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TERRITOIRE DE QUANG-CHÉOU

La baie de Quang-lchéou (Quang-lchéoii-wan) a été cédée à hail à la France, par le Gouvernement chinois, suivant la convenlion du 10 avril 1898.

Située dans la mer de Chine, au sortir du détroit de llainan pour le<5 n;ivires venant du golfe du Tonkin, elle se trouve à une vinglaine d'houres du port de Haiphong.

C'esl au mois de janvier 1900 seulement que l'administration de celte nouvelle possession a^été confiée au Gouvernement Général de Tlndo-Chine.

Au mois de mai 1898, le Contre-amiral la Bédollière avait été chargcde prendre possession de la baie et de planter le drapeau en un point du rivage qui lui paraîtrait convenir pour un établissement à terre. Il choisit un fortin chinois abandonné, situé à l'ouest de la baie, non loin du village de Hoitéou.

Peu de temps après, le Vice-amiral de Beaumont, nommé commandant en chef de l'escadre d'Extrême-Orient, allait reconnaître le territoire entourant la baie de Quang-tchéou et s'y établir. L'Amiral ne disposail ni de troupes de débarquement, ni de moyens d'action d'aucune sorte; il y suppléa par une activité et une énergie que secondait l'entrain de ses officiers. L'indo-Chine fournit, à la demande de l'Amiral, le matériel des chaloupes, chalands, machines,Mndispensable à un petit établissement maritime. Les derniers mois de Pannée 1898^furent occupés à celte besogne préparatoire, à la reconnaisance du pays avoisinant Quang-tchéou et à d'importants travaux d'hydrographie.

Un nouvel à-coup de notre politique fit supprimer le poste de Vice-amiral, au commencement de 1899, et le Contre-amiral Courrejolles eut, à son tour, à s'occuper de Quang-tchéou. Il procéda, avec des commissaires chinois, à la délimitation du territoire revenant à la France, lequel fut parcimonieusement mesuré .

Nous en occupions déjà un certain nombre de points, au delà même des frontières tracées par la suite. Mais, malgré les demandes réitérées du Gouvernement Général de l'Indo-Chine de se charger d'organiser le pays, de l'administrer sans réclamer aucun subside à la Métropole, rien n'avait été fait, en ce sens, depuis plus d'un an que la cession à bail était consentie ; par suite le désordre avait peu à peu gagné une région paisible au début et qu'il eût été facile d'amener à nous. Les excitations étaient venues de tous côtés aux habitants, et l'hostilité à notre égard allait s'accenluant de jour en jour. Elle se traduisit par des agressions qu'il fallut repousser pir la force, puis par l'assassinat de deux officiers de Marine qui s'étaient un peu écartés du poste qu'ils occupaient. L'ordre fut donné d'envoyer, du Tonkin, des troupes à Quang-tchéou; des combats eurent lieu; l'ordre fut rétabli sur le territoire sans que la sécurité y revint entière et qu'on pût compter sur la confiance et

la boniie volonté des habitants. Le sang versé ne devait pas suffire à payer la faute d'avoir laissé un pays un an el demi sans gouvernement ni administration ; des difficultés devaient nous y attendre que nous n'aurions pas connues à Torigine.

Au lendemain de la lutte que nos troupes avaient engagée, Tadministration ReBiise du territol-

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de Quang-tchéou fut remise au Gouvernement Général de Tlndo-Chine. On ment Général, était aux premiers jours de Tannée 1900.

S'il fallut, dans les premiers temps, prendre des mesures pour assurer partout la sécurité, détruire la piraterie de terre et de mer^ faire rentrer les habitants paisibles dans leurs villages qu'ils avaient abandonnés sous le coup de la peur et des constantes déprédations des mauvaises gens, venus en foule de Chine sur un territoire sans administration et sans police qui était, pour eux^ un pays d'élection, du moins aucun fait grave ne se produisit-il plus, el l'intervention des troupes devînt-elle désormais inutile. Notre nouvelle possession sut se faire oyblier de la Métropole.

Elle s'organisa et s'outilla rapidement, el les deux années qui se sont écoulées depuis lors n'ont pas été perdues.

