‹ Six lecons sur les evangilesChapitre 10 sur 13 · PLATE COR EP ME EE · texte numérisé non relu

PLATE COR EP ME EE

- ville. Dès longtemps un petit oratoire avait été élevé là, que la dévotion d’empereurs comme Justin et … Justinien avait doté de propriétés et de colons, … dont on retrouve la trace dans des inscriptions grecques du vi‘ siècle. Justinien fit plus encore et … transforma ce qui n’était jusque-là qu’un sanc- . fuaire, en une somptueuse basilique. Sur ses or- » dres l’ancien euktérion fut démoli de fond en L comble, et l’on construisit une église « vaste etsplen- - dide sur le modèle de l’église des Saints-Apôtres » à Constantinople, ainsi que le rapporte l'historien

$ des magnificences de Justinien, Procope.

La venue de saint Jean en Asie est attestée par un autre monument, l’'Apocalypse. Ne comptez pas | que je vous donne la clé de l’histoire et du sens - decelivre énigmatique. La science ne l’a pas encore … découverte, et elle a tant de fois cru illusoirement à. lavoir trouvée, que l’on devient très timide à rapâ porter les plus vraisemblables de ses hypothèses. Contentons-nous de quelques aperçus qui, sans Ÿ | éclaircir le mystère, le circonscriront cependant et … seront au moins autant de données positives à retenir.

qui toutes quatre sont prophétesses. Cette même

d'une prédication qui a été très commune dans l'Église naissante aux environs des années 40-80: Une action surnaturelle de l’Esprit-Saint produisait dans l’âme d’un apôtre comme saint Paul ces illu= minations d'intelligence ou ces décisions que je vous signalais dans notre dernière conférence, illu-. minations et décisions parfois ineffables ou abs-. traites, capables aussi de revêtir des exprÉSSIORSS imagées et vivantes, et d’être de véritables visions. Vous connaitriez mieux les phénomènes que cette mêmeactionsurnaturelle de l’Esprit-Saint a suscités … dans la vie intérieure de nos grands mystiques, vous … comprendriez cette expérience qui fut celle de saint | Paul et qui lui fut commune avec tant d'autres «saints » de l’Église naissante. Vers 4, on voit dans” les Actes (xr, 27) mentionner des prophètes chrétiens | qui arrivent à Antioche venant de Jérusalem.

Ces mêmes Actes {ximr, 1) parlent, vers 45, de prophètes chrétiens nombreux à Antioche. Il-y. a aussi des prophétesses. En 58, Paul passant à Césarée, est descendu chez l’évangéliste Philippe à dont l’auteur des Actes (xx1, 9) nous apprend quil: a quatre filles, dont aucune n’est mariée, « t

année 58, Paul a trouvé des prophètes et de Deer - Corinthe, ® en si grand no7ab e

s fidèles ; il ne permet aux prophètes de se faire À ntendre que l'un après l’autre; il ne veut pas

qu'il y ait plus de deux ou trois prophètes qui rennent la parole à chaque assemblée pour comuniquer chacun son apocalypse. Car apocalypse, ” “qui veut dire révélation, est le nom que saint Paul - donne aux discours des prophètes (I Cor. xix, 26). L'Apocalypse johannine n’est donc point une exessionisolée dela conscience chrétienne,etceciest e première donnée historique. L’Apocalypse est | plus une œuvre composite. On y peut distinguer des sections indépendantes les unes des autres : en Fe tête, une épitre adressée à sept églises (1-11), à la ; fin une vision de la Jérusalem céleste (xxI-xXxN), entré ces deux sections une suite de visions dont la plus pénétrante ingéniosité n’arrive pas à découcvrie l’unité ni de sujet, ni de symbole, ni même le date. IL semble bien que la vision du Temple avec son autel et son parvis (x1, 1-3) est la vision d'un prophète qui voit Jérusalem debout encore, t qui par conséquent écrit avant l'an 70. Il est. aussi certain que la vision où se découvre au prohète cette vaste assemblée de 144.000 sr a

