‹ Six légendes Amércaines identifiées à l'histoire de Moïse et du peuple hébreu par le R. P. E. Petitot, O.M.I., missionaire au Mackenzie: OFrt Good-Hope (Mackenzie River's District), North-West territory, British North America, 21 décembre 1876Chapitre 10 sur 12 · T. AY · texte numérisé non relu

T. AY

a Les Wotanides, après avoir vécu en bonne intelligence avec les Tséquils où Nahoas, finirent par être en proie aux guerres civiles et aux dissensions, et furent enfin chassés de leur nouvelle patrie par ces barbares qu'ilsavaient accueillis et adoptés avec plus de générosité que de prudence. La chute de l’empire de Wotan, si tant est que cet empire ait jamais existé en Amérique, eut lieu, pense-t-on, vers le troisième siècle de notre ère. Les Wotanides, chassés par les Nahoas, se dispersèrent dans le Yucatan et le Guatémala. Quant à leurs ennemis, ils continuaient à affluer dans le pays, par le côté nordest du continent. Quelques Wotanides se mélèrent aux Nahoas et allèrent envahir, au onzième siècle, le pays des Aztèques au Mexique, dans lequel ils fondèrent une autre Tolan, en souvenir de Tulan de Chiapas ou Tulapan, leur ancien patrimoine dans Je Gustémala. C’est du nom de ces deux villes que les Nahoas prirent la nom de Toltèques, qui signifie homme de Tulan. Ce sont là les Toltèques orientaux ou à tête droile. Ceux qui vinrent au Mexique et au Guatémala par les côtes de ia Californnie furent des têtes plates, et on les nomme Tollèques occidentaux.

a On attribua à Wotan le culte religieux du mont Escurruchan, au sommet duquel on conservait un feu sacré dans une enceinte palissadée,

« Chez les Tarasques, peuple du Michoacan (Mexique), le même héros est counu et vénéré comme une divinité bienfaisante sous les noms d'Odon et d'/nodon.

« Les Othomies, autre peuplade mexicaine, le reconnaissent pour leur législateur, leur père et leur dieu, sous le nom d’Oton,

u«Wotan, héros, législateur et divinité des Tzendales, et Quetzal-Cohuati, législateur, héros et divinité des Toltèques, peuvent bien être identifiés l’un à l’autre. En effet,

Wotan est appelé le roi des serpents, et le nom de Quetzal-Cohuatl signifie serpent vert.

« Alex. de Humboldt identifie, sans doute avec raison, le dieu américain Wotan avec la divinité scandinave Wodan ou Odin, le dieu hindou Boudha, le thibétain Pouta-la, le cingalais Podda, le tamoul Poudan, le grec Boudea et l'égyptien Toth. Toutes ces divinités, en effet, présidaient au troisième jour de la semaine ainsi qu’à la planète Mercure, de même que le dieu tzendale préside dans le calendrier au troisième mois de l’année. C'est pourquoi M. de Charencey assimile Wotan ou Votan aux dieux congénères de Toth, Hermès ou Mercure. L'un et l'autre de ces écrivains s’accordent pour considérer le mythe de Wotan comme étranger à l'Amérique et d’origine bouddhique.

« Malgré le caractère de douceur et de bienveillance que les peuplades de la Nouvelle-Espagne reconnaissent à Wotan, certaines populations de l'Amérique centrale lui prétent un caractère funèbre. Ainsi, d'après Brasseur de Bourbourg, les Guatémaliens l’assimilent à Man, dieu de la mort. D'autres peuples même lui prêtent un caractère malin; ainsi les Maya-Qquiches en font le Mauvais-Esprit, génie cruel et malfaisant. La raison semble en être, dit l’auteur déjà cité, la haine qu'ils ressentaient pour leurs tyrans et leurs conquérants, les Nahoas du Yucatan, adorateurs de Watan.

