III. — BUT ET PROGRAMME DU SERVICE FORESTIER
Le but et le programme d'avenir du Service forestier peuvent se rattacher à trois objets principaux :
1° Conserver le domaine boisé minimum nécessaire, au point de vue climatologique et hydrologique ;
2° Constituer un domaine réservé suffisant pour assurer la production de bois de toutes catégories nécessaires aux besoins du commerce local et de l'exportation;
3° Perfectionner et simplifier le fonctionnement du service au point de vue administratif.
1° Domaine boisé minimum
C'est un fait aujourd'hui acquis à la science et incontestablement admis qu'un certain minimum de surface boisée est nécessaire à chaque pays pour lui assurer
les quantités de pluie les plus favorables d'une part et, d'autre part, pour maintenir aux cours d'eau le débit maximum en quantité et en régularité.
Tous les pays civilisés dans le monde entier s'efforcent de conserver ou d'accroître leur coefficient de boisement. Pour l'Indo-Chine, pays de cultures trrtga- * Mes (quantité de pluie) et pays tropical (régularisation du régime des fleuves), cette préoccupation s'impose d'une manière toute spéciale. Il est frappant de remarquer, au premier coup d'œil, que, déboisés dans la plus grande partie de leurs bassins de réception, le fleuve Rouge et le Mékong ensablent chaque jour davantage leurs deltas, alors qu'au contraire, le Douai, la rivière de Saigon et certaines rivières d'Annam, dont les bassins sont restés boisés, sont navigables jusqu'à leurs rapides.
Domaine boisé mi- Quelle sera l'étendue minimum de forêts à conserver ? iilmuiit à conter- Si l'on compare les surfaces totales et boisées de la France et de PIndo-Chine, vei ** on peut constater que sur les 53 millions d'hectares de la France, 9 seulement
sont couverts de forêts ; mais, défalcation faite de tous les terrains nécessaires à la vie sociale et industrielle (villes, voies de communication) et de tous les terrains cultivés ou cultivables, il reste 8 millions d'hectares improductifs et impropres à toute culture. On est unanime aujourd'hui, dans tous les milieux éclairés, à en réclamer le reboisement: ce résultat atteint, la France compterait 17 millions d'hectares boisés. Elle arriverait alors au taux de boisement généralement considéré comme optimum (25 à 33%) et elle serait à l'abri des désastres provoqués trop souvent par des laves torrentielles ou par des crues subites et des inondations. Il ne s'agit donc point, pour l'Indo-Chine, de se refuser systématiquement à tout défrichement et de couvrir tout le pays de forêts, comme on a quelquefois reprochéau Service forestier d'en avoir l'intention. Il est, au contraire, incontestable que, d'une manière très générale et sauf de rares exceptions, tous les terrains boisés et susceptibles de culture agricole permanente peuvent être défrichés. Mais ce n'est pas se montrer trop exigeant, si l'on abandonne ainsi à la culture et aux nécessités sociales 55 à 60 millions d'hectares, que d'exiger pour la forêt les 20 à 25 millions d'hectares restant. Ce domaine boisé dépasse évidemment, de beaucoup, ce qui serait nécessaire à la production commerciale du bois, mais il est le minimum indispensable pour protéger les intérêts généraux du présent et de l'avenir dont la forêt est la sauvegarde (régime des pluies, régime des cours d'eau). Bien qu'il soit difficile, dans l'état actuel des choses, de donner à ce sujet des chiffres précis, il semble bien que l'on peut évaluer au moins à 42 millions d'hectares les étendues boisées où ne pourra s'exercer aucune action de l'Administration, en raison de leur éloignement ou de leur altitude. Si des 12 ou 43 millions d'hectares boisés restant, sur le total admis de 20 à 25 millions, on retranche les 5 millions d'hectares qui constitueront le domaine réservé dont il sera parlé plus loin, il y a encore une surface forestière de 8 millions d'hectares qui exigent une intervention du service technique.
