‹ Situation de l'Indo-Chine (1897-1901) (volume 2)Chapitre 98 sur 190 · ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT

En 1901, lç seul enseignement qui fût donné à l'Ecole était celui de la langue chinoise. En 1907, cinq cours sont organisés: cours de langue chinoise parlée (dialecte kouan-houa), cours de langue chinoise écrite v cours de langue sanskrite, cours de langue tibétaine, cours de langue japonaise. On pourrait s'étonner, au premier abord", de ne pas voir la langue annamite figurer parmi les matières entières enseignées. La raison en est que des cours de langue annamite sont faits régulièrement à la Résidence supérieure par des maîtres compétents et qu'il n'y a pas urgence à instituera l'Ecole un enseignement parallèle. D'autre part, dans l'état de choses actuel, ce cours risquerait de n'attirer que des candidats à la prime d'annamite; or, il est nécessaire de conserver à l'enseignement de l'Ecole un caractère rigoureusement scientifique. Aucun des cours qui y sont professés n'a pour objet la préparation à l'un des brevets avec prime conférés en Indochine aux fonctionnaires qui justifient, après examen, delà connaissance de certaines langues orientales. Et, en fait, ceux de ces cours qui ne peuvent conduire à aucun brevet nesont pas ceux qui comptent le moins d'auditeurs ni les moins assidus. La salle de conférences de l'Ecole est ainsi devenue, comme sa salle de lecture, un centre actif d'études désintéressées. Elle doit le rester.

L'Ecole prête néanmoins aux jurys régionaux d'examen ceux de ses membres que désigne leur compétence spéciale. Un arrêté récent (18 juin 1907) a même confié au directeur de l'Ecole la présidence et le choix des membres d'une commission chargée de choisir les textes des épreuves écrites pour les examens de langues orientales qui ont lieu deux fois par an, à Hanoi, à Hué et à Saigon. Jusqu'ici, ces textes étaient choisis par les commissions régionales d'examinateurs, et il existait de grandes différences dans la difficulté des épreuves suivant les centres d'examen. La procédure nouvelle remédie à cet inconvénient.

D'autre part, en raison de l'origine universitaire delà plupart de ses membres, l'Ecole a tenu à prêter le concours le plus actif au Service de l'Instruction publique dans la tâche qu'il a entreprise de développer l'enseignement indigène et d'en réformer les méthodes et les programmes. La création du Conseil de perfectionnement de l'Enseignement indigène (arrêté du 8 mars 1 906) est un peu son œuvre, et c'est son directeur qui a été appelé à présider la première session de ce Conseil, au cours de laquelle a été élaboré le vaste programme dont la réalisation se poursuit méthodiquement. Quatre des cours de la nouvelle Université indochinoise sont professés par des membres de l'Ecole française. L'un d'eux, au moins, peut être considéré comme un prolongement de l'enseignement donné à l'Ecole même et fépond parfaitement à l'un des objets qu'elle se propose : se préparer pour l'œuvre qu'elle poursuit, des collaborateurs indigènes formés aux méthodes modernes : c'est le cours d'histoire de l'Indochine et de V Extrême-Orient (professé par M • Maybon), qui est conçu surtout en vue de l'application aux textes chinois et annamites des règles de la critique historique.

Enfin, on peut considérer aussi comme un prolongement et comme le couronnement de l'enseignement philologique de l'Ecole, celui qui va être donné bientôt par ses deux anciens directeurs dans les deux plus hautes institutions scientifiques de la Métropole.

Mais ce n'est pas seulement sous forme de cours que l'Ecole française donne son enseignement. De plus en plus nombreux sont ceux qui, en Indochine ou à l'étranger, s'adressent à elle pour lui demander des informations ou des conseils. Son Bulletin, tant par des articles de fond que par une bibliographie régulière, rédigée dans une intention strictement méthodologique, contribue aussi pour une large part à orienter dans la bonne voie les éludes locales d'archéologie, de linguistique et d'histoire. Dès 1900, elle avait fait paraître, à l'usage de ses collaborateurs bénévoles, une instruction précise et détaillée sur la manière d'étudier les langues indigènes et de recueillir les vocabulaires ; elle fait préparer en ce moment, par les spécialistes les plus autorisés, un manuel général de recherches portant sur toutes les disciplines dont elle s'occupe. Enfin, sous le nom de Bibliothèque de l'Ecole française d 'Extrême-Orient , elle a commencé la publication d'une série de manuels destinés à répandre la connaissance des langues de l'Asie orientale. Deux de ces manuels ont déjà paru ; d'autres sont en préparation.

