CINQUIEME LECTURE
Messieurs de PInstituty
Mesdames et Messieurs,
Dans notre dernier entretien, je vous disais qu'un des résultats de l'annexion serait l'augmentation immédiate et considérable de la richesse publique. Je disais que la valeur de la propriété, en Canada, serait doublée par le seul fait de l'annexion.
' A part les nombreuses raisons tirées des modifications que subiront nécessairement nos relations commerciales, de l'abolition des douanes américaines, de l'immense impulsion qui sera donnée aux arts industriels et aux affaires en général, : raisons qui démontrent pleinement la vérité démon assertion ; l'exemple du Texas est là pour faire voir que dans des circonstances exactement analogues, des faits analogues à ceux que je prévois se sont produits.
Environ deux ans avant l'annexion du Texas aux Etals- Unis, la propriété mobilière et immobilière y valait en totalité moins de $18,000,000.
Deux ans après l'annexion l'estimation de la propriété a été portée à $37,000,000.
Elle avait plus que doublé.
Pourtant, Messieurs, le Texas était loin d'être placé dans des circonstances ou dans une situation à beaucoup près aussi avantageuses que le Canada l'est aujourd'hui.
Il avoisine des états où l'industrie Américaine est loin encore d'avoir opéré les prodiges dont nous sommes témoins au. Nord. Le voisinage de la Louisiane, de l'Arkansas, du Missi'ssipi, de l'Alabama vaut certainement moins que celui du New-Ybrk, du Massachussetts, du Connectiout, du Vemiont, dû New-Hampshire, du Maine, de la Pensylvanie et de
l'Ohio.
Je défierais volontiers tous les connexionnistes du pays de trouver une seule raison plausible pour combattre la prévisioi;
que j'exprime ; pour faire croire ea réalisation seulement dou"* teuse ; et d'un autre côté je croif^ pouvoir dire que les raison» qui viennent à son appui sont irréfutables.
Nous avons vu qu'avec l'annexion et la liberté de commerce qui en sera la conséquence nécessaire, le pays verrait ea production actuelle augmenter en valeur d'au moins $3^000,000. Cela seul donnerait donc, sur la propriété immobilière^ une augmentation réelle de $50^000,000.
Puis l'épargne que le pays fera sur ses dépenses gouvernementales actuelles réagira infailliblement sur le& fortunes individuelles, car moins le contribuable paie, plus il esf riche, et plus son revenu net est considérable, plus sa propriété a de valeur, cela est rigoureux.
£t puis encore, l'imm^ense commerce qui se fera par le St. Laurent sera certainement une cause puissante d'augmentation pour la propriété.
. Mais il est une autre cause d'augmentation aussi puissante, aussi féconde peut-être, que celles que je viens d'indiquer. . Que l'on parcourre le Canada daus toutes les directions ^ que> l'on examine toutes ses rivières, et l'on verra qu'il n'existe pas au monde un seul pays qui possède un système de navigation intérieure supérieur au nôtre. De plus et pardessu» tout, il n'est pas une de nos rivières importantes qui n'offre dès forces motrices incalculables, sans limites, que nous désignons ordinairement par un mot emprunté de l'Anglais» pouvoirs d^eau,
. Oui Messieurs, nos pouvoirs d^eau sont les plus beaux^ les plus inépuisables qui existent au monde. Ce sont des force» inutiles aujourd'hui, des valeurs mortes que nous n'utilisons pas parceque nous manquons de capitaux, et nous ne manquons de capitaux que parceque le Canada est une colonie* . Pourtant on avait imaginé d'établir des bureaux d'enrégis-^ trenient des hjrpothèques, afin de faire affluer les capitaux Anglais en Canada. C'était là une des conceptions de» hommes d'état du pays qui devait avoir les plus magnifique» résultats. '^ Les Anglais, disait-on, vont être à même main* ^^ tenant de se convaincre qu'ils peuvent placer des capitaux, '/ en Canada, avec sûreté, et par conséquent nous auron» d» f l'argent sans difficulté."
. £h bien, lés bureaux d'enregistrement n'ont pas amené luk
«en dans le pays, mais le gouvernement a étendu son patrô^ uagC) a en des places à donner, des affamés à repaître ; tout a donc été au mieux, à ^exception seulement de la prospérité publique, mais qu'est-ce que cela ?
Nous ayons donc, Messieurs, à notre portée, de puissants moyens de prospérité intérieure, mais le régime colonial n^nspirant pas assez de confiance aux capitalistes Anglais, ces moyens de prospérité, ces sources de richesses restent inexploitées : et je ne vois pas en réalité sur quoi l'on pourrait se fonder pour prétendre que, malgré le régime colonial, elles Yont l'être bientôt.
Avec Pannexion, an contraire, il y a quasi certitude que les forces motrices de nos rivières vont être de suite utilisées, parcequ'on pourra les acquérir à des prix comparativement très modérés ; parceque les premiers venus surtout auront ht certitude de réaliser de grands bénéfices ; parceque le Canada est un pays arriéré, où presque rien n'a encore été fait, et où conséquemment il y a beaucoup à faire ; enfin et suitout par'» eeque personne ne craindra l'avenir ; parceque le pays sera, m je puis m'exprimer ainsi, défînitivemant casé, et que l'an* aexion sera, pour lui, la fin de cet état purement transitoise dans lequel il se débat aujourd'hui, et qui seul empêche les capitaux étrangers d'y aâluer.
Par exemple, nous avons dans le voisinage immédiat de iiette ville une puissance motrice indéfinie, que des millîei»* de machines à vapeur n'égaleraient pas. Qu'en faisons-nous?. Bien. C'est un Américain qui est venu nous prouver que nous avoins là un immense trésor.
C'est un Américain qui, le premier, l'a exploité.
Si nous avions été incorporés aux Etats-Unis en 1815, né eioyez-vouB pas qu'aujourd'hui Montréal serait une* ville esr Mttiellenieiit manufacturière, plus peut-être qu'aucune autre ville de l'Amérique? Les capitalistes du Massuchussetts, du Connecticut, du Rhode-Island, auraient-ils tous préféré lemrs petits cours d'eau à l'immense fleuve qui passe devant cette ville? Cela n'est pas possible. Aujourd'hui surtout que Montréal est devenu le centre d'un district agricole populeux at étendu ; aujourd'hui que Montréal renferme une population de 50,000 âmes, et qu'on peut conséquemment s'y pro-* émet la main d'oMurre à faaa pàx, il n'y pas dé doqte qua- si
l'annexion nous était donnée, des capitalistes Américaliii? viendraient en grand nombre y fonder des établissements in* dostriels. L'espace est considérable, la pui«sance sans bornes, le fleuve inépuisable, le champ à peu près inexploité, iroilà des raisons plus que suffisantes pour les attirer. Il y a dans les états de la Nouvelle Angleterre, cinquante localités différentes qui n'offraient pas aux capitalistes le quart de5( avantages qu'ils tiouveront à Montréal, et où pourtant on a jeté des valeurs immenses I !
— " Mais, disent les ennemis de l'annexion, ne pensez- ^< vous pas que ce sera un malheur pour le pays, de que voir ** toutes nos forces motrices naturelles passer entre les mains ^' des étrangers ?"
— Je resfarderais peut-être cela comme up malheur, si nous pouvions aujourd'hui nous flatter d'en tirer le même parti que les Améncains ; mais il y a deux raisons qui nous mettront pendant bien des années encore, dans l'impossibilité de lutter avec eux, dans le champ de l'industrie ; d'abord le manqua de capitaux, ensuite et surtout le genre d'éducation que l'on reçoit dans ^e pays qui est précisément le contraire de ce qu'il faut aux hommes qui se destinent' aux affeires ; mais quant à cette dernière raison, ce n'est pas le moment de l'examiner au long, j'y reviendrai plus tard.
Quant au manque de capitaux, cela est admis, et quand même il n'existerait pas d'autre raison, celle-là est déjdt bien suffisante.
£h bien, nous ne pontons pas noas-*mêmes faire valoir les différentes sources de richesse industrielle qui abondent dansr notre pays, et nous allons niaisenoent jalouser ceux qui pour" raient le faire mieux que nous ! Nous avons des forces motrices que nous laissons se perdre, et noiis allons crier au malheur si ceux qui peuvent seuls les utiliser, les rendre productive»^ viennent y consacrer leur travail et leurs capitaux ! !
Pourtant, Messieurs, ce que le fabricant Américain gagner^ ne peut, sous aucun rapport, être regardé comme une perte pour nous, puisque nous ne sommes pas en état de réaliseri pour les employer au même usage, les sommes qu'il appliquera sur sa' fabrique.
Maii, par exemple, le capital que l'Américain viendra dépenser daiis le pays, pour y établir une fabrique^ et pour h\
tenir en opération, sera certainement un profit clair pour hona. Cela vaudra beaucoup mieux encore que la meilleure transaction commerciale. ' .
