‹ Six lecons sur les evangilesChapitre 9 sur 13 · EE · texte numérisé non relu

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(Cor. v, 21). Dans des traits de ce genre, à peine indiqués, apparaissent les traits si bien marqués

tres que la passion; quelles traces ces mêmes épitres gardent des discours de Jésus; et enfin si récits et discours ont appartenu à un évangile écrit, où seulement à une tradition orale.

À la première question nous répondrons que les épitres de saint Paul supposent que les chrétiens à qui elles sont adressées connaissent l’histoire de Jésus antérieure à sa passion, et que le caractère de cette histoire n’est pas différent de celui que les évangiles synoptiques ont fixé. Saint Paul presse les Corinthiens d’assister les pauvres : la raison qui * doit les déterminer à être généreux est que « Notre- Seigneur Jésus-Christ qui était riche », —entendez » dans le sein de son, Père, — « a été pauvre pour. nous, pour que nous fussions riches par sa pauvreté » (IT Cor. vit, 9). Sans doute, cette pauvreté de Jésus doit être entendue au sens figuré : mais cette figure n'a de valeur que par le fait de la pauvreté matérielle dans laquelle Jésus a vécu. « Je vous conjure, dit Paul aux Corinthiens, par la dou- 8 ; ceur et l'humilité du Christ » (II Cor. x, 1). Le… Christ est « celui qui ne connaissait pas le péché »

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dans nos trois évangiles de la physionomie de Jésus : physionomie idéale, mais historique, car ce Jésus, en même temps qu'il est le Fils de Dieu

envoyé au moment où la plénitude du temps est <4

| venue, est un homme qui a eu une femme pour mère (GAL. 1v, 4) : il est juif de race et il s'est sou-

mis à la loi de Moïse (1bid.). Nous voudrions que

. Paul nous parle des miracles de Jésus, comme il

nous parle des miracles des apôtres (IL Cor. xu, 12) et des miracles qu'il a lui-même accomplis. Mais, à en juger par les épitres, et elles sont une bien minime part de la prédication de l'apôtre, il semble qu'il n’attache pas à ces souvenirs le prix que les évangélistes y attachent. « Les Juifs demandent des signes et les Grecs des raisons, et nous vous . préchonsle Christ crucifié » (I COR.1, 29-23). La passion est, aux yeux de Paul, le centre et comme le tout de la vie du Christ.

À la seconde question : qu'est-ce que les épitres de saint Paul doivent aux discours de Jésus? nous pouvons répondre plus explicitement. Nous avons vu, en effet, citer par saint Paul les paroles de l'institution de l’eucharistie dans les mêmes termes que nos évangiles. En d’autres passages, il invoque les préceptes du Seigneur, comme des préceptes d’une teneur définie et que les apôtres connaissent plus exactement que les fidèles. Les

Corinthiens lui ont demandé ce qu'il faut penser

du mariage. Paul répond : « Pour les vierges, je n'ai point de commandement du Seigneur » (I Cor. vit, 25). Pour les personnes mariées, « ce n’est pas moi, mais le Seigneur qui leur fait ce commande-

ment : que la femme ne se sépare point d'avec son mari » (vi, 10). Or le précepte de l'indissolubilité du mariage est un précepte que les trois évangiles synoptiques rapportent au nombre des maximes de. Jésus. Ailleurs (1x, 14) saint Paul exprime cette rè= gle que les églises doivent subvenir aux frais de l’a=postolat : « Aïnsi, dit-il, le Seigneur a ordonné à ceux qui annoncent l'Évangile, de vivre de l'Évangile. » Or ce précepte, que le disciple peut manger et boire dans la maison qu’il évang gélise, puisque l’ouvrier a droit à sa paye, est un précepte que nous retrouvons chez Mathieu (x, se et che Luc (x, 7). 3 Paul a pu être peu curieux des miracles du Maître; du moins il a été attentif à recueillir ses paroles, si. nous en jugeons par le goût qu’il avait de les citer ou de les rappeler. Dans son allocution aux presbytres de Milet, Paul termine en les exhortant 4 | générosité et au désintéressement : « Vous surtout, Vous savez que ces mains ont fourni à tout ce qui nous était nécessaire, à moi et à mes compagnons en tout je vous ai montré qu'il faut que les ouvriers [de l'Évangile] se souviennent des paroles du Seigneur Jésus et qu'il disait : Heureux bien plus __est-on à donner qu'à prendre » (Acr. xx, 34- -35). Et cette maxime est comme un fragment oublié par | “les Fi nSeistes du sermon sur la no gne. — « Bé-

