LES LEE A. A
trois évangiles synoptiques est celle que nous … adoptons. e.
Litlérairement, la triple tradition, c'est-à-dire … l'accord de Mare, de Mathieu, de Luc, s'expliquerait ï par le fait que Mathieu et Lue auraient Marc pour source principale. On peut observer, en effet, que, lorsqu'une parabole, un discours, un épi sode, sont rapportés par Mathieu, Luc et Marc ensemble, la rédaction de chacun des trois est la rédaction d'auteurs qui se copient : ce sont les mêmes dessins de récits, les mêmes mouvements … de dialogues, les mêmes rencontres des mêmes mots. Si l’on compare les trois rédactions, on constate sans peine que Mathieu et Luc sont indépen- | dants l'un de l’autre, et que des trois l'original est Marc. Et si l’on relève ainsi tous les passages où Mathieu et Luc dépendent de Marc, on constate que é Mathieu et Luc n’ont pas seulement suivi Mare et l'ont pour ainsi dire fidèlement décalqué dans des « passages pris séparément, mais qu'ils ont suivi l'or. dre qu'il suivait dans le groupement de ses récits, d et, généralement, dans les grandes lignes de la vie qu'il avait écrite de Jésus. 3 Mais Mathieu et Luc ont en commun une série de maximes détachées, de paraboles, de prophéties : nos deux évangélistes les rapportent avec les mêmes | coïncidences de mouvement et de mots que nous
penser qu'ils dépendent d’un évangile différent de - Marc, plus ancita que Marc, connu de Marc, et qui serait un évangile presque tout en maximes, en . paraboles, en discours de Jésus, un évangile qui s'ouvrait sur la prédication de Jean Baptiste.
1. La meilleure preuve que l’on puisse donner de cette source première, savoir de l'existence d'un évangile primitif distinct de l’'évangile de Marc, est la preuve qui se tire de l'existence des doublets chez Mathieu et Luc. En voici un spécimen:
Marc, xt, 9-13 :
- Commencement des douleurs cela. Prenez garde à vous : ils vous * traduiront devant les consistoires, et dans les synagogues vous
serez foueltés : devant les chefs et les rois vous serez traduits à … cause de moi, pour témoigner devant eux. Et dans toutes les nations d'abord il faut que soit annoncé l'Évangile. Et lorsqu'ils vous mèneront, vous ayant livrés, ne préméditez point ce que vous direz, mais ce qui vous sera inspiré sur l’heure même, dites-le : ce n'est … pas vous qui parlerez, mais l'Esprit-Saint. Et le frère livrera son frère à la mort, le père son enfant, les enfants se révolteront contre ee parents et les feront mourir. Et vous serez haïs par tous à - cause de mon nom : mais celui qui sera constant jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé.
Mar. xxIv, 8-14 : Luc, xx1, 12-19 :
Tout cela est le commence- - ment des douleurs. Alors ils vous Le Jivreront aux tourments el ils - vous fueront. Et vous serez haïs . par toutes les nations à cause de mon rom. Et alors beaucoup se- ront scandalisés, et ils se livre- ront les uns les autres et ils se haïront les uns les autres. Et beaucoup de faux prophètes se èveront qui tromperont main-
Mais avant tout cela, ils mettront les mains sur vous et vous persécuteront, vous traduisant danslessynagoguesetles prisons, vous menant devant les rois et :
les chefs à cause de mon nom.
Cela vous servira pour témoigner.
Mettez donc dans vos cœurs, de ne préméditer point votre défense : je vous donnerai, moi, une bouche et une sagesse à laquelle
Telle est l'hypothèse à laquelle la majorité des À critiques tend aujourd’hui à se rallier, savoir l’exis-"
tes gens. Et comme l'iniquité sera comblée, la charité de plusieurs se refroidira. Mais celui qui sera
constant jusqu'à la fin, celui-là
sera sauvé.
MAT. x, 17-29 :
Gardez-vous des hommes : ils vous traduiront devant les consistoires, el ils vous flagelleront dans leurs synagogues. Et vous serez conduits devant les chefs et les rois à cause de moi, pour témoigner devant eux et les nations. Mais quand ils vous livreront, ne préméditez pas comment dire, car il vous sera inspiré sur . l'heure même ce que vous direz.