La richesse forestière, en effet, demande à être consommée, car elle se reconstitue sans cesse : c'est une richesse inépuisable, indéfinie, à la seule condition qu'elle ne soit pas gaspillée. C'est un capital dont on peut dépenser indéfiniment le revenu et qui reproduit indéfiniment un revenu constant, mais à la condition qtfuae portion du capital lui-même ne soit pas consommée en même temps que le revenu, /
Or, l'expérience prouve qu'abandonnée à l'exploitation libre, la forêt riche se transforme peu à peu en brousse sans valeur ; les essences précieuses disparaissent progressivement et cèdent la place aux essences secondaires; le capital décroît sans cesse, parce que les revenus en sont retirés sans discernement.
Seule, l'intervention d'un service compétent peut, par l'application de régies aujourd'hui bien connues et universellement employées, sauvegarder ce capital
Et, alors même que les effets ne peuvent s'en faire sentir avant d'assez longues années, cette intervention est nécessaire, car la forêt est la richesse de tous les temps, elle est le patrimoine des générations futures, qui doit leur être transmis et non point être dissipé par la génération présente.
En un mot, le Service forestier n'a pas pour but de conserver simplement la forêt, en y interdisant toute exploitation ; il doit, au contraire, livrer la forêt à l'exploitation, mais à l'exploitation rationnelle et, en permettant qu'on en jouisse, empêcher seulement qu'elle ne soit ruiuée ou dilapidée.
Il faut pour cela que son action s'étende peu à peu à toutes les régions ; dans les plus éloignées mêmes, son action supprimerait les incendies inutiles qui, sans aucun avantage pour personne, détruisent la forêt ou l'empêchent de .se refaire ; elle ramènerait les rays à de justes proportions et limiterait leurs ravages aux nécessités réelles des populations nomades qui les pratiquent. Dans les zones moyennes où se concentrent les exploitations, le Service forestier, à force de persévérance, initiera les exploitants aux modes d'exploitation rationnelle ; son œuvre sera une œuvre d'éducatiou où la répression sera réduite au strict nécessaire. Les résultats déjà acquis partout où des agents intelligents et actifs se sont trouvés en contact immédiat avec les bûcherons, la rapidité surprenante avec laquelle les indigènes se sont mis — dans les réserves — aux pratiques d'exploitation perfectionnée, prouvent que dans cette voie nulle espérance n'est chimérique.
Hais, il est à peine besoin d'ajouter que le Service forestier, pour venir à bout Collaboration néd'une tâche aussi vaste et d'aussi longue haleine, a besoin de la collaboration des eessalre de tous autres services : collaboration morale des chefs de province, dont l'autorité doit appuyer auprès des populations indigènes l'autorité des agents techniques et aida* ceux-ci à vulgariser leurs méthodes; collaboration matérielle, pour la surveillance et .la répression, de& services compétents (garde indigène, cercles militaires) ; collaboration enfin, partout où la chose est possible et utile, de l'Administration des Douanes et Régies,pour la liquidation et la perception delà portion des redevances qui ne peut actuellement être perçue économiquement par le Service forestier et qui, sans cette collaboration, échapperait au Trésor.
les services.
2o Constitution d'un domaine réservé avec un état civil domanial
Dans cet immense domaine boisé que le Service forestier doit faire respecter et mettre en valeur pour les générations futures, il va s'efforcer de constituer un domaine réservé, dont il exercera directement et effectivement la gérance, dont il dirigera de près toutes les exploitations. Ce domaine réservé, avant toutes choses, sera délimité, assis sur le terrain, et il eu sera établi, sous forme de feuilles signalétiques, un véritable état civil, constamment tenu à jour, comprenant un plan exact, avec tous les renseignements de situation, de surface et de composition des peuplements, d'aménagement et d'exploitation et de travaux d'amélioration. La mise en valeur suivra par aménagement, ouverture de sentiers et chemins et tous travaux qui permettront facilement la vente des coupes au prix le plus rémunérateur.
On peut fixer comme un maximum à ce domaine réservé (dont 167.000 hectares existent déjà) le chiffre de 5 millions d'hectares. Le jour où ce but serait atteint, on aurait assuré à la Colonie un magnifique domaine, susceptible de lui donner un revenu annuel d'au moins 10 millions de francs et largement capable de suffire à toute ia consommation du pays en bois d'œuvre et bois de feu, aussi bien qu'à tous les besoins de l'exportation.
