‹ Situation de l'Indo-Chine (1897-1901) (volume 2)Chapitre 97 sur 190 · I. Philologie, ethnographie et histoire · texte numérisé non relu

I. Philologie, ethnographie et histoire

do Indo-Chine. — Il existait de bons manuels pour l'étude pratique des langues indoehinoises, par exemple le Cours d annamite de M. Chéon ; mais aucune de ces langues n'avait encore été l'objet d'une étude d'un caractère véritablement scientifique. C'est dans ce sens que l'Ecole française s'est attachée à diriger les efforts de ceux de ses' collaborateurs qui s'étaient fait une compétence particulière dans la connaissance des langues locales. La Phonétique annamite du P. Cadière, parue en 4 901 , peut être considérée comme le premier travail de ce genre. Depuis cettedate, cet éminent collaborateur de l'Ecole française a continué, en en élargissant le cadre, ses études de dialectologie annamite : les recherches qu'il poursuit sur certaines particularités de l'annamite et sur les dialectes apparentés, et auxquelles il a déjà consacré, dans le Bulletin , plusieurs curieuses monographies, permettent d'espérer qu'il sera bientôt possible de se faire enfin une idée exacte de la place qu'occupe la langue annamite parmi celles de l'Asie orientale. C'est au même but que tendent les recherches sur les dialectes muong entreprises par M. Chéon, qui a consacré aussi à l'argot annamite un mémoire du plus haut intérêt. Dans le même ordre d'idées, il convient de citer également les notes du commandant Bonifacy sur les langues parlées par les populations de la haute rivière Claire.

La langue chame a' été l'objet d'un travail capital : le grand dictionnaire de MM. Aymonier et Cabaton, vaste répertoireoù tous les mots chams connus jusqu'à ce jour ont été recueillis, transcrits avec exactitude, rapprochés des mots correspondants des langues apparentées. Les traductions d'inscriptions et de textes . chams par MM. Finot, Durand et Cabaton ont aussi contribué à la connaissance de cette langue, qui est si près d'être une langue morte. Pour le cambodgien, M. Finot a élaboré un système de transcription qui a l'avantage de tenir compte à la fois de l'orthographe traditionnelle et de la prononciation actuelle.

Parmi les travaux d'ordre ethnographique qui ont été publiés par l'Ecole française d'Extrême-Orient, il faut citer les études du P. Cadièresur les coutumes populaires de la vallée de Nguôn-son, du D r Brengues sur des rites funéraires laotiens, du commandant Bonifacy sur le folklore des Mans et sur les La-ti, de M. A. Leclère sur la fête des eaux à Phnom-penh, de M. Dauffès sur les Kos, de M. Besnard sur les Mois du Darlac, etc. Dans ce domaine encore, ce sont les Chams qui ont eu jusqu'ici la plus large pari: les Nouvelles recherches de M. Cabaton et les nombreuses Notes sur les Chams du P. Durand ont jeté une vive lumière sur la vie sociale et surtout religieuse de ce peuple.

Nous aurions voulu ne pas nous en tenir à ces études partielles et réunir les éléments d'une ethnographie générale de l'Indochine. Sur la proposition du direc-

teur de l'Ecole, une circulaire du'Gouverneur général eu date du 3 juin 1903 avait prescrit à tous les chefs d'Administrations locales de procéder à une enquête ethnique dans la circonscription relevant de leur autorité. Chaque province ou territoire militaire devait être l'objet d'une carte au 1/100. 000, indiquant en couleurs différentes la distribution topographique des divers groupes ethniques, et d'une notice dont le plan était nettement tracé par la circulaire. Si toutes les provinces avaient répondu à cet appel, il aurait été possible, sans doute, de faire un premier essai de carte ethnographique de l'Indochine. Il n'en a pas été ainsi; mais il a été possible du moins de réunir une foule de documents utiles, qui permettent de se faire une idée plus juste de la répartition, de l'importance respective et des caractères des différents groupes. C'est dans les territoires militaires que l'enquête a été faite avec le plus d'exactitude et de la manière la plus complète, grâce à la bonne organisation du travail. L'état-major chargea le commandant deLajonquière de coordonner dans un travail d'ensemble toutes les données recueillies dans les quatre territoires militaires ; plus tard, le commandant de Lajonquière refondit ce travail en y comprenant tout le Tonkin. A défaut d'une étude embrassant l'Indochine entière, et que le trop grand nombre des abstentions a rendu pour le moment impossible, on doit du moins à la circulaire du Gouverneur général un travail plus limité dans son objet, mais le plus substantiel et le plus précis qui ait encore été consacré à l'ethnographie indochinoise.