Ce n’est pas vous qui parlez, mais l'esprit de votre Père qui parle en vous. Le frère livrera son frère à la mort, le père son enfant, et les enfantsse révolteront contre leurs parents et les feront mourir. Et vous serez haïs par tous à cause de mon nom. Mais celui qui sera constant jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.
Le phénomène des doubles récits, si souvent observé dans ta ;: livres historiques de l’ancien Testament, se retrouve ici, tndubi
ils ne pourront résister ni con-… tredire, eux tous vos ennemis.” Vous serezlivrés par vos parents,“ frères, proches et amis, ils en feront mourir d'entre vous. Et" vous serez haïs par tous à cause … de mon nom. Et un cheveu de votre tête ne Lombera pas : parla patience vous préserverez LE âmes.
Luc, x, 11-12:
Mais quand ils vous traduiront devant les synagogues et les magistratures et les pouvoirs, ne. préméditez pas comment ou que dire pour vous défendre, car « l'Esprit Saint vous enseignera sur .
l'heure même ce qu'il faut dire. |
-tence d'une source évangélique autre que Mare, “sorte de recueil des Dits du Seigneur (Aëyx xvouxxé), dont des critiques récents, M. Resch surtout, ont pensé entrevoir les vestiges hébreux dans le texte grec des évangiles existants, — un peu comme les Bretons entrevoient les restes d’Ys sous “la surface de la mer ! — On veut trouver une allusion à ces Dits du Seigneur dans Papias. Papias, en Leffet, rapportant une parole d’un presbytre contem- -porain de saint Jean, parle d’un évangéliste « hé- “breu » et plus ancien que Marc même : «.. dans le dialecte hébreu, il rédigea Les Dits du Seigneur, “que chacun traduisait commeil pouvait ! » Quant au nom de l’évangéliste qui rédigea ainsi en hé- . breu ou araméen les Dits du Seigneur, Papias croit savoir son nom, il en fait un apôtre, le publicain “de Capharnaum, saint Mathieu. À ce compte, Mathieu aurait rédigé en araméen le premier de tous les évangiles, et son nom aurait été donné à l’évan- “gile grec, notre évangile « selon saint Mathieu », * qui fut comme une adaptation à l'usage des grecs - de l’évangile araméen.
fe “tablement, et l’on en peut conclure la dualité de sources sous-
jacentes.
Rapprocher de même : Marc, 1v, 25. — MAT., x1I, 12, XX, 29: “Luc, vit, 18, xix, 26. — Marc, virr, 34-35. —MAT., x VI, 24-25, x,
“38-39: Luc, 1x, 23-24, x1v, 27-33. — Manc, vin, 38. — MAT. xvi, 27, - x, 32-33 : Luc, 1x, 26, xIt, 8-9.
Le Reir
L'impression qui se dégage de ces observations" est que nos évangélistes, quand ilsrapportent un ré" cit ou un discours, n’inventent rien de leur propre fonds. Ils disposent ces récits et ces discours dans: l’ordre qui leur parait le plus judicieux : mais le. détail de ces récits et de ces discours est rendu par eux avec le scrupule de copistes qui reproduisen la « parole de Dieu » telle qu'ils la trouvent écrites ou que des « voix vivantes » la leur redisent: 1 faut généraliser et étendre cette observation aux
snE récits et aux discours que Mathieu et Luc ont cha cun en propre : un quart, soit de Mathieu, soit de Luc. Il est probable que la plus grande partie de
liberté de choix : l’un peut négliger ce que lau préfère. Telles admirables paraboles, rapporti
par Luc seul, où par Mathieu seul, sont exactement es le même Le qe QU autres pertes |
“à des critiques, comme M. Resch, que l’on peut relever dans saint Mathieu la trace d’une source qu’ils “appellent « tradition pétrine hiérosolymite » : en- -tendez par là des paroles prononcées par Jésus, et 3 que, si quelque part, de préférence, on a dû aimer à les retenir et à les rappeler, c’est à Jérusalem et » dans l'entourage de saint Pierre. Telles sont les pa- | roles adressées par Jésus à saint Pierre (xiv, 28-31; -xvur, 24-27), et en première ligne — encore que M. Resch n’en veuille pas convenir — les paroles fa- “meuses (xvi, 17-19) : « Heureux es-tu, Simon Bariona, parce que ni la chair, ni le sang ne te l’a révélé, mais mon Père céleste. Et moi je te dis que tu » es Pierreet sur cette pierre je bâtirai mon église. » - Où, eneffet, mieux qu’à Jérusalem, dans cette église w dont Pierre avait été le fondement, pouvait-on conserver le souvenir exact de cette parole, disons lus justement, de ce jeu de mots, qui n’est pas un . jeu de mots grecs, mais un jeu de mots araméens? - Pareillement le récit de l'enfance de Jésus : sa généalogie, sa naissance à Bethléem, l’adoration les Mages, la fuite en Égypte : tout ce qui chez Mathieu précède l'entrée en scène de saint Jean- * Baptiste, serait un récit traditionnel et d’une tra-