« Dans les belles ruines laissées au Yucatan par les Wotanides, et spécialement sur les bas-reliefs de Palenqué, on voit représentés des pontifes revétus de robes longues et trainantes, tenant en main des encensoirs et portant sur la tête des tiares; on y voit la croix, appelée en mexicain Quiahuttztéot{(le signe qui répartit la pluie), c’est-à-dire la fécondité et la bénédiction dans ces régions équatoriales. Or la tradition dit que ce fut le serpent vert

(Quetzal-Cohuailt) qui le premier planta la croix au Mexique. Cette divinité disparut comme Wotan après qu’elle eut prêché sa doctrine et laissé des lois et une civilisation au peuple des Chives ou Nahoas.

« Enfin les auteurs déjà cités reconnaissent et admettent qu'il faut savoir distinguer, dans la légende qui nous occupe, le fait de l'immigration et du séjour des Wotanides au Guatémala, d'avec le mythe de Wotan luimême. Au premier événement il faut atlribuer la construction des villes, la fondation des quatre grandsroyaumes, etc.; mais le mythe, le culte et la tradition de Wotan et de ses grandes actions onf nécessairement dû être importés en Amérique par les sectateurs de Wotan qui prirent ensuile son nom même. »

Voilà ce que donne en substance le Mythe de Wotan et les conclusions auxquelles s'arrête cette brochure.

J’ajouterai à ce qui précède que les noms de localités ou de pays européens et asialiques qui se trouvent dans cette tradition, me paraissent mériter peu de confiance et avoir été ajoutés par les narrateurs espagnols, sans doute pour la plus grande clarté du mémoire wotanide qu'ils traduisirent. 11 n'est poiut facile de croire que les noms de Babel, de Jérusalem, de Rome, de la Chuldée, de l'Europe, etc., se soient rencontrés intégralement dans cet écrit, d'ailleurs composé d’hiéroglyphes. On ne pourrait, en tout cas, en constater actuellement l’authenticité, puisque toutes les pièces que l’évéque Nunez de la Véga possédait seul de cette remarquable légende, furent publiquement brülées par ce prélat, dans le bul de retirer le peuple d'Oxaca du culte idolâtrique de Wotan.

De même, l'imposition à plusieurs localités de la Nouvelle-Espagne de noms fournis par la légende de Wotan ne peut étre tenue pour une preuve que les événements nurrés par celle-ci se sont passés en Amérique ; car

alors il en faudrait dire autant de toutes les traditions des Peaux-Rouges. Toutes, en effet, s'accordent à placer dans leur propre contrée les faits que la Bible rapporte avoir eu lieu dans l'Asie, ainsi que nous avons eu déjà plus d'une fois l’occasion de le faire remarquer.

Ces préliminaires posés, nous en venons aux similitudes que nous offre la légende de Wotan avec l’histoire de Mouse et du peuple hébreu.

Le traducteur espagnol de la légende tzendale ne nous donne pas la signification du nom de Wotan ou Votan Il dit seulement que ce héros s’intitulait le Seigneurdu Jun, ou tambour sacré, mais sans nous apprendre pour quelle raison, ni si c’est là la traduction du nom Wotan. Nous prions le lecteur d'observer ici que les Kanaks ou Peaux- Rouges de l’archipel tongien, ainsi que d’autres Polynésiens, font usage d’un tambour identique au tambour sacré des Yucatèques et des Mexicains, lequel était formé d’un bois creux. Ils possèdent encore de nos jours le {ah sorte de tambour ou de cloche, formé d’un tronc d’arbre creux que l’on fait résonner en en frappant les lèvres d’un maillet, après l'avoir au préalable isolé du sol, en le posant sur un rouleau de cordes. Ces mêmes Kanaks ont, eux aussi, la croyance en un dieu législateur descendu jadis du ciel sous le nom de Aono et qui a disparu après ua séjour plus ou moins long sur terre. Ils attendent encore sou retour de l'occident.

