice ; bien avant lui, avant même qu'il se hasardât à quitter la Suisse, un tailleur de Castres, Pierre Bic, — neveu d'Antoinette Léger, femme de Sirven, — avait entrepris seul, dès le 7 octobre 4768, d'obtenir de la Cour, la réhabilitation de la mémoire de sa tante. 11 réclamait la mise à néant de la procédure dirigée contre elle, de la sentence de contumace, du verbal d'exécution et de la calomnie de parricide. Il réclamait, de plus, des réparations équitables, la mainlevée de tous les biens saisis ou annotés et , pour le Procureur fiscal, les dépens.

Sirven, sans doute, connaissait les démarches de son neveu; car, dès que fut prononcée à Mazamet la sentence du 16 novembre qui ne répondait ni à son* attente, ni à ses droits, il s'empressa de joindre à la requête de Pierre Bic sa requête personnelle, tendant aux mêmes fins ; il y prenait à partie les consuls et la communauté de Mazamet, pour qu'il leur fut imposé en sa faveur, comme indemnité, une amende de 20,000 livres.

En conséquence, ces deux appels (de Pierre Bic et

(l) Coodorcet, Vie de'Yoluire.

DES SIRVEN. 141

de Sirven) purent être et furent en effet examinés et jugéë simultanément par la Cour.

Les pièces étaient nombreuses. La Cour en rejeta plusieurs, ce qui dans le langage judiciaire signifiait, autrefois comme aujourd'hui, quelle ne voulait pas se prononcer sur leur contenu, soit qu'elle fut embarrassée, soit par fausse prudence humaine. Cette fausse prudence, si commune en notre siècle et qui s'appelle de son vrai nom lâcheté et forfaiture, se glisse partout, quelquefois même dans les balances de la justice. Il serait téméraire d'intenter à la Cour une si grave accusation. Je dis seulement, d'une manière générale, que le rejet de certaines pièces n'a souvent d'autres motifs que l'embarras ou la prudence. Quoiqu'il en soit, dans le cas en question, le parlement, tout-à-fait convaincu de l'innocence des inculpés, rendit ce célèbre décret de réhabilitation qui, aux yeux du monde entier, éleva les Sirven du bas étage des scélérats, au glorieux rang des martyrs.

C'était le 25 novembre 1771.

Le Parlement se réunit, en la chambre de Tournelle (chambre criminelle), Dix membres étaient présents : de Niquet, premier président, Guran, Désinnocents, Lassus, Lacaze, Firmy, Montfort, Bastard fils, de Juin et RaynaJ, qui fut le rapporteur de l'affaire.

Ce qu'il y a de piquant, c'est que quelques-uns de ces magistrats, qui vont absoudre Sirven, faisaient partie des treize qui, le 9 mars 1762, avaient, pour le même crime, condamné Calas : 1° A la double question ordinaire et extraordinaire ; 2° à l'amende ho-

norable en chemise tête nue et pieds nus; 3<> à la rupture des membres ; 4° à la roue et à la strangulation. — De ce nombre, sont d'abord, de Niquet, qui devint premier président en 1770 et qui avait été juge de Calas, à titre de conseiller; Désinnocents; peut-être Bastard et peut-être aussi Guran, si c'est le même que Gauran. Il faut dire, pour être juste, que les faits de la cause n'étaient pas entièrement identiques ; mais il n'en demeure pas moins vrai que le temps avait marché et les idées aussi.

Le Parlement, après un "sérieux examen, porte le décret définitif, récompense méritée des douleurs de Sirven et des efforts de Voltaire ; nous en transcrivons ici le sommaire : 4<> Il réforme la sentence du 29 mars 4764; 2° relaxe ladite Antoinette Léger de la fausse et calomnieuse accusation contre elle intentée; 3° ordonne la main-levée des biens meubles et immeubles confisqués sur sa tête; 4° Ordonne le paiement des fruits (h) pendant la durée de la détention des biens ; 5<> Confirme la sentence du 4 6 novembre 4769 relative à Sirven ; 6<> Condamne les consuls de Mazamet aux dépens envers ledit Sirven ; 7° Condamne Sirven aux frais de la procédure contumaciale. (C).

