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tel autre idéal, précisément l'idéal et la forme qui convenaient. Qu'il soit difficile d avoir ce goùt-là et que ce soit un peu rare qu'on l'ait, je n'en disconviens pas ; mais je voudrais que ce fût le vôtre, et c'est pour cela qu'après vous avoir entretenus des Hollandais, des Primitifs, de Rembrandt, je veux que Raphaël, je veux que l'âge et l'art classique, ait sa place dans nos causei'ies :je ne vois pas quelle idée vous pourriez avoir de 1 art, si vous ne saviez rien de Raphaël.

Nous disions que c'est une mode qui l'a mis peu à peu à l'écart et qui a terni pour un moment sa gloire. Ce fut d'abord la mode des Primitifs. Voici comment un excellent critique d'art doublé d'un lettré exquis, M. André Beaunier, explique dans la conclusion de son beau livre l'Art de regarder les iahleaiLv la raison de cette mode à laquelle il sacrifie luimême sans restriction :

(( De très bons esprits, dit-il, et capables d analyser les motifs de leur goût, préfèrent aujourd'hui, à la sculpture grecque du temps de Périclès, l'époque antérieure, l'art éginétique, au XHi*^ siècle français le xn", au xvi'^ siècle italien le quaiiroceniu. Bref, leur admiration recule au delà des âges classiques. Qu'est-ce à dire ? Il était admis, jusqu'à ces dernières années, que les artistes du temps de Périclès avaient porté

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à la perfection la statuaire qui, au vi^ siècle et au commencement du v", préludait à peine ; il était admis que les imagiers de Philippe Auguste et de saint Louis avaient amélioré la « barbarie » antérieure ; il était admis que Léon X présidait aux plus magnifiques splendeurs de la renaissance italienne. Qu'est-ce donc que ce goût singulier de l'archaïsme ? Une affectation ? le désir d'étonner ? une toquade ? ou bien — restons polis — un raQinement pervers de blasés... ? On assure que des musiciens très subtils se plaisent quelquefois à de fausses notes, comme des estomacs de gourmets à de farouches piments. N'y aurait-il pas une pareille dépravation dans notre amitié pour les Primitifs ?Non, maison l'a bien insinué. Voici. Quand on étudie l'histoire de l'Art, on est frappé d'une chose : la brièveté des « âges d'or », la fragilité des belles formules esthétiques. Rien de plus momentané... Cela ne se conserve point. La belle idée se galvaude. Une autre bientôt la remplacera, après que celle qui était divine se sera lamentablement ressassée au point d'être absurde désormais et imbécile sans conteste. L'art ne vaut que spontané. Les stratagèmes aux([uels l'artiste a recours ne valent que s'il semble leS; avoir inventés pour la seule expression de cette j idée qui le hantait et qu'il a voulu réaliser. Il n'y a de beauté qu'ingénue ; j'entends :

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exempte de rouerie. Tolstoï, un jour, m'a dit : « Je compte trois règles de l'art : 1" la sincérité ; 2" la sincérité ; 3" la sincérité. Une œuvre est sincère si elle est tout entière expressive ; si, dans la structure générale et dans le détail, on n'y trouve nuls signes insignifiants... Alors, qu'est-ce que l'art une fois que les stratagèmes sont des procédés, une fois qu'il existe des canons de la beauté, une fois que l'artiste n'a plus qu'à suivre la méthode éprouvée, pour produire l'effet requis ? Eh bien ! les âges appelés classiques sont justement ceux où l'art s'est insensiblement perverti. »

Je n'ai point l'intention d'instituer devant vous une discussion : cela ne serait plus dans le ton de ces conférences et c'est affaire aux critiques d'art. Mais il nous est tout de même permis d'avoir nos idées et il n'est point nécessaire, pour que nous les croyions bonnes, qu'elles soient de tout point pareilles à celles d'autrui .

