VI. —POLICE SANITAIRE MARITIME
Depuis deux ans, la direction générale de la Santé s'est efforcée d'organiser et de réglementer définitivement la police sanitaire maritime qui, jusque là, n'avait existé qu'à l'état d'ébauche, ne donnant pas à la Colonie les garanties nécessaires et n'accordant pas au commerce les facilités que l'hygiène moderne et la pratique des désinfections permettent de réaliser.
En \ 905, furent décidés la création de deux lazarets : au Nha-bé, près Saigon et à Tourane et l'agrandissement du lazaret du Cua-cam à Haiphong.
Des crédits furent prévus également pour Tachât d'appareils Clayton mobiles sur chalands.
La plus grande partie des travaux fut exécutée en 1906 ; dès le commencement de 4907, les trois lazarets étaient en état de fonctionner, les appareils Clayton étaient mis en service, de sorte que le Service sanitaire, doté de moyens d'action et des crédits indispensables, sortait enfin du chaos et pouvait veiller d'une manière vraiment efficace à la défense de la Colonie.
La police sanitaire maritime est chargée de la surveillance du littoral du Tonkin, de l'Annam, de la Cochinchine. Le littoral du Cambodge, qui ne comprend d'ailleurs aucun centre important, est rattaché au point de vue de la police sanitaire maritime, à la direction locale de Saigon ; celui du territoire de Kouangtchéou relève du Tonkin.
Tonkin
Organisation La police sanitaire maritime a é té réglementée au Tonkin par un arrêté du 3 avril
et fonctionnement \&y] 9 dont les différentes dispositions, conformes au décret du 81 mars 1897, ont
, , . prévu dans le détail les attributions du personnel, l'exécution du service et le fonc-
Service au Tonkin. f. A . r '
tionnement du lazaret.
La direction locale de la Santé est confiée au sous-directeur du Service de santé militaire, résidant à Hanoi.
Le littoral comprend une circonscription sanitaire à Haiphong, des stations sanitaires à Hongay, Honcay et Kouang-tchéou et une station secondaire à Port- Wallut. La circonscription de Haiphong est placée sous l'autorité du médecin chef de l'hôpital, agent principal de la Santé ; il a sous ses ordres le médecin arraisonneur, le médecin du lazaret, les gardes sanitaires et les divers agents du port : capitaine, lieutenants et pilotes. Dans les stations secondaires où ils sont détachés, les médecins militaires remplissent les fonctions d'agent de la Santé ; à Port- WalluU elles sont dévolues au receveur des Douanes. Un Conseil sanitaire, composé des divers éléments administratifs, militaires, médicaux et commerciaux, est institué à Haiphong ; un autre fonctionne également à Kouang-tchéou .
Les stations comportent un local d'isolement pour les quelques malades atteints de maladies contagieuses qu'il y aurait lieu de débarquer et un local de désinfection, comprenant une chambre à sulfuration ou munie d'un appareil au formol.
Quant au port de Haiphong, il est outillé pour pratiquer toutes les désinfections de voyageurs, de marchandises, de navires et pour recevoir en permanence les passagers contaminés ou suspects. Les désinfections des navires sont faites au moyen d'un appareil Clayton, monté sur chaland, qui a été mis en service au commencement de 1907 ; les autres désinfections sont pratiquées au lazaret. Les navires contaminés ou suspects qui pénétrent dans le port sont autorisés à opérer en quarantaine : leur mouillage est déterminé à l'avance et, pendant toute la durée des opérations, un service de surveillance mobile est organisé autour d'eux; les chalands accostent le bord et les marchandises embarquées sont prises sous le treuil* Les marchandises débarquées sont désinfectées, soit dans le chaland parPappareil Clayton, soit au lazaret.
La durée des quarantaines est celle fixée par le décret du 31 mars 1897, modifié par celui du 20 juillet 1899 sur la police sanitaire maritime dans les colonies et pays de protectorat : 7 jours pour le choléra,9 jours pour la fièvre jaune etl 2jours pour la peste. Aucun navire provenant de pays à fièvre jaune ne s'est présenté au Tonkindansle cours de Tannée 1906. Les relations avec des navires suspects de choléra ou de peste ont été, au contraire, permanentes.
L'application du passeport sanitaire a été élargie dans toute la mesure possible: il a été délivré non seulement aux européens, mais à tous les asiatiques justifiant de moyens d'existence suffisants, se rendant dans un pays pourvu de médecin et ayant un répondant, soit européen, soit notable indigène, suffisamment connu.