Si aujourd'hui, une compagnie se fonnait en Angleterre, dans le but de venir exploiter les pouvoirs d^eau de nos rivières, avec un capital de quelques centaines de milliers de louis sterling, y aurait-il, dans le pays, un seul homme assez insensé pour combattre un pareil projet, sous le prétexte que sa réalisation serait un malheur pour le pays ? Non, certainement ; il n'est personne au contraire, soit paimi les annexionnistes, soit parmi les partisans du régime colonial, qui ne s'empressât d'y donner la main.
Cela étant, comment donc ce qui serait jugé utile aujourd'hui, venant de y Angleterre, pourrait- il être mauvais, après l'annexion, venant des Etats-Unis ?
Que les ennemis de l'annexion nous expliquent donc pourquoi une importation de capital Anglais serait avantageuse, mais une importation de capital Américain pernicieuse ?
Vous le voyez. Messieurs, cette objection n'est due qu'à de misérables préjugés, ou à la plus dégoûtante mauvaise foi, ou à la sottise.
N'allons pas descendre au niveau de ces sordides vieillards qui, pour le bonheur de couver des yeux l'or qu'ils ont entassé, l'enfouissent en coffre, et ne l'utilisent ni pour les autres ni pour eux-mêmes !
En vérité, les inventeurs de cette triste objection me font justement l'effet de ces parcimonieuses ménagères qui ne se décident à offrir un fruit que quand il commence à se gâter.
— Voyons, me dira encore quelqu'un, j'admets que l'utilisation, par les Américains, des forces motrices de nos rivières, sera un bien pour le pays : mais- convenez aussi, que -si, après l'annexion, les habitants de nos campagne s^iendront s'établir en Canada, cela sera un mal.
— Messieurs, pourquoi les terres, dans le Bas-Canada, ne se vendent elles généralement que pour les deux tiers ou les trois quarts de leur valeur? Evidemment' parceque le nombre des acheteurs est excessivement restreint. Beaaucoup veulent vendre, peu peuvent acheter ; de là la dépréciation des biens fonds.
— IW —
SiPaaaexion 9.W Etata^UiBis arait lieivila'y I'' P^ '^^ doute qu^ beaucoup de cultivateurs Américain^ vieudiaienii s'établir eu Canada* J^ uombre des acheteurs augmenterait doncy.et o^çessakeiiient c^ussi la y^ileur des propriétés d^u pays en général»
Maintenant y a-t«ftl quelqu'un qui oserait «ootenir iafnopON eition suivante : ^^{J^vaat mieux, po^r les Ppii^di^AS Fr?n- ^< çais^ vendre leurs terres à d'autres Canadiens Fm^^^? à *^ 25 pour 100 de perte, qu'à des Américains, po^ leigr vaJeuc ^* entière ? " Je ne je crois pas car autant vaudrait dire : ^^ Il vaut mieux qu'un Canadien possède j£300 que 400."
Or la propriété devant augmenter, après l'anne^ioQ, non seu^f lement en luison du plus grand nombre d'acheteurs, mais aussi en raison de la disparition des entraves commerciales actuelles et du développement de l'industrie locale^ il est certain qu'après l'annexion la propriété foncière sera plus facilement réalisable qu'elle ne l'est aujourd'hui, tout en acquérant une valeur beaucoup plus uniforme et plus stable. Celui (j[ni voudra vendre sera dpnc alors exposé à moins de sacrifices qu'oi^ ne l'est aujourd'hui. Il y aura donc amélioration dans la situation du cultivateur Canadien et non pas danger ; car, pour un propriétaire, ou pour tous les propriétaires d'un pays, ce n'est pas dans la vente à tel ou tel qu'est le danger 5 il n'existe au contraire que dans la dépréciation des biens fond^, résultant de la stagnation des affaires.
L'opinion que la vente des biens fonds Canadiens à tien Américains sera un malheur pour les Canadiens Français est donc une palpable absurdité.
— Mais les Canadiens disparaîtront du sol
*^ Pas plus que les ^Ecossais du sol de PEcoaie, u^lgré la conquête et malg;ré plus <de70 ajis de tyrannie et de vexations de toute espèce : pas plus que les iFrançais du sol de Ja Louisiane, quoiqu'ils fussent^ quan( au nombre, un noyau de po* pulatioa insigniâant, relativement aux 650,000 Canadiens- Français du Bas-Canada.
Que l'annexion poisse avoir pour résultat des déplacements^ ladiTÎduds, je ne le aie pas: mais quant À un déplacement ée population, mêm^ d'aucune portion notable -de population, voilà .ce >quj «est impossilile. '
D'abord cela ne s'est jamais vu, excepté seulement datif quelques payis où un peuple conquis par l'étrangesi a été dépossédé au moyen de lois arbitraires, ou chassé en masse par la force physique. Or, dans le cas d'une annexion de ce pays aux Etats-Unis, aucun homme raisonnable ne peut prétendre que nous courions ce danger.
* Reste donc la prétendue • possibilité que des cultivateurs Américains viennent en grand nombre acheter des terres dans ce pays. Examinons cette question.
D'abord je demanderai à ceux qui se laissent effrayer par toutes ces prévisions sans fondement, si nous avons raison de craindre une forte immigration d'agriculteurs du Massachussetts, du Connecticut, de New-York, de la Pensylvanie et de l'Ohio?
Evidemment non, car dans ces différents états, les terres valent les nôtres, généralement parlant, le climat est beaucoup plus doux, les marchés sont meilleurs, les communications plus faciles, et les prix plus élevés parceque la population Américaine est plus riche et consomme plus que la nôtre.
D'ici à bien longtemps encore la culture de la terre sera plus profitable aux Etats-Unis qu'en Canada, parceque les villes y sont beaucoup plus nombreuses, et qu'après tout ce sont les grands centres de consommation qui donnent du prix aux denrées. Plus il a de bouches à nourrir, plus le cultivateur est riche.
D'ailleurs, les Américains se porteront toujours de préférence vers l'ouest où la terre a si peu de valeur et où elle est d'une si prodigieuse fécondité. Les prairies du Wisconsin, de l'IowB, éa Mûmesota et de l'Orégon, tant parcequ'elles sont vierges q^â cause de leur délicieuse température, obtiendront toujours la préférence sur nos terres déjà un peu fatiguées et couvertes de neige pendant cinq mois de l'année.
Il n'y aurait donc que l'agriculteur des états de Maine, de Vermont et de New-Hampshire qui ne redouterait pas beaucoup le climat du Canada, parceque soùs ce rapport il n'est guéres plus favorisé que nous; mais, même avec celui-ci,' il faut toujours faire entrer. en ligne de compte la supériorité d4 sol et du climat dei'ouest. Eh. bien; une immigration d?«T
gîiculteurs fournie par ces trois états seulement^ dont la population totale est moindre de 400,000 âmes que celle des deux Canadas, peut-elle être bien redoutable pour uiie population aussi compacte que la nôtre, et dont la force d'inertie est le caractère principal !
Maintenant, en mettant les choses au pire, je suppose que dans les deux ou trois années qui suivront l'annexion, trois ou quatre mille cultivateurs américains viendront chercher fortone en Canada. Disons qu'ils achèteront quatre mille terres, et qu'ils les paieront en moyenne $1,200. Cela fera une importation de capital de près de $5,000,000. Est-ce là le mal dont nous sommes menacés ? Certes, Messieurs, je crois que le Canada aurait fort mauvaise grâce à se plaindre d'un malheur de cette espèce!!! Ces $5,000,000, où iront-ils? Dans la bourse du cultivateur Canadien, qui ne les aura certainement pas sous le régime actuel, et sans l'annexion !
Dans un pays neuf et arriéré comme le nôtre, c'est un immense avantage qu'une immigration d'hommes laborieux, sachant mieux cultiver que nous et possédant quelques capitaux ; car celui qtd vend sa propriété pour à peu près sa valeur, peut toujours, avec la somme qu'il a reçue, s'il l'emploie judicieusement, devenir plus riche qu'il ne l'était auparavant.
Que font aujourd'hui les habitants des bords du St. Laurent ceux surtout qui ont de nombreuses familles ?
Ne les voyez-vous pas tous les jours, vendre leurs terres à 25 et 30 pour 100 de perte, pour aller en acheter de plus grandes dans les parties plus nouvelles, où la terre est à bon marché ?
Cent arpents de terre, sur le St. Laurent, valent généralement, au-delà de £500. Avec cette somme un cultivateur peut presque toujours acheter jusqu'à cinq cents arpents de terre dans les profondeurs du pays, et au bout de quelques années, il est sûr de doubler et même de tripler sa fortune. Personne que je sache n'a jamais découvert là-dedans un danger pour la population Canadienne ! Or si aujourd'hui des Canadiens trouvent leur compte. à vendre leurs terres, même a perte, à d'autres Cai;iadiens, ou à des Anglais, ou à des Irlandais, pour aller faire des défrichements à quinze lieue» ja leur résidence première, comment donc le fait de les
tèâdre> au pair, à des Aznéncams, porurraît*^! letif êttentâ-^ mble ? Si dix Américains viennent acheter dix terres dans une paroisse, et que les dix Canadiens qui auront vendu ce» terres, aillent en acheter d^autfes, unf peu plus loin, d'une étendue triple ou quadruple, la population Canadienne iura-téll^ perdu en itnportaâée, ou aura-t*eUé gagné ?