Respect des droits. Dans ce domaine seraient comprises les réserves constituées au profit des corn* usages et feclil- munes. On doit considérer, en effet, que leurs habitants ont acquis un véritable
droit d'usage dans les forêts par la tolérance séculaire qui leur a permis de s'y approvisionner. Il est donc juste de respecter ce droit acquis et de réserver à chaque village forestier une forêt où, sous la surveillance du service, il pourra prendre tous les bois nécessaires à ses besoins.
Restriction de la A mesure que les réserves constituées seront à même de suffire à tous les besoins coupe libre. ^ e j a consommation, on pourra progressivement réduire la coupe libre. Il est
facile de se rendre compte que celle-ci est essentiellement destructrice. Dans les forêts soumises à la coupe libre, en effet, le bûcheron vient sans cesse chercher les meilleures essences. Or, depuis le temps qu'il agit ainsi, il a progressivement épuisé en espèces de valeur les massifs qui étaient le plus à sa portée ; il lui faut donc aller maintenant chercher fort loin les arbres de choix qu'il désire. Mais dans les forêts où il les trouve, il ne coupe jamais de sujets d'essence médiocre dont le transport serait beaucoup trop onéreux par rapport à leur faible valeur sur le marché. Par conséquent, dans les peuplements encore riches parce qu'éloignés, ce sont toujours les meilleures essences et elles seules qui sont enlevées : c'est donc une véritable sélection à rebours qui est opérée et qui détruit forcément les essences les meilleures. La trouée ouverte dans le peuplement par la chute d'un sao ou d'un lim se referme aussitôt par le développement des arbres environnants et le sao ou le lim coupé n'est pas remplacé. Les procédés barbares d'abatage et la fatigue incessante imposée à la forêt par une exploitation ininterrompue, achèvent de rendre impossible toute reconstitution.
tés aux communes.
Si la coupe libre intensive doit être amendée progressivement, que dire de la Défense progrèspratique du c ray », si funeste à nos grands peuplements forestiers ? sIve des « "Y» ••
En réponse à un vœu présenté au Conseil supérieur, pendant sa session extraordinaire de 1907, sur la stabilisation des rays, un rapport très complet a été établi sur cette intéressante question. Il indique les résultats obtenus, d'une part en Gochinchine, dans la région moï de Honquan (nord de la province deThudaumot), grâce au concours dévoué du délégué administratif de cette région et, d'autre part, au Tonkin, dans les provinces de Son-la et de Quang-yên.
Le Service forestier a cherché à appliquer dans la région de Honquan le moyen de limiter la destruction de la forêt par le feu et a obtenu, après un premier essai, des résultats très intéressants pour l'avenir.
Au Tonkin, il faut également enregistrer un résultat important dû aux efforts du commissaire du Gouvernement à Son-la, qui est arrivé à démontrer aux populations nomades de sa province que certaines cultures entreprises par des tribus fixées au sol depuis quelques années seulement, étaient bien plus belles que celles obtenues sur les rays annuels.
Cette persuasion par l'exemple est à suivre, de même que la stabilisation du ray et sa division en coupes annuelles. Avec le temps, il est permis d'espérer que les deux exemples cités deviendront la généralité.
La pratique du ray amène à parler du système employé aux Indes anglaises et Pratique du «rab». qu'on appelle c rab » . Ce système consiste à incinérer dans les champs de grandes quantités de matières ligneuses en vue de la fertilisation du sol. 11 est un fait reconnu, c'est que les jeunes brins, les branches et brindilles sont plus riches en principes minéraux que le bois parfait, qui donne moins de cendre. Il est donc inutile de sacrifier de beaux peuplements dont le rendement en matières fertilisantes est moins élevé qu'avec des produits inférieurs : brousse, bois mort, arbustes, etc. . .