Le décret garde un silence absolu sur les 20,000 livres d'indemnité; la pièce par laquelle Sirven en en adressait la demande, se trouvait du nombre des pièces rejetées. Du reste, Voltaire s'y attendait; ses prévisions sur ce point, ne l'avaient pas trompé. Heu-

(.1) L'iutérèt des biens.

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reusement, ce n'était pas l'essentiel. Bien plus même, Sirven est condamné aux frais contumaciaux (d'après les lois en vigueur, il ne pouvait en être autrement); et ces frais s'élèvent à 224 francs 10 sous 6 deniers, — tandis que les frais de la procédure, mis à la charge des consuls de Mazamet, ne sont que de 38 francs 8 sous 6 deniers. Par le fait, celui qu'on proclame innocent se trouve ainsi plus obéré que ceux qu'on reconnaît coupables.

Mais la question ne roulait pas autour de quelques pièces de monnaie; les rois d'Europe, et le Crésus Voltaire pouvaient largement défrayer Sirven. La question était plus haute. Elle consistait tout entière dans ces faits, que la sentence du 29 mars était abrogée, les juges convaincus de faux jugement, la commune de Mazamet châtiée par les dépens de sa participation à l'injustice, les accusés déclarés innocents, leurs biens restitués et les intérêts remboursés.

Que pouvait-on espérer de plus? La réhabilitation était aussi complète que possible, puisque les accusés se trouvaient absous et les juges condamnés. On ne saurait], avec plus d'évidence, témoigner que les Sirven avaient été les victimes ou d'une erreur inouïe ou d'une criante iniquité.

La nouvelle de ce grand succès fait tressaillir Voltaire, alors âgé de 78 ans. « Il n'a fallu, s'écriait-il, que <c deux heures pour condamner à mort cette vertueuse « famille et il nous a fallu neuf ans pour lui faire « rendre justice! t> Il en est du monde moral comme du monde physique : le mal qu'un instant amène, un

siècle quelquefois à peine le guérit ; un seul orage renverse des forets, qui ne repoussent qu a force de nouveaux printemps.

Tout heureux, tout fier du triomphe, Voltaire malgré son âge et ses souffrances, témoigne aussitôt au défenseur, M. de Lacroix, la gratitude et la joie qui l'animent. (6 décembre 1771) : «Votre éloquence, <( Monsieur, et vos raisons ont fait enfin rendre jus- « tice complète à mon ami Sirven. Vous avez acquis « de la gloire et lui du repos. Ce sont deux bons .« oreillers sur lesquels on peut dormir à son aise. — « J ai l'honneur de remercier M. le premier-prési- « dent. Je fais mes tendres complimets à M. Sirven. « Je l'attends avec impatience. Le triste état de ma « santé ne me permet pas d'en dire davantage.

Malgré les circonstances favorables du moment, « il « fallait, dit un auteur, regarder comme un prodige, « la cassation de cet affreux procès des Sirven. »

Le prodige était obtenu; Sirven était libre, réhabilité, proclamé martyr. H ne lui restait plus rien à faire à Toulouse; d'un autre côté, tout l'attirait en Suisse. Il quitte le Languedoc et vient au pas de course, embrasser ses deux filles et se jeter aux genoux de son puissant protecteur, sans lequel son nom aurait probablement porté une éternelle flétrissure.

On apprend ce détail par une lettre de Voltaire à Madame Duvoisin ( la fille cadette de Calas ). « Ferney,

« 15juin, 1772 Toute la famille Sirven se rassem-

cc Ma chez moi, hier, en versant des larmes de joie. Le

DES SIBVEN.