Je crois pour ma part qu'il est exagéré de dire que toute idée, toute croyance réalisées dans une « belle formule esthétique », aux époques primitives deviennent nécessairement mauvaises et se galvaudent dès qu'on arrive à l'époque classique. J'avoue ne pas comprendre pourquoi. L'art ne vaut que spontané, dit-on encore. C'est tout à fait discutable. Y a-t-il d'abord un art spontané ? Qui dit art, dit nécessairement

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artifice, et si simple que soit l'expression artistique d'une idée, tout de même cette expression pour être artistique demande un travail, un stratagème, une « rouerie » dont les « beautés les plus ingénues » ne sont pas exemptes. A ce compte les tout premiers primitifs, Cimabue tout seul peut-être, avec ses Vierges figées dans leur raideur byzantine et collées bien à plat sur le bois comme au Louvre, ou sur la paroi d'un mur comme à Santa Maria Novella de Florence, aurait eu une belle idée et l'aurait rendue-dans une formule esthétique. Avec Giotto, ce nest déjà plus si simple." il y a un essai de perspective, il y a un embryon de paysage, très peu j'en conviens, mais assez pour que ce soit déjà un artifice, quelque chose qui vient en plus de l'idée pure et simple. Chez notre admirable Fra Angelico, duquel, il s'en faut de beaucoup, nous n'avons pas tout dit, et à qui nous reviendrons quelque jour, l'amour des belles couleurs, très certainement recherchées pour elles-mêmes dans beaucoup d'œuvres, la splendeur des costumes, l'harmonieuse disposition des parties dans l'ensemble, le dessin très fini, tout cela, c'est de l'art, de l'art pour lui-même, de l'art dont la stricte pensée, celle qui veut être trois fois sincère suivant la loi de Tolstoï, n'aurait pas besoin, L'Adoration des mmjcs de Benozzo Gozzoli, qui se déroule en procession dorée sur les murs de

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l'étroite cha})elle du palais Ricardi à Florence, nous montre un défilé de nobles Florentins avecleur suite, luie série de i)ersonnages, tous des portraits, avec leurs chevaux et des animaux de chasse. Si c est là de la sincérité religieuse ! Je ne parle pas de Botticelli qui a eu de nos jours un regain de gloire, et qui le mérite bien, mais qui est très certainement plus compliqué, plus païen, plus « Renaissance » que Raphaël. Lisez le délicieux petit livre : Sandro Botticelli, d'Emile Gebhardt et vous serez suffisamment édifiés sur ce point. Les principaux chapitres de cet ouvrage, et qui en remplissent plus des trois quarts, sont intitulés : « les Médicis et l'initiation païenne, visions mystiques, visions d'Orient ». Tout cela n'indique pas une sincérité religieuse bien sévère et l'idée m'a bien l'air d'être déjà pas mal « galvaudée » !

Or, remarquez que Botticelli est mort en 1510 et qu'en cette même année, Raphaël peignait à la Signatura la Dispute du Saint -Sacrement et l Ecole dWthènes, et qu'il avait déjà peint presque toutes ses Vierges. On veut donc nous faire admettre que tout à coup, et uniquement parce que l'âge classique commence, nous entrons dans le règne de l'artificiel, de la convention, du poncif, et que c'est Raphaël qui va inaugurer ce beau règne-là. Nous protestons, et nous ne voulons pas pratiquer cet exclusivisme qui retranche

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de l'histoire de l'Art ses gloires les plus radieuses et les plus pures. Nous voulons bien admirer et nous prétendons goûter les œuvres qui ont paru aux siècles d'avant les grands siècles : nous voulons bien être préraphaélites ; nous savons que la beauté était connue, et déjà le grand art de la peinture, en Italie, et même en France, avant Léon X, La sculpture du xii*^ siècle, comment pourrions-nous la répudier, nous qui avons tous les jours sous les yeux et qui possédons à nous, comme un trésor inappréciable, trésor ignoré pour bien des gens, le Portail Royal de la Cathédrale ? Enfin nous sommes tout prêts à reconnaître la sévère et sublime beauté de l'art éginétique;mais tout de même sous Périclès Athènes a construit le Théséion, le Temple de la Victoire, l'Erectéion, les Propylées, le Parthénon, et Phidias était son sculpteur : c'est bien quelque chose et nous demandons le droit d'admirer Phidias et de trouver que les Panathénées sont belles ; et le préraphaélisme ne doit pas faire oublier ni mépriser Raphaël.

