I-'i-ance . • f
Pays-Bas » 42-90
Belgique » 27-40
. » On voit combien cette comparaison est favorable pour » la Belgique, même par rapport à la Hollande, qui travaille » comme nous pour s'enrichir et ne dissipe pas ses res- » sources dans des entreprises militaires. Encore doit-il être » rappelé que, pendant quelques-unes des années sur » lesquelles s'établit la comparaison, des sommes impor- » tantes, prises sur notre budget ordinaire, ont été atfec- )) tées à des dépenses extraordinaires, et notamment à )) l'exécution de travaux d'utilité publique qui, en créant » de nouvelles valeurs, ont eu pour conséquences natu- » relies d'alléger les charges publiques.
» Un autre tableau de cette statistique officielle établit » que le rapport du budget de la guerre au montant du » budget des voies et moyens est de 32-0.2 p. c. pour n l'année 1840. Cette proportion n'est que de 22-09 p. c. » pour 1805 et de 21-07 p. c. pour 1869; elle varie entre » 17-01 et 21-01 pour les années 1871 à 1875. »
U Etoile belge a, sans doute, tiré de ces faits indéniables la conclusion que la nation belge peut et doit s'imposer les sacrifices qui ont été jugés nécessaires par la commission mixte de 1871 pour assurer la défense du territoire. Il n'en est rien : se faisant l'organe d'une fraction importante du corps électoral et de la Chambre, elle soutient cette thèse évidemment fausse, que la Belgique doit, en vertu de sa neutralité, faire moins de dépenses mihtaires que les autres Etats, et qu'il ne lui reste plus, pour être en règle, qu'à organiser la réserve nationale.
« 11 est juste de faire remarquer, dit-elle, que la Belgi- » que étant couverte du boucher de la neutrahté ne doit )> pas fiiro autant do dépenses militaires que les Etats
» belliqueux, et que de sa situation privilégiée à ce point
» de vue, il découle naturellement pour elle une notable
)) disproportion en ce qui concerne la quotité de l'impôt.
» Mais c'est précisément afin que nous soyons toujours en
» état de maintenir cette situation si privilégiée que les
» hommes d'Etat des deux partis ont reconnu depuis une
)) dizaine d'années la nécessité de compléter notre appareil
)i défensif et d'organiser la réserve nationale. »
Réserve nationale.
Comment sera constituée cette réserve? U Etoile disait, en 1876, « que les chefs du parti hbéral entendent la prendre j) exclusivement dans les rangs de la garde civique. »
Les discours prononcés lors des fêtes du Cinquantenaire par MM. les Ministres de l'Intérieur et de l'Instruction pubhque tendent à faire croire qu'il en sera ainsi.
Or deux anciens chefs de la milice citoyenne, le général Renard et le colonel ManiHus, ont soutenu l'un et l'autre que l'on ne peut pas trouver dans la garde civique une force propre à tenir la campagne ou à défendre les forteresses.
Le premier s'exprima comme suit, à la Chambre des représentants, dans la séance du 18 mars 1853 :
« La garde civique, sans cadres permanents et suffi- » sants, n'est qu'une illusion. Les cadres sont nommés par » les gardes; sous le rapport militaire, c'est inadmis- )) sible. ))
Dans la séance du 28 novembre 1878, ce même général, alors ministre de la guerre, disait :
« J'ai vu la garde civique de très près; elle est animée n des sentiments les plus patriotiques ; mais elle sait fort » bien qu'avec sa constitution présente il lui serait impos- » sible de servi?' efficacement de réserve à formée. »
En mai 1853, M. Manilius, représentant et colonel de la garde civique de Gand, avait déclaré à la Chambre que la g-arde civique a ne pourrait venir en aide ni à l'armée » active, ni à l'autre partie de l'armée qui doit occuper » les forteresses.
Cette opinion se trouve également exprimée dans plusieurs écrits émanant d'officiers de la garde civique.
La plupart avouent que la milice citoyenne est une force politique (1) et que, dans les grandes villes, elle est
(1) EnlSTG, M. Bcrgé, représentant de Bruxelles, a très franchement reconnu que la garde civique représente le libéralisme^ ou, en d'autres termes, qu'elle est la politique armée.
L'Echo du Parlement lui assigne également ce caractère, et il compte sur elle pour faire triompher ses amis politiques. {Voir le numéro du il février 1874.) Ce môme journal, à propos des élections qui eurent lieu en 1873, s'exprima comme suit :
« Les élections de la garde civique ont causé, dimanche, à Anvers, une vive » agitation. La victoire est restée aux libéraux, car ces élections se faisaient n sur le terrain politique. »
L'Etoile belfje avait annoncé, la veille, « que les murs de la ville étaient cou- )) verts d'affiches et de caricatures contre M. David, cununandant de la garde » civique d'Anvers. »
Le 2G janvier do la même année, il y eut à Liège un meetinrj pour la réorrjatiisalion de la garde civique.