L'histoire de l'Indochine est encore enveloppée d'obscurité. Le Cambodge et le Champa n'ont pour ainsi dire pas laissé de textes historiques, du moins pour leur période ancienne. Ce qui nous reste d'eux sous le titre de Chroniques a été depuis longtemps traduit par M. Aymonier. Le P. Durand a donné, dans le Bulletin, d'intéressants commentaires sur la Chronique royale du Champa. Mais c'est surtout l'étude des inscriptions et des monuments qui peut jeter une vive lumière sur l'histoire de ces deux peuples; on verra plus loin avec quelle activité elle a été poussée.

Si les Chams et les Khmèrs, comme tous les peuples de civilisation hindoue, nous ont laissé trop peu de documents sur leur propre passé, les textes chinois sont heureusement là pour combler, dans une certaine mesure, cette lacune. M. Pelliot s'est attaché à l'étude des annales et des mémoires chinois relatifs à l'Indochine ; sa traduction de la relation de Tcheou-Ta-kouan, qui visita le Cambodge au XIII e siècle, ses études sur le Fou-anet, sur deux itinéraires chinois de Chine en Inde à la fin du VIII e siècle, sont des mines inépuisables de renseignements sur l'Indochine ancienne et en particulier sur le Cambodge et le Champa.

Il y a lieu de mentionner également, bien qu'il n'ait pas été publié par l'École française, le bel ouvrage d'ensemble sur Y Empire khmèr, où notre correspondant, M. G. Maspéro, a condensé toutes les données que nous possédons jusqu'ici sur l'histoire du Cambodge.

La littérature historique des Annamites est au contraire très abondante, mais elle était jusqu'ici fort peu connue. La première tâche qui s'imposait était d'en

dresser l'inventaire : c'est ce qu'ont fait MM. Pelliot et Gadière dans un article très nourri, qui pourrait cependant être enrichi aujourd'hui, grâce aux nouvelles trouvailles que nous avons faites, de nombreuses et importantes additions. Nous sommes également redevables à M. Cadière d'une série de travaux historiques, fondés sur le dépouillement des Annales et des autres textes, et qui sont les premières études vraiment scientifiques dont l'histoire d'Annam ait été l'objet : une chronologie exacte des dynasties, des recherches sur la géographie historique du Quang-binh, et surtout un grand mémoire sur l'établissement des Nguyén enCochinchine, depuis les origines jusqu'à Gia-long, qui a été jugé par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres digne de l'une de ses plus hautes récompenses.

Toutefois, les études partielles d'histoire d'Annam ne sauraient suffire : c'est manifestement un devoir pour nous que de traduire dans leur intégrité les Annales annamites. Abel des Michels l'avait tenté autrefois, dans des conditions trop défectueuses pour pouvoir aboutir ; son travail, du reste fort insuffisant, s'arrête aux premiers chapitres. MM. Huber et Maitre viennent de reprendre la tentative ; mais elle demandera, pour être menée à bonne fin, de longues années.

