‹ Six causeries sur l'artChapitre 12 sur 21 · LART ET LE VRAI · texte numérisé non relu

LART ET LE VRAI

nuit de plaisir un mystérieux échange se faisait de forces et de sèves entre les plantes qui respiraient et les atmosphères qui changeaient d'heure en heure, nous préparant pour le jour suivant la moisson, le pain, le vin, la vie ».

J'aurais encore beaucoup à vous dire sur la question de la représentation de la nature physique dans les œuvres d'art. Nous n'avons pas parlé de la place qu'elle occupe dans les arts décoratifs : ce serait cependant une étude fort intéressante à faire. Je vous aurais montré que la nature tout entière habite encore et remplit tous ces arts : orfèvrerie, ameublement, tapisserie, céramique . Elle ne leur fournit pas assurément de grands sujets d'ensemble qui n'auraient pas là leur place : mais ils lui doivent mille motifs de détail et presque tout ce qui fait le fond de la décoration proprement dite. Avez-vous remarqué que les dessins caractéristiques auxquels on reconnaît le style et l'époque des meubles français sont précisément empruntés à la nature ? Le Louis XIV a des feuilles de palmes ou des roseaux allongés et recourbés ; le Louis XV, la coquille Saint-Jacques ; le Louis XVI, les guirlandes de roses retenues gracieusement par un nœud de ruban.

Dans la sculpture du moyen âge, et surtout au

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xv^' siècle, on a tellement employé de toutes façons les llcurs et les plantes pour l'ornementation qu'on a pu dans des ouvrages spéciaux dresser une véritable flore des cathédrales. Certaines voûtes ouvragées, comme dans le clocher neuf de Chartres, rappellent des berceaux de jardin; des feuilles, des fleurs, courent le long des galeries comme sur des plates-bandes. Comme pour montrer que c'était bien la nature qu'on voulait reproduire, rien qu'elle, pour elle-même, pour le seul plaisir de la créera nouveau, on lui prenait tout indistinctement; la valeur esthétique des plantes ne compte pas ; une seule préoccupation intervient : ces plantes existent-elles dans la nature, surtout dans la nature du "pays, dans celle qui nous fait vivre, alors peu importent leur valeur et leurs ressources artistiques : elles sont bonnes pour fart; puisqu'elles sont bonnes dans la grande nature, elles seront bonnes aussi, et par conséquent belles, dans la petite nature de pierre que nous créons pour le Dieu qui a fait l'autre pour nous.

Et alors les artistes y vont de bon cœur : ils font non seulement de la vigne, si belle déjà et si riche en ornementation quand elle dessine le long de nos murs de bauge les capricieuses arabesques de son tronc noueux, avec ses larges feuilles, dont elle s'habille comme faisaient de leurs falbalas les coquettes du

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