Aussitôt que fut notifié, par câblogramme, le décret du 5 janvier 1900 qui plaçait le territoire de Quang-tchéou sous l'autorité du Gouvernement Général, une organisation peu compliquée mais suffisante, était faite. Les arrêtés qui la règlent sont des 27 et 81 janvier.

Nous allions faire là une expérience intéressante^ dont les résultats pouvaient élre utiles un jour. C'était pour la première fois, en effets que la France avait à gouverner une population de race chinoise, celle du Quang-tong, réputée la plus ombrageuse et la plus turbulente.

La méthode qui fut employée a pleinement réussi. Sans croire que l'expérience, faite sur un territoire limité, peuplé de deux cent mille habitants à peine, soit concluante pour l'administration dévastes provinces, du moins fournit-elle des indications dont il faudra tenir compte, le cas échéant.

L'organisation de Quang-tchéou est basée sur une forte constitution et une Organisation admigrande indépendance de la commune, qui n'existent pas en Chine et n'existaient nistrative. pas antérieurement sur notre territoire au degré où nous les avons portées. Il a paru que nous devions heurter le moins possible les mœurs et les coutumes des habitants,et que si nous avons parfois à les contraindre pour le bien commun, ce devait être sans contact direct avec eux, par l'action exercée sur leurs chefs. Une administration générale française, agissant par l'intermédiaire d'une administration communale chinoise à peu près autonome, — voilà qu'elle est Torganisation du territoire de Quang-tchéou,

La commune, composée de plusieurs villages, a un conseil des notables, appelé Kong-hU| à qui nous avons laissé le soin de tout conduire, dans la limite du

territoire et des intérêts communaux. Le conseil assure Tordre, îl perçoit l'impôt et nous remet la part qui nous revient et qui est inférieure à ce que demandaient les mandarins chinois ; le surplus est laissé à la commune pour couvrir les dépenses d'entretien des chemins, des pagodes, les (rais des cérémonies puhliques. etc. En cas de (roubles, ou de difficulté pour arrêter des malfaiteurs, et si la police de la commune est impuissante, il y a toujours, à porlée, un poste de milice commandai par un chef français dont l'intervention peut être réclamée parle Kong-hu.

L^^ulonomie de la commune a été étendue à ce point que le conseil des notables est lui-même juj?e des délits qui s'y produisent et des contestations d'intérêt entre le^ habitants. Il jup[e correctionnellement et peut prononcer la peine de l'amende ; il juge au civil, et, en dernier ressort, dans une limite assez restreinte. Les crimes et les délits comportant la peine de l'emprisonnement, ainsi que les jugements au civil d'une certaine importance que Tune ou l'autre partie n'accepte pas, sont portés devant un tribunal supérieur, présidé par l'administrateur français de la circonscription, assisté de deux notables indigènes que leur réputation désigne à notre choix.

L'administration du territoire est confiée à un administrateur en chef, relevant directement du Gouvernement Général, et ayant près de lui un administrateur adjoint, un secrétaire et un comptable Trois administrateurs, chefs des circonscriptions en lesquelles le territoire a été divisé, sont placés sous ses ordres.

L'Administrateur en chef réside à Ouang-lch^ou, nom de la ville française fondée sur le rivage Est de la baie, en face des établissements militaires et au point choisi pour y construire le port de commerce. L'Inspecteur commandant la milice, ou garde indigène, le chef du service des Travaux publics et le receveur des Postes et Télégraphes sont également à Qiiang-tchéou..

Les administrateurs-adjoints sont en relations constantes avec les conseils de notables des communes ; ils agissent sur eux pour le bon emploi des ressources communales, l'observation de quelques règles élémentaires d'hygiène publique, la construction, la réfection et l'entretien des chemins. Ils ont, à ce point de vue, obtenu des résultats remarquables. Même en dehors des routes que nous avons construites, on trouve, à Quang-tchéou, de bons chemins suffisamment entretenus; les villages ont un aspect de propreté relative, et cela n'est pas banal en pays chinois.

