T.«LP
ANNKKS
là
un
Toteau\ .,
ir,
Ifil
Le service de la ragea fonctionné d'une faïoii régulière et n'a donné qu'une moitalité très faillie de 1,01 pour cent, sensiblement égale à ce qu'elle est dans les Instituts Pasteur d'Europe. Si l'on considi^re que la plupart des malades viennent de l'intérieur, et même de l'étranger, on conviendra <|ue ce résultat est de nature h entraîner tonte satisfaction. Jusqu'à ta fin de l'année iS98, les personnes mordues, résidant au Tonkin, devaient venirà Saigon pour y suivre le Iraitenieot antirabique. Un arrêté duSS décembre 1^98 a institué, à l'Hôpital d'Hanoi, un ser. vice antirabique annexe de celni de Saigon, qui restait chargé de préparer et d'expédier périodiquement les moelles antirabiques. Ce nouveau service a lui-même fait place à nn service autonome, i-rée par arrêté du 9 décembre 1900, à la suite duquel la préparation des moelles et le traitement de la rage se font à Hanoi, pour toutes les personnes mordues au Tonkin. Ce nouveau régime permet d'éviter, aux habitants du Tonkin, les délais quelquefois considérables et si préjudiciables, qui séparaient l'époque île la morsure du début du traitement, et à fai^ réduire à zéro la mortalité à l'Institut de Saigon.
Il est •'i remarquer que les indigènes se montrent de plus en plus conlumts dans la métliode employée et qu'appréciant la sécurité qu'ils en tirent, ils viennent [réquement d'eux-mêmes réclamer le traitement après morsure.
Quant;'ih tecbnique adoptée pour le traitement, elle est celle qui est suivie à l'In.stitut Pasteur de Paris, modtQée d'après les nécessités du climat. I.e virus liie qui tue !e lapin à Paris en llTJours n'amène plus à Saigon la mort de cet animal que le 15' ou le I4« jour. Des essais poui suivis àl'inslitut de Saigon pour diminuer la durée de la rage expérimentale n'ont pas donné de résultats constants, aussi est-on obligé île ne compter qne sur une drulonce moindre qu'en Europe, et par suite de prolonger le traitement antirabique en inoculant une moelle de date plus récente. A Paris: le traitement s'arnîte à l'injection de la moelle du 3° jonr et à Saigon la dernière moelle injectée est du S" jour. Il'ailleurs il n'a rien été cliangé au pi»cédé d'atténuation suivi à l'arîs par la dessication en présence de l'air et à l'abri de la lumière.
Ce service de la rage nécessite l'inoculation de la ragu à un lapin tous les jours , malgré le petit nombre des personnes traitées : il est indispensable, en effet d'avoir constamment une série complète de moelles antirnbi.jues pour satisfaire aux besoins inopinés, et jusqu'à présent, ainsi que l'indique latable de mortalité des tabluaui: ci-dessus, les cur.sëquciices du traitement
ont été excellentes, et de nature à inspirer la plus gradde confiance à la population de toutes races de Flndo-Chine.
Serrice des sérums — I/Institut a été autorisé par arrêté du 12 décembre 1898, à créer un service des sérums thérapeutiques, c'est-à-dire que l'Institut reçoit nieiisuellement et distribue selon les besoins aux médecins qui en font la Hemande les sérums anii venimeux, antipesteux, antidiphtéritpie, antitétanique et anlislreptococcique. Pour la préparation du sérum anti venimeux, la récolte du venin de serpent se fait soit à Lille, soit à Saigon où chaque semaine une moyenne de 10 cobras sont sacrifiés dans ce but. 1^ sérum antipesteux vient de Paris ou de Nhalran^. et il en existe toujours à Saigon une provision suffisante pour faire face à toute éventualité. En 1899, il a été délivré 30i flacons de sérum, en 1900, il a en été délivré 88i et 873 en 1901. Cette simple énumération indique Timpoitance croissante que prend ce service tout récent des sérums thérapeutiques.
Travaux divers. — A côté des services du vaccin, de la rage et des sérums, que Ton pourrait appeler les services courants de l'Institut, et malgré les soins constants qu'ils réclament il est une autre catégorie de services ({o'on peut appeler services de recherches et qui comptent pour une très grande part dans la tAche fixée au personnel de l'institut. Ces travaux se divisent en deux catégories : recherches faites pour les médecins traitants ou pour les divers services de la Colonie et recherches propres à l'Institut.
Dans la première catégorie on compte 67 analyses en 1898, 144 en 1899, 155 en 1900 et 325 en 1901, conprenant les analyses de liquides, de tissus ou d'organes de malades qui sont utiles au diagnostic et qui ne peuvent être que très eflicaces pour le traitement, et les analyses d'eaux de divers points de la colonie, donnant des indications précieuses au point de vue de la santé publique. Ces analyses d'eau permettent de se rendre compte que^ à part celles de Saigon qui ont toujours paru bonnes, la majorité des eaux de la Cochinchine est maovaise, et contaminée par des matières fécales ou par des eaux de cultures.
La deuxième catégorie de travaux, c'est-à-dire les recherches propres de l*institut, généralement ignorées du grand public, comprend une liste déjà suffisamment longue pour justifier tous les sacrifices pécuniaires consentis en faveur de l'Institut.