Quoi qu’il en soit, la première de nos idenlifications de Watan avec Moïse repose sur ce fait, que le béros tzendale porte le même nom que le Moïse des Dènè-dindjié. Entre autres épithètes caractéristiques, celui-ci, avons-

nous dit, a reçu celles de taupe, de musaraigne {Ælagdutha en dindjié, X{o-datsolé en peau-de-lièvre, dan, tan, don et ton en chippewayan et dans d’autres dialectes). Si nous faisons précéder ces monosyllabes, qui signifient laupe, musaraigne, rat rouge des sables, des particules-articles O, WO, KO, KON ou XO, qui sont du plus fréquent usage chez les Dènè-dindiié, les Algonquins et même chez les Polynésiens, nous obienons en toutes lettres le nom du héros izendale et mexicain, avec ses variantes Odon, Oton, Odan, Wotan, Kondon, sans que cesnoms perdent rien de leur signification dènè-dindjié ci-dessus mentionnée.

Voioi quelques exemples pris au hasard qui prouveront au lecteur que les particules-articles O, KO, WO, XO, etc., sont d’un fréquent usuge en Amérique et en Océanie sans qu'elles altèrent en rien le sens des mots auxquels on les lie. On les emploie surtout dans les noms propres, dans les xbstraclions. Exemples : Ozué, le désert; Oba, l'aube; Wothi, la tête: Woclara, la barbe; Kokron, le feu; Kunda, la main, etc, En algonquin on dit O chippway, le Sauteux ; O mashkego, le Swampie. En kanak on dit O Faîti pour dire l'tlo de Taïti, la belle fle.

Les changements de l’article O en KO, WO ou XO existaient également parmi les différents dialectes des langues orientales. Ainsi nous voyons le nom hébreu d’Omri, roi d'Israël, écrit par les Assyriens Komriya; et celui d'Hazaël, roi de Syrie, écrit Khazaël (1). Nous sommes donc porté à admettre que c'est par ua procédé analogue, très-fréquent entre les dialectes américains, qu'a eu lieu la mutation du nom de dan ou tan en celui de Wotan ou Odon, Oton.

Il nous semble que cette raison doit d'autant plus pa-

(1) Découverte des ruines de Ninive, par Botta et Layard.

raître péremptoire qu’à la synonymie dans les nos s’ajoute encore la même synonymie dans les idées : Wotan est appelé un serpent parce qu’il prétend être parvenu en Amérique par des issues souterraines, à travers les mers et les continents, en se glissant dans le sein de la terre à la façon des serpents, et qu'il s’en alla de la même manière. Or nous avons appris, par du Rocher, que les Egyptiens donnaient à Moïse le nom de faupe pour la même raison, c’est-à-dire à cause de son passage sous la mer Rouge, ettrès-probablement à cause de cette croyance des Talmudistes que les Âmes des Israélites décédés sur la terre étrangère devront aller ressusciter en Judée, après s’y être rendues en traversant les continents et les mers par de secrètes issues, à la manière des taupes, des rats et des serpents. Les Dènè-dindjié appellent leur héros lunaire taupe et rat rouge des sables, musaraigne, pour la même raison.

Cette similitude d'idées, entre des nations si diverses et sur le même chef, ne saurait être fortuile et confirme notre opinion qu'elles émanent toutes primilivement du Talmud.

Wotan es! le roi ou le chef de la nation des Chans, que lPon traduit par Serpents, et le troisième de sa race, — Moïse est le grand chef et le législateur de la nation israélite, sortie de la terre de Cham ou Chanaan, et qui habita pendant deux siècles la terre de Cham ou Kam, c'est-àdire l'Égypte. Il fut le troisième de sa race, ayant été le petit-fils de Lévi, père de la tribu ou race des Lévites.

On nous dira maintenant, peut-être, que Moïse ne fut jamais appelé un serpent, ni les Hébreux la netion des Serpents. Nous répondons que, pour ne posséder aucune preuve positive de cette opinion, il n’est pas moins probable et parfaitemement admissible que Moïse ait pu être assimilé au serpent par certains peuples idolâtres, voi-