Combien de cultivateurs ne voyons-^ous pas morceller ïeUr^ propriétés pour établir leurs enfante t J*ourquoi le font-il* Sinon parcequ'ils ne peuvent pas vendre sans des saérificefi^ ruineux ?
S'il y avait plus d'acheteurs, ne vaudrait-il pas mieux,pour eux, avec l'argent d'une seule terre en acheter trois que les enfants défricheraient, et à chacune desquelles ils donneraient en nooins de dix ans, par leur travail, une valeur égale à celle de l'héritage paternel, sur lequel ils auraient été à l'étroit et seraient restés pauvres ?
Je crois donc pouvoir maintenir que le résultat le plus cer-^ tain de l'annexion étant l'augmentation dé la valeur de 1% propriété, par conséquent l'accroiss^nent de la richesse gé->. nérale, les Canadiens-Français acquerront,, si elle nous est donnée, une force morale et une influence politique. qu'ils ne pourront jamais obtenir sous le régime colonial^ ^ qui est, pour eux particulièrement, une cause incessante, irrésistible d'appauvrissement et d'infériorité.
Aujourd'hui nous nous affaiblissons annueliement de toute l'émigration Canadienne qui se rend aux Etats-Unis. «C'est certainement rester en-deça de la vérité, que àe porter le nombre des Canadiens émigrés au^ Etats-Unis, à 200,000. Cela seul n'est-il pas une cause puissante de. dépréciation pour la propriété ? Tout le monde sent ce mal, et il est im-^ xnense ; nos hommes d'état prétendent se donner beaucoup de Àiouvenïent pour y porter remède ; mais qu'ont*iîs fait? Rien. Et en eâet, sous le régime colonial, il est impossible d'empêcher cette ênfignltion, parceque tous les Canadiens qui sont aux Ëtats-Unis écrivent journellement à leurs parents, à leurs^ amis que s'ils vont les joindre ik trouveront de l'ouvrage, se placeront d'une manière avantageuse, feront des épargnes^ (][u'iis ne peuvent pas faire ici, en un mot participeront à 1» dierveJIleuse prospérité du peuple Amérioain.
'Bfl-tl pbssiUé qud de pareilles ioirîtations iaitei À des geyi», ^ vitent au jour le jour «u tnoyen de gains »i minimeé qu'ils né «ont pas toujours isûrs du pain 'du lendemain, res-. tent sans effet? Etidemmeut non, et aussi, chaque année 1» pays perd des bras qtki défrichetaieut ses lorêts si leur travail était rénuméiratoîve.
' Un homme qui n'est pàe suspect;^ puisqu^aujourdlmi il entremêle ses prédications religieuses de ■ discoius politique» contte l'annexion, chaqttef&i» que Pooeasian ^anprésesUey disait, il y a deux ans, qu'en Canada l'un» de ces trois choses manquait; DU PAIN,. DE L'ESPACE, OU UNE JUSTE LIBERTE et qu'il était en état d'assurer QU'AUX ETATS*. UNIS, ON TROUVAIT EN ABONDANCE CES TROIS ELEMENTS ESSENTIELS A LA VIE DES PEUPLES*.
Voilà coihment il expliquait l'émigration Canadienne aux. Etats-Unis I !
Cela n'explique guères, par ez^n-f^e, l'opposition acharnée qu'il fait aujourd'hui au mouvement amiexionniste ; mais il Y a tant de mystères dans la tactique du oorps auquel il appartient que ce serait folie de vouloir les expliquer tous:, ainsi laissons de coté celui-ci.
Toujours est-il que la seule conolusion possible de ces pasoles est qu'après l'annexion, le Canada ayant à souhait ces trois choses : ** du pain de' l'espace, et une juste liberté, '^ nôtre population ne sera plus forcée de les aller oheroher hors du pays; et l'annexion est certainement pour elle, le seul'Oaoyen de les obtenir-^
Cela me rappelle ce qu'un vieil habitant de la campagne, dont les enCantfi étaient. allés travailler aux Etats-Unis et l'ayaieut tiré de misère à leur retour, me disait naguèreS, avee iwe parfaite bonhomie : ^* Ma foi je n'entends pasgrand'ehostr << à tout ça, mais il y a pourtant une ehose certaine : c'est << qu'après l'annexion, il sera bien inutile de paitkr pourke ** Etats-Unis, nous serons .tout rendus.^'
Maintenant, Messieurs^ examinone une des plussinguUéim prétentions des partisans quand* iûêiiie du régilae eolôaial et du gouvernement responsable. /
— ** Vous voulez î'fttifiëXîo&, dîsént-ils, parceque les doua- <' Aes Anléricaines étaiit abolies, la production agrîooié du << pays vaudrait $3,000/X)0 de plus qu'elle ne icaut sàhalt^
^ S^m, oe qui angmeatemit en prôpartitm Ta t«iddr d^ far ^ propriété. Eh Bien, noi» ayons -iSfti. litoyen df obtenir cela ** sans l'annexion. Le mimMère fast les plus grands e£>it» ^ poaf obtenir Ik réciprocilé commerciale a^^eb les Etals-' ^ TJmi, sur les produits agricoles^ et Peètiendra Muis aucun *^ doute, car il conduit cette négociation avec tmtie PkabUeti *^'déiirdbie ;' ààm ce ck»y'no6 grsûns'ne paieroot plus de ^ droits, ils vaudront donc autant sous un systènMr de réci-^ /^ j^ticité qu'abc l'anneiâon ; la propriété aeqoerra doue ^ une valeur proportionnée à cette augmentation ; la réoifVD^ ^ cifé commereîale produira doâd au Canada les mèas» <^ avantages que l'annexion. ''
— Dans cette objection, Messieurs, il y a im peu de vrai et beaucoup de &ux. Il est vrai que la réciprocité commerciale sur les produits agricoles donnera à nos grains à peu près la même valeur qu'ils acquerraient par l'annexion, mais voilà le seul avantage que nous procurera la 'réciprocité.
L'annexion sera la source d^une foale d'avantages que 1» réciprocité né pourrait en aucunç manière nous donner, il est donc faux que pour le pay&, il soit indifférent d'obtenir l'une ou l'autre.
D'abord, Messieurs, obtiendrons-nous la réciprocité ?
—Eh sans doute, répondent les admirateurs du gouverne'* ment resp&nsoMe, qui ne voudraient pour rien au monde* commettre le péehé sans- excuse de douter de la réussite à» leurs ministres bien-aimés^r
£h bien, je suis loin d'être aussi pratique que. fMMses Messieurs, et je puis me tromper ; mais depuis que j'ai étudié un peu la question, il me semble que nous avons conti^r nous dix-neuf chances sur vingt ; que Pespoir d'obtenir la réciprocité est totalement dénué de fondement, et je dirai plus est souverainement ridicule, car pour nourrir un instant un semblable espoir^ il a fallu compter sur mie absence totale dt/ bon sens chez les Américains ; il a fallu les croire complètemeiit aveuglés et incapables de comprendre leurs intérêts: il aiiallu aussi les croire totalefhent ignorants de notre prouve 8i<* tuation financière. (1)
(1) Ceci était écrit en Février dernier. Tous les joorn«u|: i|iî« Mstériels prétendaient alors ^ue la réciprocité allait certalnemeiil étn^btenue*. , <
Ce n'était' pmirtant pa» an nfinistAre aetiiel qâ'il tipper^ teittût de compter sar l'iilhat)ilité d'atnnri ! ~
Dans les conventions intematiomeletf, dans les traitéa de
commerce, on ofire invatiablement à pen près l'éiquivalentde
ce que l'on demande, et on n'a jamais vn eïicore un gourer-*
nement demander beaucoup à un autre gouvernement et ne
rien loi offrir.
Au gouverfUntêtU responsoMe du Canada était véservée la première énormité de ce-genre.
' La réciprocité commerciale qtre nous demandons et offrons tout-à-la fois au gouvernement Américain ne doit s'étendre qu'aux produits oe l'agriculture et des forêts.
Pour ces. produits, les Etats-Unis nous dfFrent le seul marché où nous puissions obtenir des prix élevés, car ceux que nous obtenons en Angleterre ne sont pas suffisants.
D'un autre côté les Etats-Unis ne peuvent pas écouler en Canada leurs produits agricoles ou forestiers. Nous ne pou-*' Tons pas acheter d'eux ces produits, puisque nous les vendons parceque nous avons un surplus.
. Les Etats-Unis ne nous vendent donc que les objets de consommation que nous ne produisons pas et qu'eux produisent*
Ces objets sont des ;produits manufacturés de pluneuit espèces.