Il serait non moins utile de publier les relations anciennes, inédites ou déjà imprimées, de voyages en Indochine ; un grand nombre sont du plus haut intérêt ; la plupart sont à peu près introuvables. MM. Finot et Henri Gordier étudient les moyensde faire cette publication; r Ecole française leur prêtera, par tous lesmoyens, son concours. En attendant, nous avons déjà publié dans le Bulletin la relation, presque inconnue, du P. Baldinotti sur son voyage au Tonkin ; et nous donnerons prochainement une traduction complète des mémoires de Baron sur le Tonkin et de Van Wusthof sur le Cambodge et le Laos.

Parmi les autres pays de l'Indochine, la Birmanie a été l'objet de deux études, l'une de M. Duroiselle sur la géographie apocryphe de la Birmanie, l'autre de M. Huber sur une ambassade chinoise en Birmanie en 1406.

2° Extrême-Orient. — Les langues de l'Inde ont eu une influence trop directe et trop considérable sur quelques-unes des langues de l'Indochine pour que nous ayons pu en négliger l'étude. M. Y. Henry a publié dans la Bibliothèque de F Ecole française un manuel de sanskrit et un manuel de pâli, qui sont déjà devenus classiques.

Mais plus encore que par sa langue, l'Inde a exercé une influence profonde sur les pays de l'Extrême-Orient par sa religion et par son art. C'est précisément l'une des gloires de l'orientalisme français que d'avoir mis en lumière les relations anciennes de l'Inde et de la Chine et l'action que la première a exercée sur la seconde. Par une série de travaux portant sur tous les points où s'est produit ce contact, l'Ecole a continué cette tradition de la science française. M. Chavannes a traduit les relations de voyages dans l'Inde des pèlerins chinois Song-Yunet Ki-Ye. M. S. Lévi, dans ses Notes chinoises sur l'Inde, et M. Huber, dans quelques-unes de ses Etudes de littérature bouddhique } ont apporté à l'étude de l'action du bouddhis»

me sur la Chine et des lieux où d'abord elle s'exerça, des précisions nouvelles. Un collaborateur japonais de l'Ecole, M. Takakusu, a donné la traduction complète de la Sâmkhyakârikâ étudiée à la lumière de sa version chinoise. M.Maitre a fait l'historique des éditions successives du Tripitaka chinois, à propos d'une récente réimpression japonaise. M . Foucher, dans son grand ouvrage sur Y Art du Gandhâra, dont le premier volume seul a paru jusqu'ici, a étudié de la manière la plus approfondie les origines de cet art bouddhique, inspiré d'influences grecques,qui eut son berceau dans l'Inde du Nord et se répandit peu à peu par la Chine septentrionale dans tout l'Extrême-Orient. M. Chavannes vient d'étudier à son tour les premières manifestations de cet art bouddhique sous sa forme chinoise à T'a-tong-fou et à Long-men. Enfin, reliant les travaux de M.. Foucher à ceux de M. Chavannes, M. Pelliot poursuit, depuis un an déjà, l'exploration des vestiges archéologiques du Turkestan chinois, qui fut autrefois l'intermédaire entre l'Inde et la Chine dans la propagation de la foi et de l'art bouddhiques.

La sinologie pure a tenu aussi dans le Bulletin une place considérable; il suffira de mentionner la série des études épigraphiques de M. Chavannes, qui a entrepris la publication de la c Forêt des Stèles » de Si-ngan-fou, les notes de bibliographie et d'histoire religieuse de M. Pelliot, l'étude de M. Maybon sur les tentatatives des Anglais à Macao au début du XIX e siècle, etc.

Bien qu'il n'ait jamais eu avec l'Indochine des rapports aussi directs que la Chine, le Japon a pris parmi les pays d'Extrême-Orient une telle importance et exerce sur eux, aujourd'hui du moins, une influence politique et morale si forte, que nous n'aurions pu, sans grand dommage, le laisser de côté. M. Maitre se consacre spécialement à son histoire ; et pour s'y reconnaître, il a commencé par dresser l'inventaire critique des sources historiques japonaises. Un nouveau pensionnaire, M. Péri, a pris la littérature japonaise, et surtout le drame lyrique, pour objet d'études.