t conservée dans un milieu éminemment juque comme était éminemment l'église de Jé-
ion trop pénétrée d'idées juives pour ne s'être
a QU
usalem. — On en a la preuve dans le récit del’en-
fance que nous a conservé Luc : récit plus riche que celui de Mathieu, comprenant l’annonciation « à Zacharie, l’annonciation à Marie, la visitation, la k nativité de Jean, la nativité de Jésus, la présentation, l'épisode de Jésus parmi les Docteurs : récit. dont le point central semble être le temple de Jérusalem : récit où durent se complaire les âmes chrétiennes de Jérusalem qui, comme le vieillard Siméon et la prophétesse Anne, attendaient toujours la consolation et la rédemption d'Israël. Les cantiques, le Magnificat, le Benedictus, le Nunc dimittis, nulle part n’ont dû être chantés avec un . sentiment plus profond de leur littérale vérité « que par des chrétiens de Jérusalem. Et il n’est pas jusqu’à leur rédaction, comme celle de tout le récit de l'enfance, qui ne soit plus hébraïque de tour 4 qu'aucun autre fragment de nos trois Évangiles. »
Que si ces récits de l’enfance de Jean et de Jésus, — dont nous avons dit en quel sens ils n’apparte-» naient que secondairement à la catéchèse aposto- 3 lique, — portent à ce point l'empreinte hiérosolymite et hébraïque, — que dirons-nous des récits et des discours qui appartiennent primairement à 4 la catéchèse apostolique? Donner des dates précises J serait ici une prétention injustifiable; mais du moins peut-on caractériser cette catéchèse apostolique telle qu’elle est représentée par nos vieux textes. 1
= Ces vieux textes, où se sont fixés par écrit les récits et les discours évangéliques, ne sont pas des
| textes purement historiques, strictement, si l’on entend par textes historiques des textes dont le rédacteur n'aurait d’autre souci que de rapporter exactement des faits ou des paroles à la facon des - chronographes ou des greffiers. Ces vieux textes, et je reprends en cela une vue quime paraît fort juste de M. Jülicher, sont des thèmes d’édification: ils sont écrits pour fixer une prédication orale, celle - des apôtres et des missionnaires de l'Évangile, pour empêcher de s’obscurcir le souvenir de Celui qui est « la voie, la vérité et la vie », pour éveiller la - foi en Jésus-Christ, pour la préciser et pour l’affer- 1 mir. Is sont bistoriques, en fait, parce qu'ils répè- tent ce qui a été vu et entendu, mais ils sont didactiques dans l'intention de ceux qui les ont rédigés, aussi bien que dans l'intention des apôtres dont ils reproduisaient les didascalies ou catéchismes. … Et alors, — tandis que ces didascalies apostoliques se développent avec rapidité en cette théo- Ë logie qui, dès les environs de 65 avec l’Épitre “aux Hébreux et de 58 avec l'Épitre aux Romains, pour ne citer que ces deux exemples, ouvre un monde nouveau de pensées et crée pour les - exprimer des formules inouïes jusque-là et des À imagesnouvelles, — notre étonnement est que nous
- frouvions ces vieux textes préservés de tout alliage 4 LEÇONS, 5
rt Ré de à
PCR CT RENNES,
avant nous, d’où vient que l'expression de « de l'homme » qui se retrouve sur les Livre
45) et si souvent chez saint Mathieu et chez saïñr re si une SPiEA dont FR Paul ne s
sus? Entre l’an 30 et l'an 60 de notre ère, af chrétienne s'était épanouie de tout le dévelop ment qui sépare l'Épitre aux Romains du premie 7 discours de saint Pierre dans les Actes, et qui f