Garde indigène. j] ^^^ ^^^ facile d'avoir, sur le territoire de Quan?:-tchéou, une troupe de

police annamite tirée de la garde indigène du Tonkin. La solidité et la fidélité des Tonkinois nous eût donné toute sécurité et évité bon nombre des soucis du début. Mais il a. semblé préférable, même au prix d'une protection moindre, d'embarras et de regrettables et inévitables incidents, de constituer tout de suite une garde indigène chinoise. Elle a ét'î primitivement recrutée sur les frontières du Tonkin, puis sur le territoire même de Quang-tchéou. Aujourd'hui,

le recnilement s'opère avec facilité et fournit de bons éléments. La milîoe chinoise a la meilleure apparence; elle est disciplinée et manœuvre bici. L'expérience, qui paraissait hasardée à l'origine, à eu un plein succès.

Les cadres de la garde indigène du territoire sont plus solidement constituée que ceux de la garde du Tonkin. Au lieu d'un gradé français par cinquante hommes, en moyenne, il y en aun par vingt-cinq hommes. Sauf au siège de l'administration, où la portion centrale est placée, avec le service d'instruction des recrues et la comptabilité, la jçarde indigène est répartie, sur tour le territoire, en petits postes chargés de surveiller les routes et de concourir au maintien de l'ordre dans les villages, quand les notables font appcîl à leur concours.

La règle adoptée à Quang-tchéou a été de demander aux habitants une somme d'impôts au plus égale à celle qu'ils payaient au Gouvernement chinois. On a voulu que l'impression soit, sur le territoire et dans les régions environnantes de la Chine, qu'à tous points de vue, il faisait bon vivre sous la protection de la France.

Le budget local, qui a été constitué dès le mois de janvier 1900, ne pourrait donc faire face à toutes les dépenses du territoire, à supposer même les dépenses militaires mises à part. Aussi le budget général de Tlndo-Chine en assume-t-il la plus forte partie. Il paie les fonctionnaires français, la garde indigène et supporte la charge des travaux publics de quelque importance. Le budget local n assure d'autres dépenses que celles des travaux de routes^ de bâtiments, du matériel de l'administration, de la solde du personnel indigène, et autres frais accessoires.

Le budget général de Tlndo-Chine, pour l'exercice 1902, comporte des crédits pour Quang-tchéou qui montent aux chiffres suivants: 220.000 francs environ, affectés à ladminislralion française et à la garde indigène; 100.001) francs aux travaux du port ; près de 200.000 francs à la construction d'un phare et à Tachât des appareils, à l'éclairage et au balisage des passes. Encore n'est-il pas tenu compte ainsi des frais d'étude des chemins de fer de pénétration.

Il a été indiqué, dans une autre partie de ce rapport, que des travaux d'installation du port et de la ville avaient été déjà exécutés à Quang-tchéou, et qu'un canal reliant la ville commerçante de Tche-kamà la baie avait été creusé. De bonnes roules et des bâtiments pour le logement des services y ont été également construits. A Fort Bayard, de vastes et belles casernes sont édifiées, et la garnison est parfaitement installée, maintenant.

Seuls, les établissements de la Marine ont peu progressé depuis deux ans. Mais un plan d'ensemble pour la construction d'un grand port militaire^avec arsenal, bassins et tout l'outillage des ports de la Métropole, est à Tétude et pourra bientôt être soumis à l'approbation compétente. Llndo-Chine contribuerait à cette œuvre par le dragage de la barre et l'amélioration des passes.

Finances.

Travaux publics.

ATenir de Qatuiff- Quang-tchéou serait ainsi doté d'un des grands établissements de la Marine ^*^"- nationale.

Il peut également compter sur un brillant avenir comme port de commerce. Avec les voies de pénétration projetées vers l'intérieur du Quang-tong el du Quaug-si et le bassin du Si-kiang, il doit drainer les produits de toute une immense r^ion, dans laquelle il permettra, de même, aux marchandises de Textérieur de s'importer.

L'absence de douanes à Quang-lchéou, la liberté entière laissée aux navires de commerce, qui n'ont ni taxes d'aucun genre à payer, ni formalités à remplir, doit en taire promptement un des principaux entrepôts de rExtronie-Orienl.

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