Le 1> Cordier poursuit depuis longtemps le dépouillement des textes sanskrits médicaux. L'acquisition par l'Ecole du Tanjur tibétain (1), dont il publie en ce moment le catalogue, lui a fourni l'occasion d'un intéressant travail sur les textes sanskrits médicaux contenus dans cette volumineuse compilation. Il y a lieu de mentionner enfin une étude de M. Duroiselle sur Upagutta et Mara, et la première publication d'une inscription lolo, recueillie au Yunnan par M. S. Charria.

3° La Bibliographie et la Chronique du Bulletin tiennent régulièrement les lecteurs de cette publication au courant des ouvrages récents et des événements les plus propres à mettre en lumière les mouvements d'idées qui se produisent en Extrême-Orient. Ces deux rubriques du Bulletin, qui sont l'œuvre propre des

(1) Aujourd'hui déposé à la Bibliothèque nationale.

membres de l'Ecole, en sont peut-être les parties les plus appréciées et les plus lues. On s'est efforcé de leur donner un développement considérable. Quelques articles bibliographiques ont plusieurs dizaines de pages ; à vrai dire, ils ont pour objet, non pas tant l'analyse du contenu d'un ouvrage que l'exposé, à propos de cet ouvrage.de la méthode que nous nous efforçons de faire prévaloir. De même, la chronique est rédigée avec assez de soin pour pouvoir servir plus tard à l'histoire de l'Extrême-Orient. Si l'on veut connaître l'esprit qui inspire l'Ecole et les principes qui la guident, c'est avant tout dans la bibliographie et dans la chronique de son Bulletin qu'il faut les chercher .

IL Etude et conservation des monuments historiques

(Archéologie et éplgraphie)

L'arrêté du 19 mars 1900 assure aux antiquités indochinoises une protection efficace. Toutes celles, monuments ou objets mobiliers, qui présentent un intérêt pour l'archéologie, l'épigraphie ou l'histoire, peuvent être l'objet d'un arrêté de classement comme monuments historiques. Les monuments classés ne peuvent être aliénés ; ils ne peuvent être réparés ni, à plus forte raison, démolis, sans l'autorisation du Gouverneur général ; les autorités locales sont responsables de leur intégrité. Les découvertes d'objets anciens doivent être immédiatement signalées. Le directeur de l'Ecole française propose les listes de classement à l'approbation du Gouverneur général ; il est chargé également de veiller à l'exécution des règlements en vigueur et de constater les infractions. Ses pouvoirs sont exercés, par délégation, par le chef du Service archéologique, les professeurs, les pensionnaires et les correspondants délégués de l'Ecole, et par les membres des Commissions des Antiquités du Tonkin et du Cambodge.

Un premier arrêté de classement de monuments chams et cambodgiens avait été pris le 6 février 1901. Un certain nombre de monuments de même nature ont été ajoutés à cette liste par l'arrêté du 15 avril 1905. Une troisième liste est en préparation. Le même travail a été entrepris récemment pour les monuments annamites ; jusqu'ici, seuls les monuments de Hanoi ont été classés (arrêté du 26 novembre 1906).

La préparation des listes de classement ne peut naturellement être faite qu'après un vaste travail d'inventaire et, assez souvent même, de déblaiements et de fouilles. C'est ce travail qui est la tâche principale du Service archéologique.

