PAULINE DE FLAUGERGUES A LA VALLÉEAUX-LOUPS
Pauline de Flaugergues à la Vallée-aux- Loups
... Pauline tient des cieux Le mal si doux de la mélancolie'
Sophie Pannier j
(Sur Pauline de Flaugergues). I
Pour atteindre, de Paris, au petit coin d'agreste verdure qu'est la Vallée-aux-Loups, on peut suivre à pied, par Fontenay et Châtenay, ce qui est l'itinéraire que choisit Lamartine venu, tout jeune ;ncore, rendre visite à Chateaubriand. « C'était », dit le poète, « au mois de mai ou juin. Fontenay était éblouissant et enivrant de ses champs de roses », Fontenay que célébra Chénier ! Mais aussi on peut y aller, en quittant Robinson, par l'aimable et montueuse petite route des ânes. Sans doute M. de Balzac, venu du bal de Sceaux, portant l'habit à basques et la canne à pomme d'or, gravit cette pente aimée, depuis les temps de Mabille et de la Grande-Chaumière jusqu'à ceux
d'aujourd'hui, par toute l'amoureuse et bruyante jeunesse. Et Musset et Murger vinrent s'asseoir, ici, sous les châtaigniers! Irma la Canotière avec Marie-Belles-Dents dansèrent, sous ces arbres, le cancan et la polonaise ; et les guinguettes fleuries, les charmilles mystérieuses n'ont point su se déshabituer, depuis, d'entendre, sous leurs ombrages, tinter le rire des filles et la voix des galants. A suivre les petits ânes aux jambes grêles, charmants et battus, dont le piteux et naïf cortège gravit l'âpre côte, on atteint bientôt la hauteur. Gomme la vue est belle qui s'étend du plateau! L'immense horizon! Les bois de Verrières sont à droite et ceux de Meudon à gauche ; Sceaux, Fontenay et Bagneux sont au bas. Deux lignes parallèles, dont l'une marque la Bièvre et l'autre le chemin de fer, s'éloignent vers Paris; le Plessis est tout près, enfin le mélancolique étang d'Ecoute-s'il-pleut. De là, quittant la route, prenons l'étroit sentier bordé de genêts et d'aubépines qui descend de Malabry à Aulnay. Le parfum des chênes, la vue des châtaigniers penchés sur la ravine, l'intime et discrète petite ombre des bois indiquent que nous sommes à la Valléeaux-Loups ; encore un peu et, suivant la longue grille du vaste domaine où se plut jadis à vivre M. de Chateaubriand, nous atteignons « la maison-
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nette toute calme que Sully-Prudhomme occupa quelque temps avec sa sœur et qui fut, avant lui, habitée par Henri de Latouche » *. L'endroit recueilli, silencieux, tout intime, a du charme et l'aspect sylvestre. Mais où est le vieux colombier, où sont la Butte grise et la « Tour en fleurs de Groui », où donc, enfin, est le mélèze du gazon au pied duquel l'amoureuse Flaugergues cacha dans une urne, violée depuis parla guerre, le cœur du maussade auteur de Fragoletta ? Tout cela sans doute a été changé, bouleversé, détruit; mais le site même n'a pas varié, le bois d'Aulnay, réduit, morcelé, dépecé, est bien le bois encore. Les châtaigniers y sont toujours drus, et hauts et fiers ; la pervenche « aimée de Rousseau et de M. de Latouche »2y fleurit maintenant comme jadis, et le Val lui-même, Val-de-Loups, comme disaient Fontanes et Mme de Broglie, est toujours odorant de sa verdure, de sa mousse et de ses parterres. Sous ces bois centenaires le misanthrope poète des Agrestes et des Adieux promena la fiévreuse angoisse de sa souffrance. Celui que les plus illustres amitiés littéraires, que Famour ardent d'une Valmore, que les dons les plus hauts du talent
1. Edouard Champion: Entretiens avec M. Sully-Prudhomme 1904).
n'avaient pu contenter, trouva ici, dans le dévouement le plus tendre, dans le plus sûr attachement de toute une vie de femme, le calme réparateur, l'oubli bienfaisant et, vers la fin de ses ans perclus et moroses, le paisible et discret bonheur de l'affection. « Dieu, dit George Sand, dans les pages si touchantes qu'elle consacra un jour au pauvre paysan de la Vallée-aux-Loups, envoya un ange près M. de Latouche. Une femme d'un mérite supérieur se dévoua saintement à la tâche pénible et délicate de soigner et de consoler le poète mourant.» « Nous tous, dit encore George Sand, qui avons connu et aimé le poète navré, nous savons combien il a fallu de patience ingénieuse, de persévérance héroïque, de délicatesse d'esprit et de cœur à la fois pour endormir et calmer sans cesse les crises de ce mal physique et moral auquel rien ne pouvait l'empêcher de succomber. Qu'elle en soit bénie, la sainte fille, la digne fille de l'honnête et intrépide Flaugergues, la douce ermite d'Aulnay ' ! »
Maintenant elle est morte aussi, morte après son cher mort, la pieuse et fidèle gardienne d'un nom désormais presque oublié des hommes. C'est pour l'évoquer mieux qu'aidé de notes de M. de