11 y a donc intérêt à appliquer cette méthode en Indo-Chine et à éduquer les populations nomades dans ce sens. Supposons une portion de forêt incendiée en vue de la mise en culture. La récolte terminée, suivant le système employé à Honquan, l'indigène doit passer l'année suivante à une autre portion de forêt. Dans la pratique du « rab », l'indigène, au contraire, incinère la brousse recouvrant le lot cultivé précédemment et est autorisé à brûler également le bois mort, les broussailles, les petites branches, les débris végétaux recueillis dans une partie de la forêt environnante, ce qui présente les multiples avantages suivants : nettoyer la grande forêt aux abords des cultures et, par suite, la rendre plus saine, l'enrichir par la sélection des bonnes essences, éloigner les fauves et augmenter sensiblement, sans grande peine, la quantité de principes fertilisants.
Ce système est donc préférable et il conviendra de l'appliquer.
La persuasion par l'exemple employée à Son-la, la stabilisation du <t ray » dans Fixation au sol. la région de Honquan et enfin l'accoutumance du c rab », appliqués suivant les régions de l'Indo-Chine avec patience, sans répression violente, doivent permettre
Reconstitution de 16 forêt.
Reboisements naturels.
Etude des essences.
Association.
de fixer petit à petit au sol les populations nomades. En dehors de rintérét que présentent ces mesures en tint que protection de la forêt, il y a lieu d'envisager la possibilité de créer une main-d'œuvre dans des régions où el'e fait actuellement défaut. Cette main-d'œuvre agricole et forestière permettrait l'exploitation de massifs boisés, où les belles essences existent en grand nombre, en même temps que la mise en valeur de terres aujourd'hui incultes, mais riches eu humus et, partant, susceptibles de donner de bonnes récoltes.
Enfin la constitution d'un domaine réservé permettra de protéger les peuplements d'essences précieuses qui existent encore ou de reconstituer ceux qui ont été inconsidérément détruits. Dans bien des cas, le repos laissé à la forêt ou l'exploitation rationnelle seront les principauxfacteursdecette reconstitution. D'autres fois, il faudra réintroduire dans le peuplement appauvri des éléments de valeur.
Il ne saurait s'agir d'entreprendre de grands travaux de reboisement artificiel pour occuper les immenses superficies qui sont nues et impropres à toute culture. Une telle entreprise serait ruineuse et, de plus, fort aléatoire, car on ne peut se flatter que les essences se prêteraient aux conditions artificielles de la plantation.
Mais, d'une part, l'interdiction de Tinceudie pendant une série d'années suffira pour permettre à la forêt de réoccuper de grands espaces d'où la main de l'homme l'avait chassée. D'autre part, dans les réserves, sous la forêt déjà constituée, des semis auront toutes chances de réussite, si l'on emploie des essences du pays ou même de la région, qui y existent déjà et s'y comportent bien et qu'il suffit de multiplier. De même,on pourra, quelquefois (comme l'expérience vient d'en être faite pour le teck en Cochinchine), tenter en forêt l'introduction d'essences nouvelles, mais dont les conditions normales d'existence se rapprochent de celles où on les fera vivre.
Il n'est personne qui ne devine quelle somme de données purement scientifiques il faut réunir pour pouvoir mener à bien une œuvre aussi complète de gérance du domaine boisé. Quel est le tempérament des essences ? c'est-à-dire quelles sont leurs exigences en lumière? demandent-elles à être protégées dans leur jeune âge et plus tard découvertes progressivement de tout abri ? préfèrent-elles, au contraire, la pleine lumière dès que les jeunes sujets sortent de terre ? Quelles sont pour Chacune leurs exigences au point de vue du sol ? lesquelles réclament impérieusement un sol profond et lesquelles s'accommoderont d'une mince couche végétale? lesquelles préfèrent un sol très humide et lesquelles un sol sec? lesquelles l'argile et lesquelles le sable ? lesquelles veulent croître en plaine et lesquelles se plaisent sur les versants, etc.
C'est une question essentielle aussi de savoir quelles essences on associera dans le même peuplement, car toutes les essences ne s'arrangent pas de tous les voisinages, et, pour le forestier informé, la nature des essences présentées indique celles qu'il peut introduire.
