‹ Six causeries sur l'artChapitre 19 sur 21 · LK RÉEL DANS LIDHAL · texte numérisé non relu

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proportion des parties du corps à l'ensemble ; en un mot, il cherchera en tout la beauté suivant lidéal personnel qu'il s'en iait, ou suivant les conceptions esthétiques de son école ou le goût de son époque, dont il est toujours plus bu moins esclave. Il soutiendra avec un grand nombre d'artistes éminents que le but de la peinture n'est pas de nous présenter une image plus ou moins exacte des choses, telles que nous les percevons dans la réalité, mais d'exciter en nous 1 émotion esthétique la plus intense en nous mettant sous les yeux des objets aussi beaux que possible. Il apportera donc dans toutes ses compositions ce souci de la valeur propre de l'objet représenté. Il recherchera les attitudes élégantes, les lignes pures, les formes nobles et parfaites, les beaux visages, et s'il ne les trouve pas dans la nature, il les demandera à l'invention. 11 ne s'interdira pas de corriger en quelque sorte l'apparence des choses en les représentant non telles qu'elles sont, mais telles qu'elles devraient être. Pour être plus sur de nous offrir des images qui répondent pleinement aux exigences de notre goût, il les demandera non pas à la réalité, mais au rêve. Pour lui, le suprême effort de l'art sera la création de l'idéale beauté. « Une telle conception de l'art est-elle légitime? demande M. Paul Souriau, professeur à l'Université de Nancy, dans son beau livre ïlmaijina-

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tion de Vartisle. Et il répond : « Les théoriciens encore imbus du préjugé réaliste ne manqueront pas de faire des réserves. Le mot d'idéal sonne mal à leurs oreilles. Ils ont été jusqu'au bout de leurs concessions, quand ils ont accordé à l'artiste le droit d'inventer avec prudence et en prenant le soin de rester strictement conforme aux intentions de la nature. Pour nous qui n'entendons imposer à l'artiste aucun veto, qui ne voulons l'enfermer dans aucune école, mais qui l'encourageons, au contraire, à se développer en tout sens, nous ne saurions qu'applaudir à cette tentative de l'art pour s'élever au-dessus de la réalité. Toute la question, ce me semble, est de savoir s'il y peut réussir. Mais l'art -idéaliste existe. On ne peut le nier, il a fait de grandes choses. Athènes et Rome se sont inclinées devant lui... S il est de petits esprits aux admirations étroites qui nient les œuvres de perfection plastique ou de beauté morale, et que l'art trivial suffît à remplir tout entiers, que leur dire ? Un sens du beau leur est fermé. Laissons donc de côté les objections ; voyons l'art idéaliste au travail, transformant les objets réels pour les amener à un degré plus élevé de perfection et de beauté, »

Ecoutons le conseil de l'éminent critique et voyons Raphaël au travail ; voyons comment il a idéalisé, tout en restant dans le réel et dans la

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vérité de la nature, les formes qu'il emi)runta aux grands Florentins du siècle d'avant lui ou à ceux qui furent ses maîtres.

Quand on connaît un peu les peintres de la seconde moitié du Quattrocento, on se rend compte, ce qui ne veut pas dire qu'on puisse l'exprimer facilement par des paroles, mais enfin on se rend compte de ce que put être l'idéal de Raphaël et la forme qu'il chercha. Ses maîtres furent le Pérugin, Timoteo Viti, Fra Bartolomeo. On reconnaît leur influence dans les œuvres de jeunesse du maître. Mais comme bien vite il trouva et sut ajouter à ses modèles ce qui ne leur appartient pas et ce qui n'est qu'à lui, le charme de Raphaël !

Ce charme, de quoi est-il fait ? Je vous l'ai dit, on ne l'exprime pas : on le voit, on le sent. Il est tout entier dans les célèbres Madones, dans ces vierges dont on a dit tout le bien et dont on voudrait dire maintenant tout le mal et qui nous rappellent et nous attirent malgré nous par leur invincible attrait d'éternelle humanité. Q)uatre siècles écoulés ne leur ont rien fait perdre de leur grâce, de leur fraîcheur et de leur vie. « Gomment vieilliraient-elles en effet? Comment, aussi longtemps que la femme concevra, que l'homme naîtra de la chair, ne seraient-elles

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pas adorées, ces Madones immortelles, si elles ne sont que le poème, toujours le même, toujours nouveau, de ce qu'il y a de plus divin au monde : Tentance, la maternité ? (Ij » :

Car c'est cela qu'elles nous chantent et rien d'autre, et c'est pourquoi je les trouve non seulement humaines, mais divines. Et c'est pourquoi je m'entête à croire, quand je devrais rester tout seul à avoir cette foi, mais je ne serai pas seul, car vous serez avec moi, à croire qu'ellessont, autrement sans doute, mais au même degré, expressives du sentiment religieux qu'avaient été les vierges des Primitifs et du Quattrocento. Encore sont-elles plus accueillantes, plus accessibles que les vierges hiératiques du xni^'siècle, quel'impassible Notre-Dame gothique avec ses ornements d'idole, son immobilité radieuse d'icône,

... régente terrienne Emperièredes infernaux palus.

Peut-on soutenir qu'on est plus loin de la vérité religieuse, parce qu'on nous présente une vierge moins reine sans doute, mais plus femme, plus mère, et en quoi serait-il contraire à la foi, qu'est-ce que le paganisme aurait à voir, si cette femme, si celte mère est belle, radieusemcnt, divinement belle ?

(1) L. Gillet, l^aphacl, p 41.

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