CHAPITRE IL
HISTOIRE LÉGENDAIRE DU DIEU MALE LUNAIRE DES DÈNE PEAUX-DE-LIÈVRE DU BAS MACKENZIB.
$ 197. NI-OTTSINTANÉ (L'ENFANT DE LA MOUSSE). -— ETSÉNULLÉ (LE BIEN-AIMÉ). — SA-WÉËTA (L'HABITANT DE LA LUN&).
« Au bord d'un fleuve (Viliné, ch) on entendit pleurer un tout petit enfant. Plusieurs jeunes filles le cherchèrent en vain ; mais une vleille femme s'étant mise à sa recherche avec elles, elle le trouva et le reoueillit, Il élait couché tout nu dans un nid de mousse (ni). C'est pourquoi on l’appela NVi-Ottsintané, l'Enfant-Mousese. Alors la vieille le donna à une des jeunes femmes pour qu'elle le nourrit; après quoi elle l’adopte pour son fs.
« Quoique tout pelit, l'Enfant-Mousse faisait des merveilles à l’aide d’une baguette de saule, et il procurait à sa mere adoptive, en vertu de sa magie, un grand nombre de rennes.
« Lorsque l’Enfant-Mousse fut devenu un peu plus grand, il dit à sa mère : « Mère, dites à mes frères : Sé- « parez pour moi l'épaule et l'estomac des animaux que « je vous procurerai. » La vieille obéit à son ordre, maia elle n’éprouva que des refus de la part de ceux dont l’enfant étaii le bienfaiteur. Aussi l’enfant se coucha-t-il attristé et sans prendre de nourriture. Sa mère s’en alla donc de tente en tente, disant à tous : « Mon fils, si bon « et si puissant, vous 8 demandé comme un tribut l’épaule « et l'estomac des caribous qu'il tue pour vous ; pourquoi « Jes lui refuser ? c'est bien mal d'en agir si durement en- « vers lui, » Mais on ne l’écouta pas. Un vieillard, un grand chef, très-puissant et grand magicien, appelé Tratsan-éko (le Corbeau qui court), répondit : « Ne les lui « donnez pas. Ce petit étranger-là esl par trop préten- « tieux. » L'Enfant-Mousse se coucha donc en colère.
«a Cependant les hommes (Dènë) avaient tué un grand nombre de bœufs musqués et de caribous. On les avait dépecés ; on en avait boucané et fait sécher la viande, comme de coutume, et leur viande était suspendue sur des échafaudages, Tout à coup, afin de punir ces ingrats, Ni-Ottsintané se prit à réfléchir, sur le minuit, afin de faire de la magie : « Nonna tamine/ nonna tamine / » répétait-il. Ce que ces paroles signifient, nous ne le savons plus. Mais au même instant la viande se mit à bruisser et à pétiller ; les morceaux 8e rejoignirent ; elle se ranima entièrement, et les bœufs musqués, ayant repris vie, s'échappèrent dans le désert ; de sorte qu'il y eut la famine {ton) dans tout le camp.
a C'est ce pelit méchant Enfant-Mousse qui a fait le
« coup, » se dirent les hommes. On voulut s'emparer de Jui, mais il s'échappa de leurs mains on ne sait comment, et disparut. La nuit venue, l'enfant était de nouveau couché auprès de sa mère adoplive ; mais celle-ci, à son réveil, sentit son cœur glacé. Elle avait le cœur glacé ainsi que la têle.
« Le lendemain, les hommes prirent dans leurs lacs un bon nombre de rennes ; mais l’Enfant-Mousse fit encore la magie, et, tous ces animaux ayant disparu, la famine régna de nouveau dans le camp. On n'en pouvait plus : « Quel méchant garçon! se disait-on ; pourquoi veut- « il nous détruire par la faim {ton}? » Mais lui, se rappelant que ces gens-là avaient fait périr ses parents, n'avait pas déposé sa colère.
« Le jour suivant, l’Enfunl magicien, réveillant de nouveau sa grand'mère, la trouva encore ayant la tête froide et le cœur glacé. Sa- Wéta lui dit: « Mère, je veux « allertrouver le Corbeau, » Or, ce Corbeau était, comme nous l'avons dit, un grand chef fort puissant et trèsméchant. Il avait épousé malgré elles deux sœurs, et il habitait, non pas dans une tente, mais bien dans une jolie maison de bois, au fond de laquelle on apercevait ses jolies coupes, ses jolis plats travaillés, également de bois. Quand l'Enfant dit à la vieille qu'il voulait aller trouver le Corbeau pour lui reprocher sa dureté, elle s’épouvanta : « Que vas-tu faire chez cet homme ? lui dit- « elle; tu sais bien combien il est malin et puissant. » Mais lui: « N'importe ; il faut que j'y aille, » répondit-il.
« Ni-Ottsintané, que nous appelons aussi le Bien-Aimé (£'tsenullé) et Sa- Wéta, ou l'Habitant de la lune, se rendit donc chez le Corbeau-qui-court. Il pénétra en colère jusqu’au fond de sa demeure ; il renversa de fond en comble tous ses vases et ses coupes; il répandit tout autour
un liquide inflammable, et les détruisit par le fau. Le Corbeau étant absent, sa femme, qui survint, s'écria : « Pourquoi fais-tu cela, méchant petit fabou de bouse « (koftvèné tsanné)?n
« Sa-Wéta se cacha toute la nuit; mais il opérait dans l'ombre.