(vu, 1-17), est d’une inspiration sensiblement diffé= rente de la précédente et fait allusion à la persécution néronienne : c’est une vision postérieure, mais de peu, à l’an 6%. D'autre part la vision de. la Jérusalem céleste (xx1-xxn) suppose invineiblement que la Jérusalem de David n'existe plus et que son privilège est aboli : ce qui nous renvoie à une date postérieure à 70. Que conclure, sinon que nous avons dans l’Apocalypse, non pas une apocalypse, mais un recueil d’apocalypses, dont les plus anciennes expriment l'émotion que la persécution néronienne d’abord et la disparition de Jérusalem ensuite put susciter dans l'âme d’un disciple de Jésus-Christ, sans toutefois que cette conclusion. nous interdise de croire que ce recueil ait été fixé

et pour ainsi dire scellé à la date traditionnelle que

nous nous plaisons, avec M. Harnack, à lui assi- — gner, 95 environ.

Voici une troisième donnée historique : notre … prophète est un chrétien « hébreu » de race et d'éducation. Il est familiarisé avec l'Ancien Testa= ment, surtout avec la littérature des prophètes comme Ezéchiel et Daniel; ilsait l’hébreu. et le grec. incorrect qu'il écrit est tout pétri d’hébraïsmes. Mais il est détaché de cette fidélité étroite aux. traditions judaïques que l'ombre du Temple entre-" tint longtemps dans les églises de Judée : l'humanité lui apparait comme un seul peuple où les

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tribus d'Israël, représentées par ceux de leurs enfants qui ont reçu le sceau du Christ, n’ont plus qu'une préséance d'honneur; les juifs rebelles à la foi sont la synagogue de Satan. Jérusalem est devenue un souvenir, une figure de la Jérusalem future. Les yeux du prophète se lèvent vers cette cité idéale, où il n’y a pas de Temple, parce que le Seigneur Dieu et l’Agneau en est le Temple (xxt, 22). Et il entend une grande voix qui descend du trône et qui dit : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes. » Et celui qui était assis sur le trône . dit: « Tout est accompli, je suisl’A/pha et l'Oméga, le commencement et la fin : à celui qui a soif je donnerai à boire de la source de l’eau de la vie » (xxx, 3-6). Nous sommes bien loin des récits des Synoptiques,; nous sommes dans le symbolisme le . plus éclatant, parfois le plus violent, qui se puisse imaginer, mais notre prophète n’est pas un prophète qui se détache de la tradition des apôtres. Etde même qu'il connaît Jésus crucifé et ressuscité, « le premier né d’entre les morts », celui qui « nous - a délivré de nos péchés par son sang » (1, 5), de - même il sait que les apôtres sont les prémices du - peuple nouveau, il voit leurs douze noms écrits sur - les fondements de la Jérusalem céleste : « Le mur de x la cité a douze pierres de fondements, et sur ces douze pierres sont les noms des douze apôtres de - l’Agneau » (xxr, 14). he

De.

‘Quatrième donnée historique. Il y a plus de trié 4 communs entre l’Apocalypse et l'Évangile de saint ! Jean qu'entre elle et aucun livre du Nouveau Testa= — ment. Cette « source de l’eau de la vie », c’est celle

- que, dans l’évangile de Jean, Jésus a promise à la + Samaritaine. Mieux encore, le Messie vainqueur porte un nom dans l’Apocalypse, celui-là même que l'évangile de Jean applique à Jésus-Christ, le nom re de « Verbe de Dieu » (x1x, 13). Rien n’est si hardi que d’être conservateur! « Je professe cette hérésie critique qui attribue l’Apocalypse et le [quatrième] évangile à un mème auteur », écrivait récemment M. Harnack. Puisse l'initiative de M. Harnack nous.

défendre, nous critiques ecclésiastiques, du reproche de réaction, lorsque nous affirmons que l'au-

teur qui a signé l’Apocalypse est l’auteur du qua- 5

trième évangile. :

Ce qui est sûr, c’est que le livre de l'Apocalypse js se réclame de l’apôtre Jean. Le titre même nous.

