‹ Situation religieuse de l'Amérique anglaise [microforme]Chapitre 5 sur 9 · NATIFS ÉTRANGERS DANS LE HAUT CANADA · texte numérisé non relu

NATIFS ÉTRANGERS DANS LE HAUT CANADA

NATIFS NATIFS NATIFS NATIFS CANADIENS D ANGLETERRE, D'ÉCOSSE, D'IRLANDE, DES ÉTATS-UNIS, FRANÇAIS.

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Les autres nationalités n'offrent que des chiffres relativement peu considérables ; nous noterons particulièrement que l'immigration allemande, à laquelle on attribue une action si forte sur le progrès catholique aux États-Unis, ne répond point à ces présomptions dans le haut Canada; il n'existait en 1 861, dans la province, que 23,000 individus natifs d'Allemagne, et les slatistiques montrent clairement que plus de la moitié d’entre eux sont luthériens.

Si maintenant le lecteur veut se reporter au tableau n° 2, page 19, il lui sera facile, en le collationnant avec le tableau ci-dessus, de se rendre comple de l'influence de l'immigration sur le mouvement général de la population et sur le mouvement Spécial des catholiques. La première impression qui résulte de cette étude, c’est que l'immigration diminue sensiblement d'une époque à l’autre, surtout parmi les Trlandais. Le nombre des natifs irlandais, qui, de 1849 à 1851 : s’élait accru de 94,000 individus, n’a gagné que 15,000 âmes de 1851 à 1861. Une réduction analogue s’observe pour toutes les origines, mais celle-ci est sans proportion avec les autres. C’est pourtant ce renfort Le l'Irlande qui doit apporter le plus fort contingent extérieur à l'accroissement catholique; si ce dernier, en dépit de cette diminulion a continué sa marche ascendante, l'importance de ce contingent

extérieur est donc très-secondaire; mais, ceci est bien plus grave, l'accroissement n'a pas seulement continué, il a conservé une supériorité marquée sur celui de toutes les autres communions, quoique la diminution de leurs éléments d'immigration ait été pour celles-ci bien moins sensible. Il faut done conclure, par nécessité logique, que le catholicisme trouve dans le pays lui-même, en compensation des immigrants qui diminuent, quelques moyens particuliers d’accroissement qui soutiennent sa progression.

I convient cependant d'approfondir cet examen : considérons l'im-

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migralion et ses effets sur une plus large échelle, et voyons comme elle opère dans son ensemble. Qu'avons-nous trouvé dans les statistiques d'origine? C'est que la puissance absolue de l'immigration s'amoindrit d'année en année, et que sa puissance relative s’affaiblit plus encore, puisque ses effets sont de moins en moins sensibles sur la population qui s'augmente sans cesse. Il est donc évident que si le catholicisme, dans son développement, est favorisé plus spécialement que le protestantisme par le concours des immigrants, la décroissance de l'immigration aurait dû altérer plussensiblement la progression des catholiques que celle des protestants. C’est cependant ce qui ne se montre pas, et la statistique religieuse (tableau n° 2) constate dans leur mouvement relatif des fluctuations égales de part el d'autre. De 1851 à 1861 la progression diminue de chaque côté dans la même proportion : elle faiblit d'un peu plus de moitié sur toute la ligne, et le catholicisme conserve, en dépit des circonstances, la prééminence relative de son accroissement ; il ne semble donc point que l'immigralion soit plus profitable aux catholiques qu'aux protestants.

Bien plus, en descendant dans un examen minutieux des faits, on aperçoit que si quelques sectes se montrent plus sensibles, plus intimement liées aux oscillations des arrivages extérieurs, ce sont les sectes prolestantes ; opérons, en effet, sur une période un peu large, sur un iaps de 20 années : en 1849 l'écart entre l'accroissement des catholiques et celui des autres communions est figuré par les

96 86 6h) n res — à ——, et 1861, ce mème éca * entre = ombres à ge Cl en 61, ce même écart se place ent ei et = ‘ en apparence, ces deux écarts sont presque semblables, mais il n’échappera à personne qu'une différence de 2° 1/

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ralement répandues, qu'en poussant les calculs à leur dernière rigueur, 6n trouverait la progression des protestants plus inlimement liée que celle des catholiques à l'échelle mobile de l'immigralion.

