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EN EXTRÊME-ORIENT

Le représenlant de la France en Indo-Chine n'a pas seulemcnl pour mission d'organiser et de gouverner nos possessions ; il doit encore travaille!*, dans la mesure des moyens dont il dispose et que la prospérité de la Colonie rend plus puissants chaque jour, à développer Tinfluence française et les inlorêls français en Extrême-Orient.

Cette dernière tâche n'a pas été un instant perdue de vue, depuis 1897.

Le personnel; le matériel, Targenl de l'Indo-Chine ont été employés sans compter, partout où il y avait un intérêt national à servir. Aucune entreprise sérieuse, aucun agent français désireux de faire quelque chose pour le bien du pays ne s'est adressé en vain au Gouvernement Général.

Les obstacles, venus le plus souvent du côté où on devait le moins les attendre, les mauvaises volontés, les hostilités inexplicables, les rivalités qui ont fait perdre à certains hommes jusqu'à la vue même de l'intérêt français, — rien de tout cela n'a conduit au découragement et au renoncement. Tout au plus, quelquefois, la marche en a été arrêtée, un recul a pu même se produire; mais le mouvement en avant était repris le lendemain, et un peu de ténacité usait les forces contraires.

S'il y avait à faire l'hiblorique d'entreprises, dont les unes ont abouti ou sont en voie de réalisation, dont les autres demandent un recommencement des premiers efforts, on serait surpris de voir combien des oppositions incompréhensibles ont rendu laborieux et difficile ce qui était aisé et d'un profit certain pour le pays. Mais ce passé importe assez peu ; s'il est bon de ne pas l'oublier, c'est uniquemen t pour empêcher le renouvellement des mêmes fautes dans l'avenir.

L'Indo-Chine a commencé à servir la France en Extrême-Orient du jour où Inllaence mora elle n'a plus été la Colonie morcelée et pauvre, réduite à lendre périodiquement la main à la Métropole pour être aidée à su[)porter les charges sous le poids desquelles elle pliait Sa forte organisation, son essor financier et économique ont été utiles, à l'extérieur, non pas seulement par les actes qu'ils ont permis d'y accomplir, mais encore par le bon renom que la Colonie à acquis et dont l'influence française a bénéficié. Vn pay< qui a des budgets constamment en excédents, des réserves considérables dans ses caisses, un crédit propre, capable de faire envie à bien des Etals européens, qui voit en cinq ans son commerce plas que doubler et monter h un demi-millinrd,qui s'outille et exécute de grands travaux comme i! en est peu de comparables en Asie, — ce pays là acquiert vite la considération de ses voisins.

11 y a donc eu, pour Tlndo-Chine, action morale et action matérielle au profit de la France.

orifices con- Celle-ci seulement pourrait se mesurer; et encore faudraît-il, si on voulait sentis. gjj fjjjpg jj^ compte approché, ciler les faits de chaque jour pendant ces dernières

années. En gros, l'on peut dire que, depuis 1899 au moins, Tlndo-Chine a dépensé, annuellement, de un à deux millions de francs, hors de ses frontières, pour servir l'influence française. Au budget de 190^2, si Ton additionne les crédits qui ont ce seul objet et qui sont répartis entre les chapitres affectés aux établissements français en Exlrême-Orient, aux Postes et Télégraphes, aux Travaux publics, aux subventions et primes à la marine marchande, etc., on arrive à un total de plus de deux millions et demf .

Comment s'est traduit cet effort? De cent manières. C'est l'aide donnée aux résidences françaises en Extrême-Orient, légations et consulats, qui, insuffisamment dotées par la Métropole, peuvent faire meilleure figure et travail plus fructueux grâce au concours de la grande colonie française voisine, laquelle ne demande qu'à les voir s'appuyer de plus en plus sur elle. Certaines dépenses des consulats français au Siam sont régulièrement payées par le budget de l'Indo-Chine. Mais à ceux-là comme aux autres, c'est encore le personnel et le malériel qui sont mis à leur disposition, à toute demande. Chanceliers, rédacteurs, interprètes, plantons sont détachés des cadres de la Colonie dans maintes résidences; des consiruclions sont faites sur tels points, des chaloupes ou du mobilier sont fournis ici et là. Aucune forme du concours possible n'est refusée.