« nouveau Parlement de Toulouse venait de condama ner les premiers juges à payer tous les frais du proc< cès criminel; cela est presque sans exemple. — Je « regarde ce jugement, que j'ai obtenu avec tant de « peine , comme une amende honorable. La famille a était errante depuis dix années entière ; elle est, ainsi « que la vôtre, un exemple mémorable de l'injustice

« atroce des hommes » Il termine par des vœux

que la vie des Calas dépassé les bornes ordinaires, afin que cette famille soit, après des siècles, la condamnation vivante d'un Parlement disparu. Et il se signe : Le vieillard qui va bientôt partir de ce monde.

Depuis ce moment, nous perdons entièrement les traces des Sirven ; nous n'avons pu découvrir le plus mince détail qui nous indiquât même s'ils avaient continué à vivre en Suisse de leur petit commerce ou s'ils étaient venus terminer leurs jours, dans le frais vallon du Thoré, au milieu de leur propriété reconquise. Une tradition populaire qui peut être aussi fausse que vraie, les fait rentrer dans leur pays natal et nous montre Sirven, chose assez invraisemblable, assistant à Paris aux funérailles de Voltaire, en 1778, et mêlant ses larmes à celles de Calas, sur la tombe de ce commun bienfaiteur.

Nous soupçonnons fort l'imagination méridionale d'avoir été la seule source de ce bruit, qui embellit et couronne si bien la touchante histoire de Sirven. Quel dommage que les preuves nous manquent !

Mieux vaut encore la sèche et banale réalité que de pures fictions.

^ 46 RÉHÀBILITA'HOPî

Mais si la personne des Sirven disparaît tout-à-coup de la scène de l'histoire, il n'en est pas de même de 4eur nom qui, dans la suite et plus d'une fois, retentit avec éclat

Et d'abord, à l'époque de la rentrée de Voltaire à Paris après 27 ans d'absence. Des honneurs inouïs furent décernés à ce roi du siècle, de la part de la population, des théâtres, de l'académie. Le 30 mars, il assista, pour ainsi dire, à son apothéose au Théâtre- Français. Son buste fut couronné ; transports d'enthousiasme , acclamations qui durèrent demi-heure, mouvement spontané des femmes qui se levèrent en agitant leurs mouchoirs, acteurs embrassant son buste , parterre près de franchir l'orchestre pour en faire autant,— rien ne manqua à cette ovation, propre à troubler l'esprit d'un vieillard plus qu'octogénaire (84 ans). — A la sortie du Théâtre, il fut porté sur les épaules jusqu'à son carosse, bleu d'azur parsemé d'étoiles; la foule voulait dételler les chevaux pour les traîner jusqu'à son hôtel, des applaudissements frénétiques éclatèrent dans toutes les rues qu'il traversait ; et ce qui , dans tout cela, le flatta, le toucha le plus, ce fut le cri * des ouvriers : Vive le défenseur de Calas! Vive le défenseur des Sirven I C'est alors qu'au comble de Témotion, il mit la tète à la portière et répondit : « Vous youlez donc m étouffer sous des roses ! » (4)

11 mourut peu de temps après; et sa mort, d'après le témoignage de ceux qui l'entouraient, fut effroyable.

Al) Mémoires de Plcury.

DES SIRVEN

C'est qu'en faisant la guerre au fanatisme, il l'avait faite aussi à l'évangile et que sa conscience devait être bourrelée de poignants remords. Il est vrai qu'on lui attribue ce propos : « La superstition est un serpent « qui entoure la religion de ses replis; il faut lui écra- « ser la tête, sans blesser celle qu'il infecte et dévore. » Mais, infidèle à ce juste principe, il s'était déchaîné violemment contre le christianisme et contre son excellent fondateur, pour lequel il ne professait pas même le respect qu'il portait aux simples philosophes. Il dirigeait ses coups tout à la fois et contre le serpent et contre l'arbre divin qu'il enlaçait