C'est absolument comme en littérature et en musique. Il n'est plus de mise maintenant d'admirer ni d'aimer nos auteurs du xvii* siècle : cela ne se porte plus. Corneille, Racine, Molière, des pompiers ! La Fontaine, à la rigueur, pourrait passer, et encore ! Mais parleznous de Remy Belleau, de Baïf, de Pontus de

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Tliyard ! Quelle simplicité, quel naturel, quelle naïveté, quelle franchise ! Quelle sincérité ! Les moindres parcelles des chefs-d'œuvre du xvi'^ siècle sont récitées, analysées, commentées ; on les met en musique, en belle musique déliquescente et malade. Car c'est une maladie, cette manie de l'archaïque et du primitif, aimé non pour les beautés qu'il renferme, mais seulement parce qu'il est primitif et archaïque. En musique, nous en souffrons aussi, pour la musique religieuse surtout. On a décrété qu'en dehors du moyen âge et, pour la musique polyphonique, en dehors du xvi*^ siècle, il n'y a pas de musique. Le principe Qiwd vêtus meliiis est a régi le goût, la critique, la mode. On s'est extasié devant la moindre phrase de plain-chant pourvu qu'elle fût des premiers siècles, des siècles consacrés, des siècles authentiques, des siècles estampillés, et on vouerait à l'oubli, si on pouvait, les immortels chefs-d'œuvre des Bach, des Mozart, des Beethoven, des Gounod, des Saint-Saëns.

En face de ce parti pris, nous revendiquons un double droit : le droit de faire un choix parmi les œuvres anciennes : nous voulons, tout en admirant celles dont la beauté nous plaît, repousser celles qui sont franchement laides, ou dont la banalité ridicule est prise parfois pour une délicieuse candeur ; et le droit aussi de garder une

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place de choix clans nos amours pour les génies qui ont su résumer en eux les qualités d'art et de pensée des âges qui les avaient précédés, garder l'idée qui dirige tout, et cependant cultiverjusqu'à la perfection la forme, inséparable de tout art vrai ^fondre ces deux extrêmes : une croyance el une technique, l'idéal et le réel, en un harmonieux ensemble, et, par la richesse de leur talent quasi universel, par la grandeur de leurs conceptions et la pureté de l'expression qu'ils leur oui donnée, par leur égal éloignement de toute. sécheresse et de tout excès, par la parfaite concordance et l'équilibre de tous les éléments de matière et d'âme qu'ils ont mis dans leurs œuvres, mériter l'admiration des siècles et réaliser en eux des exemplaires éternels d'idéale humanité.

Et c'est parce que Raphaël fut un de ces génies-là, qu'il ne pouvait lui ni son œuvre être absent de nos causeries d'art, et que nous n'avons pas cru devoir en gardant sur lui le silence, suivre le courant qui entraîne loin de lui bon nombre d'amateurs de notre époque, quelques-uns très érudits et de goût très cultivé, mais trop épris, il me semble, de la simplicité, qui n'est quelquefois que de la gaucherie, des œuvres primitives. Si nous avons tort, on excusera notre inexpérience et notre erreur en faveur de notre franchise.

On fait un autre reproche à Raphaël, et il

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nous laiulra encore un ])eii de courage pour l'en défendre : car ce qui lui manque, on l'en accuse du moins, est justement ce qui est devenu de nos jours le tout du peintre, ce à quoi on sacrifie tout le reste, idée, dessin, composition : il lui manque la couleur. En sorte qu'on risque beaucoup en s'arrètant devant un Raphaël de passer pour un philistin.

Je ne veux pas insister beaucoup sur ce point qui dépasse ma compétence technique et peutêtre un peu la vôtre. Si vous voulez, résumonsnous très rapidement.