Les discours qui furent prononcés à cette occasion prouvent clairement 'que, dans l'opinion de ses chefs, la garde civique est une force communale i)lutôt que nationale, et qu'il importe de lui conserver ce caiactère. En effet, M. d'Andrirnont, ancien bourgmestre de Liège et membre de la Chambre, s'est exprimé dans les termes suivants :
« La garde civique a notre confiance et nos sympatliies, parce que, tant » qu'elle sera maintenue, nos franchises commu)iales ne courront aucun dan- » (jer. »
Le colonel David, commandant do la garde civi<[ue d'Anvers, s'est prononcé dans le même sens :
« Il no s'agit pas, rlit-il, de tran-^former la garde civitjue en une espèce de » landwehr prussienne, uniquement destinée à la défense du pays. Nous avons » d'autres devoirs à remplir ; nous avons à défendre, à l'intérieur, le précieux >' héritage de nos libertés communales. »
Cette pensée de défiance envers le Gouvernement se manifeste également dans le discours que prononça M. Anspacii, bourgmestre de Bruxelles, à l'occasion de la prestation du serment des officiers de lu garde civi(|uc de la capitale, en 18713,
essentiellement libérale. Les élections des officiers s'y font en tenant compte des opinions des candidats, et c'est ainsi que dans plusieurs communes les catholiques ont été complètement éliminés des cadres.
En 1880, le Ministre de l'Intérieur disait que la garde civique est surtout utile comme élément pacifique et démocratique.
Il n'a pas fallu longtemps pour reconnaître qu'une troupe ayant ce caractère ne peut constituer une force militaire réelle. Lorsque, en 1832, le Gouvernement eut à créer une armée de réserve de 50,000 hommes, la Législature repoussa l'idée de composer cette armée d'éléments pris dans la garde civique. Elle ne demanda à celle-ci que 20,000 hommes (qui restèrent dans leurs foyers) et elle appela sous les armes 30,000 hommes restés disponibles sur les classes de 1826 à 1831 (l).l
Cependant, comme le dit V Etoile belge, on espère toujours, dans le camp hbéral, que la réserve nationale sera prise dans la garde civique (2).
(1) En 4839, l'armée active comprenait G3 bataillons et l'armée do réserve 25 bataillons. L'effectif de la première était de 87,000 hommes et celle de la seconde de 23,000 hommes. Les 9 régiments de réserve furent supprimés en 1841 et l'on créa alors 1 bataillon de réserve (sans troupes) par régiment actif; après 1853 il y eut deux cadres de bataillons de réserve par régiment (32 en tout). Aujourd'hui nous avons 20 bataillons inaclifs, qui puisent leur elfectif dans les 9" et 10' classes de milice.
(2) Il n'en est pas moins vrai que beaucoup de libéraux reconnaissent l'insuffisance de la garde civique comme force militaire.
M. Pirmez disait en 1876 :
« Notre garde civique peut, à certains points de vue, être excellente ; je la » crois excellente en tant qu'il s'agisse du maintien de l'ordre intérieur, mais je » ne la crois pas le moins du monde en état de 'prêter un concours utile à » l'armée en cas d'événements militaires. »
Une expérience faite il y a dix ans confirme cette appréciation.
Le 14 juillet 1870 (veille du jour de la mobilisation), le général Guillaume s'adressa par écrit au ministre de l'intérieur, pour le prier, l'armée n'ayant pas de réserve, de prendre des mesures à reffet de mobiliser, au premier
Le cabinet catholique de 1873 paraît avoir eu la même intention, car il est dit dans l'exposé des motifs de son projet de loi, modifiant l'organisation de l'armée, qu'il faut compter, pour la défense des places, sur le concours de la garde civique. Or, dans la même session, le chef du cabinet, j\I. Malou, déclara qu'il était hostile à l'œu-vre de la commission que le cabinet précédent avait chargée de reviser la loi sur la garde civique ; et cette hostilité provenait de ce que la commission proposait d'augmenter le nombre des journées d'exercice, d'entourer la nomination des cadres de garanties qui n'existent pas aujourd'hui, de renforcer l'autorité des chefs en aggravant les peines disciphnaires, absolument insuffisantes, et d'envoyer annuellement quelques légions s'exercer au camp de Beverloo pendant 15 ou 20 jours. M. Malou ajoutait qu'il n'avait nullement l'intention de faire de la garde civique une seconde armée.
En parlant ainsi, il se souvenait sans doute que plus de 6,000 gardes civiques avaient protesté, en 1852, contre la loi de 1818, qui rendait obligatoires douze exercices par an, et qu'il fallut, en 1853, voter une nouvelle loi qui réduisait ce nombre à huit (1).
avortissoineut, 30,()()() liomincs do garde civique. Les chefs des légions furent consultés sur cette demande. Tous répondirent que, dans leur opinion, la garde civique était inapte à un service de guerre. Il serait utile do publier leurs rapports, de même que les plaintes qui se produisirent lorsque l'on lit faire, momentanément, le service de garnison par la garde civique dans les villes ijuo l'armée avait dû abandonner.
(1) On n'a jamais pu donner à la garde civique mie valeur militaire réelle. Le 0 mai 1853, le colonel Renard disait à la Chambre :
« Eu 1832, le Gouvernement pouvait disposer de 20,000 hommes de garde » civique, dont une partie n'avait pas été appelée sous les armes. On s'était » donné beaucoup de peine pour instruire la partie mobilisée. Les bataillons » avaient vécu avec nous sous les yeux de nos chefs. Après une année, ils » niameuvraiont bien ; ils étaient fort beaux en apparence, ([uoique les généraux
On peut conclure des déclarations do M. Malou que le parti catholique a l'intention d'assurer la défense des places au moyen de la garde civique non renforcée, telle à peu près qu'elle est organisée en ce moment. C'est lui, en effet, qui fit voter, en 1876, un ordre du jour ainsi conçu :
« La Chambre, s'associant à l'intention exprimée par le » Gouvernement d'améhorer l'armement et l'organisation )) de la garde civique, sans aggraver les charges quelle » impose aux populations, passe à l'ordre du jour. »
Le chef du cabinet actuel semble vouloir faire mieux. Son projet, dont les grandes lignes ont été indiquées à la Chambre, consiste à désigner pour la réserve nationale :
1° Les jeunes gens qui demandent à se faire remplacer dans l'armée active en opérant, avant le tirage, le versement de 200 francs exigé par la loi ;
2° A défaut d'un nombre suffisant de ceux-ci, les jeunes gens qui ont tiré un bon numéro et peuvent s'équiper à leurs frais.