En ce qui concerne le Champa , on peut le considérer comme a peu près terminé. Il est bien peu probable, en effet, que de nombreuses inscriptions et de nombreux édifices viennent s'ajouter dans la suite à la liste de ceux qui ont été relevés par les pionniers de l'archéologie chame, MM. Aymonier et Paris, par MM. Finot et de Lajonquière, dans cette exploration générale de l'Indochine, qui a été la première œuvre de l'Ecole! et par M. Parmentier, aidé longtemps par M. Carpeaux, au cours

de ses fouilles patientes et minutieuses dans rAnnam méridional. B ne faut pas oublier, parmi ces collaborateurs de l'œuvre commune, le P. Cacttére, qui a relevé avec soin les vestiges chams du Quang-binh, du Quang-tri et du Tbua4hiên, et le P. Durand, qui a étudié le temple de Poromé et aidé M. Parmentier à inventorier les c trésors» des rois chams. Un Inventaire sommaire des monuments chams de r A nnam avait été rédigé en 1900 par MM. Finot et de Lajonquière; aujourd'hui, les recherches ont été assez approfondies pour qu'il soit possible de lui substituer un inventaire descriptif détaillé, qui ait chance d'être définitif. Le chef du Service archéologique aura bientôt mené à bonne fin cette œuvre considérable, à laquelle il a préludé par des études sur l'architecture javanaise ancienne connue par les bas-reliefs, et par des monographies des grands temples chams de Po-nagar et de Mi-son.

L'achèvement du relevé des monuments chams a déjà permis au Service archéologique d'entreprendre une seconde partie de sa tâche, la consolidation des édifices les plus éprouvés. M . Parmentier a commencé par Po-nagar de Nha-trang ; depuis deux ans il travaille à la restauration de ce bel édifice, œuvre d'autant plus délicate qu'étant la première du genre, elle doit établir la méthode qui sera désormais suivie. Cette méthode a pour base le respect absolu de l'état actuel de l'édifice. Rien ne serait plus dangereux que de vouloir, avec des ruines, chercher à reconstituer le monument primitif : il s'agit seulement d'arrêter en quelque sorte la dégradation de l'édifice au point où elle en est arrivée. D'autre part, des déblaiements opérés avec méthode ont permis de dégager certains monuments, comme l'admirable groupe de Mi-son, de la brousse épaisse qui les cachait.

Le Champa nous a laissé de beaux vestiges de son architecture et de son art, mais en nombre limité. Le Cambodge offre un champ infiniment plus vaste aux recherches des archéologues ; le travail d'inventaire demande nécessairement un temps beaucoup plus long. Il avait été commencé par Doudart de Lagrée, par Moura et surtout par M. Aymonier. C'est au commandant de Lajonquière que l'Ecole française a confié le soin de le parfaire. Dans deux campagnes successives, conduites avec une activité rare, cet officier a relevé et catalogué les monuments et inscriptions du Cambodge français et du Cambodge siamois et deux beaux volumes ont condensé le résultat de ces campagnes. Il y a lieu de citer aussi les notes de M. Finot surVat-Phou, de M. Commaille sur les ruines de Bassac, du P. Juglar sur les monuments cambodgiens de la province siamoise de Muang Phanam Sarakam et de M. Adh. Leclère sur ses campagnes archéologiques.

Une seule région restait à explorer en détail, celle, précisément, que le récent traité franco-siamois vient de rétrocéder au Cambodge. Notre domaine archéologique vient ainsi de s'enrichir de plusieurs centaines de monuments, parmi lesquels se trouve le groupe incomparable d'Angkor. Cette admirable acquisition nous imposait le devoir immédiat d'inventorier nos nouvelles richesses et de prendre les

mesures nécessaires pour assurer la conservation de monuments également menacés par les envahissements de la végétation et par le vandalisme de visiteurs sans scrupules. C'est à cet effet qu'une troisième mission vient d'être confiée au commandant de Lajonquière, qui est assisté dans sa tâche par deux lieutenants topographes. Cette mission n'a pas seulement pour objet d'établir un relevé topographique exact du groupe d'Angkor et des environs et un inventaire complet des monuments de la région rétrocédée, mais aussi d'étudier l'organisation d'un service de conservation des antiquités khmères.

