PÉRIODE ANTÉRIEURE A
Des origines de la gaerre du Tonkin (1883), au commencement de Tannée 1897, Tarraée de rindo-Cliine était passée par deux phases :
La première celle de la conquête, qui nécessita un déploiement de forces relativement Phase de la ce considérables, prit fin avec le traité de Tien-tsin (9 juin 1885). quête.
A cette période succéda celle de la pacification et de la réorganisation du pays. Pendant ^*^**® tl ^*' cette seconde phase, qui fût naturellement la plus longue, l'armée fût employée à expurger le Tonkin de la grande et de la petile piraterie, toutes deux alimentées par les Annamites restés irréductibles à noti'i; domination^ par les grands contrebandiers chinois et par les aventuriers des deux pays; elle porta l'ordre jusqu'aux confins les plus extrêmes de la colonie et donna aux habitants rendus méfiants par de longues années de guerre, de troubles et d'anarchie, des sentiments de confiance en nous; autour des nombreux postes dont elle couvrit la zone frontière comme d'un réseau de mailles très serrées à travers lesquelles les bandes pirates pouvaient difficilement se mouvoir, les populations des hautes régions se sentant à l'abri des insultes et des vols des coureurs de grands chemins, vinrent se condenser et remirent peu à peu en valeur les terres abandonnées et devenues improductives. La dernière grande expédition de police qui fût organisée, eût pour objet en 1895-96, d'expulser du Dong-quang (près de Hagiang) les bandes de A-coc-Thuong et de purger la Rivière claire et le Song-con des partisans de Mac-que-An.
C'en était fait de la pirat(M*ie dont les dernières convulsions se firent sentir sur le haut Fleuve Rouge pendant l'hiver 1896-97.
Un seul point noir subsistait à l'horizon. Le De-tham, bien que le nombre de ses partisans fût très réduit, occupait toujours le Yèn-thé et, sans être un danger pour notre puissance, il n'en pouvait pas moins être une cause de trouble et de malaise par sa proximité du Delta. Sa soumission, liabillement amenée sans effusion de sang, a fait disparaître tout nuage de l'horizon intérieur. Le calme le plus grand règne dans toute l'Indo-Ghine et il n'est pas qu'apparent. Certaines populations, autrefois turburlentes et hostiles, nous sont absolument dévouées aujourd'hui, car elles ont compris qu'avec la paix et la sécurité, nous leur avons apporté le
Préoccupationi mi- IUflr«i nouvellei
hiffi Hn* et la r'uhosm*. VAW.s nous ('ri ont donné la preuve toat récemment, quand les insurgés ( liiiiojii, poursuivi» par h* niaroclial Sou, ont fnindii notre frontière en mai 1901 et cherché à Mi r/'pH(idrr; dans le 2» territoire militaire. Il ne s*cst pas produit une défection dans les rangs de noN partiHauH, qui ont donné une ctiasse sans trêve à Fennemi^ bien que celai-ci se fût proclamé leur libérateur et leur ami.
Pendant toute cette période de, pacification, le Gouverneur Général et le haut commandement militairi^ ne Ne iirérKcupérent (|ue de cette tâche, qui suffisait d'ailleurs amplement à Factivité de l'armée, mais qui, unefoi.s accomplie, laissait le champ libre <î d'autres soucis, rendait plus apparents d'autres besoins, d'autres nécessités aux(|uelles il fallait satisfaire le plus tôt possible.
H no sullll pas, en effet, d'édifier, de hAtir, il faut conserver, l/incorporation du Tonkin au domaine colonial de la France avait fait ressortir tout le parti, plus considérable qu'on ne Favait cru d'abord, h tirer do celle rictie ac(|uisition. Mais tout naturellement aussi la connaissance plus conq»lète do ses richesses et de celles commis depuis longtemps et nettement établies de Ha N<i*nr ahiée la Gochiuchine, ne va pas sans excisterla convoitise des étrangers, surtout en ce siècle (pii est celui de la curée des régions coloniales. Nous avions donc, après avoir conquis, après av(»ir pacifié et tout mis en état pour la mise en valeur de nos richesses nouvelles, à mettre cell(*s-ci en sécurité, h protéger notre Indo-Ctiine non seulement contre un coup de nmin possible, mais aussi contre une atUu|ue sérieusement et longtemps préparée d'iuie armée quelconque organisée à l'européenne.
Gelte atta(|uo no peut être prononcée que par une puissance ayant des forces maritimes considérables dans les mei*s d'Extrême-Orient. La protection de notre escadre suffirait en eiïet pour dissiper toute liMilativo d'agression qui se produirait dans d'autres conditions. 11 fallait donc songer à organi>er défensivemeut Flndo-FJiine de façon à lui permettre de lutter, avec ses seules ressources, contre un ennemi ((ui se serait rendu maître de la mer et par conséquent de nos hgnes de conuuunicatioa avec la Mère-Fatrie. C'est le but qu'ont poursuivi activement, énergit|uemenl. depuis le commencement de 1897, le Gouverneur Général de Flndo-Chine et les Généraux qui se sont succédés dans le commandement en chef des troupes de cette colonie.
0UGAMS.\T10N OKFE.NSIVE DE I;1NIH>CH1NE
CooUnclilii»
àUUItt
l.'liulo*rJàne otVrf à Fussaiihuit trois objectifs principaux:
h' la tloi'hiiu^hine. pays trt^s riche, qui parait devoir être une proie facile pour mi eonemi uiiiitiv de la uu'r et possist'dunl« en quantité sutHs^uite, des ciuionnières de rivière.