Or, tout en demandant au gouvernement Américain, l'abo' lition des droits Américains sur nos grains et nos bois, nous n^ofTrons pas d'abolir les droits Canadiens sur les produits manufacturés que notts tirons des Etats-Unis: en d'antfes termes nous demandons l'abandon des droits qui pèsent sur nous, mais nous ne voulons pas, de notre côté, faire l'abandon de ceux qui pèsent sur les Américains.
Le ministèje a voulu faire avec le gouvernement Américain de Injustice égale à la Sydenham, tout pour l'un, rien pour l'autre.
Des chiffres vous feront mieux saisir tout le ridicule de cette tentative.
i £n 1849 nos exportations de produits agricoles et forestier»
fttkX Ëtal8*Unià i«|iiéseiitadèxit «ne va^
leur d'environ - . - - - - • - 43^000,000
^6ur laquelle nous avons payé au '' 'gétivernemetit Amérioain pour droits
dédouane -..-,---. $600,000 Les exportations de même nature
faites par les Etats-Unis en Canada ^ tt*()nt représenté qu'une valeur de t 250,000
sur laquelle notre gouvernement a
. perçu $ 50,000
tour la même année, nos importations
des Etats-Unis en produits -manti-
faeturés indigènes valaient - - . - $3^500,000
sur lesquelles notre gouvernement
a perçu - $700,000
et les Etats-Unis ont importé du
Canada en articles de même nature
une valeur de------- $ 200,000
sur laquelle le gouvernement Américain a perçu.- ------$ 40,000
. Ainsi, Messieurs, si, en 1849, la réciprocité commerciale entre les Etats-Unis et le Canada avait existé telle que leei imnistres la proposent, voilà quels auraient été les bénéfice^ respectifs des deux pays.
Le Canada n'ayant pas eu à payer de droits sur ses exportations de produits agricoles et forestiers aurait évidemment fait un bénéfice net de $ 600,0000
Celui des Etats-Unis, sur les mêmes produits n'aurait été que de - - - $ 50,000
Maintenant, sur nos importations de .
produits manufacturés Américains, nôtre gouvernement aurait toujours
perçu ----:-*;-- $ 700>OOa
que le fabricant Américain eût con* séqaemment perdues.
£t sur les importations de même nature, faites d'ici par les Etats-Unis, le fabricant Canadien' n'aurait perdu
. que les *-*^$ 40,000
que lé gouvérnemeiït Américain a perçues.
Le total dès profita Américaisa ni'aiïrait donc été que de ----- $ 90,000 pendant que le total des profits Ca- &«idi«n6 Mutait été^ de '* - - «. $1,300^^)0
Antaût valait donc dire wn gonteraeiaent AmérH^m % ^* Ayez la bonté de faire présent an Canada des revenuB qu'il ** vous donne^ à la condition pourtant que le Canada ne vou» ** fasse pas présent des revenus que vous lui produisez."
Voilày Messieurs, le coup d'essai du goutemement respcn.-* eàble en fait de diplomatie extérieure ! !
Voilà les négociations que les journaux ministériels onf admirées sans réserve ; dans lesquelles ils^ n'ont vu que de l'habileté !
pe fait, Messieurs, c'est une amndne que nous avons deinandée au gouvernement Américain.
— Pas le moins de monde, disent les ministres, car nous offrons aux Américains la liberté de naviguer sur le St. Lau* rent, dont Us ne peuvent pas se passer.
— Quoi, ils ne peuvent pas se passer de la navigation du St. Laurent, et ils n'ont pas encore pensé à la demander depuis quarante ans ! Voilà quarante ans qu'ils négligent à ce point un de leurs plus grands intérêts f !
Mais il me semblait pourtant que la privation de naviguer sur le St. Laurent n'avait pas empêché les Etats-Unis de de** Venir le pays le plus prospère qui soit au monde ! ! Sans le St; Laurent, ils sont devenus cinq fois plus riohes que nous avec le St. Laurent ! I Est-ce là la preuve qu'ils ne peuvent pas s'en passer ?
Quel a été le résultat de la clôture du St. Laurent aux vais* seaux Américains ? Pas autre que le creusement du canal de l'Erié. Nous avons fermé à nos voisins le fleuve que la nattire leur avait donné comme à nous; eh bien, ils en ont creusé un autre ; est-ce encore là ce qui prouve qu'ils ne peuvent pas se passer du premier ?
Messieurs, lequel du Canada ou des Etats-Unis a te plus souffert de la faute, de la bévue commise par le gouverne-* ment métropolitain, en fermant le St. Laurent au commerce de l'ouest de l'Amérique ? N'est-ce pas évidemment le Canada?
Si l'Angleterre avait été moins exclusive, moins égoïste» qui sait si le St. Laurent, au lieu d'être canalisé par nous, il y a seulement quelques années, ne l'aurait pas été vingt ané plus tôt par l'état de New-York ? Qui sait si l'état de New-York n'autait pa» demandé comme une faveur d'en faire lés fniis^
qHi&tlraient été beaucoup moins considérables que le coût du canal de l'Erié ?
£t si cela fut arrivé, n'est-il pas certain que le St. Laurent serait aujourd'hui aussi chargé de vaisseaux de toute espèci^ que le Mississipi?
Voilà pour le passé. Eh bien, pour l'avenir, lequel du Canada ou des Etats-Unis est le plus intéressé à ce que les vaisseaux Américains descendent le St. Laurent jusqu'à la mer?
Les Etats-Unis ont le canal et le chemin de fer de l'Erié ; ils peuvent donc porter leurs produits de l'ouest à la mer sans passer par le St. Laurent. Ils ne peuvent pas, il est vrai, charger de gros vaisseaux sur les lacs, à cause des dimensions du canal de PErié, mais cela ne serait qu'un degré d'utilité de plus, et n'est nullement indispensable.
Mais le Canada, où en serait-il avec ses $18,000,000 de dette, s'il n'ouvrait pas tôt ou tard le St. Laurent au conamerce américain ? Sans lui, nos canaux ne produiront pas de vingt ans la moitié seulement des intérêts que nous payons ; c'est donc pour nous que l'ouverture du St. Laurent aux vaisseaux américains est une indispensable nécessité, car sans cela nous n'avons pour perspective qu'une énorme augmentation de taxes ou la banqueroute.
Ainsi donc, quand nos ministres ont osé dire au gouvernement américain : " Nous vous ferons la faveur d'ouvrir le St. Laurent à vos vaisseaux, à telle condition " ils n'ont commis là qu'un acte de colossale impudence car ce n'est pas une faveur que d'offrir à une partie adverse une mesure dont on a plus besoin qu'elle.
De fait la faveur eût été pour nous et non pour les Etats- Unis, car après tout nous n'offrons l'usage du St. Laurent anx américains qu'à la condition qu'ils ne passeront pas dans nos canaux sans payer les droits de passage ordinaires ; et ces droits que nous percevrons sur leurs vaisseaux nous sont bien plus nécessaires que l'usage de nos canaux ne l'est pour eux.
Tout en prétendant offrir une faveur, c'est donc nous qui en avons demandé une, ce qui prouve que souvent il y a loin <le la prétention au fait. .
Quand à la réciprocité commerciale sur les produits de
Pagriculture et des forêts, nous avons vu qu^eïle ne produirait aux Etats-Unis qu'un résultat insignifiant^ pendant que pour nous elle est une question vitale.
" Il suit donc de là que les ministres, loin d^offrir à pâu prés l'équivalent de ce qu'ils ont flemandé, n'ont rien offert du tdut ou peu s'en faut.
' Ils ont fait dépendre de l'octroi, par les Etats-Unis, d'une mesure nécessaire au Canada, l'octroi, par le Canada aux Etats- Unis, d'une autre mesure beaucoup plus nécessaire au Canada qu^aux Etats-Unis»
Yoilà les hommes qui se targuent, à tout propos de leur capacité pratique, de leurs talei^ts en fait d'administration .' !
On aurait pu pourtant, sans être de première force en diplomatie, découvrir que par la nature des besoins et des importations des deux pays, une réciprocité commerciale sur les produits de l'agriculture et des forêts seulement, ne constituait pas le moins du monde une égalité d'avantages ; car le Canada exporte pour une grande valeur de ces produits aux Etats-Unis pendant que les Etats-Unis n'exportent que très peu de ces produits en Canada. Une mesure de réciprocité affectant seulement ces produits ne produisait donc pas d'avantages équivalents.
