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DÉFENSE DE L'INDOCHINE

Pendant que IMndo-Chine s'organisait, que des routes, des chemins de fer, des canaux, des ports étaient mis en «construction, qu'elle se développait économiquement dans les conditions exceptionnellement heureuses qui viennent d'être exposées, un égal eiïort était Tait pour assurer sa défense et accroître ses forces militaires.

Dans celte voie, de notables progrès ont été accomplis, au cours des cinq dernières années, grâce au concours dévoué, à la collaboration active que le Gouvernement Général a trouvé dans les Commandants en chef, les généraux Bichot, Borgnis-Desbordes et Dodds, les amiraux de Beau mont et Pottier, et les officiers placés sous leurs ordres. Des ouvrages défensifs, permettant à la flotte de s'abriter, de se ravitailler, d'agir au loin nppuyée sur une base d'opération solide, ont été construits, améliorés et complétés, de 1897 à 1901. Les troupes d'occupation de rindo-Chine ont été renforcées ; désunîtes nouvelles et des corps nouveaux ont été formés ; une armée a été constituée ainsi, avec ses principaux organes, et mise en étal d'assurer la défense du pays et d'agir au dehors s'il était nécessaire.

Jusqu'en 1897, les troupes de l'Indo-Chine, presque tout entières concentrées au Tonkiu et en Annam, étaient occupées à réprimer la piraterie, à maintenir la paix et l'ordre dans nus possessions. Il parut^ au début de cette année, que la pacification était suffisante déjà pour renoncer aux opérations militaires, aux lourdes colonnes, souvent plus à craindre pour les populations pacifiques, qui avaient à assurer leur marche et leur ravitaillement, que pour les pirates ou les rebelles qu'on voulait frapper et dont l'extrême mobilité rendait le contact même des plus difficiles. Des opérations de police activement menées, suivant un plan concerté et suivi par les autorités administratives, aussi bien des provinces civiles que des territoires militaires, furent jugées suffisantes pour eu terminer avec la piraterie et la rébellion.

L'armée devenait ainsi libre de sa consacrer à sa lâche normale^ de porter tout son effort sur la préparation à la défense de la Colonie contre un agresseur étranger. Ce n'était plus vers l'intérieur qu'il fallait tourner ses forces, mais vers la mer et les points vulnérables des frontières de terre. Toutes les préoccupations, toute l'action militaire ont été, depuis lors, dirigées de ce côté.

Iel897. Au mois d'avril 1897, la situation politique du pays bien connue et le programme de son développement économique fixé dans ses grandes lignes, le Conseil de défense de l'Indo-Chine était appelé à se réunir pour délibérer sur la situation militaire et arrêter un plan d'organisation et de défense. C'est ce qui fut fait dans la séance du 3 mai ; et c'est le plan, sorti ce jour-là des dèlibé-

rations du Conseil, qui a pu être complété depuis sur divers points, mais dont Tensemble a élé maintenu et dont rexécution a été poursuivie, jusqu'à ce jour, avec vigueur et esprit de suite. Le haut commandement, les généraux de brigade, commandants de rartillerie et directeurs des travaux ont changé souvent depuis 1897; les crédits de la Métropole sont arrivés bien des fois fort en ictard ou ne sont pas arrivés du tout : le plan de défense n*en a pas moins été exécuté sans changements, sans à-coups, sans ralentissement même.

Le programme de défense adopté est basé sur rétablissement de deux points d'appui de la flotte: un point d'appui complet au Sud, comprenant la forteresse du Cap S^-Jacques, la rivière et les élablissemenls de la Marine de Saigon;' un point d'appui secondaire, au Nord, dans la baie d'Along, au port de Hongciy. L'avis du Conseil de défense fut que les travaux de construction du point d'appu^ principal devaient être exécutés d'urgence et avant tous autres.

Les travaux de fortification du Cap SWacques avaient été décidés six ou sept Points d'appui de ans plus tôt, et la construction de quatre grosses batteries de côte était prévue flotte,

et depuis longtemps commencée. Mais les travaux étaient menés avec une telle lenteur qu'au début de 1897, une seule batterie était achevée; encore lui manquait-il ses appareils de ravitaillement, ses approvisionnements en munitions. De plus ses affûts défectueux étaient à changer, et sa position, adossée à la montagne et sans protection, la rendait intenable sous le feu nourri des navires voulant forcer la passe.

