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de privations et d'économie pour léguer après eux à leur patrie ces monuments d’une foi généreuse. Un riche négociant de Montréal, l'honorable Masson, consacra aussi une partie de sa fortune au collège de Terrebonne, et les Jésuites érigèrent à Montréal leur beau collège de Sainte-Marie ; nous ne citons ici que les principaux établissements. Il a été également fondé dans le haut Canada plusieurs collèges catholiques, dont les plus importants sont celui d'Outuouais (Bytown), Regiopolis, près Kingstown, et celui de Toronto,
Cependant il ne suffisait pas d'augmenter le nombre des collèges, il fallait les rendre accessibles; on y travailla avec un dévouement rare et un désintéressement plus rare encore. Dans un pays où tous les salaires sont très-élevés, à la porte des États Unis, où l'amour du gain est poussé à sa dernière limite, les prêtres canadiens surent s'astreindre à une vie tellement modeste, à des émoluments tellement médiocres, que dans tous ces colléges on reçut des pensionnaires moyennant la modique somme de 550 ou 409 fr. Encore aujourd'hui, ce prix s'est à peine modifié, il oscille de 400 à G00 fr.
Les élèves aflluèrent, et l'instruction secondaire réelle et solide, qui unif la civilisation du présent à celle du passé pour préparer l'avenir, celle qui forme le cœur et l'esprit de l'homme tout en ornant son intelligence, est peut-être plus répandue dans le bas Canada qu'en aucun pays du monde, On y comple aujourd'hui 28 maisons d’instruclon secondaire dont 25 sont catholiques et 5 protestantes; les premières comptent 5,631 élèves et les secondes 700. C'est donc en tout 4,331 enfants auxquels s'applique l'instruction secondaire sur une masse de 1,100,000 âmes ; pour retrouver celte proportion en France, il faudrait que la population de nos lycées et pensions fût de 160,000 élèves! Or, il ne faut pas s'imaginer que nous descendions trop bas dans l’échelle des institutions, car au-dessous des collèges que nous venons de mentionner, il se Lrouve encore trois degrés d'écoles publiques : les Académies, les Écoles modèles el les Écoles primaires, qui reçoivent ensembie 200,000 écoliers.
Pour couronner cet édifice intellectuel, il fallait un enseignement supérieur en harmonie avec celui des colléges et destiné à compléter leur œuvre. Longlemps les Canadiens furent privés de cette imporlante ressource; l'administration etles riches corporations anglaises ne demandaient pas mieux que d'intervenir, mais à condition que les universités fussent établies sous l'influence et au profit du protestantisme. Habiles à profiter de la situation précaire des Franco-Canadiens, ils ne laissèrent point échapper cette occasion; les subventions gouvernementales vinrent se joindre aux libéralités de quelques négociants anglais, et l'on fonda à Montréal l'université Mac-Gill et celle de Bishop's College, près de Richmond.
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Ce fut alors que le séminaire de Québec résolut de consacrer toutes ses ressources à la créalion d'un monument catholique et national destiné à l'instruction supérieure. Les propriétés que lui avait garanties le traité de 1765 avaient pris une valeur assez considérable sous une direction 1: orieuse et intelligente : les revenus augmentés permirent d’amasser avec une stricte économie une partie des capitaux nécessaires, et les premières bases de l'établissement furent posées en 1852, Aucuns frais ne furent épargnés; on fit venir des professeurs de Pa ris et on envoya dans cette ville plusieurs jeunes Canadiens de mérite se préparer à la carrière du professorat, Enfin dûs l'année 1854, on inaugura les cours de l'université Laval, nom qui lui fut donné en mémoire de Mgr de Montmorency-Laval, premier évêque du Canada,
Celle œuvre à déjà nécessité plus de deux millions de dépenses, sans que les ecclésiastiques du séminaire de Québec aient jamais sollicité aucun aide extérieur, Les dépenses de l'université dépassent pourtant chaque année une somme de 1 90,000 fr., que les recettes sont loin d'équilibrer. Le gouvernement canadien offrit à diverses reprises une subvention annuelle; mais craignant d'ubdiquer en quoi que ce fût l'indépendance de son enseignement, la corporation du séminaire a remercié l'administration de son bon vouloir et conlinuë son œuvre par sa seule énergie el ses seules ressources. Rien plus, elle parvient à consacrer tous les ans certaines allocations destinées à entretenir pendant quelques annécs dans les universités d'Europe les meilleurs de ses élèves, L'ancienne patrie, la France, n'est point oubliée dans ces pérégrinations scientifiques, et plusieurs de ces jeunes gens ont vu confirmer à Paris par de nouvelles épreuves les grades qui leur avaient été conférés à l'université Laval.