Depuis trois années, un sacrifice important est fait pour transmettre à nos principaux agents en Extrême-Orient la dépêche quotidienne que l'agence Havas envoie, de Paris, à l'Indo-Chine. Les ministres et consuls se plaignaient de n'avoir d'autres nouvelles télégraphiques que celles des agences étrangères et de n'en voir pas d'autres répandues autour d'eux. Les événements étaient présenlés à un point de vue qui n'était pas le point de vue français, et les tendances nous en étaient rarement favorables. Les câblogrammes Havas ont heureusement modifié la situation. Le service en est fait aux légations de Pékin, Tokyo et Bangkok; au Consulat général de Shanghai ; aux consulats de Hankéou, Canton, Pakhoi, Long-tchéou, Mongtze, Yunnan-sen. L'intérêt politique de la mesure, sur lequel il n'est pas besoin d'insister, justifie la grosse dépense qu'elle entraîne.

Dans le même ordre de faits, il y a lieu de citer les subventions multiples données aux savants pour leur permettre la publication d'ouvrages servant â propager la langue française. Toute œuvre de ce genre, signalée par nos agents au Gouvernement Général, reçoit l'aide pécuniaire qui lui est nécessaire. C'est ainsi que de fortes subventions ont récemment contribué à la publication de dictionnaires français-japonais, français-siamois, français-cantonnais (langue chinoise du Quang-tong et du Quang-si), etc.,

C*esl là un genre de propagande qu'on ne nous reprochera peut-être pas. Ecoles 6t hôplu Ceux que Tlndo-Chine emploie sont tous, d'ailleurs, légalement défendables; et quand on parle de ses tendances envahissantes, il serait utile de dire quels sont ses agents d'invasion. Les principaux, ceux qui sont employés partout, sont les professeurs, les ingénieurs et les médecins.

En Chine, au Siam et ailleurs, en tout point où on lui permet d'agir, Tlndo- Chine s'efforce de fonder, pour la population indigène, des écoles françaises, des postes médicaux et des hôpitaux français.

C'est ainsi qu'il y a des écoles françaises, créées et entretenues ou simplement subventionnées par l'Indo-Chine, à Pakhoî, iïoihow, F-ong-tchéou, Yunnan-sen, Canton et Bangkok.

Des postes médicaux français, fondés de même, existent au Yunnan, à Mongtze, Ssemao et Yunnan-sen; dans le Quang-si, à Long-tchéou; dans le Quang-tong, à Canton, Iloihow et Pakhoi; au Siam, à Bangkok, Battambang etOûbone. Des hôpitaux ont été construits ou sont en construction, à Hoihow, Canton, Montze, Yunnan-sen et Bangkok. Les dépenses de personnel et de matériel de ces postes et établissements sont payés sur les crédits du budget de l'Indo-Chîne.

Certains postes médicaux, ceux de Hoihow, Canton et Montze en particulier, voient les malades indigènes leur arriver en foule, et jouissent d'une haute réputation qui rejaillit direclemont sur le nom français. Rien, d'ailleurs, ne sert mieux notre influence dans les milieux chinois, que les institutions de ce genre. A l'aide des médecins, on y fait œuvre bonne pour l'humanité et bonne aussi pour la France. C'est double profit.

La Poste française est encore un moyen d'influence en Chine, où il n'existe Services posta* aucune administration postale régulière.

Après entente avec les consuls^ des bureaux de poste ont été successivement ouverts, par l'Office indo-chinois et à ses frais, à Hoihow, Pakhoi, Canton Montze, Yunnan-sen et Tchonjï-king. La confiance des commerçants asiatiques est vile venue à un service bien fait, donnant toute sécurité à la correspondance et aux envois de fonds. Là où cela était nécessaire, des bâtiments ont été construits. Un bel hôtel des postes français, entre autres, s'élèvera bientôt à Canton.

Le service postal de cette ville a été complété par la création d'un service de bateaux, qui relie Canton à Hong-kong, d'une part, et, d'autre part, à Ou-lchéou-fou, limite de la navigation à vapeur sur le Sikiang. Ces deux lignes, subventionnées par l'Indo-Chine, ont un intérêt commercial égal au moins à celui de la poste. Elles porteront le pavillon français dans des régions où on ne le voit que trop rarement.

Un important service français de navigalion, à la fois commercial et postal, est également créé, sur ie Yangtse, de Shanghai à Hankéou et Itchang; moyen-

nant une subvention élevée du Gouvernemenl Général de l'Indo-Chine. Quaire ou cinq grands bateaux de commerce montreront ainsi noire pavillon sur la grande artère chinoise.