« Le jour suivant donc, lorsque le Corbeau s'éveilla, il trouva sa maison toute remplie d'un duvet blanc magique, que l’Enfant-Mousse avait fait lomber de la lune, durant la nuit. Le Corbeau, indigné, lui dit : « Enfant, « pourquoi en agis-tu ainsi'sans cesse avec nous?» Mais Nr-Otteintané faisait semblant de dormir.
« Cependant les hommes s'étaient dit les uns aux autres : « Marchons ‘sur l'ennemi; poursuivons-le dans sa « marche, n On partit donc pour la guerre. Le Corbeau èt tout son peuple se mirent à la pourauite de leurs ennemis, les Dènè. Ni Otisintané les laissa partir; ensuite il dit 4 la vieille grand'mère: « Moi aussi, je veux aller a avec Îles guerriers; laissez-moi donc partir. — Que « dis-tu là! s'écria la vieille; toi, si petit. tu vas périr « de froid et de misère» Il ne répondit rien; mais, la nuit, it disparut, et rejoignit le Corbeau et ses guerriers. Avant de se présenter devant le grand chef des ennemis, il ramassa et cuchn sa chevelure, car ces hommes se rasaient ja tête et portaient des cheveux d'autrui. Lorsque le Corbeau aperçgut l’Enfant-Mousse, du seuil de sa tente fi loi dit : « Mon ami, qu’'êtes-vous venu faire ici ? — « Je suis veau pour combattre, » répondit l'Enfant suugicien. On partit.
« Cependant Sa- Wéta, après avoir rejoint les guerriers, n’alla pas plus loin, Ii ne les suivit pas, il ne tua personne ; mais il se recueillit ainsi qu’il faisait toujours avant d'opérer des prodiges. Ensuite il pril une petite chienne blanche ; il lui coupa ie bout du nez (inron), la
saigna, la tua, et de son sang en frotta la tenie, Cela fait, il se recoucha et fit semblant de dormir ; mais, en réalité, il se joua toute la nuit avec un enfant magique. Alors, à minuit, un grand cri retentit dans tout le camp. Tous les ennemis étaient transpercés de ses flèches invisibles. 11 y avait du sang et des morts partout. Durant toute la nuit, à mesure que le sang de la chienne blanche coulait, le sang humain coulait aussi par tout le camp ennemi. De toutes paris, on n’entenduit que ces paroles : « Hélas ! il y a du sang dans la maison, Mon Gls perd « tout son sang. Le mels tabou le châlie ! » C'élait donc excessivement pénible. Le Corbeau-qui-court ne suvail plus que penser. Il prononça ce peu de mots d’un air sombre : « On a blasphémé la grande montagne. Jl a “ mangé notre fétiche, l'animal-dieu (el-loäné). »
« Cependant Vi-Ottsintané, disparaissant, était retourné auprès de la grand’mère. 1 la trouva comme auparavent étendue à terre, sans feu, et le cœur glacé. Le lendemain, il lui dit : « Je pense que mes frères n'ont plus «rien à manger, laissez-moi donc partir. Faites-moi « un gâleau de viande et de graisse, afin que je le leur « porle, » La vieille lui obéit, parce qu'elle lui obéissuit toujours, Elle fit donc le gâteau et le plaça en dehors de la loge, afin que l'Enfant lunaire pût le prendre; car, durant la nuit, il avait disparu, selon son habitude. Mais sa vieille mère ne s'inquiétait plus de ces absences, elle y était accoutumée, Alors Sa- Wéta apparul tout à coup. Il avait tué une hermine (zoé) ; en marchant il eu avait répandu le sang autour de la tente ; il le répandit aussi le long du sentier et sur le gâteau lui-même, Il fit cette opération magique au bord d'un grand lac, où il demeurail. Alors, au même moment, le graud lac s'entr'ouvrit d’une rive à l'autre ; le lit du lac apparut à sec, et lout an fond on aperçut d'immenses quartiers de viande empilés.
C'était là que se trouvait cachée toute la viande qu'il avait fait disparaître du camp de ses ennemis. C’est ainsi que, par la magie du sang versé et du gâteau de viande, il procura à ses frères une grande abondance de viande.
« Longtemps après cela, il arriva que les frères de l'Enfant-Mousse tendirent leurs rets aux poissons du grand lac ; mais ils ne pouvaient rien prendre. Le poisson manquait absolument. L'Enfant magique se rendit donc au bord de la mer, et ne dit que ces mois en soupirant : « Quoi donc ! j'aurais conduil en pure perte mes « frères jusqu’au Pied-du-Ciel, leur patrie! Pourquoi « donc maintenant le grand lac est-il infructueux pour « eux ? » Aussitôt le poisson abonda.