On doit se féliciter singulièrement qu'une {elle entreprise ait été dirigée par des esprits vigoureux et maintenue par des mains assez puissäiüles pour la conduire sans défaillance à son terme, Au point de vue pécuniaire, en effet, l'opération élait peu profitable; ce petit pays d’un million d'âmes, dont la richesse est médiocre, n’était point capable de fournir un nombre d'étudiants propre à alimenter plusieurs universités, les unes protestantes, l'autre catholique. Cette prévision ne pouvait échapper à personne, et les couraveux ‘ondateurs l'ont affrontée en Connaissance de cause: nous avons non ième manifesté notre étonnement à l'un de ces respectabies prêtres, non point au sujet de l'entreprise en elle-même, mais au regard du développe-
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« pensée des progrès futurs de notre pays ; puisque Dieu a placé entre «nos mains de grandes ressources, nous ne pouvons trop largement « en user, Nous travaillons donc non point pour nous, mais pour l'a- « venir et le bien général, Dans le siècle présent les événements se « succèdent avec autant d'inconstance que de rapidité ; l'Église a été « souvent dépouillée de ses possessions, et bien qu’en ce pays elles « soient de peu d'importance (les séminaires de Québec et de Montréal « possèdent seuls des propriétés considérables), il peut arriver qu'un « jour elle soit aussi spoliée; mais on ne détruit point une université «comme on dépouille un séminaire, el tout appauvris que sous serions «alors, nous aurons loujours la consolation d'avoir doté la religion « et notre patrie d'une instilution forte, vivante et assez large sur sa «base pour suffire longtemps encore aux besoins de notre progres- « sion ultérieure. »
Pendant que ces heinmes vénérables prodiguaient ainsi les millions à leur patrieet à son avenir, nouslcs avons vus simplernent assis au rélecloire commun au milieu de leurs élèves et demeurant dans des chambres modestes dont l'extrême nudité était à peine dissimulée par quelques meubles de bois blanc. Leur esprit vivait ailleurs, bien au-dessus de toutes les superfluités de la vie, leur luxe était dans leurs œuvres! Cette élévation ordinaire de la pensée, jointe à un désintéressement si complet de soi-même, donne à l'âme une grande vigueur et lui assure en même temps une singulière puissance sur les autres hommes; c'est là évidemment un des secrets de la force du catholicisme ct de l'influence particulière qu'il exerce en Amérique par l'éducation.
Les Sulpiciens de Montréal ne sont point restés en arrière du séminaire de Québec; dans leur nopuleuse cité où le mouvement des affaires pourrait tendre à absorber l'esprit, s’assimilant un usage très-répandu en Angleterre, ils ont construit un fort bel édifice, consacré exclusivement à des réunions artistiques et intellectuelles : des séries de lectures, des concerts, quelquefois de véritables cours et mème des discussions publiques réunissent fréqueniment en cette enceinte l'élite de la société montréalaise, Cet établissement, auquel sont annexés une bibliothèque el une salle de travail, entretient ainsi jusque dans la maturité de l'âge la culture de l'intelligence et sert en quelque façon de complément aux colléges et aux universités qui ont présidé à l'éducation de la jeunesse.