C'esÇJe^ystême actuel qu'il existe une réciprocité d'intérêts, car si d'un cô^é, nous payons au gouvernement fédéral de forts droits sur les. grains et les bois que nous exportons aux Etats-Unis, d'un autre coté, les Américains paient au nôtre de forts droits sur les objets manufacturés qu'ils exportent en Canada : il n'y a pas, il est vrai, réciprocité sur les mêmes articles, mais les droits prélevés dans chaque pays sur des articles difierent^^llançant à peu près, il y a aujourd'hui réciprocité d'avantages. Si les Etats-Unis accordent Pentrée en franchise^os grains et nos bois, et que le Canada refuse rentrée en franchise aux produits manufacturés améri-< cains, le Canada fait un profit et les Etats-Unis une perte. •Voilà néanmoins ce à quoi les ministres ont prié le Congrès de consentir. Ils ont espéré lui faire changer le fait pour le mot, la réalité pour l'ombre. . Or il était certainemeutabsurde de faire une telle dêmalmm, surtout à des Américaitis et il dût été plus absurde encore à eux de l'accorder. Nous ne pouvons donc pas espérer d'obtenir la réciprocité sur les pro-
dttito de P^gricnlturo, sans o^rir ^n même temps de l'étendre AUX produits tpaaufacturéiB ; car alors seulement il y aurait compensation^ et alors seulemenjt nous pourrions prét^ndr^ avec raison que les avantages seraient réciproques ; que Ppffre serait en .proportion de la demande^
Si le gouvernement Américain eût consenti à la proposition qui lui a été âute par le ministère, voilà, en chiffres^ quel au- Riit été son résultat, pour l'année 18d0«
1 ^ . Le gouvemem^t Canadien au-
rait reçu sur nos importations de
produits 'manufacturés Américains $900,000
2 ^ . Par les péages exigés des vais»
«eaux Américains pour Pusage de
nos canaux (probablement) - ^ 400,000 3°. Le producteur Canadien aurait épargné sur nos exportations de bois et de céréales * - - . - - ^ 850,000
Total des bénéfices du Canada $2,150,000
Le gouvemeivent des Etats-Unis aurait perçu sur nos exportations de produits manufacturés - - - - $ 80,000
Le producteur Américain aurait épargné sur nos importations de grains des Etats-Unis 70,000
Total des bénéfices des Etats-Unis 150,000
Balance en faveur du Canada ^ ^ $2^009^000
Eh bien, Messieurs, «st-il si étonnant que nous n'ayons pas seulemient été écoutés ? cette habile Ujâgociation a-t<-elle du donner aux Américaine une très haute opinion de notrep aye ? Devons-nous nous féliciter d'être représentés à l'étrapger par des hommes de cette taille ?
Tout cela n'est-il pas précisément de laipêifie fqrçç que l'oiSie de <ÇENT LOUIS faite par les mêmes hcHonmes, il y a deux ans, à ceux qui dénonceraient LES lNCJE)iNPIA,IIÎ$S DU PALAIS LEG;SLA,TïF.
, Ce que j'ai dit ept donc vrai: j^eist une a^n^ié^e que fifmB soiQua^es allés demander au gouvernement .Améri$sain.: et^la sans y avoir d'autre ^re qp^ les dialribe? eg^iç fin â(m% PiWi-
«eînte parlementaire et le journalisnlè retentissent de ccmcert contre le gouvernement Américain/ contre leè 'Institutions Américaines^ et même contre la nation Américaine.
L^esprit du gouvememtfiî responsable est de se mettre aux genoux du peuple qu'il dénigre systématiquement ! I
Le miniatôre a cru mystifier le Congrès etl faisant sonner bien haut IHmmense service qu'il rendait aux Etats-Unis en lai offrant la navigation du St.- Laurent; le congrès s'est ihoqué de lui, et ne lui a pas même fait l'honneur d^me réponse. Alors le ministère a menacé de faire ce que les Anglais appellent de la rètaliation.
Le gouvernement Américain ne trouve pas que la navigation du St. Laurent soit aussi nécessaire à la prospérité des Etats-Unis que le ministère Canadien veut bien Pafîîrmer ; il n'est pas disposé à donner un vote de confiance dans le gou^ vernemerU responsable du Canada ; celui-ci, habitué à plus de docilité au sein de la législature, se fâche tout-de-bon, et exprime son intention de fermer ^le canal de Welland aux vaisseaux Américains. Or les deux tiers du revenu de ce canal sont produits par les péages prélevés sur les vaisseaux Américains ! ! !
Le gouvernement responsable menace dé se couper un membre pour se donner le plaisir de le jetter à la figure d'un adversaire ! ! !
Il va sans dire que celui des ministres qui a imaginé ce plan savait mieux que personne que l'état de nos finances le rendait inexécutable 1 1 que d'ailleurs la construction d'un canal dans l'état de New-York pour tourner les chûtes de Niagara est chose infiniment facile, car de Lockport au lac Ontario, il y a au plus, HUIT LIEUES DE DISTANCE. Or fermer le canal de Welland aux Américains, ce n'est pas le moins du monde les forcer de nous accorder la réciprocité, c'est tout simplement leur faire sentir l'utilité, la nécecfeitè d'en creuser un chez eux : c'est commettre la même faute qu'un propriétaire, qui après avoir bâti une maison, refuserait de la louer et de l'habiter. . Aussi n'a-t-on nullement pensé à fermer le canal de Welland ; et si on a fait Un peu de bruit c^ttit seulement pour se donner une contenance.
Maintenant vous croyez peût-êf rô que la faroe est jouée ? Nullement ; après tout ce tintamarre, voilà que tout-à-conp
le calme est revenu, et ajourd'hui les journaux ministériels chantent en cœur que le Congrès n'a fait là qu'un simple oublia qui sera réparé bientôt. On est plus sûr que jamais, maintenant que la session approdie, d?obtenir la réciprocité ! !
Ne pensez-vous pas, Messieurs, que si l'illustre Robert- Macaire venait faire un tour en Canada, il pourrait encore y apprendre bien des choses ?
Voilà donc le Congrès absous des anathêmes conditionnels qu'on lui lançait l'année dernière ; alors que le plus ancien journal français de cette ville qui, s'il. existe une politique ministérielle, représente cette politique, s'écriait, dans un de ces accès d'idiotisme qui l'obsèdent de temps à autre : ^* Honte au Congrès s'il refuse la réciprocité !"
Telle est, Messieurs, la logique du gouvernement responsable.
L'Angleterre viole l'engagement qu'elle avait contracté envers le Canada de lui donner protection et justiA ; le gouvernement responsable croit faire un miracle d'habileté en exigeant du Congrès vAméricain de réparer cette violation ! A lui la responsabilité des injustices de la métropole !
L'Angleterre adopte une politique ruineuse pour ses colonies et leur refuse une compensation : c'est le Congrès qui est obligé de leur accorder cette compensation ! ! Ce n'est pas sur l'Angleterre que doit retomber la honte de ses injustices et de son égoïsme ; c'est sur les Etats-Unis !
Pas un mot de blâme n'est échappé à ce journal contre le despotisme et l'indifférence de l'Angleterre envers le pays ; car c'eût été affliger et em^rrasser le ministère ! ! c'était le Congrès qu'il fallait attaquer ; c'était le gouvernement Américain qu'il fallait taxer d'illibéralité, en cas guHl n^acceptât pas une proposition ridicule ! !
En rejetant, par avance, tout le blâme sur le Congrès, on préjugeait les ignorants, voilà précisément ce qu'on voulait ! ! En taxant Je gouvernement Américain d'injustice, de mauvais vouloir envers le pays, on prédisposait contre lui ces esprits superficiels qui ne découvrent que ce qu'on leur montre du doigt, et ne comprennent même pas toujours ce qu'on leur dit ; c'était autant de gagné contre l'annexion !
Avec les partisans de la morale des intérêts, il ne s'agit
— lâS -
pas d'être hoinme d'honneur ; tout est bon pourvu qu'on réus • ^866 à pallier l'ineptie de ses amis»
Dans tous les cas. Messieurs^ il me semble que si le minis-^ tère^ an ]teu de proposer une réciprocité boiteuse et purement liominale comme également avantageuse au.>c Etats-Unis et au Canada ; au lieu de se donner l'air d'être le msutre des <:onditiohs $ au lieu de donner ' à entendre que le Canada pouvait facilement se passer des marchés américains ; au lieu eurtout de menacer le gouvernement Américain de mesurais rétcUiatoires, avait adopté la tactique que lui indiquait éga^- 4ement le bon sens et les circonstances ; avait paru comprendre la position ac.tuelle du pays ; avait laissé/ entrevoir l'annexion des Canadas comme une de ces nécessités politiques dont il n'est donné à personne d'empêcher la réalisation : que conséquemment accorder la réciprocité, même telle que demandée, c'était fsusiliter les transactions entre les deux •pays, rendre leurs intérêts plus commuhs, leur liaison plus •étroite ) que c'était en un mot leur faire apprécier plus exactement les avantages qui doivent nécessairement découler pour eux de l'annexion ; que c'était l'amener indirectement et par des voies dont l'Angleterre elle-même ne pouvait pas raieonnablement se plaindre ; et qu'après tout puisque les Canardas étaient inévitablement destinés à tomber dans la confédération américaine, mieux valait pour celle-ci favoriser leur •développement industriel puisqu'il était de son intérêt de les admettre riches plutôt que pauvres et arriérés sous tant de rapports, et que cette avance se retrouverait un jour : il me semble dis-je, que si le ministère, ou plutôt le négociateur, se fût .placé sur un semblable terrain, il se serait acquis de suite les -sympathies des hommes influents aux yeux desquels on s'est rendu ridicule par des prétentions exagérées et insoutenables,
j — Mais ce sont là de ces choses qu'on ne dit pas ?