Les travaux du Cap SMacques furent poussés, dès ce moment, avec une grande activité. La main-d'œuvre pénale et des crédits empruntés aux ressources locales furent mis à la disposition de la Direction d'Artillerie de Saigon, où commandait un officier de haute valeur, le Colonel Teillard d'Eyrie. La brigade de Cochinchine avait, à ce moment, pour chef, le Général Archinard. L'intelligente bonne volonté et l'ardeur patriotique de tous furent telles que, moins de dix-huit mois plus tard, quand la France sembla sur le point d'avoir à soutenir une guerre, sept batteries de position étaient construites et armées, et l'entrée de la rivière de Saigon désormais interdite à une flotte ennemie.

Notre point d'appui, si incomplet qu'il fut alors, était créé ; l'escadre française d'Extrême-Orient avait un refuge contre les atteintes d un ennemi supérieur en forces; elle était en état d'agir et de combattre aux heures propices.

Parallèlement aux travaux du Cap S^-Jacques, ceux du pori de Hongay étaient entrepris. La construction des batteries commençait et un dépôt de charbon pour la marine était établi dans la rade intérieure.

Au commencement de l'année 1899, le Général Borgnis-Desbordes, nouvellement nommé Commandant en chef des troupes de l'Indo-Chine, et le général Delambre, de l'arme du Génie, envoyés en mission, firent en commun l'étude complète de la mise en état de défense de la Colonie.

Le Conseil de défense, réuni dès que ce travail fut achevé, eût à prendre de

nouvelles décisions. L'opinion avait, en effet, prévalu, au Ministère de la Marine, de faire de Hongay, non pas seulement le point d'appui secondaire proposé, en Indo-Chine, deux ans plus tôt, mais un point d'appui de premier ordre, égal à celui de Saigon-Cap S^-Jacques. L'avis du Conseil fut de maintenir sans changement, conformément aux conclusions des généraux Desbordes et Delambre, le plan de 1897, et de s'en tenir, pour Hongay, à l'établissement d'un point d'appui de second ordre, simple dépôt de charbon protégé par des batteries et une défense mobile, où, en cas de guerre, des bateaux français pourraient se réfugier et se ravitailler.

Les batteries construites ou projetées au Cap SWacques reçurent l'approbation des deux généraux, qui proposèrent des adjonctions et des compléments de défense du front de mer rendant le passage, pour une escadre ennemie, plus dangereux encore et le blocus de la baie et de la rivière à peu près impossible. Un programme d'organisation de la défense du côté de terre fut également arrêté. Ces travaux complémentaires, adoptés par le Conseil, ont été exécutés depuis, en même temps que se construisaient les importants casernements de la garnison. Les défenses du Cap SWacques seraient à peu près achevées, si le matériel, réclamé depuis longtemps en France, ne faisait pas toujours défaut.

Dans la réunion du Conseil de défense de 1899, dont il vient d'être parlé, la question suivante fut pose'e et résolue :

Puisque la Marine jugeait utile d'avoir, au nord de nos possessions, un second point d'appui, équivalent, comme force et comme moyens de ravitaillement et de réparations, au point d'appui de Saigon-Cap SWacques, et puisque Hongay ne pouvait pas jouer ce rôle, il y avait lieu de se demander si la baie de Quangtchéou, nouvellement acquise par la France, n'était pas propre à recevoir l'établissement projeté.

La discussion qui eut lieu, basée sur les études précédemment faites par l'Amiral de Beaumont, le Général Borgnis-Desbordes et le Général Delambre, avec le concours du Directeur des Travaux Publics de l'Indo-Chine, fut absolument concluante en faveur de Quang-tchéou. La baie pouvait être rendue accessible, tous les jours et à toute heure, aux grands navires; elle était facile à défendre et à aménager pour des établissements maritimes importants. Sa position dans la mer de Chine fournissait, en outre, une raison déterminante : c'était je second point d'appui de la flotte qu'il fallait à la France.