Ses sarcasmes impies, séduisirent le spirituel mais superficiel XVIII e siècle. Dans sa polémique religieuse, Voltaire manqua d'érudition vraie , de profondeur, de mesure, de justice et de décence ; et, trop souvent, le sophisme et l'obscène raillerie lui tinrent lieu d'arguments. Tout lui était bon dans son odieuse insurrection contre le ciek Aussi, la conscience qui ne meurt jamais entièrement , se réveilla dans l'agonie du vieillard ; le remords le plongea dans lès plus affreuses perplexités; il trembla, il fut hors de lui-même, à la pensée de la rétribution qui l'attendait « Dès qu'il vit que tout ce « qu'il avait tenté pour augmenter ses forces , avait « produit un effet contraire , la mort fut toujours de- « vant ses yeux ; dès ce moment, la rage s'est empa- «, rée de son âme. Rappelez- vous les fureurs d'Oreste : : « Furiis agitatm obiit » [h)

(1J Gaberel, Voltaire et le$ Gcnevoù.

Qu'on nous pardonne cette digression sur la mort d'un des principaux acteurs du drame Sirven. Nous tenions à stigmatiser ses procédés iniques et subversifs à l'égard du christianisme. Nous n'aurions pas voulu, qu'à cause de tout ce que nous avons été appelés à en dire, on nous supposât, pour ce coryphée de l'impiété, une sympathie qui n'existait pas.

11 fut bon, il fut généreux sans doute et son éternelle gloire sera d'avoir réhabilité de nobles victimes; c'est avec une pleine raison qu'il a dit lui-môme : « J'ai fait « un peu de bien, c'est mon meilleur ouvrage. » De plus, il soutint contre ïïntoléranoe et le fanatisme une guerre efficace qui détruisit bien des abus funestes et ridicules. Mais il fit une immense chute en attaquant la religion, en l'attaquant surtout par des quolibets nauséabonds et d'horribles blasphèmes. S'il s'était contenté de dégager le sanctuaire des plantes parasites qui l'ohstruaient! Le malheur, c'est qu'il travailla, comme un démon, à démolir le sanctuaire lui-môme, qui se fut écroulé sous sa main, s'il n'eût été bâti de bon ciment et n'eût eu le roc pour base.

J'ai dit que le nom de Sirven avait souvent fait vibrer les échos populaires. — On l'a vu, lors du triomphe de YErmite des Alpes au Théâtre-Français. — Pareil honneur l'attendait encore. Le 34 mai 1794, la Convention vota à Voltaire une place au Panthéon et des obsèques magnifiques ; et, le 4 2 juillet, on transféra ses cendres de Romilly à la Bastilla et de la Bastille au Panthéon, au milieu d'une pompe extraordinaire et des cri& enthousiastes d'une multitude immense. Alors, —

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comme si la protection qu'il avait accordée aux malheureux constituait son plus beau titre à la reconnaissance et à l'admiration, — on plaça sur lé splendide sarcophage, cette simple inscription : il vengea calas, labarre, SIR YEN ET MONTBAILLY.

Quelques mois après, dans sa séance du 25 brumaire de Tan II, la Convention, sur la proposition de Barrére, décide de réhabiliter la mémoire de Calas, comme elle vient de réhabiliter la mémoire de Labarre et « pour honorer les mœurs nouvelles, » décrète d'élever sur la place de Saint-George où mourut Calas, une colonne « arrachée des autels du fanatisme » et sur laquelle on écrira : la convention nationale, a la nature, a l'amour paternel. — Dans cette même séance, immédiatement après le vote de la colonne pour Calas, le député Garan-Coulon se lève et demande que Sirven soit aussi réhabilité ; car, comme Calas, ci c'est injuste, a tement qu'il a été accusé d'avoir tué sa fille. » Un nom prononcé dans l'enceinte de la Convention nationale volait aussitôt par toute la France et par le monde entier. Aussi, cette seconde réhabilitation par les représentants du peuple, dépassa encore la première en retentissement et mit le comble à 4a réputation de Sirven.