Le chef du cabinet trouve ce projet très démocratique (1) parce que les pauvres non désignés pour l'armée active
» eussent eu plusieurs fois l'occasion de signaler les germes d'indiscipline qu'ils » renfermaient dans leur sein par suite du mode d'élection des officiers.
» Toutefois, IcGouverncmont, dans la prévision de la mobilisation de la partie » restée disponible, vint demander à la Législature l'autoiisation de faire » instruire les gardes civiques dans leurs foyers et de nommer des instructeurs.
» La Chambre a reculé devant les obligations qu'il fallait leur imposer pour » les rendre capables de servir. Mais, reconnaissant liautemcnt les inconvé- » nienls et les dumjers du mode de réserve en usage, elle prit l'initiative d'une » proposition qui lui donnait une réserve véritable, puisée dans la milice. Des » que cette réserve put entrer en action, la fjanle civitpic fui licenciée...
(1) Le 12 juillet 1881, M. Fréi-e disait :
« Nous voulons corriger les vues de la législation actuelle ; nous voulons ame- » ner les riches à participer à la défense de la patrie en n'exemptant de ce soin » que les prolétaires, que ceux-là qui ne peuvent s'habiller à leurs frais. Voilà » ce que je considère comme une mesure libérale et bien autrement démocra- ■D tique que le service obligatoire et pcrsoinicl pour tous. »
no devront pas servir dans la réserve nationale ; mais, comme le disait avec raison le Militair Wochenhlalt de Berlin, en 1873, lorsque M. Frère eut qualifié de peu démocratique le mode de recrutement prussien : « Il ne s'agit » pas de savoir si une armée est démocratique, il s'agit » plutôt de savoir si elle est bien organisée et apte à la » guerre. »
L'armée française, de 1869, avec ses 40 pour cent (V exonérés (1), se croyait aussi très démocratiquement organisée, et cependant, après la désastreuse campagne de 1870, il n'y eut pas un officier qui ne reconnût la vérité de cette réflexion du colonel d'état-major Fay :
« N'est-il pas curieux de constater que c'est dans une » armée aristocratique comme celle de la Prusse que sont » représentés et juxtaposés tous les éléments de la société, )) tandis que dans la nôtre, qu'on appelle démocratique, il » n'y a qu'un élément, le moins cultivé et le moins instruit. » Cela ne tend-il pas à prouver que pour beaucoup de )) choses nous nous payons de mots et qu'en fait d'institu- » tions souvent la forme domine le fond. »
Nous croyons, au surplus, que c'est uniquement dans le but de diminuer les dépenses à résulter de l'organisation de la réserve nationale qu'on propose de composer cette seconde armée de citoyens pouvant s'habiller et s'équiper à leurs frais.
Quoi qu'il en soit, l'idée de former une armée inactive de citoyens aisés pour renforcer l'armée active composée de prolétaires, n'est heureuse à aucun point de vue. Elle laisse subsister toutes les causes de faiblesse de cette dernière et
(I) Le contingent de 18G0 connptait, sin- 75,000 hommes, 42,000 rempUiçants. Le m"an<l otat-niajor prussien, rluns sa relation «le la caïupagne do 1870-1871, attribue à ce l'ait la décadence de l'ainiée fran(,aise.
elle méconnaît absolument le principe d'équité et de patriotisme en vertu duquel tout citoyen se doit à la défense de la patrie, quels que soient son rang et sa fortune.
A ceux qui veulent que l'on respecte les sentiments démocratiques dans le mode de recrutement de l'armée, nous ferons observer que Végalité — qui est une des bases de la démocratie — sera manifestement violée quand le pauvre devra, en temps de paix, servir trois ou quatre ans, et, en temps de guerre, faire partie de l'armée active, tandis que le riche servira seulement trois ou quatre mois et occupera en temps de guerre des villes fortifiées où peutêtre il n'aura pas un coup de fusil à tirer (1).
Loin d'être démocratique, le système de M. Frère serait manifestement aristocratique et bourgeois, puisqu'il accorderait à la fortune un véritable privilège.
On ne peut nier que le mode de recrutement prussien, dans son ensejnhle (les détails doivent nécessairement varier d'un pays à l'autre), ne soit très démocratique en ce qu'il place le riche sur le même rang que le pauvre et n'accorde de faveurs qu'au mérite, dans l'intérêt des professions hbérales.
Ce mode, M. J.-B. Nothomb l'avait bien apprécié en 1846, lorsqu'il disait à la Chambre qu'il regrettait de ne pouvoir le proposer en Belgique, le trouvant plus qu'aucun autre « digne d'une nation libre » (2).
Une objection capitale contre la création d'une réserve de jeunes gens aisés (on l'appelle déjà dans l'armée la réserve des ^^e^zïs crevés] est l'impossibilité d'obtenir que ces jeunes gens, appartenant tous à la classe des censitaires, restent sous les armes le temps nécessaire pour former de bons soldats.
