‹ Sites et personnagesChapitre 45 sur 47 · CHARLES GUÉRI X AUX BOSQUETS DE LUNÉV1LLE · texte numérisé non relu

CHARLES GUÉRI X AUX BOSQUETS DE LUNÉV1LLE

dans le respect le plus haut d'un art qu'il considérait au-dessus des autres et qu'il contribua, pour une part, à grandir encore.

Savoir au moins les mots divins qui font pleurer...

voilà, dès qu'il eut pris la complète conscience de son talent, quelle fut son ambition la plus chère d'artiste.

Les mots, les pauvres mots de l'élégie humaine,

ceux qui sont les plus éloquents, les meilleurs, ceux dont se servaient les maîtres, un Lamartine ou un Vigny, ne sont-ils pas souvent les plus répétés, les plus usés du langage ?

C'est en employant simplement ces mots, en leur restituant toute leur signification forte et juste, que le poète retrouva le secret, qui semblait perdu depuis Verlaine, d'émouvoir par la seule sincérité du cœur.

Poète du cœur, voilà ce que Charles Guérin fut jusqu'à la fin et par-dessus tout. Ces mots de Cœur solitaire, qu'il écrivit d'un accent si vrai en tête de l'un de ses livres, trahissent à la fois cette sen-

sibilité et cet isolement dont il exprime les plaintes dans ses vers résignés.

Une tendresse ardente et toujours renfermée

s'épanche, à tous les cris de ces élégies voluptueuses et mélancoliques, à travers ces œuvres d'une si rare délicatesse et d'une si poignante grâce.

Par les voyages qu'il fit à plusieurs reprises à Bayreuth, à Munich et dans plusieurs des autres cités de concert, nous savons à quel point Guérin était épris de musique. La sorte de vibration, qui communique à tant de ses poèmes un mouvement si doux et si grave, a sa source au fond de cette éducation purement harmonieuse à laquelle il soumit son talent naissant. Et, pour ce sentiment élevé de la nature, ce recueillement admiratif devant l'accord des campagnes et des paysages, on sait bien que c'est à son pays natal qu'il en est redevable.

D'abord étudiant de licence d'allemand, Guérin s'apprit, encore adolescent, dans la langue de Gœthe. La Bavière de Louis II le séduisit par ses monts et ses lacs légendaires. Par la suite, il aima se rendre à Bruges et à Rome, ces deux villes de cloches ; enfin, le Midi laissa son parfum de mimosa dans son cœur. Mais « son pays lorrain »,

Page 1