IV. - PROPHYLAXIE DES MALADIES CONTAGIEUSES
La maladie qui faisait autrefois le plus de ravages et contre laquelle les premiè- Variole et vaccine, res mesures de défense sanitaire ont été dirigées, est la variole. En Cochinchine, elle entrait pour un dixième dans la mortalité générale ; dans les autres pays, elle décimai! des provinces entières, ainsi qu'en témoigne le nombre considérable d'aveugles que l'on y rencontre encore aujourd'hui.
Des vaccinations furent pratiquées avec de la pulpe expédiée de France ; mais, du fait de la longueur de la traversée et des variations de la température, elle perdait souvent sa virulence, donnant ainsi lieu à de graves mécomptes. En 1890, la création d'un Institut vaccinogéne à Saigon fut donc décidée et le fondateur de cet établissement fut le docteur Calmette, devenu, quelques années plus tard, professeur à la Faculté de médecine de Lille. En même temps, un service de vaccine mobile était institué : pendant toute l'année, 2 médecins parcouraient les provinces. Devant les résultats obtenus, cette organisation fut étendue aux autres pays et, successivement, le Tonkin, l'Annam, le Cambodge, le Laos furent dotés de services de vaccine mobile. Afin d'éviter la lenteur des transports, toujours préjudiciable à la virulence de la pulpe, un institut semblable à celui de Saigon fut créé en 4904 à Thai-ha-ap, près de Hanoi, pour le Tonkin et le Nord-Annam ; l'année suivante, un parc vaccinogéne était installé àXieng-khouang, pour le haut-Laos. En Cochinchine, le service de la vaccine mobile fut remplacé en 1904 par un service permanent confié à des vaccinateurs indigènes à l'usage desquels une école fut instituée à Choquan.
Cette active campagne n'a pas tardé à porter des fruits : depuis plusieurs années, la variole ne présente plus,enCochinchine,quedesfoyers isolés et sans importance; au Tonkin et en Annam, elle diminue progressivement ; au Cambodge et au Laos, elle a disparu des centres visités parles médecins ; dans les autres régions, elle fait encore des ravages et devra être pourchassée avec la même ténacité.
Vaccinations pratiquées en 1905 et en {906
ANNÉES
„ TONKIN
ANNAM
COCHINCHINE
CAMBODGE
LAOS
TOTAUX
Contre le choléra et la peste qui, chaque année, font leur apparition, le premier plan de défense fut établi au début de Tannée 1904. Les mesures prescrites visaient plus particulièrement les quatre points suivants :
Perte et choléra.
1° Isolement des malades contagieux et lazarets intérieurs ; 2° Surveillance des voyageurs ; 3° Destruction des rats ; 4° Désinfections.
Laiaretsintérieurs . i° Lazarets intérieurs. — Des instructions en date du 5 janvier 1904 avaient
prévu la construction de locaux d'isolement dans tous les centres importants, au compte des budgets municipaux ou provinciaux. Us devaient être divisés en deux parues, Tune pour les civils, l'autre pour les militaires ; tous les malades contagieux devaient y être dirigés d'urgence. Ces lazarets furent édifiés dans la plupart des villes du Tonkin et de l'Annam ; en Cochinchine, ils ont été remplacés par des pavillons d'isolement annexés aux hôpitaux de l'Assistance; dans les localités où leur utilité semblait moindre, leur emplacement fut déterminé à l'avance, de sorte qu'à la première alerte, ils puissent être rapidement établis et mis en état de fonctionner.
Les plus importants de ces lazarets sont ceux de Hanoi et de Haiphong.
Le lazaret de Hanoi est situé à Bach-mai, prés de la route de Hué. Il comprend deux parties: l'une composée de paillotes pour les indigènes civils, l'autre de trois pavillons en maçonnerie, recouverts de tuiles, pour les isolés militaires. Le service est assuré par le médecin municipal pour la partie civile, par un médecin de l'hôpital de Lanessan pour la partie militaire.
Le lazaret de Haiphong, sis au Lach-tray, comprend également deux quartiers, l'un civil, l'autre militaire. Le premier, fort bien installé, constitué par des petits pavillons en maçonnerie séparés les uns des autres, permet de faire face à tous les besoins et de recevoir en même temps plusieurs catégories d'isolés. Quant au second, il a été très endommagé par le typhon de 1905 et, des pavillons qui le composaient, il ne reste plus guère que la carcasse métallique et le sol fait de ciment ; en attendant leur construction définitive, ils sont, au besoin, recouverts de paillotes et utilisés quand les circonstances l'exigent.