Nous commençons donc à toucher du doigt combien il en faut rabattre de l'influence majeure, excessive en quelque sorte, que plusieurs veulent attribuer à l'affluence extérieure sur le développement extraordinaire du catholicisme ; mais pour compléter cette discussion, nous voulons encore reprendre la question sous un autre point de vue. Nous avons étudié les effets de l'immigration dans l'ordre du Lemps, observons-la maintenant dans sa répartition, c'est-à-dire dans l'ordre des lieux.

lo SITUATION RELIGIEUSE

Parmi les cinq diocèses que renferme le haut Canada, celui dans lequel les immigrants affluent en plus grand nombre est inconteslablement celui de Sandwich, situé tout à fait à l'ouest de la pro-

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vince ; l'accroissement de sa population a été de 105 ©" dix ans. La

progression catholique devrait done s’y nontrer relativement plus forte que partout ailleurs, en admettant que l'immigration soit Ja ause essentielle de ce progrès ; cependant les statistiques nous apprennent lout au rebours que ce diocèse est celui où les chitfres de la progression des diverses communions se rapprochent le plus sensiblement.

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C'est donc sur le point ou l'immigration est la plus considérable et la plus affluente que les progrès du catholicisme sont'relativement le moins sensibles, et c’est là précisément où le protestantisme dans sa marche se rapproche le plus de la sienne !

[ nous serail inutile de pousser plus loin ces recherches ; quel que soit le sens dans lequel nous ayons retourné les faits, i!s nous ont constamment ramené cette conclusion : que le catholicisme, dansson développement, ne doit à l'immigration aucun avantage qui lui soit spécial ; là où elie diminue il ne s’en montre point plus affecté qu'aucune autre secte ; là où elle abonde, ses progrès n’en paraissent point plus gonflés. Une inévitable logique nous conduit done à affirmer : que les bénéfices tirés par le catholicisme de l’affluence extérieure sont secondaires, que les communions protestantes en recucillent les mêmes profits sinon plus encore, qu'il faut enfin chercher nécessairement ailleurs la cause efficiente de la supériorité relative que le catholicisme montre partout en Amérique sur les autres communions chrétiennes.

Il semble au contraire que les conditions de son progrès soient d'autant plus favorables, qu'il se trouve moins mélé au trouble un peu incohérent des établissements nouveaux. Déjà nous l'avons observé aux États-Unis ; c'est quand la population à repris son assiette

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avec les habitudes calmes et honnêtes d'une vie moins agitée que la marche ascendante du catholicisme se montre plus accentuée et plus solide.

Nous avons eu l'occasion d'indiquer alors comment se produisent ces revirements qui transforment les populations par un travail long, patient, presque insensible; nous avons même cité comme exemple un comté du haut Canada, celui de Glengarry; nous pourrions aisément, les statistiques à la main, multiplier de tels exemples; autour de Glengarry, les comtés de Lanark, Stormont, e'c., présentent la même physionomie : peuplés par des colonies écossaises au commencement de ce siècle, et ne recevant plus qu'un très-faible contingent d'immigranis, ces districts ont vu constamment la progression des éléments catholiques dépasser celle des protestants.

Ce phénomène se retrouve partout en arrière du premier flot de l'immigration, quand les émotions qu’elle entraine commencent à s'apaiser; c'est ainsi que dans les diocèses de Toronto et d’Hamilton, où l'affluence des colons était énorme il y a vingt ans, le maximum relatif de la progression catholique n'a été atteint que dans © der-

nières années (de 1851 à 1861 l'acroissement ayant ét dé pour

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tion). Dans ce mème (emps, au contraire, et par une singulière bascule, l'importance ci la proportion de ce mouvement étaient beaucoup moindres dans le diocèse de Sandwich où la foule des émigrants s'était transportée en masse; il ne s'y trouvait qu'un écart de cinq pour cent entre le progrès des catholiques et celui de la population totale.