Le Parlement de Toulouse avait, sur faits et preuves, constaté et proclamé son innocence. La Convention nationale la vota d'instinct et, pour obéir à son besoin profond de justice, de tolérance, de liberté. Le vieux régime s'était rendu coupable de tant de tyrannies, qu'on se lançait avec bonheur dans la voie des réparations *

éclatantes. Que ne pouvait-on réparer tous les malheurs du passé ? On avait soif de compenser les anciens torts par quelqu'équivalent. A ce point de vue, Sirven et Calas furent une bonne fortune pour la Convention ; et, à son tour, la Convention, en. les honorant d'un] décret solennel, tt briller d'un nouveau lustre leur couronne de martyr.

Plus tard, en 4820, au plus fort de la réaction libérale, dans ces jours où Ton faisait flèche de tout bois contre les empiétements de l'esprit jésuitique et fanatique, le nom de Sirven fut évoqué, son histoire convertie an un mélodrame de trois actes et ce mélodrame joué et rejoué sans cesse, devant les flots pressés d'une multitude délirante. Et pourtant, cette pièce n'offre rien de distingué, à aucun point de vue. Elle n'est qu'un tissu de faits invraisemblables, entièrement fictifs, où une intrigue d'amour forme la trame principale. On ne peut autrement s'expliquer son prodigieux succès que par son à-propos, par l'état des esprits et la popularité dont jouissait encore Sirven.

Enfin, tout récemment encore, le nom de Sirven a fait dans le Tarn, les frais de vifs entretiens, à l'occasion du suicide d'un de ses descendants. « Nous avons « beaucoup connu, dit le spirituel auteur auquel « nou6 empruntons ce récit,' (1) un descendant direct « de Sirven. C'était un père de famille encore jeune ,

« d'humeur très-joviale Il habitait dans un des fau-

« bourgs de la ville de Castres, une maisonnette toute

[I] M. Frédéric Thomas, Feuilleton delà Presse du 5 octobre, 1857.

DES SIRVEX

« gaie et toute blanche, bordée d'un frais jardin. Un « beau jour, il y a de cela cinq ou six ans, le maître <( de la maisonnette disparut. Sa famille le chercha, il ci s'était précipité dans le puits de son jardin.

«Quel argument étranglant entra les mains de Vol- « taire, si cat argument n'eût pas été trop jeune d'une « centaine d'années t »

On peut s'imaginer le bruit, les réflexions et les rapprochements que souleva ce nouveau suicide d'un Sirven !

M. F. Thomas dit de ce malheureux qu'il jouait la comédie bourgeoise avec talent. Pourtant, il n'est pas probable que ce soit le même que celui dont parle Magloire Nayral, qui s'appelait J. Sirven et qui, par conséquent, n'était pas un descendant direct de P.-P. Sirven, lequel n'avait eu que des filles (1).

Du reste , la famille Sirven était fort nombreuse. « Et il en existe encore plusieurs membres à Castres, « à Toulouse et dans le Roussillon. Les uns sont restés « fidèles au culte Calviniste, les autres ont embrassé « la religion catholique; parmi ceux-ci, nous citerons « de préférence l'émule de Béranger, le gai, le spiri- <c tuel chansonnier J. Sirven, notre collègue à l'aca- « démie de Perpignan. » (2)

(2) En effet, nous apprenons que ce descendant direct de Sirven, qui s'e»t suicidé de la même façon qu'Elisabeth s'appelait Ramond Périé. 0% devait être le fils ou petit- fils de ce malheureux enfant, martyr avant que de naître et dont la naissance, à Lausanne, faillit coûter la -vie à sa malheureuse mère. —Celle-ci, Marie-Anne-Sirven, était mariée avec un Ramond Périé, marchand à Castres.

(I)Chron t cMtr. III, 468.

1 52 RÉHABILITATION DBS SIRVEN.

Il y a encore ailleurs, et en particulier dans les églises de la Lozère et des Cévennes, des membres de la même famille, des pasteurs appelés du nom de Sirven, de ce nom auquel beaucoup de malheurs ont valu beaucoup de gloire et qui, à lui seul, est devenu, depuis sa réhabilitation, un titre de noblesse pour ceux qui le portent.

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