Et pourquoi. non, quand on les pense, quand on les sait vraies, justes ? Pourquoi ne pas accepter franchement une éventualité prochaine, un. événement certain?
Y a*t-il de l'habilité à faire semblant d^ignorer ce que tout Je monde sait, à ne faire aucune acception d'événements que tout le moi\de prévoit^ que tout le monde. sait être inévitables ? Est-ce se montrer bien compétent à gouverner un pays que de
oopdaMi à l'étmagerj uoe ségoeialioii d'une hnmeiuie utk portancoy sans paraître seulonent se douter de PaTenir pnK cham qui est réservé à c« paya?
Messieurs, là comme ailleurs, le miaistère o^a pw ea sortir de son ornière de prédilectionr les intrigue» de coterte, le» parlages d'antichambre, les moyen» détournés, les cireonTOriutioiiâ ordinaires aux hcnnme» qui sont incapaUes de s'éle^ ver jusqu'à la position qu'ils oocupenl; qui sont dans le» grands emplois comme ua homme placé sur une montagne r tout lui parait petit mais aussi il panât petit à tout le monde»
En un mot on a voulu faire comme d'habitude, de l'habit leté et, ooBome d'habitude, on n'a fait que du galimatias^
Je crois, Messieurs, avoir démontré, qu'à moins d'offîir aux Etats-Unis une mesure de réciprocité justey raisonnable, éga* lement avantageuse aux deux parties, il est illusoire d'espérer aucunes conditions Êivorablea du gouvernement fédéral.
Il me reste maintenant à vous fsire voir comment la réei* procité ne produira pa» au paya la dixième partie de» avan^ tages que nous sommes sûrs de trouver dans l'annexion.
A proprement parler, la réciprocité ne guéiira qu'une seule des plaies de toute espèce qui rongent ce pays et diminuent ■ses forces vitales ; elle augmentera le prix de nos grains et de nos bois qui n'est pas suffieant poor rénumérer le producteur.
Mais aussi veuillez faire attention que si d'un coté la réci<^ procité doit avoir l'effet d'enrichir le producteur, d'un autre coté elle aura inévitablement l'eâ^ d'appauvrir le gouverne^ ment ; car il est évident que nous n'obtiendrons pas la réciprocité 8!^ les grains et les bob sans l'ofirir en même temp^ sur les objets manufacturés ; alors le gouvernement de la pro» vince perdra un revenu de $8 ou 900,000 qu'il prMève sur nos imp(»tation& de produits manu^Eicturés américains. Qr c'est pa^rcequè le ministère sentait qu'if était impossiUe, sans ce revenu, de faire hce à tous les besoins du gonveraetaent qu'il a proposé cette mesure de réciprocité dont on s'est moqué à bon droit dana les Etatts-Unis.
Ainsi donc, la seule réeiprociié (|Qe nous puissioiis espérer d'obtenir augmentera bien le revenu du producteur eanadtea, mais diminuera d'un tiers celui du gpuveinampBt> tel qu'il se perçoit aujourd'hui»
ressources, le gouTemement n'a omm^i^ fDpjren de sapi^éor à : un âen^blable déficit.
La çondéqueuce de Pabte^tion de laxécipipcité peut ^epc être to reeours içzcê, inéyitable aux taxes directes poux si^btY^Qirtf^lix besoins du gpuvemement^ qui a toutes les peines du n^nde |i faire face à toutes nos dépenses publiques et aux intérêts de la dette,, même avec ses moyens actuels. Or Ja Réciprocité devant les diminuer d'un tiers^ qui devra combler le déficit? Evidemment le producteur Canadien que la réciprocité aura enrichi. Le gouvernement nous reprendra do^ic une grande partie de ce que la réciprocité nous donnera.
Voyons maintenant ce que l'annexion produira au pays, de prospérité, de richesse, de bien-être politique et social.
Avec l'annexion, Messieurs, il y aura entre les ^tats-Unis et le Canada, pleine liberté de commerce, avantage que; la réciprocité, telle que .voulue par le mini^ère, ne nousdounait pas.
Avec l'annexion, nous nous débarrassons de suite de notre énorme dette publique dont le gouvernement fédéral se char- - géra en échange de nos terres publiques que nous lui abandonnerons : la réciprocité ne nous donnera pas cela.
Avec l'annexion nos travaux publics acquierront de suite une valeur assez grande pour payer' toutes nos dépenses gouvernementales. Une fois le budget déchargé de l'intérêt de la dette publique ; uhe fois nos dépenses d'administration ramenées à un chiffre raisonnable, nous aurons bien vite un surplus considérable. — La réciprocité ne nous donnera pas cpla.
— Ourpeut l'obtfinjr sans l'annexion, dira-t-ou.— C'est possible, pQurvû toujours que l'on n'ait plus recours au génie diplomatique du ministère actuel.
Avec l'annexion, il n'y a pas de doute que les spéculateurs Américains viendront exploiter les moyens de richesse industrielle qu.'offre le . pays, et y verseront des capitaux considérables : la réciprocité ne nous donnera pas cela, et sous le régin^e cplp^ial il est impossible que les capitaux Anglaii . aIHuent en Canada !
• A^veç l'anaexio/i,.nou8 choisirons nos marchés, nous ac^é-
f èrOlls nos articles de èonsommâtion où' bon not» semMera ; }SL têeiprocité ne nôuâ dot^nersl pas cela !
Avec Pannexion^ Québec devient un despretniers chantier» •le l'Àmérlqnë pour la construction èeé taisseaax^ et soutiendra contre le Maine une compétition facile. Combien de vaisseaux neufs vendons-nous aujourd'hui à PAngleteiîe, tous les ans ? Un nombre insignifiant, relativement à l'importance de notre exploitation forestière I Combien après l'annexion en vendrons-nous aux Américains, dont la marine marchande égale déjà presque celle de l'Angleterre ? Autant qu'il nous sera possible d'en construire : la réciprocité ne nous donnera pas cela au même degré !
Avec l'annexion, l'Union des deux provinces cesse de suite; car l'ancienne pomme de discorde, la question des douanes, sera réglée par le fait que leur revenu appartiendra an gouvernement fédéral; dans ce cas, chaque province, à plus d'intérêt à forfner un état séparé: la réciprocité ne nous donnera pas cela !
Avec l'annexion, l'émigration Canadienne aux Etats-Unis se ralentira considérablement, car nous avons encore d'immenses forêts à défricher, et si la population ne s'y porte pas, cela est du uniquement à ce que la culture de la terre n'est pas aussi profitable en ce pays qu'ailleurs. Quand le travail sera rénuméré, quand les bras trouveront de l'emploi, on n'ira pas chercher ailleurs 'ce qu'on, sera sûr de trouver ici. Ce n'est pas quand on est riche que l'on quitte son pays, sa famille, ses amis, c'est quand on est pauvre, c'est quand on ne trouve pas chez soi ce que l'on trouve ailleurs.
De plus il est hors de doute qu'après l'annexion une forte proportion des 200,000 Canadiens émigrés aux Etats-Unis reviendront au pays qui, alors, leur offrirait plus de chances du succès qu'aujourd'hui, et où ils seraient sûrs de retrouver les institutions Américaines qu'ils admirent et bénissent depuis qu^ils les connaissent.
C'est la détresse générale, c'est le besoin et PimpossibîKté de igagner qai les ont forcés de s'expatrier : eh bien, qne cette détresse cesse, qu'ils aient l'espoir de gagner dans leur pays, même un peu moins qu^ils ne gagnent ailleurs ; que le.gouverpement et les institutions, absurdes qui ont appauvri le Canada disparaissent, et beaucoup d'entre eux reviendront 5 et
ils t^ffiamAfOnt améliorés, pltn adtifs, plufl iHatrtiits, meilleum ourriers, meilleure cultivateure qu'ils ne l'étaient avant leur ùépAtt, La population Canadienne acquerra plus de force p:^r leur retour qu'elle n'en a perdu par leur dépail : ki réciprocité ne nous donnera pas cela !
Ayec Fannexion, toute la propriété du pays doublant de valeur, les tenes incultes se défricheront plus rapidement^ et 1:t population Canadienne regagnera bien vite en richesse, et par ses propres forces, ce que l'émigration lui a fait perdre, même BÎ 4!elle«ci ne rentre pas au pays ; la réciprocité ne nous donnera pas cela au même degré, car elle ne peut pas avoir sur la propriété le même effet d'accroissement que l'annexion.
Voilà, Messieurs, quelques-uns des avantages matériels que l'annexion procurera au pays : passons maintenant aux résultats politiques, aux conséquence^ morales qu'elle amènera.