Par arrêté du 25 mai 1907, rendu après avis du Conseil supérieur d'hygiène, la durée des quarantaines des voyageurs suspects de peste a été, en outre, réduite de 12 à 5 jours pour ceux qui acceptent l'inoculation préventive au sérum de Yersin.
Le lazaret est situé sur la rive gauche du Cua-Cam, près delà route de Nui-déo qui le longe. Son emplacement est bien choisi; il est d'un accès facile et suffisamment isolé.
Le quartier européen comprend un bâtiment unique en maçonnerie, avec large véranda sur ses quatre faces, un rez-de-chaussée et un étage. Il est partagé en deux sections pouvant recevoir une dizaine de passagers répartis en deux dortoirs (hommes d'une part, femmes et enfants de l'autre).
Une infirmerie, avec quatre pièces, est destinée à recevoir les isolés malades.
Le quartier asiatique se compose d'un long bâtiment coupé vers le milieu par une cloison transversale et pouvant abriter une centaine d'indigènes. Un deuxième pavillon, identique au premier, est en construction, ce qui permettra de recevoir en permanence quatre catégories de quarantenaires.
Désinfections.
Quarantaines et passeports sanitaires.
Lazaret.
Le quartier de la désinfection comprend deux bâtiments en maçonnerie, l'un pour la sulfuralion, l'autre pour l'éluve. Le local de la sulfura tion se divise en trois compartiments disposés en enfilade: le premier pour le matériel contaminé, le second pour la désinfection et le troisième pour les colis qui sont purifiés.
Lorsque le quartier asiatique sera complété par un deuxième pavillon, le lazaret pourra recevoir 10 européens et 200 indigènes; en cas de besoin et de grande affluence de quarantenaires, des chaloupes couvertes pourraient être réquisitionnées et mouillées devant rétablissement. Jusqu'à présent, l'insuffisance de ce lazaret a mis le Service sanitaire dans le plus grand embarras et a suscité de nombreuses réclamations, le plus souvent justifiées.
Cette année, de grands progrès ont été réalisés : le matériel mobilier, de literie, de pharmacie, etc., qui faisait défaut, sera constitué; un marché est passé avec un fournisseur pour la nourriture des indigènes ; quant aux européens, ils seront nourris par les soins d'un hôtelier de la ville. Des crédits seront prévus au budget de 1908 pour la maison d'un gardien européen, pour les annexes qui manquent, pour un débarcadère et pour un mur de clôture.
Mouvement «mi- Pendant Tannée 1906, le nombre des vapeurs arraisonnés dans le port de Haitaire# phong a été de 298, sur lesquels 202 ont été admis à la libre pratique et 96 ont
subi des mesures quarantenaires.
Le nombre des passagers asiatiques internés au lazaret a été de 171 ; celui des passeports sanitaires délivrés à été de 278, dont 198 aux européens et 80 aux asiatiques.
Annam
En Annam, la police sanitaire a été réglementée comme au Tonkin, par un arrêté en date du 3 avril 1907.
La direction du service est exercée par le médecin de la légation de Hué. Le littoral comprend :
1° La circonscription sanitaire deTourane ;
2° Les stations deNhatrang, Phan-rang, Phan-tbiet, Quinhon et Vinh, pourvues de médecins qui remplissent les fonctions d'agents sanitaires ;
3° Les stations secondaires de Ben-thuy, Cu-mon, Cam-ranh, Dégi, Hon-coc, Lac-truong, Lagan, Laghi, Mui-né, Phan-ri et Xuan-dai, à la tête desquelles sont placés des fonctionnaires des Douanes et Régies qui remplissent les fonctions de sous-agent.
Les stations sanitaires comprennent également un local d'isolement et un local de désinfection. Quant au port de Tourane, il possède un lazaret, mais n'a pas d'appareil Glayton mobile et n'est point outillé pour la désinfection des navires. Un Conseil sanitaire est institué à Tourane sous la présidence du résident-maire.
Le lazaret de ce port est encore en voie d'organisation; une somme de 5. 000 pi astrès y a été consacrée cette année. Toutes les constructions nécessaires seront terminées prochainement et il sera alors en état de recevoir 50 isolés asiatiques et 5 européens. L'installation présente est des plus rudimentaires et le mobilier très insuffisant. Des citernes seront aménagées ultérieurement; pour le moment, l'eau doit être recueillie à plus d'un kilomètre du lazaret.