Le bas Canada nous présente des séries de faits entièrement identiques : il s’y trouve quelques comtés presque exclusivement anglais, colonisés il y à quatre-vingts ans par les loyalistes américains et par des colons attirés d'Angleterre par le gouvernement britannique; les habitants de ces districts ont depuis longtemps complété une installation définitive, l'immigrauon y est presque nulle; or, c'est là précisément où l'on rencontre les développements les plus rapides et relativement les plus notables du catholicisme dans cette province. Nous pouvons citer iei les comtés de Stanstead, de Missisqui, Brome, Argenteuil, Compton, ete., etc.: et que l'on ne prenne point le change, nous avons eu soin d’écarter le contingent qu'aurait pu fournir les paroisses françaises qui sont voisines ; grâce aux soins parliculiers qui distinguent les statistiques de ce pays, nous avons pu suivre facilement le mouvement des catholiques d'origine anglaise en les A6 zageant de tous autres, et nous avons constaté que, de 1851

13 SUTUAT.ON RELIGIEUSE

à 1861, ces catholiques anglais s'étaient accrus dans les comtés susdésignés depuis 90 jusqu’à 400 pour 100. Ë

Cependant l'accroissement naturel par l'excédant des naissances ne dépasse pas en Amérique 95 à 30 pour 100, et l'immigration est ici à peu près étrangère à ce progrès ; siles catholiques se sont tellement mullipliés au sein de ces populations stables et désormais attachées au sol qui les à vu naitre, ils ne le doivent qu'au nombre des adhérents qui se joignent spontanément à eux, Bien loin que l'immigration soil le point d'appui essentiel du catholicisme, il faut donc convenir que c'est dans la maturité réfléchie des populations solidement assises qu'il rencontre les conditions les plus favorables de son progrès. C'est quand l'homme est calmé, quand il a repris la plénitude de sa réflexion et de sa puissance intellectuelle, que, dans ces sociétés nouvelles, ilcompare et choisit parmi les mille sectes qui l'entourent; c’est alors aussi que les besoins de son esprit el de sa conscience, mieux satisfaits sans doute par l'enseignement catholique, le ramènent à celle Église dont ses pères ont été autrefois séparés plutôt par les violences royales que par leur propre mouvement. Mais il ne suffit pas de constater de tels faits, il est bon de faire sentir comment ces transformations s'opèrent et de modifier en une compréhension raisonnée, ce qu'il yaurait de trop brusque dans les convictions que la nudité des faits impose à l'esprit.

arm les critiques de l'idée religieuse, les plus sublils et Les mieux avisés, procédant avec ménagement, ont souvent accusé les saccrdoces de tout temps et de toute secte, non point tout à fait d'enseigner l'erreur brutale, mais de vouloir tenir une portion de la vérité à l'élat de monopole; usant d'abord de ces fragments de vérité pour asseoir leur doctrine et leur puissance dans la conscience humaine, puis se servant du monopole pour immobiliser cctte puissance, à l'abri de la concurrence et du progrès. En un mot, ces critiques considèrent le sacerdocc et les reiigions comme une manière de sectes philosophiques bien orsanisées qui entretiennent les peu- 4 ples dans un état miloyen entre la vérité et l'erreur, entre l’ignorance el le savoir, donnant au vulgaire la connaissance dogmatique et superticielle, et réservant pour les aflidés la raison d'être des principes el du dogme ; redoutant au-dessus de toutes choses la dif- 4 fusion de lascience dans le public, et l'étude approfondie des doctri- : nes qui servent de fondement à celte puissance intellectuelle ; plusieurs même ont poussé le raffinement de leur indulgence jusqu'à 2

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excuser lès castes sacerdotales, en faisant la théorie des avantages que cet élat ambigu de l'intelligence a pu produire à certaines époques données.

. Cest une manière ingénieuse d'expliquer ce qu'on ne peut nier : l'empire des idées religieuses sur l'homme et la continuité persistante de leur influence; on rejette sur l’habileté des organisateurs ce qui appartient aux lois générales de l'humanité, et on éclipse les nécessités mème de notre tempérament derrière quelques incidents de circonstance ; ceci est fort habile! Mais si ces théories peuvent avoir eu quelque part apparence de fondement, l'histoire du clergé catholique en maints endroits, et notamment en Amérique, leur donne par les faits un cruel démenti.

Ce fut en effet par le plus grand développement possible de l'intelligence que l'Église du Canada entreprit de soutenir la lutte contre le-prolestantisme. Elle prodigua, sans compter, l'instruction, la culture de l'esprit el les discussions rationnelles, devançant ainsi dans l'esprit de ses fidèles les récriminations vicillies et les controverses dénalurées qui forment le fonds commun des aggressions prolestantes. Là, comme partout ailleurs, elle à vulgarisé cette éducation simple et large qui s'appuie sur le travail de l'humanité tout entière; dans ses écoles on se familiarise avec tous les génies, on admire l'antiquité sans se laisser subjuguer par elle, et on y apprend la civilisation moderne sans en être enivré à ce point, de dédaigner ceux qui ont parlé avant nous, Toutes les civilisations viennent se déployer devant l'intelligence pour que celle-ci apprenne par l'expérience de l'histoire et par les discussions des plus grands esprits, ce qui fait la force et la faiblesse de l'humanité.