annonce « l'apocalypse de Jésus-Christ us Dieu a

«Celui qui a attesté le discours de Dieu et le témoi- gnage de Jésus-Christ, tout ce qu’il a vu » (Apoc. 1, 1-2). C’est Jean, l'apôtre Jean, qui rend témoignag à la prophétie de ce prophète. — Et ce qui est: aussi, c’est que le livre de l’Apocalypse a été pub

\ Asie pour les églises d'Asie. Il débute par une sorte d’encyclique aux sept églises d’Asie : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, dec L'auteur de cette épitre connaît chacune - de ces sept églises. IL sait que l’église d'Éphèse a ‘epoussé de faux apôtres, qu'elle a souffert pour le nom de Jésus-Christ, mais qu'elle est déchue de

. sa première charité. Il sait que Smyrne est dans

. Vaffliction et dans la pauvreté, persécutée par « ceux

Sa a“

ve à une hôtesse que Du va frapper. Et ainsi des autres. L'auteur de cette épitre connaitdone de

peler àses fidèles, en des termes dont quelquespieus pouent sans GE connus, ne re “ 2

Saint Jean vécut à Éphèse ses dernières années, dont le souvenir s’est transformé en légendes miséricordieuses et solennelles. 11 fut le vieillard dont la prédication ne consistait plus qu’à répéter : Mes. petits enfants, aimez-vous les uns les autres, c’est là ce que le Seigneur commande, et pourvu qu’on le fasse, il ne faut rien davantage. Et il fut le vieillard auguste comme un pontife: on voulut qu'il ait porté sur le front le pétalon ou lame d'or insigne du grand prêtre de Jérusalem. Comme ses Jours se prolongeaient dans cette blanche vieillesse, on disait qu'il ne mourrait pas, et que, les apôtres ayant l’un après l’autre disparu, lui seul resterait, immortel, jusqu’au retour du Maitre. On raconta, et saint Augustin a pris la peine de réfuter cette légende, que saint Jean en effet n’était pas mort. Éphèse est la patrie des sept dormants! Il avait fait y creuser sa tombe sous ses yeux, par ses disciples, hors des murs d’Éphèse, sur la hauteur qui domine la grande cité, un soir : il y était descendu + vivant, et, après avoir embrassé ses disciples, il … avait ramené le suaire sur sa tête, comme un homme qui va dormir. Au quatrième siècle les … pèlerins s’imaginaient entendre le mouvement -

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tranquille de la respiration de l’apôtre endormi. Je feuilletais, ces derniers jours, le récit d’un » voyage aux ruines d'Éphèse. Un plan indiquait la topographie de ce terrain tourmenté, l'enceinte - compliquée des murs, les vestiges des deux anti- | quités, la païenne et la chrétienne: ici le temple … d’Artémis, le Sérapéum, le Stade, le Théâtre ,l'Agora; là cette curieuse basilique chrétienne, la « Double- … Église », l’ancienne cathédrale où se tint le concile S: d'Éphèse: puis en dehors des murs, à l’orient, au $ delà du temple d’Artémis, sur la hauteur où se … dresse une mosquée, au milieu de décombres et de : broussailles, l'emplacement de la basilique de saint Jean. Emplacement désolé, où rien ne subsiste plus de la basilique que des re les bases de quatre … énormes pilastres de briques et un mur de soutè- É nement, débris écroulés en une irréparable ruine. Une main pieuse avait ramassé quelques marbres et au milieu des ruines relevé une petite chapelle : L voici une dizaine d'années que cette pelite cha- pelle a été brûlée : il en reste quatre murs sans toiture et une dalle posée sur un chapiteau en # guise d’autel !, Plus pieuse que la terre qui indif- | féremment fait fleurir les mêmes acanthes sur toutes ces ruines païennes et chrétiennes, la mémoire des hommes ne connaît qu’un nom pour les dési-

ve E. Le Camus, Les sept églises de l’Apocalypse (Paris 1896), . 122 et suiv.

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