sins des Hébreux, tels que l’étaient les Phéniciens, les Égyptiens, les Chaldéene, ou même par les Israélites de Ja captivité, qui furent si enclins à l'idolâtrie. Cette probabilité repose, à nos yeux, sur un grand nombre de preuves très-forles : 4° Moise fut élevé en Égypte, où le serpent était adoré et ses momies conservées. 2 Les Pharaons, par lesquels il fut adopté et au trône desquels il aurait pu prétendre, si la fraude de Thermutis sa mère n'avait été découverte, Jes Pharaons, dis-je, portaient sur leur tiare royale l'effigie du serpent, dont Ja tête étuit surmontée du disque solaire. Qui sait même si ces princes ne prétendaient pas à une origine ophidienne, et s'il ne faut pas aller chercher dans la patrie des Pharaons le prototype de cette prétention bizarre des rois de Siam et des empereurs du Birman ? 3° Très-certainement, le culte des Égyptiens, que nous sommes encore loin de connaître parfaitement, alliait le culte des serpents à celui des astres, car les deux figures du serpent et du soleil sont toujours unies sur les peintures murales el dans les sujets des sculptures des monuments égyptiens. 4° En tout cas, pour ce qui concerne Moïse lui seul, les changements de sa verge en serpent, et 5° l’éreclion en croix du serpent d'’airain, qui guérit les Hébrenx des morsures des serpents de feu et fut une figure du Christ- Rédempteur, furent des événement trop notoires et trop merveilleux pour n'avoir pas mérité à Moïse, dans l’esprit des païens et même de certains Israélites grossiers, une certaine parenté avec la gent ophidienne. On ne snurait nier que l'érection du serpent d’airain en croix, dans le désert aride, n'ait été le point de départ de la tradition mexicaine de Quetzal-Cohuatl, le serpent vert, érigeant en Amérique la croix comme un signe de bénédiction, en ce sens qu'il répartit la pluie, don aussi rare au Mexique que dans les arides montagnes de la Judée. Aussi, la pluie

était-elle justement considérée comme un hienfait par les Israélites, et leur rituel contient-il des prières particulières pour la demander au ciel. Sa privation était considérée comme un châtiment d'en haut, ainsi qu’it arriva sous l'impie Achab. « Exauce-les (les Hébreux), est-il écrit au livre des Rois, chap. var, pardonne-leur les péchés de lous tes serviteurs et envoie la pluie sur la lerre. » — Pour les Dènè-dindjié la neige remplace la pluie ; la neige est pour eux un bienfait du ciel, parce qu'elle leur permet de tuer aisément rennes et élans, animaux au pied léger dont elle entrave la course. C'est à leur héros lunaire, à leur Moïse, Sa-Wéta, que les Dènè septentrionäaux demandent ja neige, et ils le font au nom de la croix. 6° Ce fut Moïse le premier qui initia le monde au mystère de la chute originelle par le serpent. 7° Ce fut Moïse qui fit construire les deux séraphins qui protégeaient l’oracle, et d'entre lesquels Dieu faisait entendre sa voix. Or, le mot séraphin, en hébreu, signifie serpent volant et brillant. 8° Le serpent d’airain ou serpent vert (car l’airain revêt ordinairement cette couleur), fondu par Moïse, fut conservé par les Juifs jusqu’au temps du roi Ézéchias, etils lui rendaient un culte idolâtrique, dit la Bible. Est-il possible que Moïse fût étranger à ce culte et que ces Jsraélites superstitieux ne l’aient pas assimilé avec ce serpent ? Si donc on nous objectait que Wotan, homme-serpent. était adoré comme une divinité bienfaisante, et que Moïse ne le fut jamais, je rappellerais le fait que je viens de citer, et j'y ajoulerais ce texte de l’Exode (chap. vu, v. 4), où il est écrit que Dieu dit à Moïse : a Je vous ai établi le Dieu de Pharaon, et Aaron sera votre prophèle. » 9° C’est Moïse, descendant de Jacob, qui a divulgué la prophétie du vieux patriarche mourant et bénissant ses enfants réunis autour de lui. S’adressant à Dan : « Dan, dit-il, est un serpent dans le