Surveillance ^° ^Mnœt/Zancé des voyageurs, — Lorsque l'état sanitaire d'une région est
des voyageurs, reconnu suspect, les chefs de province doivent exercer une surveillance très attentive sur la circulation des voyageurs asiatiques. Des agents de police assistent aux arrivées et aux départs des trains, des navires à vapeur, des sampans, etc. . . Ils isolent tous les cas douteux et les signalent sans retard au médecin de la circonscription.
En ce qui concerne les mouvements de coolies, aucun convoi ne peut être mis en route sans l'avis d'un médecin ; l'état sanitaire doit être vérifié dans les différentes provinces traversées et la présentation du passeport sanitaire à toute réqui- .. sition est obligatoire.
Des mesures particulières sont, en outre, appliquées aux convois de travailleurs rapatriés. S'ils proviennent de l'extérieur, ils sont maintenus en observation dans
un lazaret, subissent une yisite médicale et, quand ils ne présentent plus aucun danger de contagion, ils peuvent continuer leur voyage. Dans leur province, ils sont l'objet d'un nouvel examen et, suivant le cas, dirigés sur un hôpital, isolés dans un lazaret ou autorisés à rentrer dans leurs foyers. Ces mesures trouvent surtout leur application à l'égard des coolies employés aux travaux de construction du chemin de fer du Yunnan.
Les poinls d'observation principaux, en ce qui a trait à la surveillance des coolies rapatriés, sont Lao-kay, Lang-son, Bao-lac et Moncay.
A Lao-kay, le lazaret est sommairement installé dans une ancienne pagode chinoise. Un projet a été établi pour son transfert sur un mamelon parfaitement isolé, sis à proximité du cimetière ; le prix de revient serait très minime, attendu que des paillotes pour une centaine d'hommes, entourées d'une palissade en bambous, suffiraient amplement.
À Lang-son, en dehors du lazaret provincial, la ville possède un vaste hangar pour les coolies. Il serait de beaucoup préférable que l'isolement eût lieu à Dongdang, tête de ligne du chemin de fer ; la facilité et la rapidité des communications permettraient aisément au médecin de Lang-son de surveiller la quarantaine.
A Bao-lac, il n'existe aucun lazaret; on utilise des abris de fortune en cas de besoin. Des paillotes permanentes doivent être établies prochainement.
A Moncay, ce sont également des abris de fortune qui sont employés. L'ancien camp des disciplinaires conviendrait parfaitement ; un projet dans ce sens a été établi.
3° Destruction des rats. — La destruction des rats a été entreprise au Tonkin en 1902 et 4903, dès les premières épidémies de peste. Depuis, elle est poursuivie d'une manière méthodique dans tous les centres suspects. Une prime, dont le taux varie de 2 à 3 cents par animal, est accordée aux indigènes.
Le virus Danysz a été essayé à plusieurs reprises ; il n'a pas donné les résultats que Ton était en droit d'espérer.
4° Désinfections. — Conformément aux instructions du Gouvernement général, tous les centres importants doivent être pourvus de moyens de désinfection et posséder une certaine quantité de désinfectants à employer, non seulement dans les locaux contaminés, mais aussi pour le nettoyage des cases indigènes, des ruisseaux, égouts, etc. . . En raison du prix élevé des appareils à vapeur, toutes les villes n'ont pu en être pourvues ; elles ont recours le plus souvent à ceux des hôpitaux ou à ceux du service militaire.
A Hanoi, la municipalité ne possède aucun appareil et, jusqu'au 1 er janvier 1905, les désinfections nécessaires oot été effectuées par les soins et aux frais du Service de Santé, à l'aide des étuves Vaillard et Besson ou de l'appareil Clayton. Depuis le 1 er janvier 1905, la municipalité rembourse les frais de chauffe. Les désinfections sont prescrites et dirigées par le médecin des épidémies; elles ont lieu sous la sur* veillance des agents de police désignés à cet effet.
Destraction des pats.
Désinfections.
A Haiphong, la municipalité possède une étuve mobile Genest-Herscher, ainsi qu'un pulvérisateur du même système. Les désinfections sont assurées par les soins et aux frais de là municipalité, sous la surveillance du médecin des épidémies.
ATourane et à Hué existent des étuves locomobiles système Vaillard et des chambres à sulfura tion.
A Saigon, la ville emploie l'appareil Clayton appartenant à l'artillerie.
A Cholon, on fait usage de l'appareil Lingner, au formol .
A Phnom-penh, c'est également le formol qui est en usage.
Les chefs-lieux des provinces sont pourvus en parlie soit de pulvérisateurs à main, soit d'appareils Lingner ou de chambres à sulfuration ; on y a également prévu un dépôt de désinfectants : crésyl ou acide phénique.