RÉORGANISATION DE L'ENSEIGNEMENT PUBLIC EN INDO-CHINE
L'enseignement public a été, depuis 1902, la préoccupation constante de l'Administration .
L'augmentation continuelle du nombre des européens qui venaient se fixer en Indo-Chine, les besoins croissants des différents services, du commerce et de l'industrie en auxiliaires capables, en secrétaires, interprèles, comptables, chefs d'ateliers ; enfin, l'évolution générale des peuples indo-chinois vers l'instruction occidentale, tout cela nécessitait non seulement des créations d'écoles, mais une transformation complète de notre organisation scolaire antérieure.
Jusqu'en 1902, l'Administration s'était reposée d'une partie de sa tâche sur les Missions. Les grandes écoles qu'elles avaient instituées : Institutions Taberd, Puginier, Pellerin, les petites écoles à l'usage des indigènes qu'elles avaient créées dans l'intérieur, étaient très peuplées, et, dans certains pays, au Cambodge et en Annam, en particulier, elles groupaient la presque totalité des élèves. A mesure que se poursuivait l'organisation méthodique des différents pays de l'Indo-Chine, l'Administration était amenée à prendre elle-même en main l'œuvre si importante de l'éducation publique ; le mouvement des idées dans la Métropole, et les lois votées par le Parlement, lui faisaient une obligation de laïciser son enseignement : à l'heure actuelle, cette laïcisation est complète ; aucune école confessionnelle n'est subventionnée en Indo-Chine par les budgets publics, aucune bourse d'étude n'est entretenue auprès des établissements congréganistes. Par contre, lé
nombre des écoles laïques a été considérablement augmenté et le nombre des élèves dans ces écoles a plus que triplé.
Création de ser- D'autre part, la pacification complète a permis d'étudier, avec le concours même vices locaux de ^es notabilités indigènes les plus qualifiées, les importantes questions qui se rattaauT^iîkin^A^- chent à enseignement des indigènes. En 1903, une Commission d'études, dont nam et au Cam- l es conclusions valaient pour l'Annam comme pour le Tonkin, était instituée à bodge. Hanoi ; en 1904 (arrêté du 15 novembre), une Commission identique était réunie
à Phnom-penh. Le résultat de leurs travaux fut la création, dans chacun de ces pays, d'une organisation scolaire complète, d'un service local de l'Enseignement, avec deux catégories d'écoles, françaises et franco-indigènes et des examens distincts pour chaque enseignement . D'autre part, à la tète de chaque service était placé un directeur local de l'Enseignement de qui devaient dépendre toutes les écoles créées ou à créer. Tel fut l'objet des arrêtés du 27 avril 1904, pour le Tonkin, du 20 juillet 1905, pour le Cambodge, du 30 octobre 1906, pour TÀnnam . Une organisation analogue est à l'étude pour le Laos .
Les effets de ces différentes mesures ne se sont pas fait attendre. À partir de 1903, des écoles françaises, des colllèges franco -indigènes s'ouvrent dans toutes les régions de l'Indo-Chine; en 1904, des écoles françaises à Hué et Phnom-penh, une école professionnelle au Cambodge, le collège Jules Ferry au Tonkin ; en 1 905, sont organisés le collège Paul Bert et l'institution déjeunes filles à Hanoi, l'École Normale du Tonkin et l'école Pavie sont créées ; en 1906, le Quôc-hoc de Hué est transformé en collège ; l'école des mécaniciens asiatiques s'installe à Saigon ; en 1907 sont construits le groupe scolaire de Phnom-penh, celui de Hanoi, celui de Tourane; en même temps, s'ouvrent le collège agricole de Hung-hoaet l'Université.
Dans chaque service local, le nombre des écoles officielles des provinces s'accroît sans cesse depuis 1903; il passe de 3 à 10 au Cambodge, de 2 à 15 en Ànnam, de 1 7 à 27 au Tonkin. La ville de Hanoi seule possède, à la fin de 1 907, 4 écoles sapé* Heures et 8 écoles primaires franco-annamites recevant plus de 2.000 élèves.