SiU) éloiguemenl du Tonkiu la mot liitlicilemenl en état d'être soutenue par les troupes formant le gnmpo de beaucoup le plus important que nous a>ous dans la Colonie. L'établissemeot d*QQ cIkmuui de for allant du lonkiii à Siiigon (H>umi seul remédier on partie à cet incoQTéiiieiil. Kncotv faudrait il qu'il no fût pas \u do la luiuto mer pour échapper aui coups do large oq aux toutattxos do destruction i|uo pourrait faii*o uuo tlotio advor^ à l'aide de dèbarquenienls rapides.
lui Mtuatiou dofu\ orablo pour la défense dans laquollo se trouve la Cochiudiiue par rapport au ivslo do la Colonie, doxoit forvomont atliior Fattouàon du Gouverneur Général et do Conseil do dofell^o. Aus;>i coito a>soud>loe sou occupa-t-oUe avec un soin tout particulier, dans les doux lYuiuoit;^ quVllo tiut ou 1^7 ot ro^^olut d'y ioire un point d'appui important de 11 flotte. ColuiH.! dosait uitoixiiro on mémo temps l'accès dos rivières uiouaut à Sa^u. dont la chnte serait ^rv^s^o do cousoquoaco pour uou5 à caoso do sou importance cooime viUe, capitale do la Cochiucluuo ot couuuo arsenal.
:^' la bsuo do IvHjLraiio a une ^raudo \alour ogalomoiU, parce qu'elle est le point de qucuiot.t poL.r >o ('ottor sur lluo. la capitale do F.Vuuam. 11 est bien certain «{u'un enoemi do lluo poup/jii uoui^ aitu>rr de ^rv«^ dosi^meuis. s'd arrivait à capter la coolianw ^ hncC à ^ouk^or ce pa^:^ coutro uotn» autorité. Nais aprè:$ avoir déKmfiiè à Tooraoe. it resjhenjl
aa corps expéditionnaire à faire, pour atteindre Haé, une centaine de kilomètres, dans an pays difficile, par une route où une poignée d'hommes pourrait arrêter l'eimemi à chaque pas. Dans ces conditions, il était inutile de faire de grosses dépenses pour fortifier Tourane et d'immobiliser dans une place une garnison pouvant rendre des services bien plus considérables en rase campagne. Aussi le Conseil de défense ne s*arrêta-t-il pas au projet d'y élever des ouvrages.
3o Quant au Tonkin, il offre, il est vrai, plusieurs points de débarquement, dont les deux principaux sont: Haiphong et Hongay (port Courbet). Mais après avoir débarqué, l'ennemi tomberait dans le réseau inextricable de cours d'eau et d'arroyos du Delta. 11 n'aurait, le plus souvent pour se mouvoir, que des digues étroites, commandées par des villages dont les enceintes de bambous et les mares constituent de formidables fortifications naturelles de campagne et nos forces mobiles du Tonkin auraient beau jeu contre elles. Si, au contraire, l'adversaire voulait éviter la route directe de Hanoi, il serait rejeté vers la région de Kep, à travers un pays difficile, sans ressources, et il offrirait sa ligne de conununication à toutes les entreprises de la défense.
Il était donc moins nécessaire et par conséquent moins urgent de fortifier immédiatement le Tonkin que la Cochinchine. Néanmoins il y avait lieu de déterminer un point d'appui secondaire pour notre flotte au Tonkin, si l'on voulait que l'Indo-Chine se tint à la hauteur des efforts faits par les puissances rivales.
Les Anglais venaient en effet de perfectionner Inorganisation et d'augmenter notablement les garnisons de Hongkong et de Singafiore. I^es Allemands venaient de prendre pied en Extrême- Orient et leur flotte attendait des renforts. Enfin, l'armée et la flotte japonaises avaient montré, par la guerre qu'elles avaient soutenue contre la Chine, qu'elles pouvaient être des adversaires redoutables.
Quel devait être ce point d'appui ? Deux solutions étaient en présence :
Haiphong, le port de conunerce du Tonkin,
Hongay (port Courbet) au fond de la baie d'Along.
Or, Haiphong est un port difficilement accessible aux gros bâtiments. 11 est dans l'intérieur des terres et il n'est point nécessaire d'avoir des batteries de côtes pour empêcher un débarquement ; la défense mobile peut y suffire. Haiphong fut donc écarté comme point d'appui secondaire .
Hongay fut choisie pour les raisons suivantes :
Cette place renferme des charbonnages que l'on couvre en y établissant un point d'appui. De plus, son occupation rendrait très difficile l'accès de la baie d'Along à une flotte ennemie. En admettant que cette flotte ait pris le parti de franchir les passes malgré les dispositifs de torpilles, elle ne pourrait stationner longtemps dans la baie, où elle serait constamment dans l'attente des attaques des torpilleurs.
On décida doi\c en 1897, la création d'un point d'appui principal au Cap St-Jacques et d'un point d'appui secondaire à Hongay, mais on ne devait procéder à l'organisation défensive de ces deux points, que par ordre d'urgence :
1» Ciap St-Jacques en Cochinchine.
^ Hongay au Tonkin.
Tonkin
Détermination dos
points d'appni do
l'Indo-Ciune.