‹ Sites et personnagesChapitre 35 sur 47 · La Mokixbrie ; Pauline de Flaugergues (Revue littéraire · texte numérisé non relu

La Mokixbrie ; Pauline de Flaugergues (Revue littéraire

parte, la petite Marie-Anne-Françoise-Pauline, née à Rodez le 4 fructidor an VII (21 août 1799), grandit dans la menaçante tristesse des luttes les plus âpres de la politique locale. A douze ans elle était, dit on, née déjà à la poésie et les touchants malheurs de la Grèce asservie ne tardèrent point d'inspirer son talent délicat. Se dévouant à sa famille et résolue d'aider, de tout son naïf courage, aux malheurs de son père, elle accepta bientôt Fexil que lui offrait, en échange d'avantages, en son château de Belem, la jeune reine portugaise Dona Maria. L'isolement où elle se trouva vivre dans un monde différent du sien, loin de sa famille et de sa patrie, accentua encore une mélancolie qu'elle avait naturelle. Aussi, écrit M. de La Morinerie, « le séjour de M,le de Flaugergues en Portugal ne fut-il qu'une longue station dans la douleur ». La mort de François de Flaugergues, survenue en 1836, la trouva impatiente de revenir. Malgré la mer mauvaise, le déchaînement des flots, elle n'hésita point à quitter Lisbonne, se montra intrépide et, défiant la tempête, attachée sur le pont du navire YUérié faisant voiles vers Marseille, donna le viril exemple d'un courage bien au-dessus de son âge, de ses forces et de son sexe.

« A quelle époque, se demande M. de La Mori-

nerie, Latouche et Mlle de Flaugergues se sontils rencontrés pour la première fois ? Faut-il se reporter au temps de cette histoire tragique de l'assassinat de Fualdès ? »

On sait que Latouche, chargé alors par la Gazette de France du compte rendu de ce fameux procès, vint à Rodez, y vit « Clarisse Manson, la gentille espiègle habillée en ouvrier bambocheur » l, prit en mains sa défense et produisit alors ces Mémoires justificatifs dont le succès fut considérable. Connu déjà du public pour ses mordants et spirituels articles du Figaro, ses polémiques retentissantes, son amitié avec Balzac, mais aussi par l'inquiète et perverse expression de ses romans, Latouche, aux yeux des femmes, portait surtout la gloire d'avoir imaginé, à côté de l'auteur de Séraphita, cette sorte d'hermaphrodisme passionnel et charmant dont les héros de ses livres offraient les exemples. En même temps sa voix séduisante, l'esprit si merveilleux qui lui faisait donner à sa conversation un tour si imprévu, l'expression d'un visage qui, malgré les défauts(Latouche était borgne), savait s'illuminer, aux instants pathétiques, de la flamme intérieure, étaient autant, pour lui, de moyens infaillibles

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