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+ maudissez pas », écrit Paul aux Romains (x1v, 14): » et cette maxime est une adaptation d’un verset du ‘ sermon sur la montagne : « On vous disait : Tu

aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi : et

moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien - à qui vous haït, priez pour qui vous persécute et . vouscalomnie » (MAT. v, k3-44).— Lorsque Pauléerit aux Thessaloniciens : Le «jour du Seigneur vien- dra comme un voleur, la nuit» (I Tess. v, 2) : pour - conclure : « Donc ne dormons pas, comme les autres, mais veillons et soyons sobres » (v, 6) : com- … ment ne pas penser à la parole de Jésus : « Veillez . done, parce que vous ne savez à quelle heure - votre Seigneur viendra : si le père de famille sa- … vait à quelle heure [de la nuit] le voleur doit venir, sa veillerait » (Mar. xx1v, 42-43)?

. Dirons-nous que saint Paul avait en mains cet

cie primitif « hébreu » où Mathieu et Luc et : même Marc ont puisé? Bien des critiques le pen- + sent, et nous voudrions avoir une bonne preuve pour Je penser avec eux, mais il nous semble que cette bonne preuve n’est pas faite encore.

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En toute hypothèse, que Paul ait eu en mains #4 V'évangile primitif hébreu, les Dits du Seigneur,

ou une tradition non écrite, d’ailleurs conforme à À ces Dits du Seigneur, — cet évangile de Paul n’en dépend pas moins du témoignage des Douze, source de toute tradition et de tout évangile. Faisons aussi grande qu'il convient la part de l'inspiration per-" sonnelle dans la pensée de Paul: — aucun autre n’est plus que lui profondément entré dans l’interprétation du mystère de la croix, et c’est le don propre que Dieu lui a fait, comme Dieu avait fait aux autres apôtres le don de comprendre et de rapporter les simples récits et les simples paroles; — l'inspiration … personnelle de Paul n’en sera pas moins complémentaire. Elle suppose l’évangile de la première heure.

Mais pour Paul, comme pour Étienne, cet évangile de la première heure est, avant tout, une. à donnée et Jésus un principe. Et c’est en cela que l'esprit helléniste se différencie de l'esprit « hé-°1 breu », et les discours de Paul et d'Étienne des paraboles galiléennes et des récits galiléens.

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Jérusalem et Éphèse sont les deux cités évangéliques. À la première nous devons la tradition fixée par les Synoptiques, à la seconde l’évangile | selon saint Jean. Entre la tradition des Synoptiques et l'évangile de Jean, il y a des différences qui peuvent en partie s'expliquer par des différences de milieu et de moment, de vocation et d'inspiration, qu'il importe d'analyser avec soin pour mieux Comprendre aussi bien les Synoptiques que saint Jean.

| Éphèse était un des ports les plus commerçants — de la Méditerranée grecque. Elle était à l'Asie Mineure ce qu’Antioche était à la Syrie, Corinthe à

. Ja Grèce, Alexandrie à l'Égypte. Les « marchands

de la terre » dont parle l’Apocalypse (xviu, 9-24),

ceux qui trafiquent de l'or, de l'argent, des perles, de la soie, de la pourpre, des bois odoriférants,

de l’ivoire, des parfums, du vin, de l’ huiles du bl des brebis, des chevaux, des esclaves et même «de âmes des hommes »; et, avec les « marchands de

la terre », tous les Dole tous ceux qui naviguent, tous les Dalles tous ceux qui « travaillent la 3 mer », fous ceux « qui ont des vaisseaux en mer », tout ce monde actif et bruyant, l’auteur de l'Apocalypse avait pu le voir aller et venir sur le port et. dans les rues d'Éphèse. Ce n'était plus, comm à Jérusalem, un lent mouvement de prètres et di pélerins juifs, mais une infinie activité de Grecs, de Syriens, de Romains, de Juifs, une fourmilière É de levantins de tout accent affairés autour de tous les trafics et de tous les métiers.

