‹ Six causeries sur l'artChapitre 8 sur 21 · L AHT KT LE VRAI · texte numérisé non relu

L AHT KT LE VRAI

en di'ccmbrc, (^.(indl fhunund, Xoce en Bretagne, Vues de Roussillon, de Provence, Vue de Paris prise des Moulineaux, un Torrent dans le Var, les Glaneuses à Chamheaudoin {Loiret), Versailles, Paris vu du pont des Saints-Pères, la Seine^ Embouchure de la Loire, le Transport la Corrùze quittant la rade de Toulon, le Port de la Rochelle par le gros temps, la Chaîne du Jura, Ville-d'A vrai] l'hiver .

C'est un vrai tour de France que nous venons de faire. N'est-ce pas qu'il y a là autre chose vraiment qu'une nomenclature ? Vous avez compris, j'en suis sur, comme moi que chacun de ces noms de pays éveillait l'idée d'un contact contrôlé et ofiiciel de l'Art avec la nature. Cela me rappelle, je ne sais pourquoi, quatre vers de Chaniecler :

Je ne chante jamais que lorsque mes huit grifles Ont trouvé, sarclant l'herhe et chassant les cailloux, La place où je parviens jusqu'au tuf noir et doux ! Alors, mis en contactavec la bonne terre, Je chante I

Ainsi, Mesdames, l'artiste, non point comme le grand coq pour faire lever l'aurore, non point dès les débuts de l'histoire de l'Art, mais en ces derniers temps surtout, et dans la pleine lumière et dans tout l'éclat de sa gloire, s'attache avant tout à la nature ; il en prend possession : c'est

un conquérant qui veut à lui tout le pays, qui s'empare l'une après l'autre de toutes les provinces et qui signe après chaque conquête un bulletin de victoire.

Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'un grand nombre de paysages ne portent pas de nom de pays et ont cependant été composés d'après nature : je crois que surtout depuis le siècle dernier il y a fort peu de sujets purement imaginaires.

Enfin, même dans les tableaux qui traitent un sujet légendaire, historique ou religieux, quelquefois même dans les portraits, le paysage a sa place encore, soit qu'il serve simplement de fond et, pour ainsi dire, de cadre au sujet, soit qu'il intervienne pour une opposition utile d'idée ou de lumière, soit enfin qu'on l'ait mis pour le simple agrément.

Il y aurait tout un livre à faire, et assurément un livre fort intéressant, sur les « fonds » en peinture. On remarque, dès les premiers temps de la peinture, dans les Primitifs les plus anciens, des essais fort curieux d'adaptation du sujet à la nature ambiante ; cela a tout de suite semblé une nécessité ; tout de suite on a voulu être vrai, et on n'a pas cru qu'on pourrait l'être sans le paysage, et depuis cinq siècles on lui a fait la part plus large; on la travaillé avec plus de soin, jus(|u'à ce qu'enfin on arrivât, comme les paysa-

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