(1) Dans les guerres modernes, en elTet, on assiège peu de places : la idiipart sont bloquées ou masquées.
(2) Annales parlementaires. — Session de 1846-1847, pages 1 192-1194.
Cette réserve constituerait donc, sous un autre titre et avec des cadres nommés par le Gouvernement, une véritable milice citoyenne.
Or, en novembre 1878, le chef des gardes civiques du royaume, le lieutenant général Renard, disait à propos de troupes ainsi formées : « Qu'avons-nous constaté )) en 1870? De pauvres gardes mobiles, quoique plein » d'enthousiasme et d'entrain, mais levés à la dernière » heure, se sont trouvés aux prises avec des troupes éprou- » vées; et, après les tristes conséquences de cette situa- » tion, ce serait commettre une véritable faute que d'en- » voyer désormais à l'ennemi des hommes non instruits et » dépourvus de cadres exercés.
» La réserve doit donc être sérieuse, et si elle ne l'est » pas, le gouvernement qui l'emploierait dans un pareil état » commettrait, je le répote, wi crime contre l'humanité. » La réserve nationale qu'on veut créer ne satisferait évidemment pas à cette condition.
Elle aurait, de plus, le tort grave de donner une nouvelle consécration au principe du remplacement qui, dans l'intérêt de l'armée et du pays, doit disparaître de nos lois comme il a disparu des lois des autres Etats.
L'armée est affaiblie et humiHée par la présence dans ses rangs de soldats qui servent à prix d'argent. Ces mercenaires nuisent au développement de l'esprit militaire dans le pays et introduisent dans l'armée des idées de spéculation et de lucre qui portent atteinte à sa considération et à sa force morale.
(( Quand dans les armées, dit le général Trochu, les » grands principes de la gratuité et de l'obligation person- » nelle disparaissent, il y a décadence (1). »
(1) L'année frunçuise en '1872.
Et que l'on ne dise pas que les préventions de l'armée contrôles remplaçants sont injustes. Elles ont toujours existé dans les troupes qui avaient à un haut degré le sentiment de l'honneur et du devoir.
« Sous Napoléon I", les remplaçants étaient traités » presque en parias ; quelques régiments refusaient même » de les recevoir dans leurs rangs et les forçaient à déser- )) ter ; enfin, l'opinion les repoussa toujours des compagnies » d'éhte et ils n'eurent, à très peu d'exceptions près, aucun » accès à l'avancement (1). »
Leur nombre dans les armées impériales n'a jamais dépassé 5 pour cent.
Il est à remarquer, au surplus, qu'à Sainte-Hélène, dans sa réfutation de l'ouvrage du général Rogniat, Napoléon a formellement condamné le remplacement (voir le T. VIII de ses Mémoi7^es).
Chez nous, on a froissé le sentiment mihtaire non seulement en maintenant dans l'armée les mercenaires que partout on repousse, mais en leur accordant une haute-paye de 10 centimes par jour et en ne mettant aucun obstacle à ce qu'un volontaire avec prime soit décoré, devienne sousofficier et même officier.
Les personnes qui ne savent pas ce que c'est que l'esprit de corps et l'esprit mihtaire et qui voudraient que l'armée fût calquée sur la société civile (2), trouvent absurde, injuste, odieux que l'on ne traite pas le remplaçant comme le mihcien. Or cela ne peut pas être et cela ne sera jamais!
Le général Buzen, ministre de la guerre, disait au Sénat,
(i) SpcclalenrmUitairc AcTrAwcG, t. XXVIII.
(2) Cela est si pou réalisable, qu'en France on a dû retirer aux soldats présents sous les armes le droit de voter, qui IcUr avait été piimitivcment accordé.
en 1841 : « La susceptibilité de l'armée à l'égard des rcm- » plaçants n'a rien que d'honorable. »
Aujourd'hui plus que jamais, les remplaçants, expulsés de toutes les armées, seront pour la nôtre un élément do démoralisation et de faiblesse. On leur reprochera toujours de donner aux citoyens servant par devoir ou par vocation, le spectacle avilissant de la marchandise humaine discutant le prix auquel elle consent à se vendre.
Même dans le seul grand pays où l'on enrôle encore des soldats à prix d'argent, la presse est obligée de reconnaître qu'il n'y a de force réelle que là où les armées se recrutent dans toutes les classes de la société. Ainsi le Times disait après la guerre franco -allemande :
« C'est la supériorité morale et intellectuelle de l'armée » prussienne qui a triomphé. En France, comme dans tous » les pays où règne la conscription (avec remplacement), )) l'uniforme est un signe de servitude. L'ouvrier et le la- » boureur, incapables de se racheter, figurent seuls dans » les rangs. Le système prussien met en avant tout ce que » le pays possède d'intelligence et de valeur. Le service » militaire a fait du fils du paysan l'égal et le camarade » (lu seigneur (1). »
(I) M. Ilymans, dans une lettre ailressée récomment au journal la Meuse, invonne le tc'Mioignafçe d'un correspondant de ce même journal, pour soutenir que la France devrait revenir à la loi de recrutement de 1832, c'est-à-dire supprimer le service ol)ligatoire, avec volontariat d'un an, et rétablir le remplacement. Pourquoi le correspondant anglais et l'ex-représentant belge émettent-ils cette opinion? Parce que la Franco, ayant mal préparé et conduit la guerre en Tunisie, n'a pas obtenu les victoires sur lesquelles elle comptait. Le service obligatoire inspire de telles antipathies à certaines personnes, que tous les arguments leur semblent bons pour le dénigrer. C'est ainsi qu'on soutient sérieusement on Bolgi<iue que le service obligatoire est condamné en Allemagne, parce (juo, depuis 1870, l'émigration a augmenté. Les personnes qui font ce raisonnement ignorent ou feignent d'ignorer que le fait dont il s'agit est dû surtout à la crise industrielle, et cela est si vrai que raccroisscmcut de
a Sitôt, dit Jean-Jacques Rousseau, que le service public » cesse d'être la principale affaire des citoyens et qu'ils » aiment mieux servir de leur bourse que de leurs per- » sonnes, VEtat est déjà près de sa ruine. »
Pour éviter cette ruine, ayons une armée composée de citoyens de toutes les classes de la société et une réserve nationale tirée de cette armée.