1" Raphaël n'a point témoigné dans son œuvre d'une science des couleurs comparable à celle d'un Titien, par exemple, ou d'un Rubens. Mais faut-il lui en faire un reproche ? Il ne cultive pas la couleur pour elle-même, pas plus, quoi qu'on en ait dit, qu'il ne s'applique au dessin pour lui-même. Pour lui, nous le verrons, tout est dans l'harmonie, dans le charme et la douceur et la grâce des lignes. Ces qualités qu'il a poussées si loin, nous le verrons, reprocherons-nous aux autres peintres de ne les point avoir au même degré ? Pourquoi donc alors lui en vouloir à lui de n'avoir été ni Rubens, ni Titien, ni Rembrandt ? Puisqu'il a été Raphaël, que faut-il lui demander autre chose ?

2° Cependant ce serait une injustice de lui refuser absolument la science et l'art du coloris.

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« Raphaël, dit M. Louis Gillet, n'a jamais passé pour un grand coloriste. Il est pourtant, à cet égard, fort supérieur aux Florentins. L'Ombrie est en quelque façon la petite-cousine de Venise. Raphaël, par tempérament, était préparé à comprendre les secrets de Giorgione, apportés par Sébastien. Plusieurs fois il a obtenu en ce sens des résultats exquis. Le Balthazar Castiglione est une parfaite harmonie grise. La Messe de Bolsène serait le plus beau triomphe coloriste de la fresque, si Titien n'avait peint quelqu'es fresques à Padoue. Et pourtant, quoi qu'il fût capable d'accomplir en ce genre, Raphaël s'intéresse médiocrement aux qualités matérielles de l'exécution. On ne comprendrait pas autrement qu'il en eût si souvent confié le soin à des manœuvres. Ce qu'il a peint lui-môme est d'une palette fort inégale. Il n'y en a d'autre raison que son indifférence. »

3" Il serait injuste d'en vouloir à Raphaël de n'avoir point connu tout le parti que la peinture moderne a su tirer de la couleur. On peut dire que l'importance donnée au coloris dans la seconde moitié du siècle dernier a renouvelé tout l'art de peindre et lui a donné comme un essor nouveau. On a vu, et en cela on a eu raison, que la peinture est 1 art de représenter ce qui se voit, par conséquent des apparences, par conséquent, des jeux de lumière et de couleur.

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Et CCS jeux de couleur et de lumière se font d'une part au moyen de contrastes qui opposent les uns aux autres les points éclaires ; d'autre part, par des effets communs qui les rapprochent : il y a une multiplicité qui se ramène à l'unité. Il s'agit dans une œuvre de savoir à la fois concentrer le regard et le disperser ; le fixer sur un point plus lumineux et pourtant lui laisser voir toutes les autres couleurs qui se nuancent et se mêlent en une sorte d'échelle ou de gamme montante ou descendante, où les valeurs se marient, se distinguent ou s'opposent, soit pour le charme de l'œil, soit surtout pour l'expression douce, pénétrante ou passionnée d'un sentiment, d'un amour, d'une vue sur le monde.

La critique d'art de nos jours est toute pleine de ces préoccupations coloristes. Ainsi je viens de lire dans le Journal des Débats du 29 avril 1913 un article intitulé « le Tour du salon de la Société des Artistes Français ». Il n'y est question que de puissance de couleur, de matière abondante, de souplesse de pinceau. On parle de belle luminosité, de notes claires, de tons gris, de substance très liée. On voit dans un tableau un délicat et harmonieux morceau de coloriste, où les gris, les mauves et les jaunes clairs des étoffes soulignent le visage très finement nacré. L'accent majeur, c'est la chevelure rousse. On loue un peintre de ce qu'il aime et fait jouer des gris.

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des blancs, des ors et des rouges. On décrit une lamille qui passe dans un paysage de neige : la mère voiluraiit le dernier-né habillé de rouge ; une fillette et quatre frères ou sœurs plus jeunes, vêtus de fourrures grises ; un chien noir. Ailleurs on voit que les blancs et les gris appuyés des noirs s'accordent ensemble dans une lumière très juste. Quelques notes rouges mettent des vigueurs cà et là.