Qnelles sont enfla les lois d'accroissement des arbres de chaque essence ? car Durée des périodes c'est ce dernier renseignement qui fixe le forestier sur la longévité, sur la matu- de
rite et PexploKabilité des essences, d'où découlent le choix de l'aménagement et la ^constitution, durée de la révolution et d'où l'on peut déduire la durée de la période de reconstitution qui, pour le dire en passant, est beaucoup plus longue qu'on ne le croit généralement et n'est certainement pas inférieure à cent ans, pour toutes les essences de bois dur.
Inventaire.
Identification.
Collection».
La base de toutes ces études sera fournie par les collections complètes des produits forestiers : herbiers pour les caractères botaniques et collection des bois qui permettront de faire un véritable inventaire des essences et de procédera leur identification et à leur détermination. On n'ignore pas combien ce travail est rendu difficile en Indo-Chine par la synonymie extrêmement touffue. Le même nom désigne souvent, de province à province, des essences différentes, tandis que plus souvent encore la même essence porte des noms différents d'un pointa un autre.
Ce délicat et indispensable travail scientifique sera mené de front,etpar les agents du service compétent (agents métropolitains et agents du cadre local ayant suivi des cours techniques en France), et par des spécialistes de France; on sait, en effet, que le Muséum d'histoire naturelle s'est chargé de poursuivre l'œuvre du botaniste Pierre.
Il sera complété par l'étude des caractères industriels des bois et de leur apti- Caractères Induetude aux différents emplois (ébénisterie, charpente, industrie, fabrication de cellu- J 1 * 6 * 8 **? **°' 8 ' lose, chauffage, etc. . .). 11 ne restera plus qu'à dresser la liste de tous leurs produits et d'en déterminer la valeur (gommes et résines, caoutchouc et gutta, oléagineux et tinctoriaux).
Tel sera, dans ses grandes lignes, le programme du Service forestier.
détermination de leurs produits,
8° Développement administratif du Service forestier
A une action si étendue au point de vue technique, doit forcément correspondre un développement du rôle administratif du Service forestier à tous les degrés de la hiérarchie. Si son œuvre n'est pas une œuvre fiscale et si Ton doit bien se garder de confondre les redevances forestières avec des taxes, des impôts, il oe s'ensuit point cependant que le Service forestier doive se désintéresser du rendement financier de son action. Le domaine forestier doit légitimement fournir à son propriétaire des revenus, qui profiteront aux budgets. Chargé de gérer ce domaine, le Service forestier doit se comporter en gérant avisé et économe et faire rapporter tout revenu compatible avec la sauvegarde des intérêts de l'avenir, et il rentre dans ses attributions immédiates de surveiller et de diriger les recettes comme les dépenses intéressant ce domaine. Ce n'est pas à dire, pourtant, que les résultats de son action pourront être mesurés aux recettes forestières. Bien au contraire, vu l'état d'épuisement de la forêt indo-chinoise dans ses parties les plus abordables
et, par conséquent, les plus intéressantes, il serait nécessaire, pendant plusieurs années, de consacrer au domaine boisé des sommes supérieures aux recettes.
L'Algérie, dont le domaine boisé ne tardera pas à être une source incomparable de richesse, dépensait encore pour lui, il y a quatre ou cinq ans, bien au delà des receltes alors perçues et vient encore d'y consacrer plusieurs millions sur les fonds de son dernier emprunt.
Mais, si le Service forestier doit se préoccuper surtout des revenus pour l'avenir, il ne négligera pas, dès maintenant, toutes les mesures propres à les accroître et à en faciliter la perception .
Simplification des Avec le temps également et grâce au développement du service, les formalités formalités. imposées aux exploitants feront place à une réglementation de plus en plus large,
parce que la pratique des exploitations en domaine réservé ou surveillé permettra
un contrôle facile par le seul fait de l'entente directe entre le vendeur et l'acheteur.
