CHAPITRE III
ÉCOLES INDIGENES
Organisation Lorsque l'Administration française s'installa en Indo-Chine, elle se trouva, du
de l'enseignement moins dans les pays annamites, en présence de toute une organisation de l'instruc-
avant l'occupation ^ on publique. À la base, des écoles de village, libres, dont le maître était rétribué
nça se. ^ ^ p aren jg ^ élèves. Telle était la vénération dont les Annamites entouraient
ces modestes fonctions que, parmi ces maîtres d'écoles, ne dédaignaient pas défigurer de hauts mandarins utilisant les loisirs de la retraite à la formation des jeunes esprits.Les enfants y apprenaient à lireen psalmodiant les caractères chinois et à les reproduire sur de minces tablettes enduites de vase, à l'aide d'un roseau, puis sur le papier de riz, dès qu'ils étaient aptes à manier le pinceau. Ces écoles élémentaires étaient très nombreuses; on en compte encore aujourd'hui plus de quinze mille. Lorsque les élèvesavaient appris par cœur les livres élémentaires, ils se rendaient aux écoles officielles. Celles-ci, entretenues par l'Etat annamite, étaient de deux degrés : écoles d'arrondissement, dirigées par des mandarins du nom de huân-dao ou de giao-thu, écoles provinciales,dirigées par le doc-hoc.qui était en même temps le directeur des études pour toute la province. Dans ces écoles s'apprenaient les livres classiques, les livres canoniques, les annales; c'est là que les Annamites étudiaient la morale et la philosophie des Confucius, des Mencius et des Lao-lseu. Rien d'ailleurs, à part quelques livres des Annales annamites, n'avait trait à l'Annamet à la langue annamite. Les sciences, la géographie, le calcul y étaient inconnus. La mémoire, nécessaire pour retenir les milliers de caractères idéographiques indispensables pour l'intelligence des textes,était seule en jeu; les exercices consistaient en des amplifications et des poèmes d'une rhétorique extrêmement compliquée.
Ces études avaient pour sanction toute une série d'examens minutieusement réglementés. Les plus importants, les concours triennaux, où les candidats venaient par milliers, présidés par des examinateurs envoyés par la Cour, dispensaient aux lauréats les titres de bachelier et de licencié (tu-tai et cu-nhon), indispensables pour l'admission aux fonctions publiques, pour l'entrée dans le mandarinat. Au delà de ces examens, les titres d'agrégé (pho-bari) et de docteur (tiên-si) s'obtenaient à Hué, devant une Commission que présidait parfois l'Empereur lui-même f
Le recrutement des professeurs se trouvait naturellement assuré par la hiérarchieadministrativeilesmandariûsdébutaienttousparrenseignementeta'arrivaient aux grades de préfets ou de gouverneurs qu'après avoir été professeurs ou direc- . teurs provinciaux des études.
L'enseignement retirait de cette savante organisation un prestige considérable. Les lettrés, cette caste immense, qui allait du modeste bachelier au puissant ministre « colonne de l'Empire >, constituaient la seule aristocratie du pays, et l'humble seuil de l'école de village donnait ainsi accès à la carrière des honneurs. Aussi les étudiants étaient-ils nombreux et parmi les candidats des cours, des vieillards à barbe blanche qui avaient étudié toute leur vie, coudoyaient des jouvenceaux frais émoulus de l'Ecole.
L'ancienne organisation de l'enseignement indigène, qui a complètement disparu deCochinchineàlasuitedela conquête, s'est conservée presque intégralement dans les autres parties de l'Indo-Chine.
Au Cambodge et au Laos, l'enseignement indigène se donne à la pagode, où tous les jeunes Cambodgiens et Laotiens doivent faire un stage et revêtir la toge jaune des bonzes. Ceux-ci sont tenus, d'ailleurs, par la religion bouddhique elle-même, d'enseigner les enfants. Us leur apprennent à lire et à écrire les caractères; quelques-uns, les plus instruits, enseignent même le pâli. Lorsque le jeune homme sort de la pagode, il sait du moins, avec des prières et des « satras » innombrables, lire et écrire sa propre langue. On évalue à près de deux mille les pagodes qui existent au Cambodge et au Laps.