chemin, il mord le pied du cheval afin que le cavalier tombe à la renverse.» Elles commentateurs de la Sainte Écriture disent qu'il s'agissait, dans cette annonce prophétique, de Samson ou Shamson, géant de la tribu de Dan et juge d'Israël, qui fut pour les Phéniciens un serpent dans le chemin, par toutes les embüches qu’il leur suscitait et où il les fit périr. Le nom de Shamson veut dire soleil. Nous aurions donc dans Shamson le Danite l’union des deux emblèmes du serpent et du soleil, que l’on trouve si souvent unis tant en Phénicie qu’en Assyrie et en Égypte. Et ce que nous trouvons de plus singulier dane cette rencontre, c’est que tous les peuples, à quelque continent, à quelque coulenr qu’ils appartiennent, dont le nom semble dérivé de celui du patriarche Dan, ont possédé ou possèdent encore le mythe du dieu-serpent astronomique. En Europe nous avons eu les Danoïs et leur dieu Wodon, les Dœne gailiques et les Dên ou Bas-Bretons et leur Odin ; en Afrique, nous retrouvons actuellement les Dahoméens et leur dieu-serpent Dan ou Tan (1); en Amérique se révèlent à nous les Donë, les Dénè et les Dindjté, avec leur divinité mâle lunaire Sa- Wéta, Dan ou Ton; enfin au Mexique et dans l'Amérique centrale, plusieurs peuples de race wotanide adorent le dieu-serpent Votan, Odon ou Oton. Voilà une multitude d'exemples d’un phénomène elhnologique qui est assez général pour mériter de la part des savants un examen approfondi. 40 Enfin, on peut ajouter aux raisons qui précèdent ce que nous avons dit dans le troisième chapitre, touchant l'assimilation du Moïse des Dènè-dindjié au serpent. Nous pouvons donc conclure avec avantage que non-seulement il ne répugne pas que Moïse ait été appelé serpent, mais qu'une grande probabilité milite en faveur de cette opinion.

(1) Ansmales de la propagation de la foi. Lettre de M, l'abbé Borghero, missionnaire au Dahomey.

Wotan était le chef de la nation des Chans ou Chanes, mots que Nuñez de la Véga traduit par serpent. — D'après l’abbé Hue, le fondateur de l'empire chinois est appelé Chan par les habitants du Céleste Empire, et ce Chan est le même que Fo, le Boudha des Chinois, lequel porta chez les Japonais le nom de Chanca. On sait que les souverains de la Perse se donnent le titre de Cha onu Scha, et que celui des monarques mogols et tartares, qui dominèrent dans toute l’Asie au moyen âge, est Xhan, que l'on écrit aussi Chan. Le petit-fils de Genghis-Khan, Kublai-Chan ou Khan, ayant poussé ses armes conquérantes jusque dans l'empire du Milieu, monta sur le trône, et fui le premier empereur tartare de la Chine, sous le nom de Chang-ti. — Chez les Dènè-dindjié, le personnage qui représente Noé porte le nom de Chane ou Tchane, qui signifie le Vieillard, nom du dieu sidéral des Pieds-Noirs. — À Ceylan, le dieu des Tamouls, Poutan, est fils de Tchandra, chef de la dynastie lunaire. — En faut-il davantage pour prouver que dans ces différentes contrées et parmi tant de peuples divers, imbus des mêmes idées et ajoutant foi au même mythe, le personnage primitif appelé Chan, Chane, Tchane, Tehandra, Chanca, ete., n’est autre que le fils de Noé Cham, ou, ce qui est encore plus probable, son petit-fils, le troisième de sa race, Chanaan, par abréviation Chan, père des races touraniennes adoratrices du serpent ?

Si l’on nous vobjecte que cette déduction est opposée et contradictoire à notre thèse, qui milite en faveur des Hébreux, peuple de race araméenne ou sémitique, nous répondrons, conformément à tout ce qui a été dit plus haut, que, dans toutes les traditions et les coutumes de nos Peaux-Rouges, nous apercevons sans cesse l’étément araméen uni à l'élément touranien, et que, si plusieurs nations américaines sont des restes d'Israël captif en Chal-

dée, comme tout semble le prouver, ces restes sont mélangés avec des débris d’autres peuples asiatiques portant avec eux les superstitions et les mythes des paiens. Ce dualisme, qui s’est révélé à nous dès le principe de nos éludes des races peaux-rouges, forme le fond de la thèse que nous développons; nous prions le lecteur de ne le point oublier.