« Pendant longlemps l'Enfaut-Mousse, devenu homme, en agit ainsi. Il opérait sans cesse de nouvelles merveilles, et cependant il demeurait toujours seul et dressait son pavillon loin du camp. Un jour qu’il avait procuré une grande abondance de viande, il leur dit de nouveau : « Séparez-moi l'épaule et les entrailles des victimes que « vous ferez » Alors le Corbeau, lui tout seul, répondit : « Non, non, ne les lui donnez pas; cet enfant est par « trop vain. » Mi-Oltsintané se relira en colère comme la première fois, et se coucha sans manger : « Mere, dit-il « à la vieille, c'en est fait ; ces hommes sont mauvais et « ingrats ; il faut que je les détruise et que je m'en aille « ailleurs. Déjà j'ai habité le soleil, mais sa lumière était « trop brûlante, et c'esl pourquoi je suis descendu sur « cette terre pour fuire du bien aux hommes ; mainte- « nant donc que les hommes ne veulent plus de moi, je « m'en retourne là-haut; mais j'habiterai la lune. C’est « là que ceux qui me haïssent me verront. Cette nuit, « continua-t.il, liez solidement la tente, et ne sortez pas. « Quant à moi, je m’en vais d’où je suis venu ; mais je ne « vous abandonnerai pas. Quand vous serez dans le be-
« soin, criez vers moi, et je viendrai à vous. » Et comme sa vieille mère et ses parents adoptifs se désolaient : « Allons, dit-il, ne pleurez pas ; il n’y a rien, en ce que je « vous dis, qui puisse vous désoler. Dormez et campez « encore une nuit et une autre nuit ; tendez vos lacetsaux « rennes et vos filets aux poissons entre chaque nuitée ; « et c'est ainsi que vous parviendrez à me suivre dans la « lune, » Il se ceignit la tête d’un bandeau, el ajouta : « Le soleil en agira de même ; lorsque l'homme mourra, « l’astre pâlira. » C'est pour cette raison qu’en temps de famine (fon), lorsque nous mourons de faim, s’il arrive que le soleil pâlisse et s’entoure d’un halo, nous disons : « L'astre combat pour nous. »
« Après avoir ainsi parlé, Mi-Otisintané disparut. Et ses parents se couchèrent après avoir soigneusement fermé les tentes. Au milieu de la nuit, un vent effroyable parcourut le camp et y fit d’affreux ravages. Le Corbeau, épouvanté, s’écria : « Il a trempé la touffe d'herbe dans « le sang, et l'esprit est venu dedans ! » Alors tout le camp se leva comme un seul homme. On courait ahuris à travers les tentes, et un grand nombre de personnes gisaient mortes et tuées par le Grand Esprit de la mort. (£tisonné).
« Quant à l'Enfant puissant, il était parti pour la lune, où on peut le voir encore. On l'appelle maintenant Sa- Wéta (l'habitant de la lune), Æbæ-ekhon (épée et bouclier), Ælo-da-tsoté (rat rouge, au museau pointu, c’està-dire musaraigne), Ædzé (le cœur), et enfin £ttsonné (le génie de la mort).
« C’est pourquoi, presque à la fonte des neiges, au troisième mois qui s'appelle la lune du rut des rennes et au renouvellement de la lune, nous célébrons la ‘fête de Sa- Wéta, appelée le Passage funèbre d travers les tentes (Krontra na-exélé tsatéli). À cette fin, on cuit de la viande sous
terre & l'étuvée dans des vases da racine tressée, puis on en remplit des gibecières. Alors les jeunes gens, leurs gibecières pleines sur le dos, les reins ceints et un bâton à la maïn, se réunissent à minuit dans une tente. Puis, ressorlant, ils courent à travers les loges en chantant de temps à autre vers la lune : « Ouf} sé-dha! Klo-domtsolé « dl'è-kkè-tra nondatralà! ttau-chiw yéenl» c'est-à-dire t « Holà ! souris rouge au museau pointu, hâte-toi de passer « par-dessus terre en forme de croix. Montagne du bois, « arrive! — Pourquoi donc la lune disparaît-elle comme « el elle allait tomber du ciel?» pensons-nous. L'astre est sans doute en souffrance, et de peur qu'on ne le tue, nous crions et chantons. Après quoi on fait un repas nocturne sous les tentes, C’est ainsi que nous obéissons aux ordres mêmes de l'Habitant de la lune, Sa- Wéta ou la musaraigne (Watan) : « Au troisième mois, quand la lune pas- “sera, nous dit-il jadis, vous ferez un repas à minuit et « vous passerez la nuit dans Ja neige et en plein air. »
« Depuis ce temps-là également, quand un homme dènè désire prendre beaucoup de rennes ou bien qu'il désire se défaire de ses ennemis, il prend un petit enfant, ill'enveloppe dans une peau de renne garnie de son poil et le lie par huit cordes, dont quatre partent &u cou et quatre autres des pieds de l’anfant; et au moyen de ces lanières il le balance en chantant et en criant, C'est la magie appelée l'Enfant lié ou le Jeune Homme bondissant. Pendant longtemps on-le balance ainsi el on s’en joue. Après quoi on fait un festin, Et si quelqu'un survenant entend ce bruit dans une tente, il ne manque pas de demander au magicien : « Ton jeune homme magique ne me luera pas, « sans doute ? n Et si celui quise livre à cette magie est animé de bonnes dispositions envers le passant, il lui répond négativement, du fond de sa tente. Alors le passant peut entrer ; sinon il faut qu'il s'éloigne au plus vite.
— Gi —
«ll ne faut pas parler inutilement el sans respect de Sa-Wéta, car c'est parler de l'Esprit de {a mort (Etisonné déti). C’est lui que les magiciens chassent du corps des malades sous la forme d’uu serpent (Näk-tuwé) par la magie nommée le Passage sous les eaux (tru yié tsédété), Pour faire cette magie curative, trois jongleurs sont requis, et ile doivent coucher avec le malade durant trois jours et trois nuits d’un jeûne absolu, Après qu'ils ont obtenu de lui l'aveu sincère de ses fautes et jeté au feu de la viande et des vêtements en l'honneur d’Æt{sonné, ils en font sortir cet esprit de mort, à moins que celui-ci n’aime trop le malade et ne tienne à s’en emparer. »
$ 2. KOTSIDATRÈH (OPÉRANT-BATON). — ETSIË-DÉKFWOE (LE GRAND-PÈRE JAUNE).
« Un géant des Têles-rasées avait volé deux sœurs et les avait emmenées en captivité dans son pays. « Je ne « demande qu'une tête, » availil dit. Mais parce qu’on lui avail refusé celte âme, il en avait agi ainsi. Il avait conduit ces deux femmes dans le pays des Hommes-chiens, et là il les retenait en esclavage.