Création de la di- Au-dessus de ces services locaux qui sont dirigés par des chefs de service plareetion générale ces sous l'autorité immédiate des Résidents supérieurs de chaque protectorat et de l'instruction <j u Lieutenant-gouverneur de la Cochinchine, le décret du 14 novembre 1905 a publique. institué une direction générale de l'Instruction publique, dont le siège est à Hanoi.
Le directeur général, qui dépend directement du Gouverneur général de l'Indochine, est chargé de l'élaboration des programmes et de l'unification des méthodes daiis les diverses parties de l'Union, de coordonner les efforts des mallres, d'assurer d'une manière permanente l'inspection de tous les établissements scolaires, enfin d'étadier et de préparer les transformations et les créations nécessaires ; toutes les écoles sont placées, à cet effet, sous sa direction technique et tout le personnel enseignant relève de lui.
tionnement de l'enseignement Indigène et de Comités locaux.
11 est assisté dans sa tâche par le Conseil de perfectionnement de l'Enseignement Création d'un Couindigène qu'il préside. Ce Conseil, créé par l'arrêté du 8 mars 1 906, comprend des ■* de perfee* délégués de chaque partie de l'Indo-Chine, choisis parmi les personnalités européennes ou indigènes que désigne leur connaissance des langues, des institutions et des mœurs des diverses populations de la Colonie; en font partie les directeurs des grands établissements scientifiques : Mission scientifique permanente, École française d'Extrême-Orient, École de médecine, les administrateurs des Services Civils délégués par les chefs des Administrations locales, quatre Ministres des Cours de Hué et de Phnom-penh,les chefs des services locaux et plusieurs membres de l'Enseignement, enfin un certain nombre de mandarins annamites ou cambodgiens.
Le Conseil de perfectionnement a déjà tenu deux sessions: à Hanoi, en avril 1906, où ses travaux furent inaugurés par l'Empereur d'Annam, et à Saigon, en décembre 4907. De ses délibérations sont sortis les arrêtés et les ordonnances royales qui ont complètement transformé l'enseignement indigène en Annam-Tonkin et qui vont réorganiser l'enseignement élémentaire de la Cochinchine.
Dans chaque pays de l'Union indo-chinoise fonctionne, sous le nom de Comité local de l'enseignement indigène, une véritable sous-commision du Conseil de perfectionnement, chargée de préparer l'étude des questions à soumettre aux sessions annuelles du Conseil et de mettre au point, en vue de leur adaptation aux conditions locales, les résolutions de principe du Conseil qui ont reçu l'agrément de l'Administration. Enfin la Commission permanente du Conseil de perfectionnement, qui siège à Hanoi, assure, dans l'intervalle des sessions, l'application des réformes étudiées par le Conseil ; en 1907, elle a préparé l'organisation de l'Université indo-chinoise, élaboré les programmes de l'enseignement élémentaire, institué un concours public pour la rédaction de livres élémentaires, etc. . .
Ces diverses organisations ont pour résultat d'entretenir d'une manière constante, dans toute l'Indo-Chine, aussi bien dans les milieux européens que dans la population indigène, un mouvement d'idées, de recherches et d'études concernant l'enseignement à tous les degrés; on leur doit pour la plus grande partie les mesures qui, depuis deux ans, ont complètement transformé l'éducation des indigènes et qui en ont assuré les rapides progrès.
La question de l'enseignement en Indo-Chine est assez complexe, en raison des intérêts et des éléments de population assez divers qui se trouvent en présence ; l'instruction dispensée dans nos écoles françaises ne convient guère qu'aux européens ; les écoles fondées par l'Administration française pour les indigènes doivent varier d'un pays à l'autre pour s'adapter aux besoins et aux ressources intellectuelles de chaque race; enfin, les écoles indigènes qui fonctionnaient en Indo-Chine, dès avant notre arrivée, se sont maintenues très solidement dans certaines régions et il importe de les améliorer et de les utiliser. De là une très grande variété d'établissements scolaires qu'on peut cependant ramener à trois groupes principaux ; les écoles françaises, les écoles franco-indigènes, les écoles indigènes.