Wotan fut appelé le Cœur du peuple, le cœur de la nation tzendale, tant à cause der bienfaits que celle-ci en reçut que de la grande douceur du héros guatémalien. — Nous avons vu que les Dènè-dindjié donnent également à leur dieu lunaire le nom de Cœur, et de Bienaimé, et qu'ils le représentent comme le plus doux des hommes. — Cette qualité, qui fut aussi le partage de tous les Boudha asiatiques, fut possédée éminemment par Moïse, le bien-aimé de Dieu et des Hébreux, et dont la grande douceur est louée dans tant de passages des livres saints.

Wotan préside, duns le calendrier yucatèque, au troisième mois de l’année. — Ses congénères, T'oth, dieu des Égyptiens, et Boudha, dieu des Hindous et des Thibétains, président au troisième jour de la semaine, ainsi que le Mercure des Romains et l’'Hermès des Grecs. — C'est également au troisième mois, mars-avril, que les Dènè-dindjié célèbrent la fête lunaire de leur Moïse. — Et c'est au troisième mois que Moïse fit passer la mer Rouge aux Hébreux, après les avoir délivrés des mains des Égyptiens. En ce mois, ils célèbrent leur fête du Phase ou Passage.

Wotan laissa son histoire écrite en hiéroglyphes sur des tables de pierre. — Moïse nous a laissé le Pentateuque, qui fut comme son testament, comme il est l’histoire du monde et du peuple hébreu. Son successeur, Josué, en fit transcrire une partie, le Deutéronome, sur la

pierre (Josué, chap. vi, v. 32). Moïse lui-même reçut de Dieu le Décalogue, écrit sur des tables de pierre.

Wotan raconte qu'il vit la tour de Babel, qu'il fut témoin de ja confusion deslangues et de la dispersion des peuples, etqu'il reçut ensuite la mission divine de conduire ses frères en Amérique, pour peupler ce continent alors désert. — Cette double déclaration de la légende guatémalienne nous semble si forte, qu’ilest impossible de n’y pas reconnaître un souvenir vivace de la vocation de Moïse. — C’est par les révélations faites par Dieu même à Moïse que nous avons été initiés à l’histoire de la création, du déluge, de la confusion des langues à Babel, et de la mission divine que Moïse reçut longtemps après, de conduire le peuple hébreu dans la terre de Chbanaan, vouée à la solitude de la mort par ordre de Dieu. — Les légendes des Diadjié, des Dènè, des Creeks ne nous disent pas autre chose que leurs pérégrinaiions sous ce même chef, et la manière merveilleuse dont il les délivra de leurs plus puissants ennemis. Seulement, il est évident que les Tzendales ont commis ici à la fois un anachronisme et un synchronisme, fait très-commun dans les légendes indiennes : d’un côté, ils ont fait leur Moise contemporain de Noé, ou même ont confondu les deux patriarches en un seul ; de l’autre, ils ont opéré la même confusion entre l'Amérique et la terre promise. En effet, la légende, reveuant de nouveau sur la mission divine de Wotan, dit que son but était de conduire les sept familles de Serpents, qu'il dirigeait vers le Pied du ciel où se trouvaient ses autres frères les Serpents. — Or, nous avons vu que le héros lunaire des Dènè et des Dindjié n’avait pas d’auire but que de conduire leurs frères au Pied du ciel, qui avait jadis été leur patrie première ; et tel était aussi le but des pérégrinations des Chaktas. Par ce Pied du ciel nous avons moniré et prouvé qu'il s'agissait

