en semis
La culture du thé à Tusage des Asiatiques se développe également.
On signale, en particulier, les cultures de thé entreprises dans k province de Hung-hoa, au Tonkin, par un ancien chef rebelle, le De-kieu, devenu un riche planteur. On évalue à 40.000 piastres par an les thés vendus sur les marchés de cette seule province.
Le café est cultivé un peu dans toutes les parties de Tlndo-Chine. Mais sa culture, commencée sur certains points depuis dix années, n'a pas donné les mêmes résultats probants que celle du thé.
On évalue à environ 1 .200.000 le nombre des pieds de caféiers existant en Indo-Chine. Dans ce total, le Tonkin intervient pour 800.000, la Cochinchine pour 300.000, FAnnam et le Cambodge, chacun, pour une centaine de mille.
Le nombre des pieds de caféiers dont un hectare de lerre peut être complanté est de mille environ. Ce qui fait une superficie de 1 .200 hectares affeclée, en Indo-Chine, aux cultures de café.
La production du sucre de canne va se développant rapidement, dans toutes les parties de la Colonie. Le sucre, à l'état brut, est exporté, soit sur la France, soit sur Hongkong. L'importance de la culture de la canne à sucre sera prochainement assez grande pour porter à l'Indo-Chine un nouvel élément de richesse. Peut-être conviendra-t-il alors d'examiner si on ne pourrait pas mieux faire que d'alimenter les fabriques anglaises de Hongkong, et s'il ne serait pas possible d'envoyer directement de l'Indo-Chine, dans les ports d'Extrême- Orient, le sucre prêt à être consommé.
inisation agri- Si de la question agricole générale^ on passe à la question particulière de la ^ ®* colonisation française, on voit que, là encore, des progrès considérables ont
été accomplis en Indo-Chine depuis cinq ans.
Dans un pays comme celui-ci, au dur climat, à la population travailleuse et dense, la colonisation française ne peut s'établir que dans des conditions particulières. Ce n'est pas le nombre, mais la qualité des colons qui importe. Les Français, qui viennent créer des exploitations agricoles en Indo-Chine, ne sont utiles que s'ils ont à la fois de l'intelligence, de l'instruction et des capitaux. Ils ne peuvent pas travailler de leurs bras; il leur faut la main d'œuvre indigène
salariée, dirigée, instruite par eux. Avant tout, ils doivent se procurer la terre, en Tachetant si, ayant des propriétaires, elle est déjà défrichée et cultivée; en la mettant en valeur, si c*est une terre sans maître, partant inculte, qui leur est donnée en concession. Le dernier moyen de devenir possesseur d'un domaine n'est pas moins coûteux que le premier; mais il est souvent le seul qui puisse être employé, les indigènes ne vendant pas aisément leurs terres, et cela est, d'ailleurs, fort heureux. La simple substitution de possesseurs européens aux possesseurs indigènes de la terre serait sans intérêt, mais non pas sans danger. Mieux vaut, pour la France, gouverner une population de cultivateurs propriétaires, dont le bien-être s'accroit avec la richesse du pays, qu'un prolétariat agricole, forcément pauvre, mécontent et turbulent.
La colonisation française, apportant son intelligence et ses capitaux, peut contribuer puissamment à la richesse de Tlndo-Chine. En appelant, sur des terres vierges ou depuis longtemps délaissées, des travailleurs qu'ils rémunèrent à l'aide des fonds venus d'Europe, les colons font passer de leurs mains dans la terre e capital qui leur appartient; ils donnent une valeur certaine à des terraîub qu n'en possédaient à peu près aucune. C'est la production annuelle, et, par suite, les revenus de la Colonie et ses facultés d'achat à l'extérieur qui s'accroissent du même coup.
Déplus, le colon, par ses connaissances et son initiative, peut se livrer à des cultures nouvelles, plus utiles, plus riches parfois que les cultures habituelles, et dont les produits sont plus faciles à exporter. Il fait, dans son intérêt personnel, mais, volontairement ou non, dans l'intérêt public aussi, des écoles dont profite autour de lui tout le monde, les indigènes comme les Français, accessibles les uns et les autres, sinon toujours aux savantes théories, du moins aux démonstrations pratiques, aux résultats tangibles.
Le Gouvernement colonial a donc de multiples raisons d'aider au développement delà colonisation française. Mais, dans les conditions où celle-ci peut être utilement entreprise, l'action ofTicielle est assez limitée. En dehors du rôle général de protecteur de toutes les personnes et de tous les intérêts, d'informateur et de vulgarisateur, le Gouvernement doit s'occuper des colons pour leur faciliter l'acquisition des terres el l'emploi de la main d'oeuvre indigène.
Des mesures ont été prises, dans ce but, qui ont donné de bons résultats.