« Alors un homme appelé Æotsidatrèh, c’est-à-dire celui qui opère par la baguette, partit pour aller délivrer ses deux sœurs,
« Chemin faisant, il arriva d’abord dans un paÿs dont les babitants ne se nourrissaient que d’ortolans des neiges et de gélinottes blanches, 1! demeura quelque temps dans celte contrée et, ayant pourchassé ces oiseaux, d'un seul coup de filet il en prit un très-grand nombre. Mais là n'étaient pas ses sœurs. Ce n'étaient pourtant pas des Hommes-chiens qui demeuralent en cette contrée,
« Etant parti de là, il arriva dans un désert dont les
habitants se nourrissaient exclusivement d’une gomme blanche. Il y demeura jusqu’au printemps suivant.
«Au printemps, il parvint à une grande tente habitée par des Fils-de-chien. Il entra dans la loge, mais il y régnait une nuit très-obscure, on ne pouvait y distinguer personne. Alors Kotsidatrék jeta au feu des yeux de lièvre et le jour se fit aussitôt. Dans la tente des Fils-de-chien, il trouva ses deux sœurs captives. Leur ravisseur, le géant ennemi, était absent. Æufsidatrèh alla donc vers ses sœurs et leur dit : « Mon beau-frère votre mari est sans doute à «la chasse. Hâtez-vous done de me suivre. Voilà que je « viens pour vous délivrer. » Après quelques difficultés de leur part, par suite de la crainte que leur inspirait le chet des Têtes-pelées, elles se levèrent, abandonnèrent les enfanls qu’elles avaient eus du chien-géant et suivirent leur libéraleur et frère.
« La nuit venue, on campa. Mais le géant, outré de colère à la vue de la disparition de ses deux esclaves, fit la magie contre eux durant la nuit. Lors donc que le jour parut, les fugitifs se trouvèrent au sommet d’une haute montagne. Les deux femmes se prirent à se lamenter, mais leur frère leur dit : « Recouchez-vous et confiez-vous « à moi. » Elles se rendormirent. Alors, par la puissance de sa verge de saule, Æotsidatrèh aplanit le terrain et le rendit d'un abord facile et commode.
La seconde nuit arrivée, ils bivouaquèrent de nouveau, mais ce fut pour s'éveiller le jour suivant dans une île perdue sur la mer. « Rendormez-vous, » dit encore Aotsidatrèh à ses sœurs. Alors il fit nattre pour elles une grande chaussée du milieu des eaux, de sorte qu'elles traversèrent le grand lac à pied sec.
« La troisième nuit ils campèrent encore, et alors le géant ennemi envoya contre eux des foudres et des tonnerres terribles. Mais le libérateur ayant fait une boucle
à sa baguette de saule, il captura les oiseaux de tonnerre et les détruisit.
« Après la quatrième nuit, les deux sœurs virent tout à coup une immense nappe d'eau s’étendre devant elles à perte de vue. Elles s’enfoncèrent dans la mer et y disparurent, Mais Kotsidatrèh les tira de l’eau avec sa verge et les deux sœurs échappèrent à la mort.
« Ayant campé une cinquième fois, lorsque le matin arriva, ils se trouvèrent emportés par un rapide effrayant vers un abîme sans fond. Mais Kotsidatrèh se levant, fit surgir l’abime et se rabaisser la terre. Et ainsi ils ne furent pas engloulis.
« Le sixième jour, il se fit une obscurité très-épaisse. On ne se voyait pas à deux pas. Les deux sœurs fondirent en larmes : « Ce géant veut notre perte,» s’écrièrentelles, Mais leur frère : « Recouchez-vous, » leur dit-il, et aussitôt le jour se fit.
« Etant parvenus encore plus loin, ils campaient une septième fois pour passer la nuit, lorsqu'elles entendirent tout à coup les rugissements d’un monstre mangeur d'hommes. «Faites silence, ne dites rien, » dit Koisidatrèh à ses sœurs. Alors nous ignorons ce qu’il fit au monstre ; mais il l’étendit sans vie à ses pieds.
« Le huitième jour, l’eau leur manqua complétement. Elles pleuraient. C'était très-pénible., Mais Ini, fichant aussitôt une de ses flèches sur la pente d'une montagne, en fit sortir une source limpide et abondante à laquelle elles se rafraichirent.
« Enfin ils arrivèrent dans une localité où se trouvaient plusieurs sources d’eau fraîche appelées {es Æaux jaïtdissantes. Là ils plantèrent leur tente. Là ils demeurèrent. En ce lieu ils aperçurent trois personnes, un bon vieillard et ses deux femmes. «Quelles gens êtes-vous?»
leur dit le vieillard; et, comme ils ne répondaient pas, TX 40
le vieillard ajouta: «Ma mère me disait jadis qu’un mé- « chant géant des Têtes-rasées avait enlevé deux sœurs « pour en faire ses esclaves. Seriez-vous par hasard “ces deux sœurs ? — Justement, répondirent-elles, c’est “ nous-N8mMES. »
« C’est ainsi que Kotsidatrèh délivra, au commencement, ses deux sœurs de l'esclavage des Hommeschiens.
« Nous invoquons Kotsidatrèh, appelé aussi le Grand- Père jaune, afin de nous procurer une grande abondance d'animaux. On l'invoque également pour obtenir le pouvoir de faire des merveilles. Kotsidatrèh en opérait à l’aide d’un bâton blanc. De son bâton il frappait la terre et les eaux. Quand on fait cette magie, on ne blasphème pas, on ne se dépouille point de ses vêlements, on se contente de se promener eu chantant et en donnant du bâton deci, delà.