de la Terre promise, où Moïse conduisit les Hébreux ; de cette terre où Jacob, dès la première nuit qu'il y passa, vit une échelle qui, en s’appuyant sur le sol, atteignait jusqu’au ciel, et sur laquelle les anges montaient et descendaient, comme si elle eût été le pied du ciel et son support ; de cette terre qu'il nomme Beth-El, c'est-àdire maison de Dieu, et de laquelle il prononça qu’elle était véritablement la Porte du ciel (Genèse, chap. xxvui, Ÿ. 17). Par ce seul fait que les Dènè-dindjié placent leur Pied du ciel bien loin dans l’ouest-sud-ouest, et sur un autre continent, il devient évident, pour tout lecteur de bonne foi, que le Pied du ciel, cherché par Wotan et ses frères, n’a pu être l'Amérique, mais bien un certain pays de l’ancien monde. Par conséquent, nous pouvons, par une juste déduction, conclure que toutes les pérégrinations, les allées et les venues qui accompagnèrent et suivirent ce voyage, ne sont que le récit des marches et contre-marthes des Israélites dans le désert, et non point des voyages effectués sur le continent américain.—Mais, nous le répétons, l’arrivée des adorateurs de Wotan en Amérique se trouve englobée et confondue avec ces pérégrinations, ainsi que nous l'avons déjà constaté pour les Dènè-dindjié et les Creeks.

Cependant, en un autre sens, le Pied du ciel pourrait encore s'entendre de l’Amérique elle-même; et la tradition guatémalienne pourrait dire en effet que ce fut leur héros qui les y conduisit ou plutôt qui les y poussa, puisque ce fut en effet Moïse, le premier d'entre les prophètes, qui prédit aux Israélites qu’ils seraient dispersés jusqu'aux gonds du ciel : « Si ad cardines cœli fueris dissipatus, inde te retrabet Dominus Deus tuus.» (Deutér., cap. xx, v. 4.) Tous les commentateurs entendent par les gonds du ciel les pôles terrestres ou bien quelque plage sitaée à l'extrémité du monde, comme l'était l'A-

— Ai —

mérique pour le monde ancien. Comme les Peaux-Rouges croient que la terre est disculaire et qu'elle est bornée tout autour par la retombée de la voûte des cieux, le Pied du ciel est justement pour eux lhorizon le plus éloigné à l'extrémité des mers, le continent le plus reculé.

C'est parce que Wotan, ainsi que Moïse, nous fait assister, par son testament écrit, au cataclysme du déluge et à la dispersion des peuples, qu'il dit avoir été témoin de ces grands événements. Moïse, qui les avait reçus et vus par révélation, aurait pu dire également qu'il en avait été témoin, de la même manière que les prophètes étaient témoins des événements fulurs que Dieu leur montrait. Il détourna devant Moïse le voile du passé, comme il tira également pour lui celui de l'avenir. Dans l’un et l’autre cas, le prophète était témoin oculaire,

Wotan dit qu'il est le petit-fils d’Ymos, c'est-à-dire le poisson cornu, l'espadon, ce vieillard sensé qui échappa au déluge ; il dit aussi qu’il est le troisième de sa race. Duns ce passage, il s'agirait de Chan ou Chanaan, petitfils de Noé,le même que le Quetzal-Cohuatl des Toltèques, avec lequel Wotan fut souvent confondu, comme nous l'avons déjà remarqué. L’occupation de la terre de Chanaan par les Israéliles, sous la conduite de Moïse, a pu porter ses descendants abâtardis à croire qu'ils étaient des fils de Chanaan. Par le fait, les Israélites, rejetés par Dieu et envoyés en captivité, ont dû, d’après la Bible, oublier jusqu'à leur nom et jusqu'à leur origine. Toutefois, dans ce nom d’Ymos nous retrouvons, sauf une petite inversion qui s'explique aisément, le nom de Hosts, c'est-à-dire de Moïse lui-même. Ce nom signifiant sauvé des eaux (de l'égyptien moy, eau, et is ou ses, conservé, sauvé); et Moïse ayant ensuite passé à travers les eaux de la mer Rouge, quoi d'étonnant qu’il ait été identifié

par la tradition à Noé lui-même, le premier sauveur du genre humain? Pris dans ce sens, le héros-serpent Wotan offre une grande parenté avec le dieu-serpent Python de la mythologie grecque , ce serpent qui, seul, survécut aux eaux du déluge ou plutôt qui naquit du limon de la terre après ce grand cataclysme, etque délruisit Apollon Pythien ou le Soleil. Il est assez curieux de trouver dans l’idiome dènè-dindjié un mot racine qui se rapproche de l’égyptien moy ; c’est le même mot eau en peau-de-lièvre : mié ; de même que ie mot fleuve, nilin, rappelle le nom du Nil, fleuve d'Egypte, et que les mots ran et roë, qui signifient aussi un cours d’eau, se rapprochent du même terme en grec : péuw.