D'abord, et en premier lieu, nous pourrons nous flatter d'être, comme peuple, sur un pied d'égalité parfaite avec les plus puissantes nations de l'Europe ; nous ne serons plus sur le quatrième ou le cinquième plan, nous serons sur le premier : nous ne serons plus une colonie, c'est-à-dire tme chose administrée par un commis de bureau Anglais ; nous serons un peuple ayant ses volontés libres de toute entrave, son action indépendante et propre, son libre arbitre absolu.
Alors, Messieurs, une belle carrière politique sera ouverte au talent et à l'activité des citoyens du pays. Cette carrière eiiate-eUe aujourd'hui ? Etes-vous jugés dignes d'un emploi à l'étranger ? En êtes-vous crus capables ? Le régime colonial n'e«t-il pas une prison pour le talent comme il est une prohibition contre l'industrie, une barrière élevée contre le progrès d'un pays ?
A-t-on jamais pu, en Canada, obtenir le plus modeste emploi même dans l'armée anglaise sans le demander à genoux ?
Heureusement le petit nombre des demandes de cette espèce prouve combien cet insigne honneur est apprécié ^daus le pays ?
Avec l'annexion, Messieurs, nous passons de l'enfance à l'ftgemûr: nous grandissons politiquement de toute la hauteur qu?il y a de la liberté d la dépendance ; nous avons mire
part d^inflttei&oe dona le oonseil gèn^l 4e la fïati^ii, dessus duquel il n'y a rien que la maHituXum et 1^ justi^^! !
Ai^ec l'annexion^ nos hommes publics sont ai^léy» sjbt «un des premieir» théâtres du monde» le Qm^rès des Etat9*Vmsf f Ils peuvent être députés, sénateurs, ministres d'un petuple Âe vingt-cinq millions d'hommes. Rien ne les em|>éohe d'être portés à la première place de l'état, si leurs services ou le^r génie leur donnent le droit d'y aspiier. La carrière diplomatique leur est ouverte; ils peuvent être ambassadeurs, consuls, etc., etc., la carrière militaire leur est également ouverte.
Nous jouirons en un mot de tous les droits des citoy^eais Améncains. Sous le régime actuel, jouissons-nous des droits et des privilèges des sujets Anglais habitant les trois royaumes ? A proprement parler ne sommes-nous pas les sujets des sujets de la Reine d'Angleterre ? La plus haute position qu'il nous soit donné d'atteindre, n'est-6e pas tcel^e de procureur général de province ? Au-delà «de cette limite,'C'est l'infini,! !
Avec l'annexion, nos institutions deviennent purement électives! les différents emplois publics qui sont aujourd'hui conférés sous le bon plaisir de la coterie qui est.au pouvoir, seront adjugés au plus digne, au plus habile, et non à un piPtégé souvent incapable mais intrigant.
Nous aurons un gouverneur de notre choix, des coruièiHers jégiâlatifd ou sénateurs de notre choix;; des chefs de bureau de notre choix ; des magistrats de notre choix ;. des officiers de milice de notre choix ; l'éligibilité ne dépendra plus que de la confiance publique et non du chiffre de la fortune personnelle.;) les sessions de la législature ne seront plu3:a<^mises aii caprice d'un homme ou d'un, ministère'; elles seront fixées par la loi: nous réglerons nos dépenses intérieixres à notre guise sans avoir le veto d'un éttanger toujours eui^pendu sur nosacte» ; il n'existera plusdeliate civilepourila vie du souvemin ; car le souverain ce sera le peuple, et il a^f a pas' besoin de se créer des sauvegardes contre lui-même.!
Avec l'aimexion, le prestige d'une eouronne, les préjugés monarchiques n'existant plus, nous n'aurons plus sous les yeUx le déplorable spectacle que nous jayonâ depuis dix ans, celui de nos mandataires faisant assaut de servilité envers l'Angftetarre^.protestant hypocritemj9nt.de lei^r dévouement et de igur
Joyautéy bénissant la jiiBtioe métfopolitaine, écoutant avec do* .cilité, et recevant avec un profcHid respect tout ce niais gri-* moire ministériel qu'on appelle le discours du trône I ! . Avec l'annexion^ le patronage sera détruit» et nous verrons dispaxaitre de leur honteuse arène les trop ncHnbreox acteurs de cette lutte désespérée pour conquérir des places et des salaires» que nous avons vus depuis dix ans à l'affût de toutes Jes bassesses. Non, Messieurs» après l'annexion» nous n'au^ rons plus la douleur d'être journellement témoins du plus démoralisateur de tous les spectacles» celui d'un vrai steeple^ chaae à plat ventre de valets d^ antichambre, dans lequel celui qui rampe le mieux est toujours sûr d'obtenir ICprig^! De même que le patronage monarchique a l'effet de dégrader les masses et les individus^ de même le système électif a celui de les grandir à leurs propres jeux, de les relever moralement» d'ennoblir leurs sentiments» de leur donner cet esprit d'indépendance que nous avons perdu» de réveiller chez eux cet instinct de respect de soi-même qui existait en Canada avant 1837 et que le gouvernement resjpansable a fait .devenir si rare ! !
Avec l'annexion vous ne verrez plus les hommes qui ont pendant vingt ou trente ans marché en tête du parti libéral rougir de la démocratie^ et une Ibis devenus m>inùitre$ re»- .ponsables, s'opposer en pleine chambre d'assemblée à une mesure importante, sur la seule raison qu'elle a une teinte républicaine.
Après l'annexion» vous ne verrez plus des ministres libéraux restreindre par tous les moyens possibles les droits et privilèges de la chambre» pour augmenter et étendre d'autant les prérogatives de la couronne qui» en définitive» ne sont que leurs propres prérogatives, leurs plus puissants moyens d'influence et de corruption ! ! Vous ne verrez plus une chambre d'assemblée assez servile pour consentir à ces actes de suicide I
Avec l'annexion vous ne verrez plus des ministres libéraux ayant à toute heure sur les lèvres le mot de responsabilité, refuser à la chambre communication des correspondances échangées entre eux et le bureau calonial» soua le prétexte qu^elles sont confidentielles ! l Quoi^ il y a des actes des ministres coloniaux^ soi-diwnt
responsables, qui sont des secrets pour la ehambre ! Les miniâtres pourront donc quelquefois cacher des fautes graves en prè« tendant seulement qu'ils ont reçu des confidences da Secré* taire des colonies ! ! Est-ce là ce qu'on appelle de la responsabilité ? Est-ce là ce que l'on appelle des institutione plu libres que celles des Ëtat-Unis ? Il n'y a donc pas que le gouverneur qui soit indépendant de la chambre !
Eh bien vous avez vu une majorité libérale endurer patiem» ment l'impertinence de ministres qui sont venus lui dire : ** Vous ne devez savoir> sur nos relations avec le bureau co*lonial que ce qu'il nous convient de vous apprendre ! ! "
Avec l'annexion, vous ne verrez plus un ministère libéral se recomposer presqu'entièrement sans demander pour ses nouveaux membres l'approbation du peuple auquel il se dit responsable ! Vous ne verrez plus un ministère éluder la constitution ; et afin d'éviter de se présenter devant le peuple pour le faire juge de sa politique, choisir ou faire entrer tous ses nouveaux membres daub celle des branches de la législature sur laquelle le peuple n'a aucun contrôle !
Jamais moquerie plus amère n'a été jetée à la face du peuple de cette province !
Jamais impudence plus flagrante, jamais tripotage plus odieux n'ont été reprochés au bureau colonial et à ses gouverneurs aux plus mauvais jours de notre histoire ! Le ministère Draper n^a rien fait d'approchant ! Jamais il ne s'est moqué à ce point de l'opinion publique et des plus simples lois de l'honneur I
Aujourd'hui, Messieurs, trois sur quatre des ministres du Bas-Canada, possèdent leurs portefeuilles sans avoir eu l'assentiment et l'approbation d'aucun des collèges électoraux de la province ; ils n'en ont pas eu d'autres que celle des minisnistres en office ! Voilà encore ce qu'on appelle en Canada de la responsabilité I Voilà les ministres qu'on vous dit être plus responsables au peuple que les chefs de bureaux publics américains ! !
Avec l'annexion, vous ne verrez plus un chef d'administration oser dire à tout un pays ce que le premier ministre
actuel nous a dit implicitement à la dernière session. (1) " Il
(I) CeUe de 1850, . '
<^ n'est pas nécessaire d'étendre le principe électif au conseil ^. législatif puisque je suis au pouvoir. Plus tard nous verrons." Sans doute ces mots n'ont pas été dits, mais la chose Pa été ; Pidée dé l'orateur était transparente comme le cristal !
Et vous ne verrez pas davantage une législature accueillir une pareille forfanterie par un vote de confiance dans celui-là même qui l'a proférée 1 1
Avec l'annexion, il ne 'sera pas loisible au gouverneur de refuser sa sanction à une loi passée par les deux chambres f Vous n'aurez plus, à quinze cents lieues de vous, une autorité sans connaissance exacte de vos affaires et de vos besoins, et surtout sans contrôle efficace, libre de suspendre, pendant deux ans, la sanction royale, sur quelque mesure que ce soit.