Au Cambodge et en Annam, le droit de propriété à été reconnu aux Français, en 1897, par des ordonnances royales, prises sur l'initiative du Gouvernement Général. La colonisation a eu, depuis lors^ en Annam surtout, un essor presque inespéré. Le nombre et l'importance des entreprises faites dans ce pays est déjà important: ce sont peut-être les plus belles et les plus intéressantes de l'Indo- Chine. Les noms de MM. Lombard, De Montfort, baron Pérignon, etc. sont connus de tous. Les capitaux engagés par eux, les efforts intelligents qu'ils ont faits sont considérables; les résultats obtenus font honneur à la colonisation française.
Pour toute l*Indo-Chîne, il a été possible, en 1 899, de définir et de réglementer le Domaine, les conditions de son aliénation, et, par suite, de déterminer les terrains susceptibles d'être affectés à la colonisation agricole.
Des arrêtés, successivement pris, après de longues et minutieuses études, ont donné une réglementation pirliculière des contrats de main d'œuvre, entre Européens et Asiatiques, s'efforçant de concilier les intérêts des colons et la Ul)erté des travailleurs. C'est là une matière fort délicate, et on ne peut jamais se flatter d'être arrivé à une législation pleinement satisfaisante et définitive. Du moins, celle qui a été adoptée peut-elle êlra considérée comme constituant un progrès provisoire et une expérience qui permettra de faire mieux un jour.
Le progrès de la colonisation agricole en Indo-Chine ne peut pas se mesurer loul entier par des chiffres. 11 réside dans la qualité des nouveaux colons venus s'y établir et dans les moyens d'action dont ils disposent, plutôt que dan> leur nombre. Les jeunes gens instruits et pourvus de capitaux qui se sont faits colons, en Annam et au Tonkin particulièrement, dans cesderuières années, ne sont pas rares, et c'est le meilleur élément que la Colonie puisse recevoir.
Quant au progrès territorial de la colonisation, on en a une idée par le résumé suivant de la statistique, publiée par la Direction de l'Agriculture et du Commerce, qu'on trouvera complète dans la note annexée h ce rapport :
Le nombre des exploitations rurales des Européens, en Indo-Chine, était, en fin de Tannée 1896, de 3^23, comprenant une superficie de 80.861 hectares; il est, à la fin de 1901, de 71 7, comprenant une superficie de 357.4-81 hectares.
Soit, en cinq ans, une augmentation de plus du double, dans le nombre des exploitations, et de plus du quadruple, dans leur superficie.
idos- i/un des olyets de la colonisation agricole doit être de fournir à la France les matières premières dont son industrie a besoin. On a vu plus haut que l'Administration, tout au moins, et avec ou sans les colons, se préoccupait de faire produire ces matières premières; telles, par exemple, la soie et le coton. IMais on peut se demander si ces matières ne pourraient pas être utilement manufacturées surplace, avec les avantages que comporte une main d'œuvre parfois habile et toujours à bon marché.
C'est la question de la colonisation industrielle, ou, plus exactement, de l'importation des industries européennes dans la Colonie, qui se pose de la sorte. Elle est grave et très controversée.
Si le profit de la Colonie à l'établissement d'industries sur son sol n'est pas douteux, encore faut-il mettre, en regard de son intérêt, celui des producteurs métropolitains. Ceux-ci demandent qu'on ne leur crée pas, dans des pays acquis par la France, souvent à grands frais, des concurrences insoutenables et désastreuses.
H est de fait que tel n'est pas le rôle des colonies et l'objet qu'on a eu en vue
dans leur «icquisilion. Aussi, si Tinstallation d'industries doit y être encouragée, c'est dans la limile où elles ne peuvent nuire aux industries métropolitaines. Celles-ci doivent êlre complétées et non pas ruinées par celles-là. En d'autres termes, l'industrie coloniale est à créer pour faire ce que Tinduslrie française ne peut pas faire, pour envoyer ses produits là où les produits métropolitains ne peuvent pas aller.
Les colonies sont pour la France, à tous les points de vue et même en matière industrielle, des bases d'opération qui lui permeltenl d'étendre au loin son action dans le monde.
Si l'on constate, par exemple, que l'industrie delà métallurgie métropolilaine ne peut fournir et ne fournit pas, en fait, la moindre partie du fer que l'Extrême- Orient demande en quantités considérables et croissantes, s'il y a en Indo-Chine, tous les éléments d'une production métallurgi(iue à bon marché, on doit inciter et encourager les industriels français à créer des établissements en Indo-Chine, qui joue bien, pour eux, dans ce cas, le rôle de base d'action nouvelle. Un établissement métallurgique, fondé sur terrre française, avec des capitaux, des ingénieurs, des contre-maîtres français, pour substituer, en partie au moins, ses rails, ses fers de construction, ses machines, aux produits similaires des usines étrangères, donnerait à la France des bénéfices indéniables.