« Kotsidatrèh, le Grand-Père jaune, demeure maintenant au Pied-du.-Ciel, où il conduisit ses frères. Avec son bâton il faisait des prodiges et detruisait les animaux malfaisants. Voici encore quelques-unes des merveilles qu'il opéra :
« Une fois, un Na-ay, un mangeur d'hommes au long nez et aux petits yeux, accourut vers une femme sans mari qui demeurait abandonnée au bord de la mer. « C'est « pour moi qu’elle travaille, qu’elle apprête ses repas, » se disait le monstre. Elle était sans défense à sa merci. « Kotsidatrèh, s’écria-t-elle, toi si bon et si puissant, « accours et défends-moi du monstre. » Alors tout à coup un feu sort de la terre qui s'enir’ouvre, et du milieu de ce feu bandit l'homme à la baguette. Il en frappe les eaux de la mer, il les divise de part en part; dans les eaux il ouvre un passage, il y pourchasse le /Va-ay et l'y noie.
« Un autre jour, au milieu d’un lac mis à sec, on one
tendit gronder le tonnerre. On accourut pour voir ce que c'était. Kotsidatrèb, le Grand-Père jaune, dansait là dans la mer desséchée. Sa tête était toute blanchie par l’âgo. Il donna aux Dènè deux sabots de renue, et par ce présent il leur fit tuer un nombre incalculable de curibous.
« Une autre fois, Kotsidatrèh arriva vers une tenté dans laquelle pleurait un petit enfant. Il était tout seul et exposé à la voracité d’un géant canuibale qui avait déjà dévoré sept personnes. Kotsidatrèh saisit le géant à brasle-corps et Iutta avec lui toute la nuit sans pouvoir en venir à bout. A la fin cependant il Jui tira le nerf de la jambe, le rendit boiteux et le renversa à terre. Puis il le ressaisit de nouveau, lui guérit le pied et le reuvoya sain el sauf. Mais enfin, se ravisant une troisième fois, il se remit à sa poursuite, le frappa de son bâton blanc et le renversa à terre pour jamais.
« Une fois encore, Kotsidatrèh rencontra sur le sentier un Etira-Kotché, monstre gigantesque qui conviait les passants à la formeation. Mais le Grand-Père jaune accourut vers cette bête affreuse, il lui arracha la mâchoire inférieure, et, l'en frappant, il renversa le monstre à terre; puis il l’acheva avec son bâton.
« Enfin, un autre jour, comme les frères de Kotsidatrèh fear il appelait tous les hommes ses frères) étaient à bout de nourriture, il se hâta, dans sa bonté, de faire à leur insu un ballot de viande sèche et boucanée et de la déposer secrètement au milieu de leur camp. Mais à la vue de la viande, ces ingrats, loin de remercier leur bienfaiteur, se répandirent contre lui en injures. Le Grand-Père jaune, Etsié-dékfwüe, s’irrita tout d’abord; mais, comme sa colère n'avait jamais d'effet fâcheux, elle s’apaisa vite. alls « veulent de la vlande fraîche, » se dit-il: et aussitôt il s’en alla eur un lac, prit un castor, le dépeça, en fit rôtir la chair et l’apporta à ses frères sans la manger. Il en
620 — mangea toutefois la graisse, après l'avoir grillée. Il divisa ensuite le feu en deux parts et se couche au milieu des flammes sans qu’elles le brûlassent. Par cette magie, Kotsidatrèh procura à ses frères beaucoup de viande. Puis il leur dit : « N'oubliez pas ce que je vais vous dire. A l'avenir, quand vous tuerez un animal quelconque à la chasse, observez ceci: vous placerez le sang de l’animal d'un côté et sa chair de l’autre. »
Le lecteur, s’il a été assez patient pour lire tout au long les deux traditions qui précèdent, a dû demeurer convaincu qu’elles sont, à peu de chose près, identiques à celles des Chippewayans, mentionnées dans le premier chapitre. Les personnages principaux y sont les mêmes, les noms seuls sont changés. Aux identifications qui précèdent, nous allons donc joindre ici celles que nous four. nissent les présentes traditions :
Le héros peau-de-lièvre est appelé l'Enfant-Mousse, parce qu’il fut trouvé tout petit au bord d’un fleuve (Wiliné) dans la mousse, pâlure des rennes. Moïse, dont le nom arabe est Moussa, est trouvé dans une corbeille de jonc au bord du il, fleuve d'Egypte (1).
Devons-nous considérer comme fortuit le jeu de mots qu'otfrent mousse el moussa ? Mais alors pourquoi le même
(t) 11 nous semble que le R. P. Periror a cédé ici à la préoccupation que nous dénoncions à la première page. Pour identifier le nom de Moïse avec le nom du héros légendaire Ni-Ottsintanè, il fait intervenir la traduction française de ce dernier nom, qui signifie l'enfant de la mousse, et il insiste sur lo consonnance entre mousse et Aoïse. Pour mous, il est évident que la traduction française u'a rien à faire ici et que, pour tirer avantsge de la consonnance, il faudrait qu’elle eût lieu entre le nom Dènè et le nom hébreu.