Pourquoi, du reste, notre réserve nationale serait-elle inférieure à celles de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, de l'Autriche et de la Russie? N'a-t-elle pas les mêmes devoirs à remplir et, partant, ne doit-elle pas avoir les mêmes aptitudes, les mêmes qualités ?
Nous ne connaissons pas encore les détails de l'œuvre que le cabinet se propose de soumettre à la Législature, mais, dès à présent, nous savons qu'elle n'a pas été élaborée et qu'elle ne sera pas examinée par une commission de spécialistes.
Si l'on se préoccupait uniquement ou principalement des intérêts de la défense nationale, on composerait la réserve de vieux soldats, comme le demandait la commission de 1871, on diviserait le territoire en autant de districts militaires qu'il y aurait de bataillons de réserve nationale, et l'on confierait aux chefs et à quelques officiers et sous-officiers de ces bataillons les importantes fonctions de commandants de districts et de cantons, qui sont remplies actuellement par des officiers et des sous-officiers de la gendarmerie. Il est impossible que ce corps dont le service spécial est déjà très difficile, puisse exécuter et faire exécuter convenablement toutes les prescriptions concernant la mobilisation. S'il en a été chargé, c'est par raison d'économie. Au
l'émigration a été pour le moins aussi rapide on Angleterre où n'existe pas de service obligatoire ni mèine de conscription.
lieu de créer, comme on l'a fait dans les autres pays, un cadre spécial d'officiers de recrutement et de mobilisation, on a, pour éviter toute dépense supplémentaire, emploj'é à cet usage le cadre de la gendarmerie. Il est temps de rendre celui-ci à sa véritable destination et de borner son rôle à venir en aide aux officiers et aux sous-officiers chargés du commandement des districts et des cantons militaires.
L'organisation de la réserve nationale fournira le moyen d'atteindre ce but. Mais pour cela il faudra renoncer à l'intention que l'on a d'annexer les bataillons de cette réserve aux régiments de ligne, dont l'administration est déjà suffisamment absorbante et difficile pour que Ton n'en aggrave pas la charge.
Quoi qu'il en soit, il semble arrêté dans l'esprit du cabinet que l'on ne consultera point les chefs de l'armée sur la composition et l'organisation de la future réserve nationale. Ici encore la politique aura le premier et le dernier mot.
Tandis que dans les autres pays on prend toujours l'avis des hommes spéciaux, en Belgique la plupart des questions militaires sont résolues par des membres du Gouvernement ou de la Législature qui n'ont aucune compétence en matière d'organisation d'armées; la seule difficulté qui se présente alors pour eux est de trouver un général de bonne volonté qui consente à endosser la responsabilité de leurs solutions.
La sous-commission de 1871, composée de treize officiers distingués, avait proposé une réserve nationale offrant toutes les garanties voulues. On ne lui a seulement pas fait l'honneur d'examiner son projet. Los militaires sont traités en Belgique de Messieurs Josse et leurs projets accueillis avec une extrême défiance; on prétend qu'il est impossible de les satisfaire et que leurs exigences augmentent f\ mesure que l'on y fait droit. Que de fois n'avons-nous pas
entendu dire par des membres de la Chambre et des journalistes : « Quand donc cessera-t-on de réclamer de nouvelles dépenses militaires? En 1847, le lieutenantgénéral Cliazal avait un budget de 27 millions et il s'en contentait. A diverses reprises, ses successeurs, avec des budgets de 30 à 35 millions, ont déclaré qu'ils étaient en mesure de faire face à tous les événements. Mais après la guerre de Bohême et surtout après la guerre franco-allemande, on a commencé à élever des prétentions nouvelles : armement, recrutement, forteresses, effectifs, tout était à refaire. Si l'on accordait ce que demandent aujourd'hui les généraux, quelle garantie aurions -nous qu'avant dix ans ils n'élèveraient pas d'autres prétentions fondées, comme les précédentes, sur les inéluctables nécessités de la défense nationale ? » Eh bien, oui, messieurs, il en sera toujours ainsi, et à chaque progrès nouveau devra correspondre une demande nouvelle pour que notre armée reste au niveau de celles des autres Etats.
Toute la question est de savoir si l'accroissement du budget de la guerre a été, depuis 1845, phis rapide en Belgique que partout ailleurs ; or la statistique prouve que cet accroissement a été, au contraire, moins rapide. Elle prouve, en outre, que le budget de la guerre n'a pas été augmenté dans des proportions plus fortes que les autres budgets •(!), et que le pays consacre actuellement une
(1) Cela résulte des chiffres suivants :
Riulget de l'intérieur 5,822,000 10,705,0<.K)
— des travaux publics 13,079,000 84,345,000
— des finances 12,705,000 14,4O0,O(K)
— des voies et moyens 111,000,000 220,0'j3,(KKJ
— de la dette publique 32,000,(JOO 57,8!»!, (VK)
^ des dotations 3,301,00(J 4,422,000
moindre partie de ses revenus aux dépenses militaires qu'il ne le faisait autrefois (1).
