I. - PREMIÈRES TENTATIVES DE PROHIBITION
Ce n'est pas d'aujourd'hui que le Gouvernement chinois édicté des mesures contre l'usage de l'opium.
Dès Tannée 1 729, un Edit impérial défendit la vente de la drogue dans tout l'Empire et ordonna la fermeture des fumeries. Les marchands d'opium brut étaient condamnés à porter la cangoe pendant un mois et ensuite bannis ; quant aux débitants d'opium préparé, ils étaient, après quelques mois de détention, soumis au supplice de la strangulation; les serviteurs même des condamnés étaient poursuivis ; des pénalités étaient en outre édictées contre les magistrats et les fonctionnaires chargés des douanes impériales dans les ports, qui favoriseraient les importateurs de cet article.
Mais aucune disposition n'était prévue pour restreindre ou supprimer la production locale; aucune mesure n'était prise contrôles fumeurs; ils étaient abandonnés à leur vice, qui constituait pour eux, dans l'esprit du législateur, de cette époque, une punition suffisante.
Cet édit parait être demeuré sans effet. On n'en trouve aucune trace dans les Lettres édifiantes ou dans les Mémoires concernant les >Gbinots>pubttte parties
Jésuites au XVIII e siècle. La culture du pavot a pu continuer comme par le passé; quanta l'importation, elle ne cessa, malgré les prohibitions, d'augmenter d'année en année, surtout après la conquête du Bengale par la Compagnie des Indes.
Un document présenté à la Chambre des Communes en 1783 nous donne un tableau caractéristique du trafic de l'opium étranger en Chine à cette époque :
c L'importation de l'opium en Chine est prohibée sous des peines sévères: l'opium saisi est brûlé, le navire qui l'a apporté, confisqué ; les Chinois détenteurs de la denrée sont punis de mort. Avec une loi aussi sévère, on devrait conclure qu'aucun étranger n'oserait importer, ni aucun Chinois acheter cet article, et, cependant, depuis une très longue période, l'opium a été transporté annuellement en Chine, et souvent en grande quantité, soit par nos navires, soit par ceux des Portugais. Il était débarqué tantôt à Macao, tantôt à Wampoa, bien que dans les deux ports il fût sous la menace des pénalités édictées, car les Portugais sont, pour ainsi dire, entièrement sous la domination des Chinois.
Si ce commerce de contrebande a pu continuer ainsi sans encourir ces pénalités, c'est grâce à la profonde corruption des magistrats chargés de les appliquer. » (China-Imperial maritime customs : spécial séries n° 13.)
La situation resta la même jusqu'à la conclusion du traité de Nankin, en 1842, stipulant la liberté d'importation de l'opium.
Dans les années qui suivirent, cette importation,désormais libre de toute entrave, monta rapidement. De 35.000 caisses (1) en 1853, elle passa à 67.000 en 1864, et à près de 100.000, vingt ans après. Mais, depuis lors, elle est revenue au chiffre de 1860, avec tendance à diminuer. Elle a été de :