Continuant à Saigon les recherches qu'il avait commencées dans l'inde, M. Siniond a découvert de nouvelles espèces d'hématozoaire endoglobolaires et de coccidies chez les reptiles et a décrit ces parasites (3 hemogrégarines, 1 hemaibe et 2 coccidies) dans des mémoires très intéressants parus dans les annales de l'Institut Pasteur, et les comptes-rendus de la Société de biologie. D'autre part, .M. Simond, étudiant une épidémie dans la province de Binh-dinh, a pu montrer qu'il s'agissait purement et simplement du paludisme, et a décrit quelques différences existant entre le parasite cause de cette fièvre et celui de Laveran. Ces recherches ont paru dans les annales d'hygiène et de médecine coloniales.
M. Rreaudat, chargé du laboratoire de chimie biologique a poursuivi des recherches : iosur le poison des flèches employé par les tribus Khas ; 2<> sur un poison usité au Cambodge dans un but criminel et dont l'acide arsenieux et la picrotoxine sont les principes actifs ; do sur la constitution des opiums bruts de diverses provenances employés à la manufacture de Saigon et a établi pour l'analyse de l'opium une règle qui évite la plupart des causes d'erreur et donne des indications plus précises que celles qui était jusqu'alors en usage pour les expertises officielles ; 4", sur l'origine et la formation de l'indigo dans les végétaux et sur le perfectionnement des modes de préparation industrielle de cette substance.
Enfln des recherches ont été poursuivies récemment par le Directeur actuel de l'Institut Pasteur; i^, sur le mécanisme intime de la transformation de l'opium en chandoo dans le but d'arriver à un mode scientifique et économique de préparation de cet opium. Ces recherches n'ont pas encore été poussées assez loin pour qu'il soit possible d'entrevoir une solution ; ±o sur le béribéri, dont la cause et le traitement sont encore à trouver ; le sang, le liquide ceplialorachidien et les divers organes des malades ou des décédées ont été tour à tour examinés, et
ces étades qui ont déjà donné des résultats encourageants sont poursuivies avec activité 3o sur la morve, dont l'existence en Gochinchine a été démontrée expérimentalement et la propagation combattue par la malléine ; 4», sur certaines maladies fébriles qui régnent à Saigon, et qui sont d'origine intestinale et n'ont rien de commun avec le paludisme, enfîn 5» sur la dysenterie. Celte dernière question, qui a surtout passionné l'Institut parait à la veille d'être résolue : en eiTel, dans les selles et le sang des malades ou des décédés à la suite de dysenterie, après de nombreuses tentatives infructueuses, on a vu un coccobacille particulier, donnant la dysenterie au lapin, et produisant dans certaines conditions des abcès hépatiques chez cet animal. Ce microorganisme, actuellement soumis au contrôle de l'Institut Pasteur de Puris, se retrouve dans certains échantillons d'eaux et dans les mares croupissantes après les pluies, et ne manque jamais dans les selles franchement dysentérique. Ces résultats sont de nature à éclairer l'étiologie de la dysenterie, à indiquer le moyen de se garantir de cette maladie, et d'après ce qui est déjà acquis, il est à espérer que les expériences en cours tendant à la production d'un sérum curatif antidysentérique seront prochaimement couronnées de succès.
Situation de l'Institut. — Tet est le bilan des travaux de l'Institut Pasteur depuis 1897 jusqu'à la tin de 1901. Il est permis de le considérer comme répondant à la bienveillance témoignée par l'administration à l'Institut, surtout si l'on considère les inconvénients inhérents à la situation de l'établissement. Placé depuis 1897 sous Tautorité du Lieutenant-Gouverneur de la Cochinchine, l'Institut Pasteur a affaire au Secrétariat du Gouvernement pour les questions administratives et fmancières, et, pour les questions techniques au Chef du service de Santé qui, en outre, dispose, selon les besoins, du personnel de l'Institut. D*autre part, l'Institut dépend de la Direction d'Artillerie pour les travaux, réparations et installations de l'outillage et des bâtiments. De cette multiplicité d'obligations résultait pour le personnel une situation mal définie, et très préjudiciable à la suite et aux progrès des travaux effectués dans les laboratoires.
Un récent arrêté, du U novembre 1901, apporte un remède efficace à cette situation: 11 place sous l'autorité unique et directe du Gouverneur Général, tout le personnel de l'Institut qui est mis hors cadres, s'il fait partie du corps de Santé des colonies, et augmente éventuellement le cadre de deux unités : un médecin et un ingénieur agronome.
Cette nouvelle organisation implique le déplacement de l'Institut. Situé actuellement dans l'enceinte de l'hôpital où il gène le service hospitalier, et ou il ne peut se développer suffisamment, l'Institut sera reconstruit dans un terrain situé à proximité de l'hôpital où se trouve la source de ses matériaux d'éiudes. Nul doute que lors de l'achèvement de ce nouvel Institut, le personnel étant assuré d'une stabilité plus complète, et les rouages administratifs étant moins comphqués, les résultats qui suivront ne soient une sourcede profits considérables dans la lutte contre les maladies endémiques de Tlndo-Chine, et ne justifient ainsi les expériences qu'avaient fait naître son fondateur*, M. Calmette, lors des ses premières découvertes (sérum antivenimeux et amylomyces) faites à Saigon. Nul doute enfin que par son assiduité au travail, par son esprit scientifique et désintéressé, l'Institut de Saigon ne mérite le nom d'Institut Pasteur qui vient de lui être donné en remplacement de celui d'Institut bactériologique et vaccinogène qu'il avait porté depuis sa création.
Saigon, le 26 décembre 1901.
Lt Directeur de l'InêtUui Patteur de Saigon : Dr METIN
NOTE
SUR
L'ORGANISATION ET LE FONCTIONNEMENT
DU