Mais le séminaire de Montréal s’est mis à la tête d'une entreprise bien plus considérable encore, comme promoteur de l'instruction primaire. C'est lui qui a créé d'un seul bloc et qui dirige toutes les écoles élémentaires de cette ville de cent mille âmes. Ces écotes, entièrement gratuites e{ pour lesquelles leurs puissants patrons n'épar-
gnent aucuns frais, font de Montréal une cité modèle. Son exemple n'a point été inutile pour le développement de l'instruction dans le reste du Canada. Longtemps, en effet, chez ce peuple conquis et complétement ruiné par la conquête, l'instruction primaire res{a fort en arrière; le peu qui s'en montrait était dû au dévouement des curés de campagne et de quelques religieuses. H fallut ottendre que Île pays eût repris son assielle ; le nombre des habitants croissaif, landis que la misère diminuait, et il vint un temps ou on put songer à attaquer vigoureusement ce mal de l'ignorance auquel on n'avait apporté jusqu'alors que des palliatifs partiels et insuflisants.
Deux hommes éminents ont successivement allaché leur nom à celle réforme : le docteur Meilleur et le surintendant actuel de l'éducation, M, Chauveau. Par leurs efforts, le Canada est complétement sorli de la situation fâcheuse où le malheur des lemps l'avait fait Lomber. On y compte aujourd'hui 3,900 écoles et 200,000 élèves, dont 55,707 appartiennent à l'instruction primaire du 2° degré, el 166,600 à l'instruction du 1° degré. La population étant de 1,100,000 âmes, c'est un élève par cinq habitants et demi; en France, cette Proportion n'est que d'un élève sur douze habitants. Il est bon de signaler aussi que ce progrès s’est effectué par les seuls moyens de la persuasion ct de l'encouragement, prescription obligatoire.
L'espace el l'opportunité nous manquent à la fois pour exposer ici les difiicultés qu'il a fallu surmonter dans cette œuvre; nous le regrellons d'autant plus que nous aurions aimé à rendre constance laborieuse et intelligente de ceux qui l'ont d espérons qu'un jour une occasion plus favorable metlre particulièrement en évidence les tr l'éducation, M. Chauveau, esprit distingué autant qu'administrateur habile, auquel le Canada devra un double tribut de reconnaissance. Mais nous ne pouvons quitter ce sujel sans noler le concours actif et persistant que la cause de l'enseignement a rencontré dans le clergé. Les embarras financiers et l'opposition accablante de la routine vinrent plus d'une fois traverser ces progrès, ctil est permis de penser que, sans l'influence et là persévérance opiniètre des curés de cam pagne, le découragement cût souvent gagné les meilleurs esprits en paralysant, ou {out au moins en retard nisation de l'instruction publique.
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Nous trouvons donc ceci de particulièrement remarquable au Canada, que partout le développement de la science et la culture de l'esprit ont été Ctroitement unis au maintien eaux progrès de Ja religion catholique, Tout autour d'elle. cependant, S'ouvrait le champ libre de la lutte, et son cnseignement ne pouvait point êlre suspect
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de mystères ni de réticences calculées ; si le catholicisme a conservé les âmes, s'il a conquis les intelligences, c'est qu'il leur à fourni sans doute de bonnes raisons pour se donner à lui. Tel fut, d’ailleurs, le caractère de cette éducation, qu’en fortifiant les croyances par celte forte pénétration dans l’âme, on la prémunissait contre les entréiaements intéricurs de la passion et du plaisir, on n'élevait les esprils qu'en stimulant l'énergie des mœurs; et c'est en faisant senüir à l'homme la nécessilé d'être fort contre lui-même, que ces prétres lui faisaient apprécier la juste valeur de la religion qu'ils enseignaient. Le développement iuteliectuel se trouva donc étroitement lié au développement de la moralité, combinaison précieuse et rare dont on parle beaucoup, mais qui se rencontre moins souvent qu'on ne l'imagine.
On craint peu la concurrence quand on est bien convaincu, mais on y double sa force quand on s'appuie sur ces vérités pratiques dont l'expérience de chaque jour vient vérifier les leçons. Tant que la jeunesse où même simplement le bonheur, dore l'horizon de nos pensées, nous noës trouvons soumis à d'étranges illusions sur les effets de notre laisser aller ; combien parmi nous n’ont bien saisi la valeur des préceples donnés à notre enfance que lorsque les difficultés de la vie les ont poussés au pied de la nécessité? Nous avions reçu une parole, voilà la rude expérience qui vient lui servir de contrôle, c'est une vérité qui désormais ne s'obscurcira plus pour nous!