Ce qu’ajoute la tradition tzendale, que Wotan el ses frères parvinrent en Amérique par une voie soulerraine et cachée, à la manière des serpents, prouve évidemment, sous forme d’apologue, ce que les Dènè-dindjié avouert sans détour, qu'ils n'atteignirent ce continent qu'en fuyant honteusement et en se cachant, de nuit, de leurs ennemis, à la manière des reptiles et des rongeurs. Toutefois, comme nul des Israélites conduits par Moïse, ni Moïse lui-même, ne parvinrent dans la terre promise, à l’exception des seuls Caleb et Josué, en verlu de cette persuasion où sont les Juifs qu’ils ne peuvent ressusciter que dans cette terre sainte, en y parvenant par des voies souterraines, en perforant la terre à la manière des serpents et des rongeurs, la légende tzendale a pu dire avec vérité que Wotan et ses Serpents, c’est-à-dire Moïse et Les Istaélites morts dans le désert, arrivèrent dans le Valum ‘ Wotan, c'est-à-dire la terre promise, par une voie souterraine. (Voir, pour celte superstition, la Synagoga Judaiïca.)

Wotan dit qu'avant d'arriver en Amérique (1), il passa

(1) Bien que uous nommions si souvent l'Amérique, rien ne prouve, dans la tradition tzendale, qu'il s'agit de ce continent, car le Valum

par les sept demeures ou cavernes des treize serpents, et qu'il y laissa des signes de son passage. Par ce qui précède, il est évident que la légende guatémalienne est l'histoire ou tableau synoptique de tout un peuple, puisqu’elle comuwence avec le déluge et Babel, pour ne se terminer qu’à Jérusalem et à Rome. Le personnage de Wotan devient donc ici le peuple adorateur de ce demi-dieu. Eh bien, le peuple hébreu, avant d'être dispersé dans la terre de captivité, habita les sept Etals ou royaumes des sept nations chananéennes vouées par Dieu à l'extermination à cause de leurs crimes (Deutéronome, chap. vin, v.4; Josué, chap.n, v.4, chap. xxiv, v. 2, etc.). Le peuple hébreu se composait de onze tribus et des deux demi-tribusa d'Ephraïm et de Manassès, qui reçurent, au partage de la Palesline, une part égale à celle qui échut aux autres tribus; en tout treize tribus, dont une, celle de Dan, la plus voisine de l'Egypte, la plus méridionale de la Judée et partant ia plus facile à se répandre à l'étranger, avait pour emblème le serpent : « Dan coluber in vid. » Ce fnt de Ja tribu des Danites que Moïse prophétisa qu'eide s'étendra bien loin depuis Basan (Deutéronome, chap. xxx, v. 22). « Or Basan, dit Menochius, est un lac étroit et fort allongé, nommé aussi la Fiole (Phiala), duquel les eaux coulent dans la fontaine de Dan par des canaux secrets et souterrains. » Ne sommes-nous pas autorisés à voir dans ce fait purement topographique l’origine de la croyance emblématique à l’émigration des Danites, c'est-à-dire des Serpents, par une voie secrèle et soulerraine, alors que Moïse lui-même se sert de celte conformation des lieux habités par la tribu de Dan pour en tirer la prophétie de la propension des Danites à émi-

Wotan dont il est question ne signifie pas autre chose que Terre de Wotan ; ce sont les chroniqueurs espagnots qui ont entendu l'Amérique par ce nom, mais rien ne le prouve.

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