" — C'est un droit qui ne s'exerce que rarement, dit-oii ! !
. — Rarement ou non, il s'exerce, donc il existe. On a donc mis des restrictions constitutionnelles au pouvoir de la législature. Elle n'est donc rien sans le biireau colonial ! !
En vous donnant le gouvernement responsable, on n'a donc fait qu'allonger un peu le licou!! Le ministre des colonies peut donc toujours nous regarder comme des élèves de collège auxquels il convient d'accorder de temps en temps de légères faveurs, mais aussi auxquels il faut bien quelquefois faire les gros yeux pour les tenir dans le devoir. ,
^< Je plains profondément, dit Mr. de Beaumont, celui qui '^ se croit libre paicequ'il n'est pas en prison, quand il existe " une loi qui permet de l'emprisonner."
Eh bien. Messieurs, la législature du pays est constamment exposée à voir le bureau colonial exercer son droit de restriction contre ses actes. Or la possibilité journalière de l'exercice arbitmire d'un droit absolu de restriction, de l'application arbitraire d'une peine quelconque, est la restriction même, est la peine m^me pour celui qui en est menacé. Mais pour sentir cela il faut être homme de cœur, voilà pourquoi ceux d'entre nous qui sont passés à l'ennemi ne le sentent pas ! !
Avec l'Annexion, vous ne verrez plus un ministère libéral destituer des officiers publics parcequ'ils auront publiquement exprimé une simple opinion sur l'état des affaires, sur les besoins du pays. Vous verrez encore moins un ministre
libéral (1) avouer explicitement, dans i'enoeintè législutive, * que l'administration aurait pu s'abstenir d'être aussi Bèrëe&Mi ' elle n'avait pas été composée de libéraux !
C'est-à-dire que notre position est si fausèe qu'un ministère . libéral se croit obligé de punir des libéraux^- quoiqilHIs n'aient pas violé les lois, paicequ'il est libéral et 'qu'eux sont:; libéraux I ■..>-'»
C'est paroeque le ministère était libéral qu'il devait se raontrer plus sévère qu'un ministère tory ! C'est paroeque le '< ministère était libéral, qu'il se trouvait forcé de renier le libé-' ralisme ! I
Nous sommes si libres qu'un ministère libéral a du faire des injustices odieuses pour ne pas se compromettre aux yeux du gouvernement métropolitain !
Voilà pour le système ! Mais comment qualifier les hommes qui, par crainte de se compromettre, commettent, contre leurs compatrit)tes, des actes d'un aussi stupide despotisme^? .
Avec l'annexion, vous aurez là certitude d'être représentés d'après le chiâre exact de la population. Un bourg de mille * âmes ne ballancera pas, eji chambre, l'influence d'un comté de quarante mille âmes.
Pas un homme alors n'osera dire, à la face de son pays, que ce système soit mauvais ! vos mandataires n'oseront pas alors vous dire : '< Souffrons maintenant une injustice afin éPaC" quérir le droit d^ en exercer une plus tard* " Car quand ils *
vivront sous un régime républicain, sous un système qui Bera ' la conséciation et la garantie du droit et non sa négation^ ils sauront qu'on n'a jamais le droit d'exercer une injustice contre autrui, même quand on a volontairement souffert mie injustice de même nature que celle qu'on voudrait exercer I Sous un pareil système, ils apprendront (ce dont ils ne pafaissenÇse douter aujourd'hui) qu'on ne doit jamais désirer de commettre une injustice contre d'autres, car cela justifie celles dont on se plaint : ils apprendront, ce dont ils ne paraissent guères se douten que ^^pn est toujours libre de souffrir une injustice, on est^MiHMMKnbre d'en commettre contre les autres ! Et le peuple, lui, saura alors que ce sont toujours des hpmnies sans principes qui donnent de pareils conseils à leurs compatriotes:
(J> iMUr. Hincks^ -a. U ^
il saura que ce sont toujours ceux qui veulent être injustets envers les autres qui sont les plus mous/ les plus tièdés, les . plus lâches de tous les hommes quand il s'agit de soutenir, les droits. d0 • leur pays ; quand il est devenu nécessaire de défendre le terrain pied-à-pied ! Il saura alors, car il commence à s'en douter, que ces hommes qui lui ont promis de le servir . en violant le droit des butines n'ONT PAS MEME SU DE- FENDRE LÉ pIEN> et qu'au lieu de mériter sa confiance, ils nâ méritaient que son mépris !
Avec l'annexion, vos membres auront l'initiative de la proposition des lois, droit qu'ils n^ont aujourd'hui qu'à moitiéf ! Vous ne verrez plus un ministère réduire systématiquement > la législature au rôle subalterne d'un parlement de mpnarchie absolue, qui enregistre silencieusement les édits du maître i Pas" un homme alors, n'osera soutenir que ce système soit bon ^ . et que le pays qui le possède n'a rien à envier aux autres en fait de liberté !
Enfin, Messieurs, avec l'annexion vous ne yerrez plu? cur ' muler sur les mêmes têtes les charges de ministre et de re- présentant. dû peuple : vous ne verrez plus les mêmes hom- ♦ mes être tout-à-la-fois les défenseurs des prérogatives royales et les gardiens des franchises populaires ; anomalie ridicule, fonctions incompatibles, qui placent constamment uii homnàe entre son intérêt et son devoir ;' position fausse et dangereuse qui a gâté bien des cœurs, 'qui a fait bien des apostats, qui a produit bien des déshonneurs, qui a poussé beaucoup d'éminentes intelligences à prêter plus complaisamment l'oteille aux séductions du pouvoir, qu'aux éventualités et aux vicissitudes de la popularité !
C'est ce système usé qui a dominé .ceux qui furent nos i amis^. qui leur a fait -commettre toutes leurs fautes ; qui leur a fait renier les idées démocratiques ; qui^ malgré leurs protestations multipliées de patriotisme^ leurs professione réitérées de libéralisme, les a jettes si loin de leur route qu'il est impossible aujourd'hui d'établir une distinction entre leur politique et celle des ministères tories, si ce n'est à l'avantagy dé ceux-ci ! 1
C'est -ce système faux et illogique qui Jej? , a forcément fait • tomber 4e subterfuge en subterfuge, de faux pam en faux pas, Àe chiite en chute, de honte en honte, jusqu'à ce que, poussé?
jMir lett» propres actes de conséquence en conséquence^ ils en soient arrirés à proclamer la morale des intérêts comme la seule régie utile à suivre en politique, laissant la morale des devoirs aux imbéciles ! !
' On a cherohé à vous démontrer la supériorité pratique du principe de Futilité sur celui du droit ! On vous a dit que dans tout système politique le devoir était une fiction, l'intérêt seul une réalité ! Plusieurs ae sont laissés prendre à ces étranges principes ; le grand nombre n'en a pas saisi la portée ; quelques uns n'ont vu là que la tactique invariable des petits esprits et des mauvaises consciences.
Au reste, il n'est nullement étonnant que les honunes qui ont sacrifié les droits de leurs pays aient voulu fausser, chez le peuple, la notion du devoir. On sentait malgré soi son cêté faible: et d'ailleurs c'est ordinairement le transfuge qui aime & plaisanter sur l'honneur ! !
** La morale des intérêts, dit M. De Chateaubriand, est par << le ùlt anti-sociale. Que dit la conscience ? Respectez le «'-bieii d'autrui. Que disent les intérêts? Prenez le bien ^'-d'autrui^ La morale des intérêts prend donc pour levier <<4e8 vices des hommes au lieu d''agir avec leurs vertus.
*^ Qui remplit ses devoirs, s'attire l'estime: qui cède à ses ** intérêts est peu estimé. Les partisans de la morale des in- << tàréts puisent donc un principe de gouvernement dans une <' BOuroe de mépris."
Il est donc vrai. Messieurs, que c'est la morale des intérêts et-wm. celle des devoirs qui est subversive de l'ordre social. Il«st donc vrai que ce sont les partisans de la morale des intérêts, les adeptes du principe de l'utilité qui sont les vrais démagogues ! ! Il n'y a donc, en Canada, de démagogues que les ministériels du jour.
La morale des devoirs, c'est l'honneur, c'est la conscience !
'La morale des intérêts,, c'est la cupidité, c'est l'égoïsme.
L'une est toujours noble, consolante, glorieuse. L'autre est ordinairement basse, sordide, méprisable.
'Celle-là élève le cosur, celle-ci le dessèche : celle-là ennoblit lés sentiments, celle-ci les avilit : celle-là moralise les massés, celle-ci les dégrade : celle-là produit l'indépendance de' caractère ; celle-ci la détruit : celle-là engendre le dévouement, celle-^ les trahisons : le devoir découle de }'l^on-
neUTy Pintërêty de l'avarice, La morale 4e4 deyoi». c^ept toujours la vertu : la morale des intérêts, c'est très souvidnl la vice. Celle-là est toujours la vérité, celle-oi trop souvent le ijiensonge. ^ . >