Toutefois, en refusant de souscrire à l'opinion de l'auteur, nous ne
héros ou dieu lunaire est-il aussi appelé taupe, musaraigne, rat rouge au museau pointu, alors que le rai, dont le nom est mus (prononcez mous)en latin, et mouse en anglo-saxon, s'appelle püv (moun) en grec, mot qui caractérise la lune dans la même langue anglo-saxonne ? Pourquoi ce nom de la taupe, de la musaraigne ou rat des sables (de mus et de arena), en égyptien Siphneus, est-il appliqué par l'historien Manéthon à Moïse, qu’il appelle Osar-siph ? Ne faut-il voir en ceci qu'une bizarrerie du hasard? En ce cas, nous en promettons d’autres au lecteur. N’est-il pas plus rationnel d'admettre, avec l’auteur de l'Histoire véritable des temps fabuleux, que le nom de taupe ou rat rouge {siphneus) ne fut appliqué à Moïse par les Egyptiens qu'afin de dissimuler le miracle si notoire et si honteux pour leur nation que le libérateur des Hébreux accomplit sur les eaux de la mer Rouge (en égyptien Sup4)? Nous avons donc ici le fait d’une sorte de symbolisme cabalistique semblable à celui employé par les Egypliens, et non un arrangement fortuit de consonnances semblables. Mais bien plus, c’est que l'exemple est absolument le même et appliqué, comme on le voit, au même héros, et cela nonseulement en Egypte comme en Amérique, mais encore dans l'Hindoustan, contrée qui a dû servir de lieu detransition au même mythe. En effet, l'Histoire légendaire de la
nions pas absolument le système de transformation qu’il invoque; seulement nous ne croyons pas que ce syslème soit applicable au cas présent. Sous le bénéfice de cette observation, qui s'étend à plusieurs autres dénominations de même genre sur lesquelles insiste le P. Periror, nous reproduisons dans son intégrite le travail qu'il nous a envoyé. Si nous avons raison contre lui, ce n'est qu’un argument de moins pour la thèse qu'il soutient; etil en a assez d'autres pour se passer de celui-là. A nos yeux cette question est une question ouverte, sur Jaquelle nous sommes prêts à recueillir les données qui nous seront fournies. Si ces données sont en opposition sur plusieurs points, il y a lieu d'espérer que du choc jaillira la luroîère et que la vérité resplendira avec d'autant plus d'éclat qu'elle aura été plus sévèrement contrôlée. (Note de la Rédaction.)
Nouvelle-Espagne nous apprend que dans l'inde Yama, dieu de la mort, prend la forme de taupes, de souris, de rats, etc. Or, le héros lunaire des Peaux-de-lièvre, Sa- Wéta, appelé aussi Æ/odatsolé ou la taupe, la musaraigne, le rat rouge, etc., estidentifié par ces Indiens à £'ttsonné, le génie ou Esprit de la mort, ainsi qu'on l'a vu dans la première des deux traditions,
Nous croyons donc que cet accord si parfait entre les Egyptiens, les Hindous et les Dènè américains sur un point de croyance si notoire est un exemple frappant et convaincant de l'identité du héros qui en est l’objet.
L’enfunt Housse demande qu’on sépare pour lui l'estomac, puis les entrailles, ainsi que lépaule des animaux qu'il procurera à ses frères. Moise ou Moussa donne les mêmes ordres, de par Dieu, aux Israélites ses frères. Il demande de plus à Pharson la permission d'aller sacrifier dans le désert.
Le Corbeau, grand chef des ennemis, dont le nom est Lénnènë, ou la nation des femmes, refuse à Mousse sa demande, Pharaon refuse également à Moïse de laisser partir les Hébreux. Dans l’écriture hiéroglyphique des Egyptiens, le corbeau signifie maître, chef, roi.
La nation des Zénnènè avait fait périr les parente de l'Eofant-Mousse; comme les Egyptiens délruisaient les enfants des Hébreux afin de les anéantir en tant que nation.
Pour se venger du refus du Corbeau aulant que du trépas de ses proches, Mousse opère divers prodiges avec sa baguette, — Moïse fait fondre «ur l'Egypte les dix plaies pour obtenir du Pharaon le départ des Israélites.
Mousse fait fuir tous les animaux capturés par les Lénnènè, — M:ïse détroit par la peste et par la grêle tous les animaux des Egyptiens.
Après chacune des sorties nocturnes de Mousse, sa
vieille mère adoptive avait lu tête et le cœur glacés, Après chacun des prodiges opérés chaque jour par Moïse, l'Egypte et le Pharaon demeursient froids et endurcis.
Mousse était aussi appelé le Bien-Aïmé.— Moïse fut appelé le plus doux d’entre les hommes.
Mousse va trouver le Corbeau jusque dans sa demeure pour en tirer vengeance.— Moïse va menacer le Pharaon des vengeances de Dieu jusque dans sa demeure. N'ayant plus l’idée d'un palais, nos sauvages ont pourtant conservé un vague souvenir des splendeurs des Pharaons. La demeure qu’ils lui prêtent, au lieu d’être une pauvre tente de peau comme les leurs, est une jolie maison de bois où se montrent des coupes et des vases, toutes choses qui leur sont étrangères dans leur état présent de sauvagerie, Où ont-ils donc puisé ces idées, si elles ne sont des souvenirs du passé?
Mousse détruit les coupes et les vases du Corbeau. Moïse enlève les vases précieux des Egyptiens, Il y a siwilitude jusque dans ces détails aussi minimes.
Durant la nuit le héros lunaire fait tomber de l’astre auquel il préside un duvet blanc et magique. Moïse fait tomber du ciel la manne qui élait blanche. En hébreu manhu, nom de cette substance, veut dire qu'est-ce; en peau-de-lièvre, mêm signifie qui est-ce.
Le Corbeau et son peuple se metlent à la poursuite des Dénè, Le Pharaon et son peuple poursuivent les Israélites sortant de l'Ésypte.