L'exemple donné, pour le fer, s'applique aux ciments, aux filés de coton, à cent autres produits que l'industrie nationale ne peut exporter en Asie. C'est dans cette voie que la colonisation industrielle doit être engagée.
Elle n'a pas pris encore, en indo-Chine, une importance bien grande.
Pourtant, des établissements, dont la création ou la prospérité est récente, peuvent être cités. Les charbonnages de Uongay (Tonkin) sont, depuis quelque temps, en pleine réussite. Leur production de charbon et de briquettes augmente d'année en année et a déjà atteint 300.000 tonnes. Les bénéfices de la compagnie sont sérieux et doivent être bientôt considérables.
Une filature de coton, créée antérieurement à Hanoi et dont les affaires avaient périclité, a été rouverte, il y a deux ans, et répand au Tonkin ses produits! Une autre importante filature de coton, tout entière française, par ses capitaux et par son personnel, a été ouverte en 4899, à Haiphong. Une troisième est en construction à Nam-dinh. Ces établissements industriels sont bien dans les conditions indiquées plus haut: ils ne font en rien concurrence à l'industrie métropolitaine, qui, non seulement ne fournit pas de filés de coton en Extrême-Orient, mais malgré les droits de douane, n'en fait pas entrer la moindre quantité en Indo-Chine.
A signaler également une fabrique de chaux hydraulique et de ciment qui vient de commencer sa fabrication, à Ilaiphong. Ses produits semblent devoir être de première qualité et sont appelés à faire une heureuse concurrence aux produits peu appréciés de la plupart des usines similaires de l'Asie. . L'industrie de la décortiquerie du riz, nécessaire entre toutes à l'Indo-Cbine^
quî exîsle déjà et prospère à Gholon (Gochînchine), est sur le poînt de s'ëtablîr au Tonkin.
On aurait quelque peine à énumérer les établissements insdustriels actuellement étudiés et projetés. Tout en tenant compte de la grande distance qu'il y a entre les projets et leur réalisation, on peut compter sur un essor très prochain de la colonisation industrielle en Indo-Chine. Le moment lui est, d'ailleurs, particulièrement propice : la mise en service des chemins de fer dont la construction s'achève lui apportera des conditions toutes nouvelles de succès.
RepréseDUtion des L^g intérêts particuliers de la colonisation en Indo-Chine sont représentés
par des organes spéciaux, Chambres d'Agriculture et Chambres de Commerce, et par des délégués dans les conseils du Gouvernement Général et des administrations locales.
Au cours de l'année 4897, en vue d'organiser rationnellement et complètement cette représentation, il a été successivement institué, en Cochinchine, une Chambre d'Agriculture; dans chacun des Protectorats de l'Annametdu Cambodge, une Chambre mixte d'Agriculture et de Commerce. Plus tard, la Chambre d'Agriculture du Tonkin, antérieurement créée, a été réorganisée dans les mêmes conditions que la Chambre d'Agriculture de Cochinchine et fondée, comme elle, sur le suffrage de tous les colons agriculteurs. Les Chambres de Commerce de Saigon, Hanoi et Haiphong, également préexistantes, furent réorganisées et leurs attributions notablement étendues, au mois de novembre de Tannée dernière.
Dans l'organisation gouvernementale nouvelle de l'Indo-Chine, qui date de 1898, les Chambres d'Agriculture et de Commerce jouent un rôle important. Dans une colonie de domination, d'exploitation au meilleur sens du mot, comme Test Tlndo-Chine, le suffrage universel ne saurait exister. La France y gouverne dans l'intérêt général, à son profit et au profit des nombreuses populations dont elle a charge, mais non dans l'intérêt particulier de quelques-uns. Les colons français qui viennent, en petit nombre relativement aux indigènes, dans nos possessions indo-chinoises, ne peuvent prétendre à les gouvçrner. Ils ont droit à la protection de l'autorité publique, à des institutions capables de défendre leurs intérêts collectifs ; ils peuvent aussi légitimement réclamer une place dans les conseils du gouvernement ; mais rien de plus ne parait désirable et utile.
C'est dans cette vue que les Chambres de Commerce et d'Agriculture ont été appelées à envoyer des délégués élus dans les conseils locaux, placés à côté des Résidents supérieurs et du Lieutenant- Gouverneur, et que leurs présidents ont été nommés membres de droit du Conseil supérieur de Tlndo-Chine, organe important du Gouvernement Général.
Tous les colons, planteurs, industriels et commerçants, sont ainsi représentés et ont la possibilité de se faire entendre et de peser, dans une mesure légitime, sur les décisions des administrations et du Gouvernement de la Colonie.