Vérification à Porl- La vérification pouvant être faite à proximité des lieux d'exploitation, le Service
gine ; liberté de forestier se trouvera en mesure de donner rapidement à l'exploitant le moyen de
parcours. sortir tous les produits exploités. Le martelage des essences en forêt deviendra
en quelque sorte le laissez-passer définitif qui permettra au bois de circuler librement, ce qui est impossible actuellement sans que les bois ne soient arrêtés pour le paiement des redevances forestières et pour le versement de la taxe de flottage. Bloquagedela taxe Le Conseil supérieur est saisi d'un projet du Service forestier tendant à la sup-
de flottage et des pression de la taxe de flottage, dont le montant serait intégré aux redevances foresred^ances fores- uères pour leg ^ u]& bois flottés
Quels que soient le bon vouloir et le savoir-faire de l'agent vérificateur, soit douanier ou forestier, il est impossible, en cas de double vérification (ce qui est le cas trop fréquent en ce moment), de cuber de la même façon un radeau de bois. L'indigène convoyeur se trouve donc dans l'obligation de payer pour un cube différent et la taxe de flottage et les redevances forestières. D'un autre côté, cette double vérification entraine une perte de temps préjudiciable aussi bien aux indigènes qu'aux européens qui s'occupent du commerce des bois. Cette perte de temps à la vérification entraine également une perte de temps lorsqu'il s'agit d'acquitter taxes et redevances. La caisse du Trésor la plus proche peut être éloignée du lieu de vérification, soit en amont, soit en aval, et aucun train de bois ne peut obtenir son laissez-passer sans avoir acquitté le prix de vente ou la taxe exigée. Il y a là des inconvénients réels que l'intégration de la taxe de flottage aux redevances forestières évitera, car la vérification ne sera faite à l'avenir qu'en forêt ou du moins qu'une seule fois ; le paiement des redevances aura lieu avant l'enlèvement des bois ou en cours de route, dans les postes où il existe une caisse publique.
Possibilité d'em- En même temps qu'au marchand de bois indigène, achetant ça et là de quoi ploi pour les gros constituer son radeau, le Service forestier voudrait pouvoir donner satisfaction capitaux avec cer- aux exploitants sérieux, disposant de capitaux importants, qui permettent de constitude de durée. ^^ UQ ou tm a g e- Celui-ci est généralement .peu mobile, et une fois qu'il est installé, il faut qu'il puisse être utilisé sur place pendant assez d'années pour que son
amortissement n'absorbe pas le plus clair des bénéfices. Rien ne s'oppose, en ce qui concerne le cahier des charges de Gochincbine, à ce qu'on adjuge à la fois un certain nombre de coupes annuelles consécutives. L'adjudicataire aura ainsi la certitude que son matériel pourra servir pendant un nombre d'années proportionnel. Mais il sera nécessaire d'exiger chaque fois la justification effective des moyens financiersdont dispose l'intéressé et d'assurer d'avance la Colonie contre des dégâts éventuels, par le versement de cautionnements proportionnés à l'importance des exploitations.
Si, en principe, le Service forestier est prêt à favoriser de son mieux l'apport de gros capitaux pour des entreprises forestières, il ne doit pas dissimuler qu'en fait, leur emploi serait, dans l'état actuel de la forêt, rarement rémunérateur, à moins qu'il ne s'agisse d'énormes entreprises à très longue échéance, qui conviennent peu à l'initiative privée.
En ce qui concerne le bois de feu, les bénéfices des marchands de bois sont tels que les travaux d'installation et de fonctionnement d'une entreprise industrielle pour le débit ou l'extraction (terrassement, manipulations plus nombreuses, frais généraux et personnel), ne seraient avantageux qu'à la condition de concéder le droit d'exploitation sur d'immenses surfaces, et de constituer un monopole défait, au détriment du consommateur et de la masse des petits exploitants européens et indigènes ; l'échec des privilèges de coupe tentés au Tonkin confirme clairement cette opinion.
Quant au bois d'oeuvre d'essences choisies, il est partout disséminé à tel point qu'on peut à peine, dans les plus riches massifs, trouver à l'hectare 7 ou 8 arbres réellement exploitables. On voit donc sur quelles étendues excessives devrait s'étendre une entreprise intensive d'exploitation, puisqu'il lui faudrait parcourir plusieurs milliers d'hectares chaque année. Et, dans ces conditions, il n'y a pas d'installation industrielle possible : toute concession de ce genre reviendrait simplement à un monopole d'achat dans une région déterminée, car seule la main-d'œuvre indigène la moins chère (c'est-à-dire les montagnards) peut aller chercher et ramener économiquement des pièces de bois sur de pareilles distances.