S'il est une idée saugrenue, c'est bien celle que l'on mit en avant en 1850 et qui consistait à fixer pour l'armée un budget normal, espèce de liste civile qu'on n'aurait pu ni augmenter ni réduire.
Il s'en fallut de peu que la Chambre ne se donnât le ridicule de voter cette proposition, qui émanait d'une fraction importante de la Législature et que le cabinet avait eu la faiblesse d'accepter comme un desideratum.
Tout aussi peu pratique était la résolution que proposèrent, le 24 décembre 1863, MM. Dolez, Orts et PI. de Brouckere, dans les termes suivants ;
Biulget des dépenses pour ordre . . . . 13,483,000 419,743,000
— des affiiires éti'anyùres .... 980,000 1,593,000
— de la justice 11,200,000 14,941,222
— de la guerre 27,972,000 41,480,000
(I) En effet, de 1831 à 1840, la dL'ponso moyenne pour l'armée s'est élevée à 50,49i/K)0 francs et le produit des impôts n'était alors que de 77 millions. Aujourdiiui le budget de la guerre est moins élevé et les impôts produisent le double. Les impôts, comprenant les contributions directes, douanes, accises, droits de garantie des matières d'or et d'argent et recettes diverses de l'administration des contributions, et ne comprenant pas les péages, les capitaux et revenus, les remboursements, le fonds spécial et les recettes des chemins de fer et des télégraphes, se sont élevés en
1835 à fi-. 70,097,000
Le budget total des recettes s'est élevé en :
1840 à ïr. 1(¥),003,000
Il résulte de ces chiffres que le produit des impôts s'est accru bien plus fortement que le budget de la gueiro.
« La Chambre, considérant que la Législature a défini- » tivement arrêté les mesures qu'elle a jugées nécessaires » dans rintérêt de la défense nationale en faisant en même » temps d'immenses sacrifices pour réaliser les vœux » manifestés par la ville d'Anvers, en vue de son dévelop- )) pement et de sa sécurité ;
» Considérant que des changements au système décrété » en 1859, entraîneraient nécessairement pour le pays des » charges nouvelles, passe à l'ordre du jour. »
Cette proposition fut votée à une grande majorité; or, dès 1869, la Chambre s'en écarta en approuvant la vente de la citadelle du Sud d'Anvers à M. Strousberg, au prix de 14,000,000 de francs et en décidant que cette somme serait affectée à la construction d'un nouveau front, d'un arsenal et de trois forts , travaux qui ont coûté en réaUté 16,200,000 francs (1).
L'organisation des troupes devant être en rapport avec les formations tactiques et celles-ci se modifiant à mesure que l'armement progresse; d'autre part, la nature des forteresses devant varier avec l'efficacité des moyens d'attaque, il est évident que l'immutabiUté des dépenses mihtaires ne peut exister que durant les périodes où l'art do la guerre est dans l'état de stagnation. Or l'Europe ne se ■trouve pas, à beaucoup près, dans cette situation, et rien n'annonce qu'elle y arrivera prochainement.
Il y aura donc de nouveaux sacrifices à faire jusqu'au moment, encore bien éloigné, où l'on pourra fermer pour longtemps les portes du temple de Janus.
A ceux qui se plaignent de ce qu'on veuille augmenter l'effectif de l'armée, nous montrerons les armées de nos
(1) La loi du 5 juin 1878 a mis à la disposition du département de la guerre un crédit supplémentaire de 2,200,000 francs.
voisins ; à ceux qui trouvent qu'Anvers s'étend trop, nous prouverons que le périmètre des places de Paris, Cologne, Metz, Strasbourg et Lille a été doublé depuis 1872 ; et à ceux qui ne veulent pas que l'on complète les fortifications de la ligne de la jNIeuse , nous adresserons l'invitation d'examiner les immenses travaux exécutés récemment pour la défense de la Moselle, du Rhin, do la Meuse française et de la frontière Nord de la République, entre Dunkerque et Lfongwy.
Cet examen donnera, nous l'espérons, aux adversaires des dépenses militaires, s'ils sont de bonne foi, la conviction que le moment de serrer les cordons de la bourse n'est pas encore venu pour nous.
Les mesures les plus importantes qui aient été prises dans l'intérêt de la défense nationale sont dues à l'initiative du souverain. Personne n'ignore, en effet, que si, en 1853, l'effectif de guerre de l'armée a été porté de 80,000 à 100,000 hommes, c'est grâce aux efforts persévérants qui fit S. M. Léopold P' pour convaincre nos hommes d'Etat que cet accroissement de force était indispensable à la sécurité du pays (1).
Le Roi usa également do sa légitime inlluence pour faire accepter par ses ministres, en 1859, le projet d'agrandissement général d'Anvers et en 1801, la transformation de l'artillerie.
(1) L;i Ci)inmissioii mixlo (lo l.Sôi avait proposé cet accroissement d'ofToctif, mais une très forte opposition se manifesta quand le projet de loi sur rorfçanisation do rarniée fut discuté en sections. C'est alors que le Roi usa de sa légitime inntience pour ramonera do moillours sentiments les membres les plus influents de la Cliambre. Sans son intervention, le chilYre de 100,000 hommes eût été vraisemlilaljlcment rejeté.