Le nombre des navires ayant fait l'objet de mesures spéciales a été de 7. La plupart venaient de Hong-kong et étaient suspects de peste; ils ont été mis en quarantaine et ont opéré sous le régime delà patente bru te. Trente asiatiques ont été internés au lazaret et 200 passeports sanitaires ont été délivrés.
Cochlnchine
Jusqu'au début de 1907, aucun règlement local n'a fixé les différents détails du Service sanitaire. Il a fonctionné comme il a pu, au milieu des plus grandes difficultés, gênant souvent le commerce local et n'offrant pas à la Colonie les garanties qu'elle est en droit d'exiger. Le service s'est borné presque uniquement à la surveillance sanitaire et à l'arraisonnement; les navires contaminés ou sus* pects ne pouvaient, faute d'outillage, être désinfectés et ils ne pouvaient davantage pénétrer dans le port pour s'y livrer à des transactions. Pendant de longues années, on discuta des projets de lazarets; en 1902 et 1903, on tomba enfin d'accord ; remplacement fut choisi au Nha-bé et on décida la construction d'un lazaret pour abriter 800 personnes et 3.000 tonnes de marchandises. Mais le devis des dépenses, estimées & 1.300.000 francs, fit échouer la combinaison. Pour en finir, le directeur du Service de Santé proposa, au lieu des constructions définitives en maçonnerie prévues au devis, des paillotes édifiées sur le même emplacement : c'était le seul moven d'aboutir. Les travaux commencèrent en 1905: à
la fin de 1906, ils étaient terminés, ayant coûté environ 40.000 piastres.
En même temps qu'était organisé le lazaret au Nha-bé, un appareil Clayton (grand modèle) était acheté en France, monté sur chaland et, vers octobre 1906, le port de Saigon se trouvait enfin en état de désinfecter les navires.
La réglementation locale n'a pas encore été promulguée. Un projet détaillé, analogue à ceux qui régissent la matière au Tonkin et en Annam, a été préparé par la direction générale de la Santé; après avoir fait l'objet de longues discussions avec le Gouvernement local, il a été soumis au Conseil colonial dans sa session de mars 1907, puis renvoyé à une commission spéciale nommée par arrêté du 15 mars 1907. L'accord parait à peu près établi et, selon toute probabilité, ce texte ne tardera pas à devenir officiel. Il prévoit les détails du service des arraisonnements, de la désinfection, de la surveillance sanitaire mobile, le fonctionnement du lazaret, etc. . .
Etant donné cet outillage insuffisant, le port de Saigon a été interdit en 1906 aux navires contaminés ou suspects. Comme d'ailleurs pendant les années précé-
da Tourne.
dentés, le Service de l'immigration a été suspendu en partie et, par arrêté du 6 mars 1906, l'entrée des immigrants des ports contaminés de peste (Hongkong) Àmoy, Swatow) n'a pas été autorisée.
Le Service de la police sanitaire est dirigé par le sous-directeur du Service de Santé à Saigon . Les médecins des différents postes du littoral remplissent les fonctions d'agents ordinaires; à Saigon, 2 aides-majors sont chargés des arraisonnements. Cette organisation, toute de tradition, sera revisée et renforcée dans le projet qui est en cours, lequel prévoit en même temps l'organisation de la circonscription de Saigon avec un agent principal de la Santé.
Lazaret du Nha-bé. Le lazaret deSaigon est installé auprès du sémaphore du Nha-bé,sur une pointe
qui avance dans la rivière et qui peut facilement être isolée ; en face, le mouillage est excellent et plusieurs grands navires y trouvent assez de place pour débarquer des marchandises ou pour être désinfectés.
Les locaux sont représentés par des constructions légères en paillotes, très vastes, bien éclairées, pourvues de vérandas communiquant les unes avec les autres et facilitant ainsi la circulation . Deux vastes salles munies de lits de camp sont réservées aux immigrants asiatiques ; elles peuvent facilement en recevoir 500. Deux pavillons servent d'infirmerie ; ils sont divisés chacun en deux parties : Tune forme un dortoir de dix lits; l'autre est destinée, le cas échéant, aux quarantenaires européens. Des douches et des cabines de bains sont prévues à l'extrémité des dits pavillons. Les étuves, au nombre de deux, sont installées dans des paillotes à l'entrée des bâtiments.
Le gardien du lazaret, autrefois logé au poste des gardiens du sémaphore, habite aujourd'hui l'intérieur de l'établissement.
Cet ensemble doit être complété en 1908 par une maison pour le médecin du lazaret, par un appontçment, une' morgue et des fosses septiques.
Douanes et Régies