CONGRÈS DE HANOI

Dès 1902, l'Ecole française se sentait assez sûre de sa notoriété scientifique pour provoquer la réunion à Hanoi d'un Congrès d'orientalistes, qui prit le nom de € Premier Congrès international des Etudes d'Extrême-Orient ». Voici ce que disait de ce Congrès M. Finot, dans son rapport au Gouverneur général sur les travaux de l'Ecole pendant l'année 1902 :

c L'idée de réunir à Hanoi un congrès d'orientalistes, émise par le directeur de l'Ecole dès le mois de janvier 1901, reprise et amplifiée par le Comité métropolitain de l'Exposition dans sa séance du 28 octobre 1901 , prit corps par la constitution d'un Comité d'initiative, qui tint sa première séance à l'Ecole des langues orientales, le 20 décembre 1901, sous la présidence M. Senart, de l'Institut. Il comprenait : MM. Barbier de Meynard, Barth, Bréal, Hamy, Senart, de l'Institut; Chavannes et S. Lévi, professeurs au Collège de France; Aymonier, directeur de l'Ecole coloniale ; Ch. Lemire, résident honoraire de France en Indochine ; Bonet, Cordier, Lorgeou, de Rosny, Vinson, Vissière, professeurs à l'Ecole des langues orientales; Guimet, directeur du Musée Guimet; Courant, maître de conférences à l'Université de Lyon.

c Après avoir reçu les pouvoirs nécessaires du Gouverneur général de l'Indochine, le Comité d'initiative adopta la proposition de convoquer un congrès d'orientalistes à Hanoi pendant l'Exposition et invita les sociétés et corps savants à s'y faire représenter.

c Un arrêté du Gouverneur général, en date du 9 mars 1902, détermina l'organisation générale du futur congrès, fixa les avantages offerts aux délégués et aux adhérents qui y prendraient part et chargea un comité local des préparatifs de cette solennité scientifique.

c Ce comité comprenait, outre le directeur etles membres deI'Ecole,les membres de la Commission des Antiquités du Tonkin : MM. Babonneau, Dumoutier, Hoangtrong-phu, Vildieu, auxquels voulurent bien s'adjoindre ensuite MM. Mahé et Simonin.

c Le Congrès fut ouvert le 4 décembre par le Gouverneur général, qui adressa aux délégués étrangers des paroles de bienvenue, auxquelles ceux-ci répondirent par les discours les plus sympathiques pour la France, pour sa grande colonie d'Indochine et pour l'Ecole française d'Extrême-Orient.

« L'assemblée comprenait les représentants de 5 gouvernements et de 30 sociétés ou corps savants ; le nombre des délégués était de 28 et celui des adhérents de 92. La session dura du 4 au 8 décembre. Pendant ces quelques jours, le Congrès ne tint pas moins de 10 séances, dont 7 plénières. Il était divisé en 3 sections : I. Inde ; II. Chine et Japon; III. Indochine. La section 1 entendit, 5 communications; les sections II et III, 7 chacune ; l'assemblée plénière 31 ; en tout 50 mémoires. Le compte rendu analytique des séances ayant été publié, il suffira de

rappeler ici que ces mémoires portaient sur les sujets les plus variés : l'histoire, les antiquités, les langues, l'ethnographie de l'Indochine, la littérature sanskrite et l'archéologie indienne, les antiquités de Java, la littérature et le bouddhisme du Japon, l'histoire et la bibliographie chinoises, etc. Plusieurs de ces travaux émanaient de lettrés indigènes : ce fait a été remarqué avec une vive satisfaction par le Congrès, qui a tenu à exprimer par un vœu unanime son désir de voir se développer de plus en plus la participation des indigènes à l'étude scientifique de leur pays.

c D'autres vœux ont été émis pour l'exploration des stations préhistoriques de l'Indochine et pour l'adoption d'une transcription plus rationnelle des langues thai et annamite. A la demande du Congrès, M. le professeur Pullé a bien voulu s'engager à donner, pour complément à sa Cartographie de VInde, une Cartographie historique de l'Indochine. Enfin, le Congrès a voté des résolutions en faveur de deux publications projetées: le Dictionnaire bouddique chinois-sanskrit, que préparent plusieurs savants japonais, et le Manuel de philologie indochinoise, que l'Ecole française a accepté d'élaborer, avec le concours de plusieurs savants étrangers.

c II nous est permis de constater que le Congrès de Hanoi, en même temps qu'il a établi entre les savants d'Extrême-Orient des relations dont les effets se manifesteront dans un prochain avenir, a été une éclatante démonstration des sentiments d'estime et de sympathie qu'entretiennent pour notre Ecole les représentants les plus autorisés de la science étrangère.

c S'il était besoin d'un autre témoignage encore, on le trouverait dans les actes du dernier Congrès international des Orientalistes, tenu à Hambourg, qui a voté à l'unanimité la résolution suivante : < Le XIII* Congrès international des Orientalistes se permet d'exprimer au Gouvernement de l'Indochine ses respectueux remerciements pour le service qu'il a rendu aux études orientales par la fondation de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Le Congrès a l'honneur de féliciter vivement le Gouvernement pour les importants résultats déjà obtenus par cette institution. »

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