Chaque fois que le courant de l'opinion menaçait d'affaiblir l'armée, le Roi s'alarmait et multipliait ses instances pour arriver à une plus saine appréciation des besoins du pays. Sa correspondance avec les ministres et les hommes d'Etat belges le prouve surabondamment.
En 1850, lorsqu'on voulait 'per fas et nefas réduire le budget de la guerre à 25 millions, il écrivit à son Ministre de l'Intérieur :
« La Belgique fait tout ce qu'elle peut pour décourager
» ses défenseurs. ».
» (c M. Thiers me disait, il y a peu de mois :
» Sans bons moyens de défense, vous serez le jouet de » tout le monde. (Lettre du 20 septembre.)
Huit jours après, il écrivait à M. Lebeau, qui s'était toujours montré sympathique à l'armée et dont la parole éloquente exerçait une grande influence à la Chambre :
« La Belgique, par sa position géographique, est le pays » le plus exposé de la terre. Là où d'autres ont des mois » pour se préparer, elle a des jours. »
... Il entrevoyait dès lors les guerres qui ont éclaté après sa mort et en vue desquelles il aurait voulu que le pays s'organisât fortement : « Il est bien difiîcile, écrivit-il » à M. Lebeau, que toutes ces complications ne soient pas >) suivies par des luttes plus sérieuses, par des guerres. » Les hommes pohtiques qui aiment leur pays ne doivent w pas se faire illusion sur ces possibihtés, qui sont des pro- » babiUtés. Cependant nous voyons des tendances à se lais- » ser aller à une sécurité que rien ne justifie; il y a des » idées purement économiques qui auraient pour résultat » la désorganisation des moyens de défense du pays. »
En 1862, quand le conseil communal d'Anvers, se faisant l'organe de l'agitation anti-patriotique qu'avait provoquée l'érection de la citadelle du Nord, vint demander au
Roi la démolition de cette citadelle, Sa Majesté répondit : « Le grand objet de la politique nationale doit être de main- )) tenir la neutralité du pays, mais cette politique n'obtienn dra la confiance de tous nos voisins que lorsqu'elle donn nera la conviction que le pays est réellement fort et en » mesure de remplir les obligations qui lui sont imposées )) par son existence politique. »
S. M. Léopold II suit les traces de son illustre père. L'armée connaît ses sentiments et ses aspirations patriotiques, et elle lui en sera toujours reconnaissante. Malheureusement la voix du chef de l'Etat n'est pas écoutée quand l'intérêt du parti qui est au pouvoir exige qu'on ne fasse rien pour l'armée.
Nous pouvons citer plusieurs faits à l'appui de cette assertion.
Aux réceptions du nouvel an, le V janvier 1876, le Roi disait à une dépulation de la Chambre : « J'espère bien que )> dans quatre ans la Belgique pourra montrer aux puis- )) sauces garantes de sa neutralité qu'elle n'a rien négligé, » qu'elle n'a reculé devant aucun sacrifice pour remplir les » devoirs que cette neutralité lui impose et pour défendre au » besoin eftîcacement son indépendance et son honneur. »
Lorsque, au mois de mai 1877, le Roi présida à Tinauguration de la statue élevée par la ville de Mons à Léopold PS il rendit hommage, dans les termes suivants, au patriotisme éclairé de cet illustre souverain :
c( Rappelez-vous avec moi que la constante préoccu- » pation de mon père a été de constituer la force maté- » rielle et morale de la Belgique. »
La même année, Sa Majesté se rendit à Liège, où plusieurs discours lui furent adressés par les autorités locales.
Voici en quels termes le journal la Meuse apprécia les réponses que lit le Roi à ces discours ;
« Aux membres de la Chambre, au nom desquels avait parlé M. Frère-Orban, doyen de la députation liégeoise, le Roi a dit en substance : que les traités qui garantissaient l'équilibre européen avaient été successivement déchirés ; que notre pays avait, dans des circonstances graves, le devoir d'affirmer plus virilement que jamais son indépendance et sa nationalité ; que de grands sacrifices avaient déjà été faits dans l'intérêt de la défense nationale, mais que le Gouvernement serait obligé de demander bientôt de nouveaux crédits à la Législature pour assurer la défense du pays.
« A ce propos, le Roi, s'adressant particulièrement à M. Frère-Orban, a ajouté que <( dans de telles questions » le chef de l'opposition fait en quelque sorte partie du » Gouvernement. »
a Sa Majesté a tenu au Conseil provincial un langage identique.
w Elle a insisté sur cette considération que, dans les circonstances actuelles, au milieu de la crise que traverse l'Europe, les pouvoirs publics et tous les citoyens avaient un grand devoir à remplir, et qu'il comptait sur le patriotisme de la nation. »
Le 24 août de cette même année, le Roi, répondant à un toast du bourgmestre de Tournai, disait :
« Au jour prochain où la création de la réserve natio- » nale viendra compléter notre système militaire, les offi- » ciers tournaisiens nous aideront encore à organiser )) cet éUment indispensable de notre défense. »
Sa Majesté obtint du conseil des ministres que la création de télément indis2)ei'isal)le serait annoncé dans le prochain discours du trône. Ce discours contient, en effet, la déclaration suivante :
« Notre organisation militaire est demeurée inachevée.