Au nombre de ces « marchands de la terre.

que les navires débarquaient quotidiennemen dans le port d'Éphèse, on vit un Jour arriver deu x juifs, un homme et une femme tous deux ouvriers : ils étaient tapissiers ou fabricants de tentes. Le … mari s'appelait Aquila et la femme Priscille. Il étaient bien l'indice de cette perpétuelle cireul. tion dans laquelle vivaient les : juiveries du mond gréco-romain. Originaires de là province de Pont, ils s'étaient trouvés à Rome en 51, au moment où .

| l'empereur Claude en chassait les Juifs sous été D 5 qu'ils faisaient du tumulte à l'instigation d’un certain Chrestus, comme le rapporte Suétone. Aquil et sa femme avaient passé à Corinthe. C'est à eu

Corinthe. En 54, ils avaient quitté Corinthe en - même temps que Paul, et tandis que l’apôtre gagnait Antioche, ils s'étaient arrêtés à Éphèse.

—. Aquila et Priscille trouvèrent à Éphèse des misonnaires et des fidèles de leur foi. Si vous vous

mière leçon de ces juifs hellénistes, que nous vimes apparaitre dans l’église de Jérusalem, vous recon-

les d'Éphèse étaient de ces hellénistes instruits et cuteurs, mais capables de trouver dans leur édu- E. cation juive libérale le goût des idées nouvelles et des conciliations décevantes. Et donc en 54, il y avait à Éphèse deschrétiens, des «disciples», disent - les Actes (xix, 2), des disciples qui n'avaient reçu

Saint-Esprit.

Ils avaient été évangélisés par des hellénistes qui ur avaient prèché ce christianisme incomplet. Et

igogue, y entendirent Apollos « parler avec assurance » (Acr. xvinr, 26) : il ne semble pas que prédication scandalist les juifs hellénistes qui

entendaient, comme si elle n’eût rien contenu de révolutionnaire. Ce fait est très singulier, car vous

pollos était un de ces hellénisfes. Aquila et Prise, à leur arrivée à Éphèse, s'étant rendus à la

vous rappelez combien il en avait été autrement de la prédication de saint Étienne aux hellénistes des” synagogues de Jérusalem ! Cet Apollos, un alexan- | drin, était éloquent et puissant dans la science des" Écritures. Il connaissait Jésus et « enseignaïit exactement ce qui concernait Jésus ». Les Actes aj joutent : qu'il avait été « instruit de la voie du Seigneur », et qu'il avait un zèle ardent, mais qu’il ne connaissait que le baptème de Jean. Aquila et Priscille se rapprochèrent de lui et s’appliquèrent à lui « ex= poser plus exactement la voie du Seigneur »m (Acr. xvin, 26). Le fait de ne connaître que le bap- D tême de Jean, c’est-à-dire le baptème de la péni-… tence personnelle, prouve que ces premiers convertis d’Éphèse n'avaient point la notion du mystère de la croix, ou que, par condescendance pour les juifs que ce mystère révoltait, leur libéralisme s'était accommodé d’un christianisme évidemment 4 très différent de celui de saint Paul et des apôtres. Un an plus tard, en 55*, Paul, de retour d'An-M tioche, rejoignait Aquila et Priscille à Éphèse. Sa mission y devait durer plus de trois années. Ce fut une des plus pénibles missions de l’apôtre. Il fait allusion d’un mot à ces difficultés, dans sa première à. épitre aux Corinthiens, écrite d'Éphèse en 58 : « Une porte s’est ouverte à moi grande et plein