Notons en passant que c est un dés caractères particuliers de l’Église catholique dans ses enseignements de conduire plus naturellement qu'aucune autre l'âme humaine vers ces sommets qui dominent, non pas lelle ou telle partie de la science, telle ou telle époque de l’intelligence, mais bien le domaine général de l'esprit ; elle aime à ressusciter dans ses leçons ce qui à surnagé de grand dans le travail de tous les temps et de tous Les pays; elle place ainsi de prime abord les hommes dans ces conditions supérieures de jugement où la comparaison est fécondée par la variété des chefs-d'œuvre qui ont lomenté leurs réflexions premières. Cette méthode est plus propre qu'aucune autre à élever les points de vue de la pensée et à susciter en elle le germe fécond de la généralisation.

Je ne sais si c'est l'instinct de sa situation catholique qui à constamment poussé le clergé dans cette voie, mais il est incontestable qu'il affectionne par nature cette manière compréhensive de former la jeunesse; les autres sectes, au contraire, semblent toujours v re-

20 SFPUNTION RELIGIEUSE

gimber par quelque endroit : les uns font litiére de Ja philosophie, tandis que les autres ne s'attachent qu'aux spéculations mélaphysiques, ceux-ci dédaignent l'antiquité, ceux-là ne veulent considérer que les sciences positives; quant au protestantisme américain, il porte ce genre d'excès à l'extrême, il n'existe point de particularistes et de poinlilleurs plus déterminés; on s'y cantonnerait volontiers dans l’histoire américaine el les faits américains : tel est le degré de ce positivisme que dans les scicaces même il se contenterait volontiers du formulaire, et les problèmes éclipsent presque complétement les théorèmes dans les leçons et examens de leurs universités,

Ces habitudes d'éducation tendent à retrécir l'esprit, et sans aucun doute c’est en élevant la conscience publique et le niveau de l'intelligence que le catholicisme a combattu en Amérique contre les sectes quil'entourent. La force du contraste n'échappe point aux esprits les ples distingués de ce continent, le vulgaire lui-même en pressent vaguement la portée, et peu à peu on en est venu à considérer les collôges catholiques comme offrant un enseignement d'un ordre supérieur, On conçoit dès lors comment de tels maitres pouvaient dire hardiment à leurs élèves et aux autres hommes : Voilà notre doctrine, ft ce qu'elle vaut, Jugez-nous et choisissez! La contradiction ni la concurrence, loin de les effrayer, n'étaient guères propres qu'à stimuler leur zèle ; c'est ainsi que le clergé affronta la mélée des opinions, et celle allure franche et résolue fut profitable à ses idées, comme elle le sera loujours aux vérités solides et aux lutteurs robustes; les adversaires surpris, troublés et vaincus sur leur propre terrain, durent calmer leur ardeuraggressive et conquérante, et ils demeurérent confinés dans cet état de défensive pénible et hésitante où le protestantisme au Canada languit encore aujourd'hui,

Sous la domination française, le clergé catholique avait établi dans ce pays plusieurs maisons d'éducation qui rendirent à la colonie les plus grands services ; il suffit de nommer ici les Sulpiciens de Montréal, les Jésuites de Québec et le séminaire créé en cette dernière ville par le premier évêque de ces contrées, Mgr de Laval-Montmorency, nom historique en France, qui a conquis également dans la Nouvelle-France une renommée traditionnelle et populaire.

Après la conquête, ces maisons devenaient plus précicuses encore, el le zèle des catholiques s'employa activement à les mulliplier. Parmi ces fondateurs, les ecclésiastiques se montrèrent au premier rang : l'abbé Girouard bâtit et dota le sollége de Saint-Hyacinthe ; celui deSainte-Anne fut l'œuvre de l'abbé Painchaud : un autre ecclésiastique dont le nom nous échappe créa celui de Sainte-Thérèse, et un {roisième séminaire canadien avait été établi à Nicolet par l'abbé Crévicr; c'élaient de simples curés qui avaient consacré toute une vie

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