» Les g-ouveriiements qui se sont succédé ont tous reconnu » la nécessité et Vopportunité d'une réserve nationale. Des » propositions vous seront soumises en vue de combler » cette lacune et d'apporter à l'institution de l'armée les » compléments que l'expérience a signalés comme indis- » pensables, »
Le 25 juillet 1881, le Roi s'adressant aux professeurs et aux élèves de l'université de Liège, leur tenait ce mâle et patriotique langage : « A vous. Messieurs les professeurs, » la grande tâche de diriger ces jeunes intelligences si )) naturellement et si largement ouvertes au bien et au » beau, de leur inspirer l'amour des principes et des vertus » qui font les nations robustes et fortes. »
Le projet de loi sur la réserve nationale, reconnu nécessaire dès 1832 et formellement promis en 1878, n'ayant pas encore été présenté, et l'opinion s'accréditant que, pour favoriser le succès des élections dans la Flandre orientale, il ne serait pas môme présenté en 1882, Sa Majesté profita de l'occasion que lui olFrit l'inauguration des nouveaux docks de G and pour rappeler à la glorieuse cité flamande que la défense du pays n'est pas entièrement assurée et qu'il y a lieu d'y pourvoir dans un bref délai. Voici un extrait du remarquable discours que prononça Sa Majesté, le 5 septembre, en réponse à une harangue du bourgmestre :
« Je ne suis pas de ceux qui redoutent les développe- » mcnts de l'industrie et pensent qu'ils soient de nature à » amolhr les peuples.
» Je crois qu'un pays riche est un pays fort, parce qu'il » tient à conserver ce qu'il a créé, qu'il en a les moyens et » qu'il peut remplir ses devoirs vis-à-vis de lui-même et » vis-à-vis des autres.
» C'est vous dire qu'en même temps que nous augmentons
» nos richesses, nous devons assurer la défense nationale; » sous ce rapport aussi, il nous reste à faire peu de chose » assurément, en comparaison de ce que nous avons déjà fait.
)) Mais un Etat militaire n'est efficace que quand il est )) complet, et tant que nous n'aurons une bonne fois réglé » le nôtre, le pays ne sera j;ms définitivement assis.
» J'ai la conviction profonde que les nations qui ne pro- » fitent pas du calme et de la prospérité pour se garantir » contre les tourments, mettre à l'abri des caprices de la » fortune les trésors qu'elles ont acquis, assurer en un )) mot la défense de la patrie, ces nations-là vont à leur » perte, messieurs. »
Comme on devait s'y attendre, cette patriotique exhortation n'a pas été goiâtée par les principaux organes de la presse, et, dès le lendemain, VFcho du Parlement cherchait à en amoindrir la portée, en disant que le Roi n'avait entendu faire allusion qu'à la présentation prochaine du projet de loi sur la réserve nationale.
On prétend qu'il est conforme aux principes et aux traditions, qu'un roi constitutionnel ne dise rien en pubhc dont ses ministres ne soient responsables et que, par conséquent, ceux-ci doivent prendre connaissance des discours qu'il a l'intention de prononcer.
Nous ignorons si le premier roi des Belges et son éminent successeur ont toujours accepté ou subi ce contrôle, qui entrave l'initiative et restreint outre mesure l'influence du souverain ; mais nous savons qu'en mainte circonstance on a cherché à contester au Roi, qui, d'après la Constitution, est commandant en chef de tannée (1), le droit de s'occuper
(1) L'article C8 lui accorde en outre le droit de déclarer la guerre, de faire les traités de paix, d'alliance et de commerce.
Le Congrès a rejeté un amendement de M. rransman,tjui voulait conférer ce droit au pouvoir législatif.
directement et personnellement de l'instrument qu'il est appelé à diriger en temps de guerre.
Ceux qui poussent jusque-là les scrupules et le formalisme constitutionnels oublient que ce ne sont pas les ministres qui arrêteront et contresigneront les plans de campagne du Roi, qui seront responsables des défaites de l'armée ou qui recueilleront l'honneur de ses victoires. La responsabilité ministérielle dans ce cas est nulle ou fictive, celle du souverain, réelle et entière.
L'intervention directe et constante de la Couronne dans les affaires militaires est donc indispensable pour maintenir la stabilité des principes et la fixité des règles, comme pour favoriser l'esprit d'initiative, assurer le progrès, soustraire l'armée aux funestes effets de l'instabilité des fonctions ministérielles, aux caprices et, parfois même, à l'incapacité de ceux qui exercent ces fonctions.
Les théoriciens qui voudraient tenir le souverain sous la tutelle du ministre de la guerre, oublient que sa situation par rapport à l'armée est toute différente de sa situation par rapport à la magistrature, à l'enseignement et à l'administration. Le Roi, en effet, n'est pas le chef des magistrats, des professeurs, des ingénieurs, etc., tandis qu'il est réellement le chef des militaires, puisqu'il commande l'armée en temps de paix et en temps de guerre ; il a donc le droit et le devoir do prendre une part directe aux études et aux résolutions qui intéressent la défense nationale, dont il est chargé et rendu responsable par la Constitution. Le Congrès national, en assignant ce rôle à la Couronne, a fait preuve d'un grand sens et d'une rare perspicacité, car l'armée belge serait fort à plaindre et la sécurité du pays bien mal assurée si le chef de l'Etat se bornait à suivre les inspirations de ses ministres do la guerre et à sanctionner tous leurs actes.
B'BLIOTHECA vP^'aviansis