a fin de son séjour à Éphèse, et si cette porte s'est ouverte, c’est donc que longtemps elle fut fer- » mée? D'autre part l’auteur des Actes (xix, 8-9) té- - moigne que l’apôtre n’avait été reçu dans la syna- À gogue des juifs que pendant les trois premiers … mois de son séjour à Éphèse; que, passé ce temps, M les juifs ne l'avaient plus voulu entendre et qu'il s'était alors établi dans une sorte d'école appartenant à un Grec du nom de Tyrannos. Il y a lieu de croire que c’est là même qu'il avait rencontré ces « adversaires nombreux » auxquels son épitre fait allusion. Et lorsque, après tant de mois de pré-

dication quotidienne, il sentait l'ouverture se faire et des promesses s’annoncer, une soudaine - tribulation, dont le livre des Actes a noté seulement | les épisodes publics, vint mettre un terme préma- -turé à cette mission de l’apôtre. — Vous connaissez le récit des Actes {x1x, 23-40). Il y est question d’une ; émeute Dbnlre RARES per les su du

e livre des hotes ne dit certainement pas io & mit Paul, Fe écrit ses épiires dans l'émotion même

ns pas que vousignoriez, mes Res la tribulation qui nous FE survenue en Asie GE it a excessive

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sus de nos forces et que nous en étions dégoûtés” de vivre : ç'a été comme une mort intérieure, afin. que nous en eussions plus de confiance, non pointu en nous, mais en Dieu qui ressuscite les morts. Dans cette plainte douloureuse de l’apôtre retentit,« non pas le souvenir de l’émeute d'Éphèse, — saint, Paul avait connu bien d’autres périls et de plus graves, — mais la déception d’une espérance tr hie : la porte qui s'était un instant ouverte, grande” et pleine de promesse, s'était sans doute referméen sous la poussée des adversaires nombreux. à

L'œuvre de Paul à Éphèse avait été ruinée pa les oppositions d’un parti juif que Paul cette mêmes année 58 retrouvera à Jérusalem animé plus e core contre lui. Sept jours après son arrivée. Jérusalem, comme il est dans le Temple, voici ql est assailli, par qui? par « des juifs d'Asie », q se saisissent de lui en criant : « Au secours, Israc lites, voici l’homme qui partout prêche contre. peuple et la loi et le HA » (ACT. XXI, .

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sante à Éphèse, si nous n’étions assurés que Asie recueillit des apôtres et des disciples de la

Sans doute aux environs de 70, et dont longtemps encore après on montrait les tombes vénérées : en première ligne à Éphèse la tombe de saint Jean.

son Église contre les règles d'unité que le pape Victor voulait faire et fit prévaloir. Le pape avait “sans doute revendiqué l'autorité que conférait à

Paul, et il avait sans doute rappelé que les tombeaux de ces deux apôtres se voyaient à Rome

À origine apostolique de la tradition romaine. L'évé- ; que d’ Éphèse répondit à l’'évèque de Rome : «Eten sie aussi sont enterrés de grands Éléments, qui - ressusciteront au dernier jour quand paraîtra le Seigneur : : Philippe, l’un des douze apôtres, est enterré à Hiérapolis, et auprès de lui deux de ses filles,

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ses filles, et qu'Éphèse possédait le tombeau de ri pôtre Jean.

Au 1v° et au v° siècle l’usage s’est introduit d’ex-" humer les corps des saints, de les distribuer en 1 reliques, de les disséminer aux quatre vents de la” terre : mais chose pareille ne se fût point faite aux trois premiers siècles où une tombe était une chose sacrée et intangible. Et comme la liturgie du culte des saints n'existait pas dans les formes où elle devait se développer plus tard, une tombe, comme celles de Pierre et de Paul à Rome, comme celle de“ Philippe à Hiérapolis, comme celle de Jean à” Éphèse, était un monument qu'on ne pouvait avoir … ni l’occasion, ni la pensée de supposer. Nous igno-" rons ce qu'il advint dans la suite de la tombe de l'apôtre Philippe; mais pour celle de saint Jean, elle fut longtemps célèbre. « Les tombes de Pierre, de. Paul, de Jean et de Thomas sont bien connues, et ; l'on n'en connait pas d’autres de personnages [évangéliques] », disait saint Jean Chrysostome à la findu rv‘siècle. En 431 , quand se réunit à Éphèse le troisième concile général, un contemporain nous montre les évêques arrivant à Éphèse, visita

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