Les compatriotes du Corbeau se rasalent la tête et portaient de faux cheveux. Les Égyptiens se rasaient également et portaient des perruques.
L’Enfant-Mousse, combattant poar son peuple, immole pendant la nuit une chienne blanche, il teint de son sang la tente en y trempant une touffe d'herbe; et, durant
cette même nuit, lesennemis des Dèné sont détruits par les traits invisibles de Mousse, identifié pour cette raison à l'Enfant magique bondissant ou Génie de la mort, avec lequel il s'était joué toute la nuit. De même, Moïse, par l’immolation de l'agneau pascal, livra les premiers-nés des Égyptiens au glaive d’Asmodée, l’ange de la mort ou Ange exterminateur, qui bondit et passa à travers l’Égypte pour les détruire. Moïse asperge les poteaux des portes du sang de l'agneau pascal (sé en hébreu), au moyen d’un bouquet d’hyssope, en hébreu èzob. N'y auraitil pas ici un nouveau jeu de mots dans la tradilion dènè ? Un agneau, un paon, un veaus’appellent sté en peau-delièvre ; un petit enfant, sé, en chippewayan; et l’hermine blanche immolée par Mousse, dans une occasion semblable, a nom 2oé ou ézoëé.
Le grand chef des ennemis des Dèné explique la mort merveilleuse de ses compatriotes parces mots: «On a blasphémé la montagne ; Mousse a mangé notre fétiche. Ce mets-tabou nous châtie. » Le massacre des Égyptiens par l'ange exterminateur ent pour cause formelle la résistance blasphématoire de Pharaon aux ordres de Dieu, qui désirait qu'on lui sacrifiât sur le mont Sinaï; et pour cause efficiente la mort et la manducation emblématiques de l’agneau, un des nombreux fétiches qu’adorait l'Égypte.
Mousse demande à sa vieille grand'mère de le laisser aller vers ses frères malheureux. Moise faitla même demande à l'Égypte.
Mousse fait faire un gâteau sur lequel il verse le sang d'une hermine. Ce sang, il le répand également autour de sa tente et sur le chemin, au moyen d’un bouquet d’herbes. Moïse, dans la dédicace du tabernacle, arrose ce pavillon, les victimes, l’autel et le peuple du sang des victimes, offertés avec des gâteaux. (Exode, chap. xx, v. 22).
Mousse entr'ouvre un grand lac d’unrivage à l’autre. Moïse ouvre un passage aux Hébreux dans la mer Rouge.
Mousse demeurait toujours seul et à l'écart, malgré son extrême bonté. Moise demeura quarante jours seul sur le Sinaï, et fit ensuite sa demeure près de Dieu, en dehors du commerce des hommes.
Mousse, appelé aussi Sa- Wéta, annonce son départ de ce monde, et prédit que le soleil pälira à la mort de l’homme, Moïse prédit aussisa fin etles maux qui fondront sur les Israélites rebelles.
Sa-Wéta apprend à ses parents de quelle manière ils parviendront à le suivre dans la lune. Moïse apprend aussi aux Juifs que leur patrie véritable n’est point en ce monde. En lisant le passage : « C’est ainsi que vous irez à le lune, » ne croirait-on pas entendre la phrase du poëte : Macte nové virtute, puer ; sic itur ad astra ?
Les Dènè disent que parfois le soleil combat pour eux. Le soleil combattit pour les Hébreux, sous Josué, en prolongeant son séjour sur l'horizon et en leur donnant ainsi le temps de tailler en pièces leurs ennemie.
Ni Ottsintanè procure à son peuple une grande quantité de poissons. Le nom de Moïse signifiant tiré des eaux, et ce législateur ayant fait passer son peuple au milieu de la mer, il est facile de comprendre qu'il soit question de poissons dans la légende dènè. Le nom du poisson en hébreu est noun; en dènè, la loche ou lotte se nomme noun-thé.
Sa-Wéta conduisit les Dènè, ses frères, jusqu'au Pieddu-ciel, leur patrie. Moïse conduisit les Israélites, ses frères, jusqu’à l'entrée de la terre promise, de Ja terre sainte, de laquelle Jacob avait dit, étant à Betk-el, qu'elle était la maison de Dieu et la porte du ciel.
Sa-Wéta ordonne àson peuple de célébrer au troisième
mois, lors de la nouvelle lune, une fête nocturne nommée : Passage funèbre à travers les tentes. Cette fête est une imitation frappanie dela Pâque des Juifs on fête du passage de l'ange exterminateur à travers l'Écypte.
La seconde tradition, celle du Grand-Père jaune ou Kotsidatrèh, qui puraît calquée sur la légende chippewayane d’Oltsintédh, nous fournit les rapprochements suivants :
Le grand chef des Têtes-rasées retenait en esclavage deux sœurs qu'il avait enlevées. Le Pharaon, roi des Égyptiens, peuple à la tête rasée, retenait dans la captivilé les deux maisons de Jacob et de Joseph.
L'homme à la baguette, dit aussi le Grand-Père Jaune, se dispose à délivrer ses deux sœurs de la tyrannie des Têtes-rasées, Moise, qui opérait des prodiges à l'aide d’une baguette, recoit la mission divine de délivrer les Hébrenx de la captivité des Égyptiens.
