ENSEIGNEMENT
L'enseignement public, en Indo-Chine, s*adresse à deux sortes d'élèves, les jeunes français et les indigènes, et doit avoir, par suile, deux natures d'établissements. Ceux qui sont destinés aux élèves français peuvent, exceptionnellement, recevoir des élèves indigènes ayant appris déjà la langue française; mais, jusqu'à présent, la connaissance de notre langue n'a pas été suffisante chez ces derniers pour qu'on puisse mêler les enfants dans les mêmes classes.
On a donc, d'une manière générale, organisé séparément les écoles destinées aux français et celles destinées aux indigènes.
Pour les premiers, il a été institué deux établissements d'enseignement Ecoles françai secondaire, l'un à Saigon, l'autre à Hanoi. Celui de Saigon, le collège Chasseloup-Laubat, a une organisation suffisamment développée, et les professeurs n'y manquent pas : ce sont les élèves français qui font défaut. Leur nombre est Irès-restreint et ne semble pas pouvoir s'accroître beaucoup.
C'est que le climat do l'Indo-Chine, celui de la Cochinchine surtout, n'est pas favorable au travail des enfants européens. Leur santé ne résisterait pas à des efforts intellectuels approchant de ceux qu'ils peuvent faire en France. Les instruire dans la Colonie parait imprudent à beaucoup de familles; elles sont unanimes, en tout cas, pour reconnaître qu'à treize ou quatorze ans, il faut les envoyer achever leurs éludes en France. Il en sera ainsi tant que nous ne serons pas établis sur les hauts plateaux du Langbian, du Tranninh et du Yunnan, où les enfants pourront étudier sans risquer leur santé et leur vie.
Quant à présent, on n'a à se préoccuper, en Indo-Chine, de l'instruction à donner aux jeunes Français que jusqu'aux premières classes de l'enseignement secondaire.
Le collège Chasseloup-Iiaubat, dont la création est déjà ancienne^ ne va pas au-delà.
L'école secondaire de Hanoi, sorte de petit collège municipal, est instituée sur les mêmes bases. Elle date de l'année 1900 seulement. C'est le prolongement d'une école de garçons, qui est entretenue par la municipalité, ainsi qu'une école de filles. Toutes deux reçoivent des enfants français et des métis.
A Haiphong, existe également une double école primaire, pour les garçons et pour les filles. Une école municipale de filles a été créée, à Saigon, aux frais de la ville.
En dehors de ces centres, les écoles françaises sont en petit nombre, les rares enfants qui habitent la Colonie y étant disséminés en de multiples points.
Par contre^ les bourses, dans les établissements universitaires de la Métropole, sont accordées en grand nombre aux fonctionnaires et aux colons; elles permettent aux familles de faire donner l'instruction à leurs enfants, dans les
meilleures conditions soil en qualité d'internes, soit, ce qui vaut mieux, en qualité d'externes, s'ils ont des parents pour en prendre charge.
Comment l'Enseignement est-il donné aux indigènes, en Inçlo-Ghine ?
A cette question générale, il serait difficile de faire un réponse précise.
Malgré les études faites en ces derniers temps el la préoccupation qu'on en a, on doit avouer que la formule de l'enseignement français aux indigènes n'a pas été trouvée jusqu'ici. Et c'est peut-être qu'il n'y a pas de formule générale, mais des solutions partielles à une question qui se modifie avec le lemps et suivant les pays, suivant les provinces mêmes.
Donner à tous les habitants de l'Indo-Chine un enseignement profitable de la langue française et des notions élémentaires qui sont au début de renseignement métropolitain n'est pas possible de longtemps. Est-ce désirable, et faut-il aiguiller dans celte voie? On peut avoir des doutes sur l'excellence du but où elle conduit.
Tant que la mentalité et l'état social des indigènes ne seront pas changés^ si tant est qu'ils changent jamais, on doit se garder de détruire ce qui est la base morale de leur existence. Les principes qu'ils ont et qui font, chez eux, la famille forte, les parents respectés, l'autorité publique obéie, sont puisés dans les livres de l'enseignement indigène. En apprenant à lire les premiers caractères, ils apprennent les règles fondamentales de la morale de Confucius ; ils se gravent dans la mémoire les préceptes qui devront les guider dans toute leur existence. Ce sont les écoles des villages qui leur donnent cet enseignement.
S'il leur est supprimé, par quoi le remplacerons-nous dans nos écoles? Par la morale française, la morale des braves gens, basée sur le sentiment du devoir, de l'amour de la patrie, de la solidarité humaine? Mais le professeur, forcément indigène, appelé à l'enseigner, ne pourra lui-même la comprendre. Que sera-ce alors des élèves ?
Il semble donc nécessaire de maintenir l'école indigène existante, sauf peut-être, avec le temps, beaucoup de temps, arriver à introduire dans son enseignement quelques notions exactes sur la nature et sur l'histoire. En Cochinchine^ dans le bouleversement qui a suivi la conquête et dans notre ignorance du gouvernement des peuples de vieille civilisation, on n'a pas suffisamment respecté cette institution; ce n'est pas ce qui a été fait de mieux. La même faute n'a pas été commise au Tonkin et en Annam, et, dans le désir légitime de faire quelque chose, il ne faut pas la commettre.
Mais si la substitution générale-de l'enseignement français à l'enseignement indigène, impossible dans le présent, parait dangereuse dans un avenir prochain, il n'en est pas de même de la superposition de l'un à l'autre^ non pour la masse des enfants, mais pour l'élite, pour ceux qui sont appelés à occuper les emplois publics, à servir sur les chantiers, dans Tinduslrie et le commerce. Les auxiliaires de notre civilisation» les intermédiaires entre la population et nous
doivent rester moralement attachés aux hommes de leur race, avoir reçu au village le même enseignemenl; maiis ils doivent entrer ensuite dans les écoles françaises, ouvertes à leur intention dans tous les centres importants. Cette connaissance de notre langue, ces notions élémentaires dont il vient d'être parlé, pourront leur être donnés avec fruit.
Des écoles supérieures recevront ceux qu'une nouvelle sélection désignera pour être plus tard des chefs, dans Tadministralion, dans les services techniques ou les entreprises privées.
L'enseignement professionnel, en particulier, mérite d'être organisé solidement. L'habileté manuelle des indigènes en fait de bons ouvriers des industries mécaniques et pins encore des industries d'art. Trois écoles professionnelles ont été créées déjà, en 1898 et dans les années suivantes, la première â Hanoi, la seconde à Saigon et la troisième à Hué. Elles ont, toutes irois, pleinement réussi et rendent des services. Une école supérieure d'arts et métiers est en projet et doit être instituée prochainement au Tonkin.
Pour l'enseignement du français, un effort a été fait également depuis 1897. L'école des Hau-bo, à Hanoi, Técole du Quoc-hoc^ à Hué, ont élé fondées en vue de donner un enseignement complémentaire aux futurs mandarins, déjà pourvus des diplômes de lettrés annamites. Une composition en langue française a, de même, été ajoutée, il y a quatre ans, comme matière facultative, dans le programme des grands examens Iriennaux de Nam-dinh.
Des écoles franco-annamites existaient antérieurement ou ont été créées, avec des instiluteurs français, dans les principaux centres du Tonkin. Do nouvelles créations sont projetées et pourront être réalisées, à l'aide d'instituteurs indigènes formés à Hanoi, afin d'arriver progressivement à l'application du programme exposé plus haut.
La Cochinchine possède une Ecole normale d'instituteurs et des écoles primaires dans les provinces. Une bonne école a été également créée à Pnom-penh.