Si, toutefois, des entreprises se constituaient pour l'emploi industriel de bois communs (distilleries, râperies, fabriques de cellulose chimique, ébénisteries populaires, etc... ),et voulaient s'assurer la production annuelle pour une longuepériode, de gros volumes de bois pris à proximité, elles trouveraient le Service forestier tout prêt à étudier et à accepter, en chaque espèce, la meilleure solution.
L'éducation forestière du personnel aussi bien européen qu'indigène slmposeen raison de l'étendue croissante du domaine réservé et d'une gestion saine et économique. Un projet de décret sur le recrutement du personnel est actuellement soumis au Département et permet l'accès du service à des jeunes gens sortant d'écoles agricoles ou coloniales. Il est à souhaiter que cette question soit solutionnée à bref délai, car les conditions actuelles de recrutement ne sont pas suffisantes pour doter le
Perfectionnement du personnel; relèvement de son
• degré d'instruction.
service d'agents ayant des connaissances spéciales. Pour y remédier ,un certain nombre d'agents ont déjà suivi ou suivent actuellement des cours à l'École forestière secondaire de Nogent-sur-Vernisson et à l'Ecole nationale des Eaux et Forétsde Nancy.
Mission en Franc*. H importée l'avenir, que les agents ainsi envoyés dans une école en Prince soient
choisis parmi ceux qui sont susceptibles, par leur instruction, de suivre le plus avantageusement toutes les branches de renseignement sylvicole.
A leur retour dans la Colonie, ces agents seront affectés au service d'aménagement et de délimitation et seront tout naturellement désignés pour fournir des gardes généraux instruits et capables d'exercer vis-à-vis de leurs collègues le rôle que remplissent seuls, actuellement, des fonctionnaires métropolitains des Eaux et Forêts du grade d'inspecteur-adjoint ou de garde général.
Les forestiers anglaisen service aux Indes anglaises, qui, à l'origine, étaient tous envoyés à l'École des Eaux et Forêts de Nancy, ont compris la nécessité de doter la Colonie où ils sont en service d'une école forestière qui puisse donner une formation technique et professionnelle à tout le personnel européen et indigène du département des forêts des Indes.Cette école, installée àDehra-dum, peut être prise pour modèle et il faudra songer à doter l'Indo-Chine d'une institution analogue. Cette création permettrait de réunir pour quelques mois, dans le centre où elle serait installée, un certain nombre d'agents européens qui suivraient des cours essentiellement forestiers, complétés par des notions de botanique, de chimie agricole et demathématiques(arpentage). En dehors des cours pour européens, il serait créé également un enseignement indigène pour les agents comptant plusieurs années de services et reconnus, par leur intelligence et leur façon de servir, aptes à exercer une réelle influence éducative, au point de vue forestier, sur leurs collègues moins anciens et sur les bûcherons.
Ecole forestière dlndo-Chlne,
Conférences et enseignement
Mesure* propres à
En dehors de la création de ces cours de sylviculture, un certain nombre de conférences pourraient être faites chaque année au personnel, soit au chef-lieu des cantonnements, soit au chef-lieu des circonscriptions. Ces conférences traiteraient des questions agricoles et commerciales qui touchent de près aux choses forestières.
En dehors des mesures destinées à assurer au commerce local le matériel favoriser l'expor- ligneux qui lui est nécessaire, il faut prévoir f exportation. C'est là «ne question tation des bois. ^ importante de la gérance forestière et l'Indo-Chine se doit de tenir uneptece
honorable sur les marchés français et étrangers. La main-d'œuvre forestière ne fera guère défaut en Indo-Chine et c'est là un point qui met notre Colonie en très bonne situation pour lutter sur les marchés mondiaux pour certains produits de valeur. Il parait donc utile et logique que le régime douanier, aussi bien à l'importation qu'à l'exportation, tienne compte de cette situation, pour permettre surtout à nos produits ligneux de figurer avantageusement sur les marchés étrangers et principalement sur le marché chinois que l'on ne saurait trop signalera l'attention du commerce des bois, puisqu'une immense partie de la Chine est totalement dépourvaejde forêts.
Santé publique