Aucune doctrine, plus que la doctrine catholique, ne tire profit de ces redoutables enseignements de la vie, et en cette occurrence, le voisinage des autres doctrines ne lui nuit point. Plus les points de comparaison sont proches, mieux on sent combien ses conseils et ses pratiques correspondent directement aux besoins réels que nous révèlent nos propres chutes aussi bien que celles des autres hommes. Le protestantisme a été inhabile à supporter cette concurrence ; vaincu sur le terrain de l'enseignement, il ne gagne rien sur ceux qu'élève le catholicisme, et il perd chaque jour, à mesure que les hommes avancent dans la carrière, ceux que l'expérience des faits ramène vers une vérité plus complète.
L'observation des doctrines et des enseignements rivaux, mieux connus et comparés dans leurs œuvres, venait donc achever le travail que le clergé entamait dans les écoles et dans les colléges. Le dévouement personnel, un zèle apostolique, l'aptitude particulière qu'il montre partout pour l'éducation, lui attiraient la confiance, mais à tous ces mérites il faut joindré celui d’un désintéressement complet des affaires politiques, et d’un sentiment éminemment élevé de juslice pour ceux qui l'entouratent, ;
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tenue à l'écart des discussions de partis et des intrigues personnelles qui s'y mêlent, s'il semble, au premier abord, que cette abstention complète ait pu faire perdre à l'Église quelques avantages passagers, on ne saurait méconnaître combien cette sage réserve a concilié d'estime, écarté les méfiances, et favorisé l'action bicnfaisante qu'une forte persuasion a exercé autour d'elle sur les esprits. ,
On ne saurait également nier les heureux etiets des principes de justice et d'impartialité qui ont présidé aux relations de la majorité catholique du Canada avee la minorité protestante, notamment dans la question des écoles ; non-seulement on a écarté avec soin la contrainle administrative, mais partout les subventions budgétaires ont été équitablement réparties entre tous, partout des voies légales et faciles ont été ouvertes aux dissidents pour ouvrir des écoles qui pussent participer à cette répartition,
Nous ne pouvons nous empêcher de regretler ici que cet esprit de justice ne se retrouve point à l'égard des catholiques dans le haut Canada pas plus qu'aux États-Unis. Dans l'un et l'autre de ces deux pays, le principe est de ne faire part du produit des taxes qu'aux écoles du gouvernement ; toutes les fois que les dissidents élèvent une école séparée, ils n'en sont pas moins obligés de payer les taxes communes ; de telle sorte que la minorité catholique est forcée de payer deux fois les dépenses de son instruction ou d'accepter les écoles protestantes.
C'est à peine si l'on a pu obtenir, à force de réclamations, en 1864, quelques facilités pour obtenir, en certains cas, en faveur des écoles dissidentes, une petite part du fonds commun d'éducation, Un député du bas Canada proposa : que la minorité catholique du haut Canada fût mise sur le même pied, quant à l'éducation, que la minorité protestante du bas Canada. C'était une équité claire, nette et sans ambages, mais ce fut en vain, et cette proposition a encore été rejetée en 1865. Pour repousser ces justes demandes, le haut Canada se retranche derrière les nécessités de son système d'éducation, dont l’uniformité et l'unité d'administration serait ruinée, assure-{-0on, si on y reconnaissail l'égalité de toutes les écoles. Voilà, certes, un prétexte singulièrement choisi quand on considère le lempérament anglais, et : combien peu cette nature individualiste se pique ordinairement de régulariié et d'unifurmité, Si on eût agi de la sorte dans le bas Ca : nada, Dieu sait quel chœur de réclamations et de diatribes se fût à élevé de toutes parts contre l'intolérance du catholicisme ! Mais, autour de cette iniquité anglaise et protestante, il ne se fit point de bruit; quoi de p'us choquant cependant que ces deux provinces voi- ! sines, confédtrécs, où l'une ne rend même pasà l’autre ia courtoisie 3 qu'elle en recoit.
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