ÆKotsidatréh arrive dans un désert dont les babitants so nourrissaient d’ortolans-des-neiges ct d’autres oiseaux blancs. Moïse nourrit son peuple, dans le désert, de la manne, qui était blanche; puis, de cailles, que la version des Septante appelle ortolans (ortygometra),
ÆKotsidatréh, arrivant dans le pays des Têies-pelées, il y régnait une obscurité très-épaisse. Il y produisit la lumière en jetant au feu des yeux de lièvre. Moïse fit peser sur l'Égypte des ténèbres épaisses, tandis que les Israélites, alors timides comme des lièvres, demeuraient dans la lumière.
En quittant le pays des hommes à tête pelée, Aotsidatrèh ei ses sœurs se trouvèrent au sommet d’une haute montagne. En quittant l'Égypte, Moise et les Israélites habitèrent les abords du Sinaï, sur lequel le prernier résida quarante jours.
Kotsidatréh fait traverser à ses sœurs la mer à pied
LT me
sec, Molse opère la même merveille en faveur des Israélites.
Kütsidatrèh, sur la montagne, capture les foudres dirigées contre lui. Moïse vit Dieu sur le Sinai, au milieu de la foudre, et il n’en mourut point.
Kotsidatrèh délivre ses sœurs d’une horrible et épaisse obscurité. Les Hébreux ne souffrirent pas des ténèbres qui pesaient sur l'Égypte.
Ainsi que Moïse, Xotsidatrèh fait jaillir une source de la pente d’une montagne,
Kotsidatrèh, emporté avec ses sœurs par un torrent vers un abime, fait monter l'abime et s'abaisser la terre, Sous Moïse, les rochers où sont les sources du torrent de l'Aron sont abaissés, et les puits de Moab élèvenl leurs eaux, (Nombres, chap. xx1, v. 16-18.)
Les fugitifs arrivent enfin à une localité où se trouvaient plusieurs sources d’eau vive. Les Hébreux campèrent à Elim, où se trouvaient douze sources et soixantedix palmiers, emblèmes des soixante-dix personnes de la maison de Jacob et des douze tribus d'Israël. Pour rendre le rapprochement plus frappant, les Dènè font inlervenir ici un vieillard et ses deux femmes, père des deux sœurs captives, et qui représente le patriarche Abraham ou bien Jacob.
Kotstdatrèh réside au Pied-du-ciel, où il conduisit ses frères. Moise mourut à l'entrée de la terre sainte, au pied des montagnes de la Palestine, appelées les montagnes de Dieu.
Kotsidatrèh délivre une femme abandonnée de la dent d’un monstre, en noyant celui-ci dans la mer qu’il entr’ouvre d’un coup de sa baguette. Moïse délivre la nation abandonnée d'Israël en attirant et en noyant dans la mer Rouge l’armée des Égyptiens. Le Pharaon est comparé au crocodile par Éréchiel. Cet apologue rappelle les fables
de la délivrance d’Andromède par Persée, et d'Hémione par Thésée. N'est-il pas probable qu'elles ont la même origine ?
Kotsidatrëh est surpris dansant au bord de la mer desséchée. Il donne aux Dènè deux sabots de renne, ce qui leur procure une grande abondance de vivres. Moïse surprend les Israélites, au sortir de la mer Rouge, dansant devant le veau d'or. Il jette alors au milieu d’eux les deux tables de la loi et fait massacrer 33 000 hommes.
L'épisode de la lutte de Âotsidatréh avec le géant meurtrier de sept personnes, nous semble être un apologue qui résume en peu de mots l'histoire dela nation israélite. Israël, ce géant fort contre Dieu même, comme l'indique son nom, détruisit sept peuples plus nombreux etplus puissants que lui, ditle Deutéronome (chap. vn, v.1), à savoir les Hétéens, les Gergéséens, les Amorrhéens, les Chananéens, les Phéréséens, les Hévéens et les Jébuséens. L'ange de Dieu, représenté ici par Æotsidatréh, lutta avec Israël toute la nuit, à son départ dela Mésopotamie, etil ne put en venir à bout qu’en lui desséchant le nerf de la cuisse et en le rendant boiteux. Il Le laissa ensuite partir en paix versle pays de Chanaan et le bénit même. Mais enfin il le poursuivit dans ce pays et le renversa pour toujours, 4 cause de ses prévarications. L’enfani que le géant s’apprétait à dévorer représentait alors le Christ enfant, cause de la ruine du peuple juif. Cette fable paraît fort claire ainsi expliquée et elle dénonce une science et desconnaissances historiques dont les sauvages sont maintenant absolument dépourvus.
L'autre épisode, celni du monstre qui conviait les passants à la fornication, et que Aotsidatréh tua de sa propre mâchoire, après la lui avoir arrachée, ne rappelle-t-il pas le fait de Samson, tuant mille Philistins avec une mâchoire d'âne? Le monstre que les Dènè représentent
comme on ruminant gigantesque, conviendrait [parfaitement au Minotaure, dans lesquels les savantss’accordent à voir une image des nations orientales adoratrices de Baal, auquel on offrait des victimes humaines. De son côté la sainte Ecriture caractérise toujours l'idolâtrie de fornication. Nous avons donc ici une réminiscence de la fable de Thésée tuant le Minotaure ; toutefois, les détails convenant évidemment à Samson, on peut croire que les deux apologues ont été empruntés à l’histoire de ce héros israélite.
Si on nous demande comment il se peut que Samson ait été confondu avec Moïse, je réponds : 41° que, si Moïse fut identifié, comme nous le verrons plus loin, avec le Serpent, Samson était de la tribu de Dan, dont l'emblème était le Serpent, 2 que si Moïse est dit, par les Dèné, avoir eu des rapports avec le soleil et avec la lune, le nom hébreu de Samson signifie lui-même sokeil. Que faut-il de plus pour opérer la confusion entre deux personnages si antiques?