Pour l'œuvre considérable qui s'impose à nous au Cambodge,nous avons l'espoir de pouvoir compter sur le concours actif de la Métropole. L'acquisition d'Angkor a en effet déterminé, parmi les personnes qui s'occupent en France d'archéologie, un vif mouvement d'intérêt. Sur la proposition de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, une « Commission des monuments historiques de l'Indochine », analogue à celle qui fonctionne déjà pour les monuments de l'Afrique du Nord, vient d'être créée auprès du Ministère de l'Instruction publique. D'autre part, des initiatives privées viennent de fonder une « Société d'Angkor pour la conservation des monuments de l'Indochine », qui ne manquera pas de nous apporter aussi un appui précieux.

Du reste, nous n'avions pas attendu le traité franco-siamois pour nous occuper d'Angkor. Au cours de deux missions successives, M. H. Dufour, aidé de Ch. Carpeaux, s'est attaché spécialement à l'étude du Bayon (Angkor Thom) et au déblaiement de la première enceinte de ce splendide monument. De ces missions, il a rapporté, avec un plan complet du Bayon, une série de documents photographiques du plus haut intérêt, qui reproduisent dans leur ordre tous les bas-reliefs de l'enceinte et en permettront l'étude iconographique approfondie.

En 1 901 , M . de Lajonquière avait publié un Atlas archéologique de l'Indochine, où étaient indiqués tous les monuments chams et cambodgiens découverts et inventoriés à cette date. Les recherches ont donné depuis tant de résultats nouveaux, qu'il serait utile de refondre cet atlas ; on pourrait peut-être en faire une partie de l'atlas général de l'Indochine qui nous manque encore et qu'une entente entre les différents services compétents pourrait aisément réaliser.

Au Champa et au Cambodge, les recherches épigraphiques ont été menées de front avec les recherches archéologiques . M . Finot a continué la publication des inscriptions sanskrites et en langues indigènes, entreprise autrefois par MM.Barth et Bergaigne et par M. Aymonier ; il est aidé aujourd'hui dans cette tâche par un inouveau collaborateur, M . G . Coedès ; M . Barth lui-même et M. Cabaton y ont contribué. L'Ecole française a donc l'espoir de pouvoir mener à bonne fin le Corpus des inscriptions du Champa et du Cambodge, qui sera si utile pour l'histoire de ces deux pays sans littérature historique sérieuse.

Le commandant de Lajonquière a déjà commencé l'inventaire des monuments thai du Siam ; toutefois, comme il doit être chargé prochainement, parle Gouver-

nement siamois lui-même, d'une nouvelle mission, il a paru préférable d'ajourner la publication des premiers résultats.

Il aurait été intéressant d'étendre au Laos l'enquête si bien conduite au Champa et au Cambodge et déjà engagée au Siam . Cette tâche avait été confiée à un homme que sa connaissance du pays et des langues indigènes et ses études de sanskrit y avaient admirablement préparé, M. l'administrateur Odend'hal ; on connaît assez l'issue tragique de cette entreprise pour qu'il ne soit pas nécessaire de rappeler ces pénibles souvenirs.

Au Laos, nous devons signaler cependant les recherches faites à Say-fong par M. 6. Maspéro, correspondant de l'Ecole française.

En pays annamite, le nombre considérable des monuments, la fragilité des matériaux avec lesquels ils sont construits, l'âge récent de la plupart d'entre eux et leur insignifiance au point de vue archéologique et artistique, en rendent l'étude à la fois longue et assez ingrate. Elle est encore peu avancée. Il faut mentionner surtout, parmi les travaux auxquels elle a donné lieu, l'étude du P. Cadière sur les mausolées royaux et les temples édifiés par les Seigneurs de Cochinchine antérieurs à Gia-long. Mais si l'activité de l'Ecole, pendant ses neuf premières années, s'est surtout portée sur les monuments chams et cambodgiens de l'Indochine, elle pourra désormais être consacrée en partie à l'inventaire des monuments annamites, qui sera l'œuvre des années à venir.

Page 1