Les crédiispour le service maritime postal de Bangkok à Singapoure, ont été inscrits au budget général de la Colonie, à la demande de la Légation de France au Siam, dans un intérêt commercial et politique.

C'est ce double intérêt qui a dicté également la mesure récemment prise en vue de développer la navigation sous pavillon français en Extrême-Orient, par l'octroi de primes locales.

itration en [^^ pénétration en Chine, par la voie du Tonkin, a été vigoureusement pour- °®* suivie.

Les études faites, les projets établis, pour la construction des chemins de fer qui porteront nos produits et notre inQuence dans les provinces méridionales de l'Empire, ont été exposés dans un précédent chapitre de ce rapport.

On sait aussi quelle persévérante volonté il a fallu pour arriver à construire le chemin de fer du Yunnan, et a établir, dans cette province géographiquement liée à notre Indo-Chine, l'autorité prépondérante de la France. C'est là que se sont acharnées, contre une action toujours pacifique et sans danger, les plus grandes résislances et les oppositions les moins explicables. L'entière vérité sur ce point ne sera jamais connue, et c'est fort heureux pour notre bon renom.

Le chemin de fer du Yunnan se fait; le reste se fera plus tard, mais se fera inévitablement, et c'est là l'essenliel.Le succès, en cette affaire, pour avoir été retardé, ne peut manquer, maintenant, d'être complet.

Avant d'en arriver là, des progrès ont été accomplis qui ne sont pas à dédaigner.

Les ingénieurs, les officiers, les médecins, que l'Indo-Chine a envoyés au Yunnan, avaient pour mandat exprès, en dehors de leur tâche spéciale, de s'attacher les populations et de leur faire aimer le nom de la France. Ils y ont pleinement réussi. C'est une constatation à faire el un hommage à leur rendre. Notre patriotisme leur eu sait gré.

Le commerce de transit pour le Yunnan, à travers le Tonkin, a été encouragé et aidé de toutes manières. Aussi s'est-il développé dans des conditions presqu'inespérées. Jusqu'en 1896, il n'avait pas dépassé 9 millions de francs. Par une progression continue, qu'aucun événement, aucun à-coup n'a arrêtée, ce même transit est ^arrivé, en 1901, à un total de plus de 30 millions de francs.

Les relations suivies, souvent cordiales, établies et entretenues avec les mandarins des provinces chinoises limitrophes du Tonkin, ont beaucoup aidé aux résultats obtenus. On n'a laissé échapper aucune occasion de leur être agréable ; et, récemment, quand la disette sévissait dans deux grandes provinces, le riz de l'Indo-Chine, envoyé aux mandarins par le Gouvernement Général, provoquait, de leur part, des témoignages de reconnaissance. La population, prévenue par eux, doit, elle aussi, avoir apprécié notre libéralité.

II n'est pas nécessaire de revenir ici sur les événements de Chine, sur le rôle que l'Indo-Chine y a joué et sur celui plus important, plus décisif pour la France, qu'elle était prête à y jouer si on l'avait voulu. Mais, en dehors de l'expédition du Petchili, il est d'autres points où elle a agi, le plus souvent sans qu'on y prenne garde, mais non sans que son action ait d'utiles effets. Les Français de Canton et de Shanghai, entre autres, ont eu à se féliciter d'avoir, non loin d'eux, une Colonie franç.iise difjposée à mettre à leur disposition tout ce dont ils pouvaient avoir besoin, en état de les secourir et jalouse de ne laisser ce soin à aucune force étrangère.

Ce qui fut fait alors en ce sens, l'énergie et la vigilance avec lesquelles l'escadre d'Extrême-Orient, sous les ordres de l'Amiral Pottier, veilla partout à la défense des intérêts français, onteu des résultats qui consolent debien des mécomptes. La vigueur d'autrefois et l'esprit d'entreprise se sont réveillés chez nos négociants en Chine et l'on voit aujourd'hui comme les prodromes avant-coureurs d'une renaissance du commerce national. Le spectacle réconfortant que donnent nos colonies françaises de Canton et de Shanghai est, à ce point de vue, bien caractéristique.

Tant il est vrai que tout se tient dans les affaires internationales, et qu'une nation qui a une politique active et fière à des chances pour avoir un commerce florissant.

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