Depuis plus de deux années que cet avis du Conseil de défense a été émis, il a rallié à peu près tout le monde. Le point d'appui de Quang-tchéou sera certainement constitué. Les études piéliminaires sont faites; il importe maintenant de passer sans retard à l'exécution du projet.

En même temps que les éludes et les travaux de fortification destinés à garantir rindo-Chine contre des forces maritimes ennemies étaient exécutés,

Ta rmëe était réorgarrisée el renlbrcée. Les garnisons, disséminées dans les territoires militaires du Tonkin, étaient réduites; elles étaient groupées pour faciliter leur instruction et leur mobilisation éventuelle. La brigade de Cochinchine recevait de nouvelles unités d'infanterie et d'artillerie.

A l'ancien programme, qui consistait à réduire autant que possible les effectifs des trotipes de Tlndo-Chine pour réduire les dépenses de la Métropole, en était substitué un nouveau qui pouvîiit être appliqué dès 1898 : la diminution des charges du budget métropolitain était bien poursuivie, el avec plus de vigueur et de résultats que par le passé, mais ce n'était plus au prix d'une diminution des forces militaires. Celles-ci étaient, au contraire, augmentées, et les

ressources locales venaient combler la différence.

Par cette méthode, qui donnait pleine satisfaction à la Métropole, en même temps qu'elle permettait à la Colonie des initiatives et des décisions qui lui étaient interdites autrefois, les progrès purent être rapidement obtenus. Il serait trop long d'en fournir ici le détail, et la simple énumération des principales créations faites doit suffire.

Des décisions locales constituèrent des corps de tirailleurs cambodgiens et de tirailleurs chinois.

L'artillerie fut de même réorganisée; des batteries mixtes, comfiosées par moitié, .^ur le pied de paix^ d'artilleurs européens et d'indigènes, furent formées, en 1899. Elles permirent de porter les forces d'artillerie de l'Indo-Chine, de neuf à quatorze batteries. L'emploi qu'on a fait de ces unités, dans les opérations du Petchili, a permis de juger de leur valeur et de montrer l'excellence de la réforme.

La même année, un arrêté, pris en Conseil supérieur de l'Indo-Chine, institua et organisa les réserves militaires, qui donneraient, en cas de guerre, un surcroît de forces appréciable.

Depuis, ont été successivement créés: un escadron de cavalerie indigène, avec des officiers et des sous-officiers français, qui est l'embryon du corps de cavalerie indo-chinoise dont la formation est nécessaire; puis, un peloton de cavaliers de remonte et une compagnie du train des équipages.

Les troupes de l'Indo-Chine sont ainsi, peu à peu, constituées en véritable armée, ayant toute la force et la mobilité désirables.

On a bien vu, au moment où ont éclaté, en 4900, les événements de Chine, Evénements c quelle utilité il y avait pour la France à trouver, dans nos possessions, une Chine,

armée suffisament forte et pourvue de tous ses moyens d'action.

Malgré les attaques qui pouvaient se produire, d'un moment à l'autre, sur les frontières communes du Tonkin et de la Chine méridionale, venant des provinces troublées du Quang-si et du Quang-tong, le Gouvernement Général a pu off'rir à la Métropole, dès les premiers incidents, l'envoi de troupes dans le Nord. De fait, il est parti successivement de l'Indo-Chine, tant pour le Petchili

que pour Shanghaï, cinq bataillons d'infanterie française et quatre batteries d'Artillerie. Des bataillons de tirailleurs indigènes avaient également été offerts et ont été, pendant un temps, lenus mobilisés. On peut regretter qu'ils n'aient pas été employés au Petchili, où ils auraient rendu les pUis grands services dans les opérations des mois de juillet et août.

 cette époque, et en plus des troupes expédiées dans le nord de la Chine, des corps d'infanterie et d'arlillerie furent tenus constamment prêts, en vue des éventualités qu'il fallait prévoir et qui pouvaient nous obliger k agir du côté du Yunnan ou sur les côtes du Quang-tong. Le Gouvernement mélropolitain savait qu'il n'avait qu'un ordre à donner pour les mettre aussitôt en marche.

L'Indo-Chine a montré, dans ces cîrconslances, qu'elle était préparée à jouer le rôle, qui lui appartient, de sentinelle avancée de la France vers l'Orient.

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