de la lettre de nos vieux textes évangéliques - le
pression la plus archaïque de la foi. |
QUATRIÈME LEGON
Dans cette quatrième leçon, je me propose d’étuà dier avec vous le témoignage apostolique sur la L: vie et l’enseignement de Jésus, non plus tel que les # trois évangélistes synoptiques l'ont fixé, mais tel qu on peut deviner que le présentait saint Paul. Nous bornerons notre étude à celles des épitres de » saint Paul dont l'authenticité ne soulève, à l’heure | actuelle, aucune controverse entre critiques : les - deux épitres aux Thessaloniciens (a. 53*), l'épitre aux Galates (a. 53*), les deux épitres aux Corinthiens (a. 58*), l’épitre aux Romains (a. 58*- -59*), ’épitre aux Philippiens (4. 62*-64 *), l'épitre aux Colossiens et l’épitre aux Éphésiens (même date). à Les éléments que ces épitres nous fournissent sont peu nombreux, mais ils sont assez significatifs
prendreetà poursuivrelalecture des grandes épitres … de saint Paul, serait l'impression sévère que peuvent donner des pages de la plus difficile dialectique: | Sans doute l’apôtre les a écrites avec toute son âme : que de traits pathétiques où cette âme tra- | hit, comme dans un geste furtif, la tendresse, qui | lui faisait saluer « Rufus et sa mère qui est aussi la mienne » (Rom. xvi, 13); qui le faisait se comparer lui-même à une mère etappeler ses convertis «ses enfants » et le fruit de ses douleurs (GAL. 1v, 19); qui lui arrachait des larmes au souvenir de ceux qu’il avait vus, après une éphémère fidélité, devenir « ennemis de la croix du Christ » (Paizr. 1x, 18) ; — et, plus encore que la tendresse, l’impétuosité, la fierté, l’intrépide droiture, s’exprimant. dans les termes les plus humains, depuis l’exquise douceur jusqu’à l'ironie acérée et les éclats véhéments. Oui, toute son âme est dans ses épitres,. avec ses joies et ses angoisses, ses emportements et ses retours, d’un mot, cette sensibilité tourmentée, À dont je ne sache que la correspondance de Lamens 3 pais pour nous donner une aussi saisissante expé-. rience. Cette flamme intérieure trouve dans sa foi. un aliment nouveau: peu de saints ont donné à leur amour de Dieu des expressions aussi ardentes que Paul. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Qui donc nous séparera de l'amour du Christ? La tribulation? La misère? La persécution?
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La faim ? La nudité? Le danger? Le glaive ?... Non, non, nous triomphons de toutes ces détresses par celui qui nous a aimés, et je suis assuré qu'iln'y à ni mort, ni vie, nianges, ni puissances, ni présent, ni avenir, ni hauteur, ni abime, nicréature au monde,
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qui nous puisse séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ Notre-Seigneur » (Rom. vu, 31-39). Mais cette âme, passionnée comme les plus humaines et pleine d’élans vers Dieu comme les plus mystiques, est une âme dialecticienne, et ces » épitres sont des argumentations. La pensée de saint Paul n’est pas de celles qui se contentent de quelques faits concrets ou de quelques vues pénétrantes : une force intime gouverne sa pensée et l’oblige à organiser ces faits etces vuesen un système rigoureux, dont il rattache les uns aux autres tous les + anneaux en une chaine. Par là encore un Lamen- ” nais fait comprendre saint Paul. On peut pousser - plus loin le rapprochement. Ce qu'est le romantisme pour un Lamennais, le rabbinisme l’est pour saint Paul. Né à Tarse, en Cilicie, il a étudié, lui-même nous l’apprend (Acr. xx, 3), à Jérusalem, aux # pieds du plusillustre rabbin pharisien de l’époque, aux pieds de Gamaliel : « J'aiété instruit, dit-il, soigneusement dans la loi de mes pères. » Il a été élevé pour devenir un rabbin lui-même. Cette - - éducation a fait de lui un raisonneur, non selon la méthode d'un Origène ou d’un Augustin, d’un es-
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