Enfin vous voyez ce qu'on veut et ce qu'on cherche aujourd'hui. En conclurez-vous que tous les tableaux ainsi décrits sont des chefsd'œuvre et que le Grand Palais, où ils sont exposés en un inextricable fouillis, le bon parmi le mauvais, le mauvais en pleine lumière souvent, et le meilleur dans quelque coin où on a peine à le trouver, nous offre des richesses artistiques auprès desquelles tout ce qu'on peut voir à l'Académie de Florence, à la Galerie antique et moderne, au palais Pitli ne mérite pas qu'on en parle ? Ce serait exagéré, n'est-ce pas ? Mais ne Test-il jjas autant de juger au poids de cette critique moderne, très avertie, très éprise, trop peut-être parfois, des moyens purement techniques, des œuvres qui ont été composées entre 1500 et 1520, alors que la couleur n'était qu'un moyen et que rien, même chez les meilleurs coloristes du temps, ne pouvait faire prévoir qu'elle dût devenir le but même de l'art ?

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Tout ceci dit, non prccisémeiit pour dclendrc Raphaël qui n'a pas besoin sans doute de nos aj)ologies. Comme dit M. André Pératé, la mode qui l'exclut aura bientôt fait son temps, et le créateur des fresques du Vatican, ditïéremment ju^^é, mais non moins admiré peut-être qu'autrefois, redevient pour les jeunes artistes le maître que jamais on ne consulte en vain, l'inventeur du décor idéal où tendront toujours les plus hautes ambitions de la peinture. Nous avons voulu plutôt nous défendre un peu nous-mêmes, moi pour avoir eu l'audace vraiment un peu paradoxale de vous parler de Raphaël, bien plus de vous avoir invités à l'admirer, non pas sans réserves sans doute, mais bien franchement tout de même, et vous, Mesdames, Messieurs, ])our que vous n'ayez pas à rougir ou à vous excuser de votre naïveté qu'on jugerait sans doute un peu niaise, si vous alliez avouer que vous avez écouté avec bienveillance ce qu'on vous en a dit.

Ce qui caractérise, il me semble, le génie de Raphaël, c'est le culte de la beauté. Ses œuvres ne se prêtent peut-être pas beaucoup aux savantes analyses ; on n'y trouve certainement pas la puissance de pensée d'un Léonard de Vinci, et

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quand on les contemple, lame ne se perd pas dans ces méditations profondes où nous avons vu que nous jette l'œuvre d'un Rembrandt. Non, ici rien de pareil, mais on est pris par la douceur, parle charme indéfinissable de cette peinture divine. C'est beau, voilà tout ce qu'on trouve, et on reste le regard charmé, l'àme prise tout entière par cet art très simple et très compliqué tout à la fois, très vrai et pourtant si facile à comprendre, si élevé et si populaire, si humain en un mot. Ah ! voilà cette fois, Mesdames, un peintre pour les femmes ! un peintre qu'elles doivent comprendre et qui doit, quand toutefois elles n'essaient pas d'aller contre leur bon goût naturel, leur plaire et les charmer tout de suite. Aimer, savoir aimer ce qui est beau, est-ce que ce n'est pas, Mesdames, votre rôle, celui que vous remplissez tout naturellement, comme malgré vous et sans le savoir? Est-ce que quand vous voyez dans la nature, dans l'ordre moral, dans l'art où elle essaie souvent d'entrer, la laideur, est-ce qu'elle ne vous répugne pas comme quelque chose d'antipathique à votre nature même, d'hostile à votre être, à votre àme de femme ? Est-ce que vous ne vous sentez pas repoussées d'instinct loin de la laideur ? est-ce que vous ne détournez pas d'elle vos regards, dont il vous semble qu'elle salit la limpidité native ? est-ce que vous n'arrachez pas bien vile

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