CHARLES GUÉRIN AUX BOSQUETS DE LUNÉVILLE
Charles Guérin aux bosquets de Lunéville
C'est aux bosquets de Lunéville, dans Tune des allées les plus françaises et les plus belles de la Lorraine, qu'a été élevé le monument du noble et regretté poète Charles Guérin.
Né dans cette cité de l'Est le 29 décembre 1873, Guérin, qui retrouvait toujours avec tant de bonheur, après les plus longs voyages, sa demeure et son ciel natals, y revint mourir en 1907. Il avait alors trente-trois ans ; mais son séjour terrestre, ainsi qu'il eût pu lui-même appeler son passage en ce monde, avait été employé au mieux de Fart et de la poésie. L'œuvre qu'il laissait se place, bien qu'interrompue trop tôt au gré de ceux qui la connaissent, au rang des plus personnelles, des plus poignantes, des plus hautes qui soient. La forme n'en est pas seulement achevée comme celle des marbres les plus harmonieux et les mieux polis ; mais une flamme secrète, jaillie du fond de ce cœur déchiré, gonfle et co-
lore ces poèmes, leur communique une humanité frémissante, répand à tous les purs contours de ces vers une chaleur vivante et un rythme heureux.
Le Cœur solitaire, le Semeur de Cendres et Y Homme intérieur composent, au milieu de tous les livres de Guérin, un triptyque admirable. Maintenant, voici visibles devant nous, dans le camée mémorial, les traits mêmes du jeune inspiré de tant de pages si graves et si belles ; et la sorte de crise tout intime et religieuse que connut le poète vers la fin aide à purifier, à ennoblir encore à travers la pierre ce visage méditatif et placide d'un homme revenu de tous les systèmes, et qui ne voyait plus que dans la foi et l'amour les mobiles d'écrire et de penser.
Né à la poésie au moment le plus incertain que connut jamais celle-ci dans nos lettres, Charles Guérin, comme Albert Samain, qu'il admirait tant et avec lequel il avait tant d'affinités, démêla vite la part d'artificiel et de convenu des écoles et des théories. Il était trop épris de la beauté dans ce qu'elle a d'essentiel et de parfait pour sacrifier longtemps aux modes transitoires. Le « voluptueux Ghénier », le « grand Virgile », ainsi qu'il se plaisait à nommer deux des maîtres qu'il aimait entre tous, le maintinrent toujours